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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 18:29

La centaine de sans-papiers qui occupait depuis une dizaine de jours l’église réformée de Fives en a été expulsé le 4 décembre par un dispositif policier écrasant. Ce faisant, le préfet du Nord et Manuel Valls s’inscrivent parfaitement dans la continuité de la politique sarkoziste. Les sans-papiers réclament des régularisations et la réadmission du CSP59 aux commissions mensuelles d’argumentation des dossiers en préfecture.

L’opération aura duré trois heures. Trois heures pendant lesquelles le quartier est resté bouclé, verrouillé par plus d’une centaine de policiers en tout genre : BAC, CRS, RG, etc. (Une vingtaine de cars ont été comptés, sans parler des véhicules de services, des voitures banalisées...) C’est le GIPN qui ouvre le bal. Dans leurs habits noirs, derrière leurs lunettes de protection, sous leur casque militaire et leur cagoule de lâcheté, fusil d’assaut à la main pour certain, pied-de-biche et bélier pour d’autres, les superflics, au pas de course, apportent d’entrée une touche de violence disproportionnée face à des personnes en grève de la faim depuis trente-trois jours. Motif de leur venue relayé par « la presse » locale : l’éventualité de barricades montées aux abords ou à l’intérieur de l’église pour empêcher l’expulsion... Une fois de plus, un crédit accordé facilement par la connivence des journalistes de Nord Éclair et de La Voix du Nord avec leurs camarades policiers. Les presbytériens du temple occupé par les sans-papiers sont restés en contact permanent avec les grévistes et s’il y avait eu des barricades, ils les auraient vues.

Les sans-papiers sont d’abord triés : les valides, les invalides. Les premiers sont sommés de quitter les lieux, sinon la police les sortira manu militari et procèdera à des arrestations. Les seconds sont pris en charge par les services de secours des pompiers et du SAMU, les deux services étant mobilisés toute la soirée pour l’occasion. C’est dans la rue et sous la pluie, au sol, enroulés dans leurs couvertures épaisses, que les sans-papiers attendront que tou-tes leurs camarades soient sortis indemnes du temple. On peut lire la fatigue sur leurs visages amaigris. Certaines personnes sont méconnaissables. Les traits sont tirés. À bout de force, certains pleurent. D’autres s’évanouissent. Ces hommes et ces femmes sont prêts à mourir pour des papiers, socialistes et préfecture leur demandent de bien vouloir aller mourir ailleurs. Il faudra bien sur remercier l’église réformée de Fives pour qui l’intervention des forces de l’ordre est « un soulagement ». Un soulagement qui sied parfaitement à l’indifférence et à l’obstination des pouvoirs publics.

Les sans-papiers n’étaient pas seul-es hier soir face à la police. Plus d’une centaine de personnes était venue les soutenir avec des chants et des slogans ; des encouragements adressés pour ne jamais perdre espoir. Leur présence leur vaudra d’être filmé encore et encore par toutes les polices en présence. Tous ces petits films viendront alimenter les fiches et le travail innocent de la police politique locale. Lorsque les sans-papiers sortent de l’église, ils se placent derrière les soutiens qui font tampon face à la police. Police dont le travail, dans ces circonstances dangereuses de solidarité, consiste à séparer les grévistes de leurs soutiens. Tout le monde est repoussé vers une rue annexe et isolée, afin de dégager la rue Pierre Legrand. Les grévistes, trop faibles pour marcher ou rester debout, s’allongent ou s’assoient une nouvelle fois sur le bitume froid et trempé. Un homme perd connaissance. Il faudra les huées des grévistes et des soutiens pour que des flics l’évacuent, en tenant chacun un de ses membre et manquant de peu de le laisser tomber par terre. Après cela, les soutiens sont écartés sous une marche déterminée de CRS dans leur traditionnelle tenue de Noël : bouclier et matraque à la main.

Les soutiens sont rabattus comme un troupeau de chèvres vers la place De Geyter. Une rapide pensée pour le compositeur de l’Internationale plus tard, ils sont entourés par un cordon de flics prêts à en découdre. Ils resteront là, à encercler les soutiens sans intervenir. Leur rôle est d’empêcher les soutiens d’être aux côtés des grévistes. Quel beau métier. Ils ne procéderont en fin de compte à aucune arrestation lors de cette soirée. Les pompiers évacuent les grévistes de la faim vers leur local, à quelques rues de là, où ils vont continuer à chanter et décider de la suite de leur mouvement. « Courage ! Gréviste ! La lutte continue ! »

 

 

Valenciennes, Dunkerque, Saint-Omer, Lens, Arras, Douai, Maubeuge, Calais, Fourmies... Depuis l’intervention de la police et du GIPN pour évacuer les sans-papiers du temple de Lille-Fives, les grévistes de la faim se sont dispersé-es dans les hôpitaux de la région. Au regard de leur état de santé, ils demandent à être hospitalisé-es. À défaut, certain-es sont placé-es en centre d’hébergement d’urgence ou dans des hôtels « sociaux » (parfois réquisitionnés par la préfecture, les mairies ou payées par les associations locales). Entre les mains du préfet, ils attendent que celui-ci prenne enfin ses responsabilités.

