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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:08

 

Merci à Daniel Calin pour avoir relayé ce nécessaire coup de gueule d’un rééducateur.


"À l'attention des collègues, des collègues spécialisés psychologues scolaires, maîtres E et G des Réseaux d'Aides aux Elèves en Difficulté (RASED)

Manifestement, beaucoup de choses sont jouées depuis longtemps quant à la volonté de V. PEILLON et son équipe par rapport aux RASED. En période électorale, ils dénoncèrent les attaques du précédent pouvoir.
Mais, nous l'avions tous noté, rien de clair ne se dessinait en termes de propositions concrètes, le flou régnait. Voire, lors de plusieurs interventions PEILLON ou JULLIARD, leur méconnaissance feinte ou réelle des RASED laissait pantois. Tout indiquait qu'ils étaient porteurs d'un projet dans lequel ce dispositif n'existait pas.

Ce "projet pour l'école" est désormais dévoilé.

Aucune place n'est "réservée" aux RASED à l'exception d'une porte de sortie avec l'histoire du "plus de maîtres que de classes".

Tous en classe puisque, comme disait la rapporteuse du Comité de pilotage "Refondons l'école" Mme MONS, lorsqu'on sort les élèves en difficulté de la classe, ils s'en trouvent "complètement perdus au bout du compte". Sur quoi s'étayaient les propos de cette universitaire en sociologie ? Mystère… sans doute sur une prémonition : les conclusions de la tournée éclair des IGEN la troisième semaine d'octobre ! Ou plus sûrement sur sa connaissance des mesures concrètes projetées par ses amis pour les mois à venir.

Nous comprenons bien que Mme MONS énonce non à titre d'hypothèse mais à titre d'évidence l'inutilité future et passée des RASED. Non seulement les RASED n'ont plus leur place pour donner une chance aux élèves en difficulté, mais de surcroît les actions conduites ont été nuisibles "au bout du compte". Chacun appréciera ici :
- la violence des propos qui balaient en quelques "idées" simplifiantes le sens et le bien fondé de toute action spécialisée,
- le sort déjà réglé des RASED, avant même la pseudo évaluation amorcée quelques jours après l'émission du 6 octobre.

Tout cela semble donc cousu de fil blanc : le "plus de maîtres que de classes " a toujours impliqué "l'absorption budgétaire" des maîtres spécialisés, par tous ceux qui l'ont promu, quels qu'ils soient. Ce "plus de maîtres…" (qui concernera bien sûr un "nombre limité de classes"... à peu près le nombre de spécialisés restants ?) résonne agréablement en termes de communication.




Nous revivons exactement la même situation qu'en 2008 et l'annonce Darcos de suppression en trois ans de tous les personnels RASED : un pouvoir sûr de son fait, ignorant et/ou méprisant nos pratiques, arrondit le budget sur le dos des plus faibles. L'enrobage est différent. À l'époque l'A.P. se substituait aux RASED, désormais ce sera le "plus de maîtres…" et les devoirs réalisés en classe entière entre 15h30 et 16h30, comme l'a annoncé le 19/10 V. PEILLON. Deux mesures qui… prêtent à rire et à révolte tout pédagogue un tant soit peu averti des réalités d'une classe, des réalités de la grande difficulté scolaire. Comme je l'écrivais à l'attention de X. Darcos, des arguments ou des stratégies qui "sonnent" bien autour de la machine à café mais résistent à l'évidence du terrain.

Comme à l'époque Darcos/Chatel, nous devons affirmer nos identités professionnelles, dénoncer la mascarade. Placer un maître spécialisé en surnuméraire, dans une classe consiste à lui ôter toutes ses spécificités professionnelles en matière d'aide à l'élève en difficulté et à nier la diversité des difficultés scolaires qui exigent des traitements différenciés.
C'est vrai pour les maîtres E dont les techniques reposent sur la dynamique refondatrice d'un groupe restreint, c'est vrai pour les maîtres G dont aucune des stratégies professionnelles ne saurait s'exercer dans la classe. À nous de développer ces vérités, nous y sommes bien entraînés depuis des mois et des mois. Nous l'avons d'ailleurs tellement explicité que l'ignorance de V. PEILLON et autres décideurs ne saurait être crédible.

