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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 18:59

 Il était temps qu’on parle des victimes de viol. Elles ont à dire sur la façon dont leur moralité est encore passée au crible en 2012. Elles qui doivent être sans tâche et sans reproche et qui passent la moitié du temps des procès à en justifier.

Le propos n’est pas ici d’adhérer à la « présomption de véracité » de la parole des femmes, récemment évoquée. Force est cependant de constater que les victimes de viol doivent encore systématiquement se défendre d’avoir provoqué ce qui leur est arrivé.

Il s’agit de s’interroger ici sur l’obligation pesant sur les plaignantes d’avoir à montrer pattes blanches et culottes propres, d’avoir à faire la preuve de leurs bonnes mœurs et de leur absence d’envie d’y toucher.

Ce faisant, le débat se déplace et la question n’est plus tant de savoir si l’agresseur a exercé une contrainte ou une violence pour parvenir à ses fins sexuelles mais bien de savoir si la victime a, par son comportement, pu lui laisser penser que le champ était libre.

Des auditions détaillant leur sexualité

La violence et la contrainte ne viennent alors plus que pigmenter (pimenter ?) une situation que la plaignante aurait permis d’installer par, au choix : ses jupes trop courtes, sa facilité à coucher, sa confiance et sa naïveté à suivre un agresseur qu’elle connaissait…

C’est ainsi que le parcours d’une plaignante s’apparente à celui d’une combattante : plein d’embuches et sans gloire.

Elles sont d’abord entendues de façon musclée par les policiers sous couvert de tester leur crédibilité.

S’il est indispensable qu’elles détaillent l’agression, objet de leur accusation, pourquoi doivent-elles répondre sur leur sexualité passée, sur la périodicité de leurs menstruations, sur la date de leur première fois ?

Pourquoi n’y a-t-il pas un dossier de viol sans que soit abordé leur façon de s’habiller ? Pourquoi y a-t-il toujours autant d’auditions détaillant les habitudes de leur sexualité, et la sodomie Madame, vous pratiquez ?

Elles sont 10% à déposer plainte. Et souvent, les plaintes sont classées.

Quand elles parviennent jusqu’au juge d’instruction, leur parole est un peu moins mise en doute. Mais ne pourrait-on pas douter sans maltraiter ?

Ensuite, le juge propose souvent une « correctionnalisation » c’est-à-dire que l’affaire soit jugée devant le tribunal correctionnel car la cour d’assises est trop chère pour les femmes. Si leur affaire n’est pas classée, la voilà donc déclassée.

A l’hôtel, Georges a violé Marine

Pour celles qui maintiennent leur plainte, elles peuvent se retrouver comme Marine, soumises à l’incompréhension d’un magistrat du parquet, dans une cour d’assises de la région parisienne. Un magistrat incapable d’imaginer d’autres vies que la sienne, une vie dans laquelle les filles peuvent se retrouver en danger sans pour autant avoir voulu coucher.

Marine avait 19 ans et vivait chez sa grand-mère, dans un petit appartement dans lequel elle ne pouvait pas inviter une amie, encore moins un amant. Depuis Sarkozy, le hall d’entrée aussi lui était interdit. Alors elle allait à l’hôtel avec ses potes, pour fumer, papoter comme d’autres vont au bistrot ou au café.

Sauf que cette fois là, à l’hôtel, son copain Georges pour qui elle était « une petite sœur » s’est transformé, l’a jetée sur le lit, violée, traînée sous la douche puis a recommencé.

Il a arraché les fils du téléphone quand elle a voulu appeler, a brisé une vitre pour l’impressionner, a cassé le rideau de douche en s’y prenant les pieds. Puis il s’est endormi. Ça fatigue de violer. Alors Marine est partie, en pleurs, a parlé au réceptionniste qui l’a vue terrorisée, a appelé son petit ami et a été au commissariat déposer une main courante.

Le lendemain, elle s’est présentée aux unités médico-judiciaires de l’hôpital : le médecin a constaté dix ecchymoses sur le haut du corps, soit des preuves d’agression. Il a noté aussi une irritation au niveau de la vulve.

« Pourquoi tu m’as fait ça ? »

Georges a été interpellé dix jours plus tard. Pendant ce temps là, eux qui s’appelaient tous les jours, ne se sont plus téléphoné, juste un sms :

« Pourquoi tu m’as fait ça ? »

Un sms sans retour. Les femmes n’ont jamais la réponse à cette question là : « pourquoi moi ? » S’ils savaient pourquoi, les hommes n’en seraient d’ailleurs pas arrivés là.

Georges, qui vient d’être acquitté d’un autre fait de viol dont il était accusé, a expliqué aux policiers avoir eu une relation sexuelle consentie avec Marine. Placé en détention provisoire, il a finalement été renvoyé devant la cour d’assises durant l’automne 2012.

Marine n’était pas tranquille en arrivant à l’audience. Les femmes violées ne sont plus jamais tranquilles, un œil devant, un œil derrière et pourtant plus un œil vivant. Ses avocates étaient plus confiantes : l’affaire de Marine ne se résume pas à « parole contre parole ».

