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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 21:06

 

Les enseignants du Lycée Jean Moulin de Béziers ont réagi suite à la mort tragique de leur collègue, légitimement, ils manifestent leur indignation après les propos de Luc Chatel :

« Luc Chatel a menti, elle [Lise] n'était pas suivie médicalement, ni fragile, mais consciencieuse, compétente, aimant son travail et courageuse.
Nous comptons sur Vous tous.
Merci de diffuser ce mail à toutes vos connaissances afin d'alerter l'opinion, pour que l'éducation nationale ne devienne pas France-telecom...
Merci »

 

Sur le sens d'un suicide par immolation et sur la psychologisation cynique, je me permets de rapporter ici le billet que j'avais écrit au sujet de l'immolation à France Telecom :

Nouveau suicide chez France Telecom. Il a eu lieu sur le parking de l'agence de Mérignac. C'est une immolation. Et certains de s'interroger sur la signification de ce geste, de s'en remettre à une enquête sur les antécédents de la victime.

Nul doute que pour ceux-là, il serait préférable que Rémy L. ait connu une enfance traumatisante, des cures psychiatriques ou quelques suicides dans son entourage proche. Cela permettrait de diluer la responsabilité de la direction et de l'Etat actionnaire (27 %). Et puis, c'est bien dans l'air du temps de psychologiser à outrance les manifestations de colère ou de détresse, de les vider de leur contenu politique ; cela dispense de revoir les orientations économiques et managériales élaborées pour garantir les meilleurs profits immédiats. D'ailleurs on parle de "malaise", euphémisme relayé à tout va et centré sur les seuls salariés, quand il faudrait parler de crise sans précédent, de violence institutionnelle et de harcèlement au travail.

Si la signification d'un suicide est en général problématique (son auteur n'étant plus là pour l'orienter et l'arrêter), le choix de s'immoler, de surcroît sur son lieu de travail, laisse en revanche peu de place au doute. Quand bien même on dépisterait a posteriori une pathologie dépressive, le suicidé reste ici à l'entière origine de son acte, souverain dans le choix des modalités de réalisation. Si, cette fois, il n'y a pas de lettre explicitant le geste, c'est que la mise en scène est suffisamment parlante. Choisir parmi cent lieux le cadre professionnel, désigner parmi cent témoins ses collègues de travail, arrêter parmi cent méthodes celle du feu, cela suffit à donner du sens.

Je voudrais ici commenter plus spécialement l'immolation. Trois analyses qui devraient nous guider dans la compréhension de ce geste, dans l'élucidation de sa signification :

- Avec le feu, il s'agit de détruire en premier lieu la peau dans son entier, l'enveloppe corporelle, c'est-à-dire ce qui préserve notre apparence et constitue notre identité physique. La méthode met donc directement en cause le rapport à l'autre social et la question de l'image. De l'immolation, il ne reste rien ; même le rituel de l'enterrement, nécessaire à la communauté, est entamé. Le feu est de toutes les méthodes la plus radicale, celle qui laisse le moins de traces. Il a donc une vertu purificatrice qui explique que ce soit le type de mort imposé dans certaines cultures afin de racheter une faute. Mais cela ne suffit pas. Totalement destructeur, le feu invite du même coup à une complète reconstruction, à l'élaboration d'un ordre nouveau. C'est pourquoi on rencontre ce type de suicide dans des contextes politiques d'oppression extrême où l'individu est absolument nié, je pense par exemple à Tchich Quang Duc (Saïgon, 1963), Jan Palach (Prague, 1969), ou au jeune chômeur tunisien Mohammed Bouaziz. On notera au passage que pour ceux-là, on ne s'est pas inquiété de leurs antécédents psychologiques.

- Ensuite une immolation est un moyen particulièrement violent, du fait que la mort n'est pas subite ; ce n'est donc pas un suicide qui serait prioritairement chargé de couper court à des souffrances, puisqu'au contraire il les porte à leur paroxysme et les théâtralise.C'est à ce titre que l'immolation est jugée plus courageuse que d'autres morts, et qu'elle confère parfois une certaine exemplarité à celui ou celle qui s'y est soumis. C'est pourquoi aussi on la retrouve dans des contextes fanatiques.