Quant à nos chances de réussite, quant aux soutiens que nous allons obtenir auprès des collègues, des syndicats, des fédérations de parents, des élus ? Comme ces dernières années, ils seront proportionnels à la portée, à la violence de nos attaques, tout particulièrement autour de l'inadéquation totale, évidente entre le "plus de maîtres que de classes" et les actions des maîtres spécialisés RASED.


Pour info précise :

1. 6 octobre 2012, transcription littérale des propos de Nathalie Mons, rapporteuse Comité "Refondons l'école", émission Rue des Écoles, France Culture, :
" … mettre en place des pédagogies qui sont autres, par exemple du suivi d'élèves en difficulté dans la classe alors que jusqu'à maintenant on les sortait de la classe et donc ils étaient complètement perdus au bout du compte."

2. 14 octobre 2012, transcription littérale des propos de V. Peillon, émission Tous politiques, France Inter
" … des RASED nous en avons déjà recréé une centaines de postes sur les mille qu'on avait là, là je veux qu'on organise mieux le "plus de maîtres que de classes" qui a été évoqué par Maryline Baumard tout à l'heure, puisque ce sera de l'aide à l'intérieur de la classe avec les missions des RASED. J'ai demandé une mission de réflexion, ce sera au menu des discussions avec les organisations représentatives des personnels "

3. 18 et 19 octobre 2012 : la "mission de réflexion" : enquête des IGEN auprès de quelques RASED au niveau national (très peu, a priori), conclusions à remettre début novembre
".

(Je remercie le collègue rééducateur pour n’avoir pas séparé les collègues E, G et psy)

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:50

 

La Commission européenne pousse à privatiser l’eau

La privatisation des services de l’eau, notamment en Grèce et au Portugal, est l’une des conditions imposées dans le cadre des plans de sauvetage. Cette privatisation est vivement encouragée par la Commission européenne. Ce qu’elle reconnait explicitement dans un courrier fin septembre adressé à une large coalition de mouvements citoyens qui l’a interpellée sur le sujet. La privatisation des services hydriques peut « contribuer à la réduction de la dette (…), accroît les performances des entreprises, et, par extension, la compétitivité de l’économie, en rendant attractifs les investissements directs étrangers », répond une haut fonctionnaire de la Direction générale des Affaires économiques et financières de la Commission.

En adoptant cette position, la Commission européenne enfreint des articles clés du Traité de l’Union européenne prévoyant sa neutralité concernant le régime de la propriété des services de l’eau. Dans une 2° lettre, la société civile exige de la Commission qu’elle mette un terme à toutes les pressions visant à imposer la privatisation des services de l’eau. « La Commission pousse à la privatisation sans prendre en compte le fait que celle-ci n’a pas donné les résultats escomptés que ce soit en Europe ou dans le monde ».

Les organisations relèvent les différentes expériences de re-municipalisation des services de l’eau, souvent plus « compétitives » pour le consommateur qu’une gestion privée, l’adoption d’une loi en 2004 aux Pays-Bas interdisant la privatisation de l’eau, et la précision de la Cour constitutionnelle italienne selon laquelle toute législation tendant à privatiser des services publics serait déclarée anticonstitutionnelle. Cette attitude, accusent les organisations, « montre bien que la Commission a perdu le contact avec la réalité et que ses arguments, purement idéologiques, ne reposent sur aucun fait avéré ».

Une pétition contre la privatisation de l’eau en Grèce est EN LIGNE.

 

(source texte : bastamag.net)

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:40

 

Pour l’abolition du régime d’exception applicable aux « gens du voyage » : le Syndicat de la magistrature écrit à Manuel Valls

 Monsieur le ministre de l’Intérieur,

 Alors que la loi du 16 juillet 1912 vient de passer le siècle, n’est-il pas temps d’en finir avec un régime discriminatoire qui déshonore la République ?

Inspirée de considérations raciales et traduisant une volonté de surveillance policière, cette loi avait imposé le carnet anthropométrique d’identité pour les « nomades », lesquels ont été victimes des crimes contre l’Humanité commis pendant la seconde guerre mondiale.