Elle n’a pas mis des années à parler comme celles qui ont besoin de tellement de temps avant d’exposer à la justice leur corps massacré. Et puis, il n’y a pas que Marine qui parle pour elle. Son certificat médical est « parlant », la chambre d’hôtel parle comme la scène de crime qu’elle est, la téléphonie « parle » puisqu’ils ne se parlent plus, son état psychique, brutalement dégradé, parle aussi. On appelle ça des preuves.

Il suspecte Marine d’être une perverse

Cela n’a pourtant pas suffit à Monsieur l’avocat général. Il pense que Marine a consenti puis a regretté, a eu du mal à assumer et a déposé plainte pour se racheter. Il suspecte donc Marine d’être une perverse que personne d’autre n’aurait détectée.

Monsieur l’avocat général doute des femmes, de leur parole, de leur capacité de nuire si elles n’ont pas été aimées, de leur incapacité d’aimer pour une nuit seulement comme seul doit pouvoir le faire Don Juan

Il a requis l’acquittement et Marine s’est sentie démolie.

Rien ne permet de comprendre les motivations restées obscures de l’avocat général. La faute à l’aléa judiciaire diront certains. La faute, surtout, à ce qu’un représentant de la société se permette de mettre en cause la moralité d’une plaignante face à tant de preuves accumulées.

Affaire classée

Georges a été condamné. Evidemment. A dix ans. Marine a donc été entendue par la cour après avoir été maltraitée par celui qui représente la société. La société française en 2012 présuppose-t-elle que les femmes provoquent le crime et que les hommes ne puissent pas y résister ?

Ont-elles donc raison de déposer plainte ? Elles font bien. Pour nous, pour la société. Pour elles, c’est une autre histoire.

Quant à la société, plutôt que de s’interroger sur le regard qu’elle porte sur les victimes de viol, elle prend exemple sur l’institution judiciaire : elle consacre une journée à la violence faite aux femmes, chaque 25 novembre, et ensuite, « affaire classée ».

(Source texte : rue89)

 

En 2010 la lutte contre les violences faites aux femmes était déclarée grande cause nationale...

Deux ans plus tard, le constat reste amer : ces violences continuent d’exister. Le procès des viols collectifs sur deux jeunes filles dans le Val de Marne s’est conclu par la relaxe d’une majorité des prévenus et des peines légères pour les prévenus reconnus coupables.

Quelques mois plus tôt, le conseil constitutionnel (les fameux « sages ») avait abrogé la loi contre le harcèlement sexuel.

Avec comme conséquence directe d’invalider toutes les plaintes en cours...

Ainsi, tous les dossiers déposés pour des faits de harcèlement sexuel qui se sont déroulés avant mai 2012 sont classés sans suite.

Une honte !


Depuis, une nouvelle loi contre le harcèlement sexuel a été votée en août dernier, autrement plus intéressante.

Mais elle ne règle pas tout : quotidiennes, les violences faites aux femmes prennent de nombreuses et différentes formes allant du sexisme ordinaire, comme les insultes et/ou les blagues dénigrantes à répétition, aux violences qui portent directement atteintes à l’intégrité physique (mains baladeuses, gifles, coups, viols, prostitution, mutilations, meurtres…). Elles peuvent en apparence sembler différentes tant, dans nos sociétés, le sexisme ordinaire est massif et légitimé par les médias, les publicités… Ces violences sont l’une des nombreuses expressions de la domination masculine, dans sa forme la plus ultime.

Le travail est également un lieu où s’exercent les violences sexuelles.

L’enquête INSEE (Cadre de vie et sécurité, réalisée en 2007) montre que 4,7 % des viols et 25 % des agressions sexuelles dont sont victimes les femmes se produisent sur le lieu du travail.

Ces violences ont évidemment des conséquences pour les femmes salariées. _
Soit parce qu’elles se déroulent sur le lieu de travail (comme le harcèlement), soit parce qu’elles provoquent des absences au travail (violences conjugales) qui s’avèrent souvent pénalisantes : de la salariée convoquée à un entretien de licenciement pour absences injustifiées et/ou répétées (salariée battue, séquestrée...), à celle qui prend un congé longue maladie suite aux avances répétées du supérieur hiérarchique... Les entreprises et administrations doivent donc agir pour protéger, accompagner ces salariées, et prévenir contre les comportements sexistes.

Les militantes et militants de l’Union syndicale Solidaires seront vigilants et actifs pour que cessent ces violences, en soutenant les victimes et en intervenant auprès des hiérarchiques.

La journée du 25 novembre permet de mettre en avant violences et inégalités auxquelles sont confrontées les femmes. Mais pour y mettre fin, la lutte pour une véritable égalité des droits entre les femmes et les hommes se doit d’être quotidienne.

Parce que la honte doit changer de camp, l’Union syndicale Solidaires appelle à manifester le 25 novembre partout où des cortèges sont organisés.

(Communiqué de SOLIDAIRES)

 

Shame on YOU

 (Shame on you. Collage sur toile, 80 x 120 cm)

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Published by jean-rumain
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