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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 17:14

 

Water makes money est un film réalisé par Leslie Franke et Herdolor Lorenz, 2010. L’eau n’est-elle pas un bien commun qui par nature doit être géré publiquement ? De fait, nulle part dans le monde ne circulent dans les mêmes tuyaux, des eaux distinctes, de fournisseurs concurrents. Un marché semble dans ce domaine impossible. Pourtant les firmes capitalistes tentent aujourd’hui de privatiser ce service vital. Si l’approvisionnement en eau dans le monde dépend encore à 80% du secteur public, en France, les compagnies Veolia et Suez, sous le couvert du « Partenariat Public-Privé » fournissent l’eau de 8 citoyens sur 10 et tentent d’accroître leur influence dans le monde entier. Frappant à la porte des communes désargentées, elles ont obtenu leurs marchés en faisant mine d’acquitter un un droit d’entrée, couvert en réalité par le renchérissement du prix de l’eau, renchérissement qui s’accompagne d’une diminution de la qualité et d’une indifférence aux problèmes sanitaires et environnementaux. Les compagnies n’ont par exemple pas intérêt à entretenir correctement les canalisations puisque l’eau perdue leur est de toute façon payée et qu’il est bien plus « économique » de rajouter du chlore plutôt que de traiter la ressource de manière raisonnée. A Toulouse, Suez rechigne ainsi à s’occuper des fuites, mais envisage de remplir la nappe phréatique avec l’eau polluée de la Garone ! A Bordeaux, la firme s’assurait une rentabilité de 29% en truquant sa comptabilité et en surévaluant ses charges – ce qui a tout de même conduit la communauté urbaine à demander la restitution de 233 millions d’euros de surprofits.
Cette inépuisable « source » financière génère naturellement, sa corruption, ses abus de pouvoir et ses « affaires », comme celle d’Alain Carignon à Grenoble. D’autant que les passerelles sont nombreuses entre les firmes capitalistes et les emplois publics : Stéphane Richard, auparavant chef de Veolia Transport, est depuis 2007 directeur de cabinet au ministère de l’économie et des finances. Le PDG de Veolia, Henri Proglio, entretient des liens très amicaux avec Rachida Dati, la ministre de la Justice, ce qui lui procure un excellent contact direct avec le gouvernement Sarkozy/ Fillon. Dominique de Villepin, Premier ministre entre 2005 et 2007, a pantouflé chez Veolia comme conseiller international. Sylvain de Forges, directeur financier de Veolia depuis 2003, est en même temps PDG de l’Agence France Trésor, l’organe du Ministère des Finances chargé de la gestion du patrimoine et des dettes de l’État. Rainier d’Haussonville, l’actuel directeur de Veolia pour les Affaires européennes, a été jusqu’en 2004 chef du Secrétariat général des affaires européennes au Ministère des Affaires étrangères, avant d’être nommé Conseiller aux affaires économiques européennes dans le Cabinet du Premier Ministre (2005-2007). Le politologue Gérard Le Gall, conseiller du premier ministre Jospin pour les sondages d’opinion, a quitté son poste à l’université en juin 2004 pour rejoindre Suez. Jean-Pierre Denis, chef de Dalkia, le pôle Énergie de Veolia-Environnement, après avoir démissionné de son poste de secrétaire général adjoint de l’Elysée, est resté conseiller de Jacques Chirac. Avant la dernière élection présidentielle de 2007, Entre 1998 et 2002 Éric Besson a été à la tête de la Fondation Vivendi (aujourd’hui Veolia). Le PDG de Suez, Yves Thibault de Silguy est ancien commissaire européen. Joachim Bitterlich, vice-président exécutif de Veolia, fut pendant 11ans un collaborateur très proche du chancelier Helmut Kohl.
Il ne faut donc pas s’étonner si en 2009, le porte parole de la commission européenne en charge de l’eau ose déclarer que l’eau est une marchandise comme les autres ou si, cette même année, le 5ième « forum mondial » de l’eau (instance créée par Véolia, Suez, la Banque Mondiale et l’ONU qui est d’abord un rassemblement de lobbyistes) s’emploie à vanter les partenariats public/privé… Mais le vrai visage de la privatisation se révèle au Kenya où l’eau a été augmentée de 40% suite à la mainmise de véolia (qui voulait en outre faire licencier 3000 techniciens kenyans pour les remplacer – à un prix plus élevé ! – par une quarantaine d’expatriés) ou en Uruguay où Suez a voulu multiplier le prix de l’eau par 8. Mais malgré le silence médiatique (assez naturel, compte tenu du contrôle exercé par les deux firmes sur les médias), la situation évolue. Suez a finalement été chassé d’Uruguay d’Argentine et de Bolivie. Partout dans le monde, la tendance à la remunicipalisation de l’eau se dessine. En Italie, le référendum d’initiative populaire a tout récemment contesté la volonté de privatisation de l’eau voulue par Berlusconi. En France, de nombreuses communes tentent, comme Paris, de revenir à une gestion publique. L’enjeu est actuel car de nombreux contrats arrivent à terme et permettent le retour au service public. Alors agissons, interpellons nos édiles et chassons les voleurs d’eau !

 

  
 
 
 
 

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Published by jean-rumain - dans Vidéo
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