La loi du 3 janvier 1969 relative à l’exercice des activités ambulantes et au régime applicable aux personnes circulant en France sans domicile ni résidence fixe, dites « gens du voyage », assouplissait ce régime, mais maintenait un dispositif dérogatoire au droit commun, notamment en substituant aux carnets anthropométriques des titres de circulation.

Le 5 octobre 2012, le Conseil constitutionnel a censuré certaines des dispositions relatives à ces titres et la nécessité de justifier de trois ans de rattachement ininterrompu à la même commune pour l’inscription sur la liste électorale. Sont ainsi abrogés les carnets de circulation, que devaient posséder les personnes circulant plus de six mois dans l’année sans domicile fixe et sans revenus réguliers. Ces personnes n’ont plus à faire viser un carnet tous les trois mois et ne sont plus passibles d’une peine d’emprisonnement en cas de manquement. Elles ne peuvent bien sûr plus être placées en garde à vue pour ce motif. Elles demeurent toutefois assujetties à un livret de circulation et elles ont l’obligation d’être rattachées à une commune. Concernant les droits civiques, le délai nécessaire à l’inscription sur les listes électorales est ramené de trois ans à six mois, comme pour les autres citoyens, mais les gens du voyage restent une catégorie d’électeurs à part puisque leur nombre est limité par la loi à 3% de la population de la commune de rattachement.

Cette décision du Conseil constitutionnel est positive en ce qu’elle sanctionne les violations les plus criantes des droits et libertés des gens du voyage.

Mais les dispositions de la loi de 1969 qui subsistent ont pour effet d’éloigner les gens du voyage des dispositifs et services auxquels chacun doit pouvoir accéder et imposent des contraintes inutiles. Elles sont les dernières traces honteuses d’une époque où cette partie de la population était assimilée à des « étrangers et asociaux indésirables ». Aucun argument raisonnable, et certainement pas la volonté d’exercer une étroite surveillance, ne peut justifier la persistance de telles inégalités. Les gens du voyage ne peuvent pas demeurer, pour la République, des citoyens de seconde zone.

Il appartient maintenant au pouvoir politique de rendre la dignité à tous les citoyens en appliquant le droit commun aux gens du voyage.

Il est temps de se conformer aux décisions des instances internationales, du Comité Européen des Droits Sociaux, de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité... Il est plus que temps de tourner le dos au discours ignoble de Grenoble, de cesser de stigmatiser les gens du voyage et de concrétiser la promesse d’égalité républicaine pour tous dont la gauche a toujours été porteuse.

À cet égard, nous nous souvenons que le chef du gouvernement auquel vous appartenez avait signé le 15 décembre 2010, alors qu’il était dans l’opposition parlementaire, une proposition de loi portant abrogation totale de la loi de 1969.

Le Syndicat de la magistrature vous demande, par la présente lettre rendue publique compte tenu des enjeux, de ne pas attendre davantage pour mettre fin à cet indigne régime d’exception.

Nous vous prions de croire, Monsieur le ministre de l’Intérieur, en l’expression de notre parfaite considération.

Pour le Syndicat de la magistrature,

Matthieu Bonduelle, président

cul de sac

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:30

 

Depuis la place des Droits de l'Homme à Evry (91), les jeunes majeurs s'adressent à François Hollande.

Monsieur le Président de la République,

Nous lançons symboliquement cet appel de la place des Droits de l’Homme d'Évry, dans la ville de votre ministre de l’intérieur. Manuel Valls annonce une circulaire de régularisation qui va décider du destin de plusieurs milliers d’entre nous.

Nous sommes des citoyens, des adultes, des jeunes et des vieux, de ceux qui refusent de se taire quand se commet l’injustice.

Nous sommes d’anciens lycéens sans papiers, aujourd’hui français ou en situation régulière.

Nous sommes des jeunes, des jeunes comme tous les autres, filles et garçons, nous sommes scolarisés et nous avons les désirs et les rêves de notre âge.

Notre présent est ici. D’une façon ou d’une autre, nous y aurons aussi notre avenir.