- Enfin, c'est un des rares cas de suicide quasi public ; le plus souvent, on met fin à ses jours dans le secret de sa conscience, à l'abri des regards, à l'insu de l'entourage. On s'assure dans la plus grande solitude. On sait bien le caractère profondément subversif d'un tel geste. Mais l'immolation implique le plus souvent qu'on soit à l'extérieur, en terrain dégagé. En devenant torche vivante, on devient, faute de précautions, un danger pour les autres.C'est un moyen susceptible de déborder la personne, et un moyen spectaculaire. Comme dans beaucoup de suicides, il y a une part de mise en scène hautement significative, mais si dans la plupart des cas on s'adresse à ceux qui découvriront le corps post mortem, avec le feu, on les convoque pour assister à la mort. Participation obligée de l'entourage, mise en place d'un phénomène d'identification qui fait de l'homme une victime sacrificielle.

Pour toutes ces raisons, ce suicide par immolation ne saurait être lu autrement que comme un acte politique violemment protestataire ; en mettant de cette façon fin à ses jours, Rémy L. indique d'une part la persistance d'une politique d'oppression et de sacrifice des individus, d'autre part que les dirigeants de France Telecom (et autres monstres du marché) ne sauraient se contenter d'adoucir leurs méthodes de management ("plan anti-stress", audit RH, questionnaires aux salariés, incitations à la mobilité...), mais doivent revoir de fond en comble les objectifs mêmes de leur politique.

(Source : commentaires in http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-waeselynck/161011/elle-etait-suivie-medicalement-fragile)

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Communiqué de Sud Education de l’Hérault :

Le syndicat SUD-Education de l’Hérault souhaite faire part de la vive émotion suscitée dans l’ensemble de la profession par le suicide de notre collègue dans la cour du Lycée Jean Moulin de Béziers.

SUD adresse d’abord ses condoléances et sa compassion aux proches et à la famille de notre collègue. Notre syndicat se tient aussi aux côtés des personnels et des élèves de l’établissement et de la ville profondément marqués par ce drame.

SUD-Education ne tolère pas les propos du ministre Luc Chatel sur la fragilité psychologique de notre collègue. Lorsqu’un drame de cette nature survient, c’est toujours vers la vie personnelle des intéressés que se tournent le regard des patrons (à Orange, chez Renault, à la SNCF, ...).

Début septembre, Luc Chatel en visite à Béziers s’était "félicité de la qualité de la rentrée à Béziers". Des enseignants, syndiqués, avaient voulu le rencontrer pour lui signifier une réalité bien différente, en particulier à Jean Moulin. Luc Chatel n’a pas daigné les recevoir. Un mépris du ministre qui prend une signification douloureuse aujourd’hui.

Non, notre collègue n’était pas fragile professionnellement !

Pas plus ni moins que la plupart des enseignants confrontés à la pression croissante de la hiérarchie, à la dégradation des conditions de travail, aux détériorations successives du système éducatif, à une destruction programmée de nos métiers avec la suppression de la formation initiale et continue.

Comme l’indique le Parquet de Béziers, le choix qu’elle a fait et le lieu de son suicide montrent bien une réelle souffrance liée à l’exercice de son métier.

Son acte est symboliquement très fort et doit interpeller nos responsables sur les souffrances au travail de toute une profession.

SUD-Education demande qu’une enquête administrative soit diligentée sur place. C’est une des missions de l’Inspection Générale de l’Administration de l’Education Nationale. SUD-Education s’associe et apporte son soutien aux initiatives qui seront prises au niveau local et départemental par les collègues de l’établissement.

SUD- Education 34 demande à la Fédération Nationale SUD-Education de s’associer et d’appeler aux mobilisations nationales qui seront proposées par ces collègues.

 

 

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Published by jean-rumain
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