 

La bataille des hôpitaux

Cette situation d’éclatement géographique est la conséquence du refus du CHR de Lille d’hospitaliser durablement les grévistes de la faim. Aux services d’urgence de l’hôpital Salengro ou de l’hôpital Saint-Vincent, les mêmes scènes se répètent chaque jour : si les grévistes ne sont pas admis ils sont jetés dehors. Épuisé-es, ils se retrouvent parfois même à passer la nuit sur le trottoir, par -4°c. Pour eux et leurs soutiens, il faut alors bricoler de quoi affronter ce mois de décembre glacial, en attendant de se faire réadmettre.

Ce mardi 11 décembre par exemple, ils sont expulsés à 8h30 de l’hôpital Salengro avant d’être rabattus de force vers la station de métro Calmette par le service de sécurité de l’hôpital. Ils y seront cueillis en milieu de journée par la police nationale qui les amène au commissariat central. Quelques heures plus tard, on apprend que l’un d’entre eux (sans doute choisi à cause de son fort caractère) a été transféré vers le Centre de rétention de Lesquin et qu’il risque l’expulsion.

 

Si tous les grévistes éparpillés dans la région ne semblent pas tou-tes exposé-es aux mêmes genres de traitements, les jours passent et les témoignages édifiants se multiplient.

À l’hôpital Salengro de Lille, un médecin demande à un gréviste pourquoi « il ne se suicide pas ». À Hazebrouck, un gréviste perfusé de force se retrouve le bras couvert de sang après que l’infirmier lui ai retiré sans ménagement l’intraveineuse...

Mensonge et indifférence

Le Comité des Sans-Papiers dénonce les effets pervers de cette situation de dispersion qui a pour effet « d’invisibiliser la grève de la faim en traitant les sans-papiers non pas comme des grévistes de la faim nécessitant une surveillance médicale, mais comme des SDF avec difficultés sociales […] Le message implicite : la grève de la faim n’existe pas ». Au vue de la couverture médiatique, on ne peut pas réellement donner tort au comité. Alors, que le dernier sujet proposé par France 3 Nord-Pas-de-Calais (et remontant déjà au 6 décembre) titre sans honte : « les sans-papiers grévistes de la faim ont tenté d’envahir le service des urgences », Grand Lille TV de son côté, déclare ce mercredi 12 décembre que « Les grévistes squattent les trottoirs de l’hôpital Saint-Vincent ». On se demande si c’est la préfecture qui donne des ordres ou si ce sont les journalistes qui se comportent eux-mêmes comme de vulgaires flics.

 

Faut-il mourir pour avoir des papiers ?

 

En attendant que les journalistes fassent réellement leur boulot, les grévistes écopent et les organismes trinquent. Certain-es vomissent du sang, d’autres sont contraint-es d’arrêter la lutte pour ménager leurs reins. Pour les autres, la détermination demeure, mais les risques d’accident se font de plus en plus importants. Le préfet, dans sa grande mansuétude, promet de recevoir le CSP dans cinq jours (cinq jours !) pour étudier la liste des grévistes. En attendant, sa stratégie d’intimidation se poursuit, par -4°c dehors et jusque dans les centres de rétention : dans la matinée de ce jeudi 13 décembre, deux autres grévistes étaient embarqués par la police devant le CHR Calmette. L’un d’eux, placé en centre de rétention, s’y trouve toujours (tandis qu’un autre a été libéré par le tribunal administratif ce vendredi).

Le préfet, seul responsable de cette situation dangereuse qui dure déjà depuis trop longtemps, fait payer aux grévistes le prix de sa surdité ; mais les sans-papiers ont manifesté – et manifestent encore –, les sans-papiers ont occupé – et occuperont encore. Ils poursuivront leur grève de la faim, mobilisés avec leur soutien, pour la régularisation.

 

 

source textes : la brique 2 


 

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Published by jean-rumain - dans Article
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