Nous sommes comme tous les jeunes, et pourtant, tout nous sépare d’eux : des lois, des lois absurdes et injustes font de nous des transparents, des exclus, des hors-la-loi. Les hasards de notre naissance, pas toujours heureux, ceux de nos courtes vies, font qu’à 18 ans, à l’âge où nos copains s’inscrivent sur les listes électorales, passent leur permis, tombent amoureux, nous nous retrouvons sans papiers, sans avenir, notre jeunesse volée!

Nous vous avons demandé de nous recevoir. En vain. Nous vous avons invité aujourd'hui. Si vous aviez répondu à cette invitation, vous auriez rencontré les anciens lycéens que les gouvernements précédents voulaient expulser et que la solidarité de leurs camarades a sauvé. Vous les auriez entendus témoigner de ce qu’ils sont aujourd’hui, aide-soignante, cadre, plombier, assistante de vie, ingénieur. Français pour beaucoup, parents pour certains … et comme nous, vous auriez été fiers de ce qu’ils sont.

 

Monsieur le président, vous avez déclaré vouloir faire de la jeunesse une priorité de votre quinquennat. Il faut passer à l’acte.

 

La circulaire que vous préparez doit régulariser les jeunes scolarisés sans papiers. Leur donner une chance, c’est aussi donner la chance à la société de les accueillir. C’est un geste important pour eux. C’est aussi un geste important pour toute la jeunesse, la génération la plus métissée que ce pays ait jamais connue. Les jeunes verront dans cette décision la reconnaissance de ce qu’ils sont.

Nous, lycéens aujourd’hui sans papiers,

Nous adultes jeunes et moins jeunes ayant été lycéens sans papiers, devenus citoyens français pour certains, appelés à le devenir pour d'autres, parents ou futurs parents d’enfants français, membres de plein droit de la société,

Nous, élèves, étudiants, enseignants, parents d’élèves, citoyens engagés, artistes, élus, la multitude qui empêche que ces jeunes soient expulsés.

Nous avons arraché la régularisation de leurs aînés et nous arracherons la leur.

Nous proclamons sur cette place des droits de l’Homme que les jeunes majeurs scolarisés ou qui l'ont été, les mineurs aujourd'hui isolés, tous ces jeunes, quelle que soit leur nationalité actuelle, sont légitimes ici.

Ils y ont leur présent et leur avenir. Ils doivent être régularisés.

 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 14:21

 

IBM, Thales, Clinatec : un filet global de capteurs électroniques, des outils informatiques pour traiter des myriades de données, un laboratoire pour « nous mettre des nanos dans la tête ».

Nous entrons dans la société de contrainte. Au-delà de ce que la loi, les normes sociales et la force brute ont toujours imposé ou interdit aux sans-pouvoir, des innovations issues de l’informatique et des statistiques, des nano et neurotechnologies, des super-calculateurs et de l’imagerie médicale, permettent bientôt la possession et le pilotage de l’homme-machine dans le monde-machine. La gestion de flux et stocks d’objets au lieu de la perpétuelle répression des sujets : macro-pilotage d’ensemble et micro-pilotage individuel. Voilà ce que montre ce livre à travers des cas concrets et leurs effets voulus autant qu’inéluctables. De ces exemples d’un mouvement général, il ressort : que la possession est l’état de ceux que gouverne une puissance étrangère (neuroélectronique), qui les prive de leur libre-arbitre et en fait l’instrument de sa volonté ; que la guerre est une violence destinée à contraindre autrui à faire nos volontés ; que la technologie est la continuation de la guerre, c’est-à-dire de la politique, par d’autres moyens ; que l’innovation accélère sans fin le progrès de la tyrannie technologique. Que nul ne peut s’opposer à l’ordre établi ni au cours des choses, sans d’abord s’opposer à l’accélération technologique.

