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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 17:34

Chère Catherine Millet,

Vous êtes directrice de la rédaction d’Art Press, commissaire d’exposition et écrivaine. Donc, une intellectuelle respectée. Depuis que vous avez écrit La Vie sexuelle de Catherine M., en 2001, vous êtes devenue la référente « cul » des médias, avec votre façon bien à vous, clinique, distanciée, d’en parler. En fait, vous n’avez qu’un seul défaut, mais de taille : vous confondez sexualité et viol. C’était déjà frappant dans une interview donnée cet été à Rue89, où vous regrettiez que « même Libé titre en Une que la France est en retard dans la condamnation du harcèlement sexuel ». Bouh la régression ! Haro sur ces vilains Amerloques qui nous empêchent de baiser tranquillement !

Passons sur la faiblesse de l’argument. On avait oublié cette chose essentielle : le harcèlement sexuel, c’est rien que de la pudibonderie ! Mais ce n’est pas tout. Il a fallu que vous commentiez l’affaire DSK. Et là, quand Saint-Germain-des-Prés se pique de considérations sur le viol, je tombe de ma chaise. Car, Madame Millet, vous avez un autre défaut : vous n’êtes pas juriste. Sinon, peut-être seriez-vous capable de définir une agression sexuelle. Ainsi, le 29 septembre, vous êtes invitée sur France Culture, où vous commentez l’affaire DSK : « Aujourd’hui, quand on parle de viol, on ne sait plus de quoi on parle [...]. Si, en effet, violer une femme, c’est ouvrir son chemisier et mettre la main sur ses seins, j’appelle pas ça un viol, à peine une agression sexuelle. Je pense que, voilà, tant qu’un homme n’est pas muni d’une arme, d’un couteau ou d’un revolver, une femme peut toujours se défendre ». Tiens, ça me rappelle quelqu’un : un copain de DSK, Ivan Levaï, qui, tout gonflé de sa partialité, allait déclarer sur France Inter quelques jours plus tard qu’« un viol, c’est avec un couteau, un pistolet ». Dommage que tous ces gens n’aient pas lu Virginie Despentes, qui écrit dans King Kong théorie qu’« une entreprise politique ancestrale, implacable, apprend aux femmes à ne pas se défendre ». Dommage, Catherine Millet, que vous soyez si loin des femmes, de leur réalité. Que vous pensiez qu’ouvrir le corsage d’une femme sans son consentement soit « à peine » une agression sexuelle. Et que votre regard de partouzeuse parisienne du VIIe arrondissement vous empêche de voir les choses autrement. Catherine Millet, vous êtes une négationniste du viol. Le terme est aussi fort que le concept est nauséabond. Vous appartenez à cette catégorie de gens fort bien représentés dans les médias, qui estiment qu’on accorde trop d’importance aux victimes, qu’après tout elles auraient pu se défendre… D’accord ! On dira ça aux 90 % de femmes violées qui ne portent pas plainte, et à celles qui, tétanisées par la peur, n’ont pas réagi. Vous avez au moins raison sur un point : quand on parle de viol, aujourd’hui, on ne sait vraiment plus de quoi on parle.

(publié dans le n° 18 de Causette)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jean-rumain
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