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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 17:17

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Prof stagiaire, mes trois premières semaines de cours.

 

Après plus de 3 semaines, l'heure est au bilan :

  • j'ai vraiment commencé à travailler avec mes classes,
  • les élèves et moi-même avons enfin reçu nos manuels scolaires,
  • je connais le prénom d'un tiers de mes élèves (à savoir les élèves qu'il faut toujours reprendre, et les élèves qui participent tout le temps),
  • je sais ranger mon plateau correctement au self,
  • et j'ai eu ma première journée de formation IUFM.

Parlons-en, de cette formation. Elle portait le nom « gestion de classe ». Trois semaines après la rentrée, il était donc question de nous apprendre à gerer une classe de vingt à trente élèves, chose à laquelle nous avons déjà été confrontés, en fait.

Du coup, à nouveau, la formation s'est transformée en déballages de confessions de la part des professeurs stagiaires :

  • « J'ai une élève qui ne veut pas travailler, je ne sais pas quoi faire » ;
  • « J'ai du chahut avec mes seconde »,
  • « J'ai des élèves qui ne parlent pas un mot de français »…

En salle des profs, c'est le bal des pleureuses

Notre formateur donnant des pistes pour tenter de résoudre le problème, en disant bien qu'il n'y a pas de solution universelle. Oh ! le temps que chacun parle de ses problèmes, les trois heures se sont écoulées, merci, et rendez-vous mi-octobre pour la suite.

Ce qui m'a le plus impressionné dans cette « formation », finalement, c'est de voir le formateur arriver les mains dans les poches, nous faire tous parler, donner deux ou trois pistes (des lieux communs bien souvent, qui fonctionnent en théorie mais qui sont pas évidents à appliquer), et dire au revoir au bout de trois heures. Ça donne envie d'essayer de s'en inspirer pour pas trop se fouler en cours !

Ah non ! Surtout ne pas dire ça ! Parce qu'en salle des profs, c'est le bal des pleureuses. Une étude a montré il n'y a pas longtemps que les professeurs français étaient moins bien payés que les professeurs à l'étranger. Alors ça chouigne, ça grogne, et ça m'agace, parce qu'on nage en plein dans la caricature.

Moi-même, je n'ai jamais vraiment eu de sympathie envers les profs. Quand j'étais élève, c'étaient ceux qui me donnaient du travail qui ne m'intéressait pas et m'empêchaient de gribouiller dans ma marge quand je m'ennuyais. Quand j'étais pion, c'étaient ceux (certains) qui considéraient la vie scolaire comme une poubelle à élèves difficiles.

Maintenant que je les ai comme collègues, ce sont ceux qui n'arrêtent pas de parler de leurs petits tracas et de se plaindre. Morceau choisi :

« Oui, les gens disent qu'on gagne beaucoup pour 18 heures par semaine, mais bon, personne ne parle de la préparation des cours, comme si ça se faisait instantanément. Le week-end dernier, j'ai passé plus de six heures à préparer mes cours de la semaine…. Au fond, personne ne peut nous comprendre. »

Les profs arrivent bien à faire entendre leurs tracas

J'avais certes envie de lui dire que 18 + 6 = 24 et que ça lui laissait pas mal de temps pour corriger ses copies et continuer de préparer ses cours avant d'arriver aux fameuses 35 heures. Mais bon, j'suis le p'tit nouveau, j'ai pas encore envie de me mettre tout le monde à dos.

Et c'est ça qui m'agace avec les profs, entre les horaires quand même légers, les vacances, les musées gratuits, ils trouvent quand même à penser qu'ils sont de pauvres petits Calimero. Alors certes, je ne dis pas que les conditions de travail sont toujours optimales : entre les classes surchargées, les élèves qui peuvent se montrer infects, les parents qui peuvent se montrer pires que leurs enfants, les aberrations du système…

Pour autant, chaque corps de travail connaît ses tracas du quotidien, et il se trouve que les profs ont un sacré porte-voix pour se faire entendre.

Peur de ne pas faire passer un savoir

Côté cours, c'est pas évident à créer, avec six classes de trois niveaux différents qui sont bien hétérogènes (quoi qu'on en dise, il y a bien des classes de niveau, vu que les classes sont regroupées par options. C'est pas une surprise que la classe de latiniste avance plus vite que la classe « sans option »).

Ce qui m'angoisse le plus, c'est pas la gestion de classe en fait, vu que je suis dans un collège de province où les élèves ne sont pas bien méchants. Non, ce qui me stresse, c'est l'impression de pas être à la hauteur, de pas arriver à leur faire passer un savoir, à les captiver, à être intéressant en somme. Ma plus grande frustration est de faire quelque chose que je trouve nul, faute de savoir bien préparer mes cours, faute d'expérience.

« Le titre, on le met en quelle couleur ? »

Un truc tout bête sur lequel on n'a jamais été formés, c'est la gestion du tableau et du cahier. Moi, je prends des notes au fur et à mesure au tableau, je ne souligne pas, je n'ai pas une mise en page bien précise, et je me suis rendu compte qu'à cause de cela, je paumais complètement certains élèves. Petit extrait choisi :

« Bon, on commence la première leçon, écrivez en titre : “Titre de la leçon”.