 

Que nous réserve notre avenir technologique ? La question s'invite, avec de plus en plus d'acuité, à l'ordre du jour des grands sujets de débat démocratique. Pourtant, il est possible d'émettre, sinon des regrets, à tout le moins des réserves sur la faiblesse des espaces réservés à de tels débats. Les logiques à l'œuvre sont extrêmement puissantes. Dans le monde entier, les gouvernements financent massivement la recherche et le développement (R & D) d'une pléthore de technologies, plus diverses les unes que les autres. Il est difficile, à la fois, de prendre la mesure de la prolifération de ces technologies dans notre quotidien (songeons ainsi aux smartphones et autres tablettes, à la géolocalisation ou encore à la biométrie) et d'anticiper les composants exacts de la déferlante qui s'annonce. Or, face à ces logiques qui rendent les nouvelles technologies incontournables, d'une manière ou d'une autre, la sensibilité de nos sociétés à ces questions reste lacunaire ; ainsi, à l'exception de crises sanitaires liées à de nouvelles pratiques industrielles, jamais les technologies émergentes n'ont constitué un enjeu central de campagne électorale.

En outre, les débats menés à ce jour semblent hypertrophiés par leur aspect spéculatif. D'un côté, les grands programmes de financement de la recherche s'assortissent souvent de visions d'un futur où un environnement hyper-technologisé viendrait pallier/suppléer/compléter/améliorer/transcender (biffer la mention inutile) les limites inhérentes à la condition humaine et inscrites dans notre modèle social. Ces discours glorieux suscitent des contre-discours, à l'exact opposé, qui dépeignent un futur glauque, celui d'une servitude généralisée de l'homme à la technologie. Les sociétés de demain y sont placées sous la coupe, à la fois de groupes industriels animés par la recherche de profit, et d'autorités gouvernementales complaisantes, voire corrompues. Le physicien et philosophe des sciences Etienne Klein, dans un ouvrage récent consacré aux nanotechnologies, évoque les figures du « technoprophète » et du « techno sceptique » pour renvoyer dos-à-dos ces deux discours, diamétralement opposés, mais qui se rejoignent sur l'horizon révolutionnaire des nouvelles technologies.

Le collectif Pièces et main-d’œuvre (P & MO), dont émane l'ouvrage L'industrie de la contrainte, est régulièrement invoqué dans la seconde catégorie - celle des « techno sceptiques » dont l'objet social serait de repeindre en noir les grandes allégories rose bonbon, émises par ceux-là même que le collectif appelle le « techno gratin », soit un mélange d'autorités municipales et d'élites scientifiques et industrielles, intimement mêlées. Il faut admettre que cet ouvrage, rédigé par Frédéric Gaillard en cheville avec P & MO, est loin de l'optimisme béat du premier technophile venu. L'auteur, tout comme la plupart des membres du collectif, provient de la région grenobloise ou les consortiums dédiés à l'innovation technologique et la R & D de pointe fleurissent à vive allure. Il en résulte une tonalité forcément critique et localement située des évolutions auxquelles les auteurs sont confrontés au quotidien. L'industrie de la contrainte est-il un ouvrage sceptique ? Sans doute, si par « sceptique » on entend la pratique méthodique d'un doute.

Frédéric Gaillard et P & MO entreprennent, en effet, de déconstruire systématiquement les discours des firmes industrielles les plus influentes dans le domaine de la technologie avancée. Ainsi, IBM multiplie les campagnes de publicité au bénéfice des nombreux « environnements intelligents », qui ont pour fonction de mesurer, d’ordonner des systèmes complexes d'informations, afin d'en extraire des principes rationnels de gestion et d'organisation. C'est une approche presque métaphysique du « Réseau », selon laquelle tous les êtres et toutes les choses de ce monde sont autant de composants d'un seul et même réseau qu'il s'agit de perfectionner, de « rendre intelligent » (p. 18). Les auteurs de l'essai y perçoivent une velléité totalitaire, une vision à la fois englobante (tout et tous doivent y être inclus) et réductrice (n'y sont incluses que des entités réduites au rôle de partie du tout) du monde qui nous entoure, et de notre société en particulier.

