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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 12:49
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La Fête de l'Humanité solidaire des Pussy Riot qui refont parler d'elles.
Après la condamnation des Pussy Riot, peut-on transiger avec la liberté de création ? C'est la question que se pose le directeur de l'association Zebrock, Edgard Garcia dans une tribune, qui a décidé de placer l'ensemble des concerts de la scène Zebrock à la Fête de l'Humanité sous l'égide de la solidarité avec le groupe de rock russe. Par ailleurs trois autres membres des Pussy Riot publient sur Youtube une vidéo, postée hier, dans laquelle elles enflamment une effigie de Vladimir Poutine.
Ne pas plier devant les canons de la morale et du conformisme par Edgard Garcia, directeur de Zebrock.
"Nous le redoutions en voulant ne pas y croire, la nouvelle est cependant tombée, effrayante : trois membres du groupe de rock russe Pussy Riot sont condamnés à 2 ans de camp pour blasphème, précisément pour « vandalisme motivé par la haine religieuse ». Les autres membres de la formation, activement recherchés, sont dans la clandestinité. On croit rêver, mais en vérité c’est un cauchemar, qui n’est pas que russe.
Cette affaire survient dans une époque où les tentations autoritaires connaissent un inquiétant regain dans le monde ; les artistes et l’expression artistique en sont les cibles régulières, privilégiées même.
Le fait n’est pas nouveau et le rock, cette forme musicale qui s’évertue régulièrement à s’extraire du moule dans lequel l’industrie du divertissement s’emploie à le reproduire ad nauseam, en sait quelque chose. Bien avant les Pussy, les premiers rockers américains étaient accusés de diffuser une musique de nègres perverse et blasphématoire, dangereuse pour les jeunes. Leurs disques étaient brûlés dans de sombres autodafés.
Jeunes, beaux et bruyants ; irrévérencieux, insolents et jouisseurs, les rockers et les rockeuses se heurtent de longue date au mur des autorités, curés, flics ou parents qui ont peur de voir le monde changer et les nouvelles générations le façonner à leur goût.
Avant que d’être l’argument ultime du marketing et la bande-son des consommations de masse, le rock (et tout ce qui en dérive et s’en nourrit) est la belle affaire des agités de l’électricité, provocateurs éminemment sexués, minorités agissantes et complices : hippies ou funksters, rappers ou gothics, redskins ou rastas, les familles du rock sont insoumises, elles se croisent et se fécondent, restent rebelles et ne plient pas devant les canons de la morale et du conformisme.
C’est cela que payent les Pussy Riot, qui « en plus » sont des femmes.
C’est ce qu’ont payé au Maroc, en 2003, les membres des groupes de l’underground hard de Casablanca Infected Brain, Reborn et Necros accusés de pratiques satanistes et emprisonnés avant d’être passés devant les tribunaux. C’est ce qu’ont payé ici en France Hamé et les membres de La Rumeur et d’autres groupes de rap français assidûment poursuivis dans la décennie écoulée par le ministre de l’Intérieur et une poignée de députés conservateurs, allant jusqu’à réclamer la destitution de Bernard Birsinger, alors maire de Bobigny, dont les services avaient encouragé la publication d’une compilation accusée d’insulte à la police pour un pauvre juron mixé dans un bruit de sirènes.
Et encore : des manifestants risquent trois ans de prison pour avoir crié « Free Pussy Riot » dans une église allemande… En Hongrie, le gouvernement revanchard de Viktor Orban somme les artistes de se mettre au pas de son ultranationalisme.
Régulièrement, d’un pays à l’autre, la liberté de création est entamée par les petits et grands pouvoirs et banalisée, pervertie, par l’industrie du divertissement qui, en son nom, multiplie les dérives de la vulgarité, de la violence et des symboliques de la domination.
Car la pression n’est pas que policière : la liberté de créer, d’imaginer, est systématiquement bornée par les critères en vigueur dans les circuits de l’industrie culturelle. La spirale de la rentabilité maximale est mortifère pour nos imaginaires. Pour quelques productions artistiques qui se jouent avec talent des normes et des sillons rebattus, combien d’artistes sont aujourd’hui éloignés, voire privés, de toute possibilité de travailler ? Créer est un exercice bien difficile quand le poids des conformismes et la prétendue demande du public encouragent les nivellements dont la télévision, service public compris, fixe soigneusement le seuil. La précarité et la pauvreté sont le lot quotidien d’artistes qui souvent finissent par renoncer… ou pire, s’assèchent en faisant de l’autocensure une peine quotidienne.
La fierté avec laquelle les Pussy Riot toisent Poutine et son appareil force l’admiration. Elles nous disent que leur combat est le nôtre, que c’est un combat de longue portée pour que reculent les obscurantismes et les entraves à la création. Elles proclament le droit inaliénable de l’artiste à proférer et à provoquer. C’est un combat pour la démocratie véritable : celle qui se moque des consensus mous et des publics dociles, préférant savoir entendre ce que les créateurs ont à dire et être capable de s’y frotter. Dans la diversité de leurs musiques et de leurs mots, les musiciens qui composent la scène rock en France se sentent concernés au premier chef. Jeanne Cherhal en administre la preuve avec sa chanson Tant qu’il y aura des Pussy.
Engagée dans une action culturelle exigeante et partageuse, ayant eu elle-même à subir les foudres de divers censeurs, l’association Zebrock avec les centaines de musiciens qui participent à ses activités est solidaire des Pussy Riot. Nous le manifesterons concrètement lors de la Fête de l’Humanité en plaçant l’ensemble de concerts de la scène Zebrock sous l’égide de la solidarité avec les Pussy Riot et sous la bannière de la liberté de création. De nombreux artistes vont, durant trois jours, s’y succéder entre les concerts pour témoigner de ce combat.
     
La programmation, particulièrement riche et aiguisée cette année, vient à point mettre nos engagements en musique : Daniel Darc, Seb Martel et Rodolphe Burger, Kabal, Barbara Carlotti et Marcel et son orchestre, Mustang et les Zoufris Maracas, comme les jeunes groupes que Zebrock soutient, ne transigent pas avec leur liberté. C’est pour cela que nous les aimons."
Le combat continue pour les Pussy Riot. Dans une vidéo publiée sur Youtube jeudi 6 septembre, , trois membres du groupe punk sont filmées en train de mettre le feu à une bâche à l’effigie du président russe Vladimir Poutine.
   
 
 
(source texte : humanite.fr)
 
 
 
 
 
 

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Published by jean-rumain
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