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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 20:21

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Léo vit dans une petite ville nichée dans la montagne. C’est un artiste à part entière. Il ne vit pas de son art. Il compose et écrit. La musique et l’écriture sont ses passions. Il a une vingtaine d’années et ce qui le caractérise de ses pairs est qu'il n'est pas esclave de cette société. A dire vrai, il n'en connaît pas les règles et ne s’en soucie guère. C'est un être doué parmi d’autres qui ne se réclame pas en tant que tel mais qui évolue tant dans sa quête de devenir, qu’il s’élève bien souvent face à ses semblables. Sans le savoir et encore moins sans y songer. Il se contente de suivre la voie qu’il s’est tracé. 

Il vient souvent dans ce supermarché. Il se contente de peu. Il évolue entre les rayons attrapant au passage uniquement ce dont il a réellement besoin pour les faire disparaître dans son sac à dos. Une fois ravitaillé, il se dirige vers la sortie sans passer par la caisse. Personne ne l’en empêche. Jamais. Pourtant, aujourd’hui :
« S’il vous plaît ! », crie une jeune femme dans son dos. 
Il se retourne tandis qu’il s’apprêtait à rejoindre le tourniquet qui, une fois avoir happé les clients, les recrache au-dehors d’une poussée sournoise, une fois leurs achats accomplis. 
La jeune femme se rapproche de lui. Elle lui tend un billet tout en affichant un timide sourire :
« Vous avez perdu ça. »
Il lui rend son sourire, s’empare du morceau de papier et la remercie. Il se retourne vers la sortie, laissant la jeune femme quelque peu désappointée. 
« S’il vous plaît ! » lance-t-elle encore. 
Il s’immobilise et se retourne une fois de plus. Il découvre la jeune femme. Il la trouve jolie. Et la douceur qu’il décèle dans son regard ne le laisse pas indifférent. C’est curieux. D’ordinaire il ne se prête jamais à ce genre de réflexion.
« Je… Je vous vois souvent et heu… Enfin, est-ce que ça vous dirait de partager un repas avec moi ou juste boire un café ? » La jeune femme se triture les mains. Tiens donc, pourquoi fait-elle ça, se demande-t-il. 
« Oui, bien sûr. Vos mains vous font souffrir ? », s’inquiète-t-il.
Elle reste suspendue un moment à ses lèvres, les sourcils froncés. Puis :
« Heu… non, non ! Pas du tout ! ». Elle égrène un rire nerveux, « Je… enfin, je n’ai pas pris conscience de mon geste. C’est sans doute nerveux. ». 
« D’accord. Alors à bientôt. » dit-il, et se tourne vers la sortie. 
« Mais où et quand ? » demande-t-elle et elle ajoute dans un sourire : « Je m’appelle Zoé. »
« Où et quand… », répète-t-il, « Chez moi, je dirais et moi c’est Léo. ».
Il lui indique où il vit et prend congé d’elle sans lui donner de date. Elle reste là, perplexe. « Quelle étrange personne », se dit-elle.

Lui rejoint son antre. Il n’exulte pas. Cette jeune femme a réussi à l’interpeller mais il ne se pose pas de question. Il ne voit là qu’une certaine forme de communication avec cet autre monde qu’il ne connaît pas. Ce monde dont il ne fait pas partie. Il a l’impression qu’elle a fait naufrage. Et de là, s’inscrit dans un schéma. Il peut soit la guider, soit la perdre. Il sait qu’il n’est pas fou. Pourtant c’est ce qu’on pourrait penser de lui ici. Du moins pour ceux qui peuvent l’entrevoir. Mais ceux-là rien que par le fait qu’ils puissent l’entrevoir, sont déjà dans son monde. Ce qui est positif. Cette jeune femme a jeté un regard sur lui. C’est qu’elle fait partie de son monde. Sa demande le prouve. Il sourit. 

Il s’installe devant son ordinateur après moult pas effectués autour de la table de sa cuisine et se lance dans une série d’écritures. La nuit approche. Il est toujours en train d’écrire, pianotant inlassablement sur les touches. De temps en temps, il se lève et poursuit sa ronde. L’air au-dehors, les étoiles, le spectre blanc de la lune l’inspirent. Tout est silence et si beau. Tout se confond en une espèce de vase clos. Son univers. Ce qu’il veut s’est se surpasser. Toujours. Devenir qui il est, faire ce que lui seul peut faire. Nietzsche n’est jamais loin. Il martèle dans sa tête ses concepts. Et Léo s’en nourrit, affamé.

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Published by jean-rumain
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