– M'sieur, on commence par la page de droite ou de gauche ?

– Euh… peu importe, disons la droite.

– M'sieur, m'sieur, j'ai commencé par la page de gauche moi !

– C'est pas grave, commence à gauche si tu veux !

– M'sieur, faut écrire à gauche alors ? »

Argh. Les cours suivants, j'ai eu de nombreuses réclamations du genre : « Le titre, on le met en quelle couleur ? », « Le vocabulaire, il faut le souligner ? ». Alors peu à peu, je m'y mets.

Le traumatisme suprême a été quand mon stylo rouge n'écrivait plus et que j'ai écrit à côté du titre « écrire en rouge » pour ne pas qu'ils oublient. Je passe entre les rangs, et vois que sur certains cahiers, certains ont écrit le titre en bleu, et à côté ont écrit : « écrire en rouge ».

Finalement, d'un côté du bureau comme de l'autre, on a pas mal de choses à apprendre.

 

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Ecole : après onze jours de stage, je suis la maîtresse de 28 enfants.

Depuis septembre, je suis la cobaye d'une nouvelle formation encensée : le master 1 « enseigner en école élémentaire et maternelle », proposé par Luc Chatel. Moi qui pensais m'approcher du métier tant désiré, je me retrouve dès le départ face à une administration kafkaïenne. Voilà mon coup de gueule, celui d'une étudiante désemparée.

Après une licence de lettres modernes, je décide de m'inscrire en master, dans l'objectif de préparer le concours de professeur des écoles. Lors de mon inscription, le site de l'IUFM propose un « master enseignement en alternance ». Peu d'informations sont données, seuls la rémunération et le nombre d'heures travaillées sont précisés : six heures par semaines pour 30 euros net par heure.

Des discussions circulent sur les bancs de la fac. Une telle rémunération n'est pas négligeable pour un étudiant mais personne, en juin, ne sait exactement comment le dispositif va se mettre en place. En juillet, je reçois la confirmation par e-mail de ma sélection à cette nouvelle filière. Avec comme unique précision le nom de l'école où je serai affectée ainsi que ma rémunération : 6 000 euros annuels.

« Bienvenue à l'Education nationale ! »

Trois jours sont consacrés à notre préparation, avant la rentrée des classes. Trois jours où nous nous retrouvons face à des formateurs et des représentants de l'académie démunis, sans plus d'informations sur le déroulement pratique de l'année. Face à notre désarroi, un adjoint de l'inspection académique nous répond : « Bienvenue à l'Education nationale ! »

La veille de la prérentrée, je rencontre le directeur de l'école où je serai affectée pour l'année, munie simplement de ma convention de stage non signée. Pas prévenu, le directeur ne semble pas tout à fait rassuré de ce nouveau dispositif. Je rencontre aussi le professeur titulaire de la classe avec qui je travaillerai : par ma venue, il a ainsi appris officieusement sa sélection à la formation hebdomadaire pour laquelle il avait postulé en juin.

Le 22 septembre, le bulletin officiel paraît : j'apprends que nous ne serons pas contractuels comme l'indiquait notre convention de stage mais vacataires. De plus, notre rémunération s'élève finalement à 20,64 euros brut horaires, soit 3 600 euros brut annuel. L'inspection académique nous explique qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation : 6 000 euros annuels correspondaient à 52 semaines travaillées, or nous travaillerons que 29 semaines.

Le lundi, je me retrouve donc devant ma classe de 28 élèves sans aucune signature ni aucune protection de l'Education nationale en cas de problème. Après onze jours en stage d'observation, nous sommes selon le ministre prêts à gérer une classe et toutes ses problématiques : des élèves parfois pas faciles, en difficultés scolaires et conscients eux-mêmes de notre inexpérience. Il faut apprendre vite : tenir une classe ne s'improvise pas.

Délicat de vivre avec 200 à 400 euros par mois

Aujourd'hui, je me pose encore la question de savoir si je poursuis ou non cette formation. Lors de notre inscription, les formateurs nous ont prévenus que la masse de travail demandée cette année ne permettra pas de travailler à côté. Or, vivre avec un salaire de 200 à 400 euros par mois semble assez délicat.

De plus, les professeurs titulaires en formation ont été prévenus : si nous, étudiants en alternance, démissionnons, leur formation s'arrêtera. La sensation de s'être fait prendre au piège traverse mon esprit… En route vers une précarité à vie ? L'Etat forme ses futurs vacataires, serviles et toujours disponibles.

Alors qu'en penser ? Ce n'est pas une grande nouvelle que de dénoncer encore une fois les lourdes maladresses de l'Education nationale, mais en tant qu'étudiante, je me demande aujourd'hui : faut-il être maso pour vouloir enseigner dans l'école publique républicaine ?

 (Source : rue89)

 

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Published by jean-rumain
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