Ils devinent, dans ce programme « planète intelligente » pilotés par la firme IBM, une intention de contrôle et de gestion rationnelle des populations (cf. p. 27), une « volonté de supprimer les freins à l'efficacité : les imprévus et l'inconnu ». À l'appui de leurs dires, ils mentionnent des extraits de citation, de communiqués de presse, de dépliants publicitaires ou de site internet, souvent éloquents. Ils démontrent la force de persuasion mise en branle par une pléthore de moyens techniques (sites internet, partenariats avec titres de presse, jeux vidéos, etc.), dont le but est d'emporter l'adhésion quant à un projet technologique qui s'avère être un véritable projet de société. En ce sens, ce que P & MO et Frédéric Gaillard identifient, c'est une véritable propagande, au sens où Jacques Ellul l'entendait, c'est-à-dire : une révélation politique, soit une représentation claire des faits (un système d'interprétation des événements) ; la méthode généralisée du mot d'ordre, c'est-à-dire d'une stratégie combative, autre mot pour le contemporain "volontariste" (nous voulons faire advenir ce futur technologique) ; la participation à l'action (il faut emporter la conviction et s'assurer du concours actif d’un public cible).

Le deuxième cas abordé dans L'industrie de la contrainte est sans conteste le plus inquiétant et le plus convaincant. La première partie permet de laisser à IBM le bénéfice du doute ; quelles sont exactement les intentions du groupe ? Il est possible de contester l'interprétation qu'en donnent Frédéric Gaillard et P & MO, par exemple dans l’hypothèse où les engagements de cette industrie en faveur du développement durable seraient jugés sincères.

 En revanche, la seconde partie traite d'un système intégré de surveillance et de contrôle de la population, nommé Hypervisor.

Le nom de ce programme, à lui seul, évoque les aspirations sécuritaires de cet ensemble de technologies, composé à l'avenant de caméras omniprésentes, de capteurs électroniques et autres puces RFID… Ce sont ici des technologies de sécurité qui font florès sur les salons de technologie policière et militaire. Si, un tel salon existe ! S’y échangent des technologies de surveillance et de sécurité étatiques de pointe : il a pour doux nom Milipol, et pour objet social « la sécurité intérieure des États ». L’édition 2010 (sur laquelle s’attardent les auteurs) avait lieu au Quatar, l’édition 2011 vient de se tenir à Paris, Porte de Versailles (avec pas loin de 900 exposants).

Enfin, le troisième et dernier cas dont traite l'ouvrage est sans doute le moins convaincant, c'est celui qui cherche à démontrer que les implants cérébraux visent à prendre le contrôle de nos neurones. Les neurosciences, avec l'appui des nanotechnologies, entendent développer des technologies de diagnostic et de traitement biomédicales, à l'interface avec le cerveau. Rassemblés sous l'égide de Clinatec - encore un nom sorti tout droit d'un mauvais thriller -, ces ensembles de technologies entendent parvenir, dans un futur encore indéterminé, à traiter les maladies liées à la dégénérescence des neurones, telles que les maladies d'Alzheimer ou Parkinson. Pour PM & O, c'est la porte ouverte à la convergence des technologies (selon l'acronyme bien connu NBIC, pour nano-, bio-, info- et cogno-technologies) et au contrôle de l'esprit, de la pensée par les « neuropoliciers » (p. 104). L'argumentaire semble faire un peu rapidement droit à la possibilité même d'un tel contrôle. Là où, en revanche, la critique porte, c'est lorsque les investissements colossaux sont rapportés aux véritables bénéfices qui peuvent en résulter, sur le plan de la santé et, surtout, sur la conception de la santé qui est ainsi promue et mise en œuvre par les autorités publiques (cf. 99-102).

 

