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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 20:09

 

(Texte de Lili-oto)

 

  (Lili-oto. Faubourg des sans domiciles fixes)

 

 

A la veille de la présidentielle 2012 l’instrumentalisation politique s’est déjà engagée, et des opportunistes vont nous voler notre droit de parole, c’est une coutume politique en France. Ils vont s’exprimer au nom d’artistes qu’ils ne sont pas et qu’ils ne représentent pas. Ceux qui ont le plus à perdre, des élus adossés et soutenus par des artistes subventionnés ou institutionnalisés seront mis en avant dans les médias. Chez les artistes, ce sont ces auteurs créateurs politiquement corrects, dans les rails qui vivent de la générosité des bons réseaux, ceux du ministère de la culture, des collectivités territoriales, des régions, des départements ou des mairies. Chez les élus, ce sont les élus de droite et les élus de cette gauche dite de la rigueur qui soutiennent les généreux collectionneurs d’art qui se sont engrossés sur le dos de la population grâce à la crise économique, grâce aux niches fiscales ou l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux. " Ce que disent les artistes " ne peut en aucun se réduire en une parole globale ou universelle, d’un statut commun avec des réalités partagées. C’est un non-sens politique, et surtout un gros canular, une insulte à la sociologie de l’art et à l’ethnologie de l’art. Nos situations sont disparates, inégales et arbitraires.

 

Tout est politique

 (Jean Rumain. Tout est politique)

 

 

Dans l’art contemporain, être artiste c’est seulement pour une petite minorité, moins de 1% des artistes plasticiens : bien vivre de son activité, posséder un atelier d’artiste, exposer dans les grandes manifestations internationales, fréquenter l’oligarchie internationale de la finance et de l’industrie. Pour 99% des artistes plasticiens c’est la misère, la précarité, une précarité sans nom. Certainement plus de 97% d’entre eux ne possèdent pas ou plus d’atelier, n’exposent plus et pratiquent plus ou au ralenti leur activité artistique, ils n’ont plus de visibilité sur la scène nationale ou régionale. Ce sont des conditions scandaleuses, avilissantes, abjectes dans un pays riche. Une réalité nauséabonde, écœurante, suffocante que beaucoup de candidats politiques à l’élection présidentielle dissimuleront pour embellir leurs bilans politiques. Aujourd’hui, nous, "artiste", nous n’avons plus les moyens de mener à bien nos objectifs, vivre sur les pâturages de notre propre expérience esthétique. Jamais notre activité artistique n’a été aussi sinistrée, détériorée et pressurée. Il faut remonter à plusieurs siècles pour trouver une telle censure sournoise par le biais de facteurs économiques qui n’ont rien à voir avec la crise dont le seul objet est l’interdiction, la prohibition de toute activité artistique autonome et indépendante des pouvoirs politiques et économiques. Le néolibéralisme a un visage comme je l’ai expliqué maintes fois, celui d’une culture aux ordres de ce post-fascisme financier, et nous, artistes, nous en connaissons depuis trois décennies ses méfaits et ses graves nuisances.

 

Alertez 005

   (Jean Rumain. Parlez moi d'amour)

 

Des locaux vides appartenant aux collectivités, aux ministères, vous en trouvez plein les villes, mais les élus de droite et de cette gauche de la rigueur refusent de les prêter, de les mettre à la disposition de la créativité artistique, de la singularité. Pourquoi ? Car le néolibéralisme nie l’individu, la collectivité, le sens du commun et tous les attributs du sentiment humain et donc sa propre créativité. La spéculation immobilière ne profite que si vous maintenez une pénurie immobilière tout en bas de son échelle, ceci explique aussi ce refus de prêter des espaces vacants aux artistes et le grand nombre de SDF depuis que Chirac a brisé la loi de 1948 et que la gauche de la rigueur n’a rien fait pour la réintroduire. Jusqu’en 1986, la loi de 48 permettait aux artistes d’avoir des ateliers à des prix dérisoires et les rues n’étaient pas l’habitat collectif des plus démunis. Aujourd’hui si vous vous amusez à les squatter vous vous retrouver devant un arsenal de lois qui font de vous un vulgaire délinquant, un voyou, un voleur et un malpropre.

 

Cité rouge

 (Jean Rumain. Cité rouge) 

 

La pratique de l’art est de plus en plus réservée aux riches ou aux salariés qui ont des revenus suffisants pour payer des loyers d’atelier. Sinon vous pouvez vous rendre chez les mamies, dans des clubs de poterie, de peinture, de sculpture qui ont les largesses des élus, aussi bien à l’UMP qu’au parti socialiste car dans les deux cas le clientélisme politique est roi. Il va de soi que je ne suis pas opposé à ces mamies qui venaient souvent dans nos expositions et qui s’aperçoivent aujourd’hui que nous n’avons plus notre place dans la cité. Nous donner des moyens de pratiquer, ce n’est pas élaborer des programmes politiques dans le cadre d’une élection présidentielle pour un marketing populiste. Nous donner les moyens de pratiquer sans être dans l’arbitraire du pouvoir de quelques élus ou dirigeants institutionnels ou administratifs locaux, c’est une décision à la portée de tous les élus, facile à mettre en oeuvre et non un argument de campagne politique.

 

fragile

   (Jean Rumain. Fragile)

 

Doit-on imposer aux élus des quotas : un atelier d’artiste pour 300 habitants, un ouvrier pour 3 élus, un chômeur au parlement sur 4 parlementaires, un locataire sur deux députés et sur deux ministres… Doit-on imposer la transparence financière des institutions, la transparence globale de leur gestion comme celle de la sélection des artistes, de leurs dirigeants ? Dans une démocratie, normalement NON ! Alors où en sommes-nous ? Dans quel régime politique vivons-nous ? Nous allons voter l’année prochaine en aveugle car partout en France tout est opaque. Les faiseurs de pouvoir, ces néolibéraux ont fait le nécessaire pour voiler notre société, l’égorger, la dissocier puis la restructurer au service d’une oligarchie haineuse de tout sentiment humain, malfaisante pour la collectivité et venimeuse pour toute notion d’équité des biens publics, communs et partagés. Ils cumulent les mandats, ils ne partagent rien avec leurs propres militants même pas les mandats politiques. Comment voulez-vous qu’ils partagent quoi que ce soit avec nous ? Certainement pas nos souffrances, les plaies d’une crise économique qui ne cessent pas de nous saigner à vif, dans les tripes comme dans nos cœurs, chez les anciens, dans les familles comme dans notre jeunesse.

 

 

Le jour où le soleil a éclaté

   (Jean Rumain. Le jour où le soleil a éclaté)

 

 

Que construisons-nous pour nos enfants ? Ces décideurs vivent dans le déni de réalité. Ils se voient tous comme des pachas, des petits monarques à trente sept milles euros la chambre pour une nuitée au G20, leurs sommeils comme leurs parties de cul ne sont sereins que cousus de fil d’or. Nous, nos jours sont décousus par ce nouvel ordre économique mondial néolibéral mafieux s’amplifiant et s’exemplifiant. Ils nous somment de subir une paralysie totale du vivant. Ils nous imposent de réduire nos vies en une vie désossée de tout sentiment. Ils nous mentent et ils nous méprisent ouvertement. Il serait temps que la population réapprenne à se faire respecter, respecter le sens et les valeurs de son humanité.

 

 

Objet de révolte

   (Jean Rumain. objet de révolte)

 

 

Ce que disent des artistes et non ce que disent les artistes, c’est un ras le bol général comme chez les ouvriers, artisans, chômeurs, commerçants…

Ce que disent des artistes et non ce que disent les artistes, c’est que cette politique culturelle sadique est un acte gratuit inhumain dirigé par une petite clique de prétentieux qui confondent mandat politique et mandat de maquereau ou de maquerelle.

Ce que disent des artistes et non ce que disent les artistes, c’est qu’aucune enquête n’a été ouverte en France sur l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux grâce aux spéculations véreuses, aux conflits d’intérêts et aux délits d’initiés dans le marché international de l’art contemporain. Aux États Unis les enquêtes et poursuites ont vu le jour alors pourquoi rien en France ?

Ce que disent des artistes et non ce que disent les artistes ; « nous n’avons pas les moyens de faire gagner une élection à un candidat, mais nous avons grâce à notre aura, nous, 150.000 artistes plasticiens en France, les moyens de lui faire perdre une élection. Avis !

Ce que disent des artistes et non ce que disent les artistes ; « les politiciens locaux qui nous empêchent de poursuivre notre activité alors que le prêt de locaux ne coute rien à la collectivité sont nos réels adversaires politiques et que la couleur de leur drapeau ne changera rien à notre détermination ».

Ce que disent des artistes et non ce que disent les artistes ; « la communauté artistique ne se laissera pas diviser par quelques manipulateurs qui cherchent à nous monter les uns contre les autres au nom de l’esthétique, au nom de la distinction, au nom de l’herméneutique, au nom d’un art dit contemporain contre des arts dits singuliers, au nom du racisme ou d’un nationalisme à trois francs six sous, au nom d’une oligarchie de conservateurs de musées ou au nom de conservateurs politiquement ringards qui dirigent nos institutions, au nom d’un populisme culturel de masse ou au nom d’un populisme culturel nationaliste…

Lili-oto

 

Be Street

  (Jean Rumain. Be street)

 

 Rêve Générale

  (Jean Rumain. Rêve générale)

 

 

 

(Lili-oto)

 

(Lili-oto)

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Published by jean-rumain
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