En bref, la perspective développée par Frédéric Gaillard et PM & O est ouvertement critique, à n'en pas douter. Elle propose une mise en récit des développements technologiques en cours, certes, mais une mise en récit documentée : nombreuses sont les sources primaires collectées par les auteurs de L'industrie de la contrainte, permettant au lecteur qui le souhaiterait de remonter la filière de leurs arguments et de les contester, le cas échéant. En outre, la réflexion a le mérite d'être formulée en termes de « projet de société » – registre devenu très rare quand il concerne l'innovation technologique. Ainsi, la société que dessinent ces ensembles de technologies, pour Frédéric Gaillard et P & MO, c'est une société de la « contrainte », c'est-à-dire une société faite « d'entraves à la liberté d'action », exercées par la violence et/ou la règle sociale, morale, obligatoire (p. 9). On peut juger le propos excessif (il l'est d'ailleurs parfois, sans doute, comme à l’occasion des analogies induites avec le nationalisme nazi, pp. 34-37), mais au moins il engage à un questionnement sur les enjeux politiques du développement technologique. Libre au détracteur de démonter, arguments à l'appui, les thèses soutenues par les auteurs de L'industrie de la contrainte. En attendant, elles ont le mérite d'ouvrir des espaces de débats qui sont rares, trop rares, sur les finalités et les bénéficiaires des logiques d'innovation et de R & D actuellement mises en place. Et donc de contribuer au débat démocratique.

(sources texte : lectures.revues.org  & piecestemaindoeuvre.com)

 

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 18:18
 9 juillet bis 004
 
Ce film de 6’40 min a été réalisé en 1975 par Jules Celma en complément de son livre Journal d'un éducastreur.
Il s'adresse particulièrement aux ratés, aux timides, aux obsédés, à tous les électeurs, à tous les militants, à tous les dégénérés artistes, cultivistes et marchands, à tous les animateurs, professeurs, instituteurs et autres emmerdeurs, à tous ceux qui ont honte de se masturber, à monsieur le ministre de l'éducastrons nationale, aux pédachiottes, à maman.
 
37 ans après, on trouve encore à l’école les mêmes réponses sécuritaires face à la souffrance des enfants, les mêmes rapports de soumission.
Alertez 005
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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 18:39

 

Les perles scolaires sont célèbres, pourtant, il existe dans l’administration policière quelques monuments qu’il serait dommage d’ignorer plus longtemps.

C’est au sein de la police et de la gendarmerie que des internautes malicieux ont enquêté afin de nous proposer un florilège de bon aloi.

Les constats d’accident de voiture riches en humour involontaire.

Commençons par un « soudain, la voiture recula pour mieux avancer »…suivi par un logique « ce mur avançait à grand pas vers le véhicule » ? Puis, peut-être juste après, du « ayant perdu les deux bras, le conducteur faisait de grands signes pour attirer l’attention des autres automobilistes ».

On ne dira jamais assez les dangers que représentent les murs : « c’est à l’intersection de 2 routes que le mur à violemment heurté la voiture ».

Mais les murs ne sont pas toujours responsables des pires accidents, la plupart du temps les voitures n’ont pas besoin de leur aide pour se percuter, ce qui a permis à un gendarme de rédiger un cartésien : « il est à noter que les 2 véhicules sont entrés en collision l’un avec l’autre exactement le même jour ».

Lorsque l’accident prend une tournure plus tragique, on a pu découvrir dans un constat un terrible : « le cadavre ne semblait pas en possession de toutes ses facultés »… complété par un « la tête ne lui tenait plus que par la peau du derrière » suivi par cette lapalissade : « l’accident qui avait provoqué sa mort était bien un accident mortel »…ou : « très gravement brûlée, elle s’est éteinte pendant son transport à l’hôpital » et quid de cette affirmation : « mort sur le coup, l’homme avait déjà été victime d’un accident identique l’an dernier ».

La mort de certains soulèvent d’ailleurs pas mal d’interrogations : « l’homme s’est pendu après s’être tranché la gorge ».

Un gendarme a tout de même noté cette incohérence : « percé de plusieurs balles, le cadavre flottait quand même dans la rivière ».

Mais parfois, fort heureusement, l’accident ne se solde que par un peu de tôle froissée, et fatalement, le conducteur interrogé semblant avoir absorbé des produits illicites, comme l’a observé ce gendarme : « le plaignant visiblement en état d’ébriété prétendait s’appeler Jésus, et signa le formulaire d’une croix »…puis quelques instants après, ce constat : « ses explications étaient si embrouillées que nous avons dû le relâcher, faute d’avoir la preuve que nous pouvions comprendre ses explications » ou du « ses papiers, même s’ils étaient faux, étaient parfaitement en règle ».

L’histoire ne dit pas s’il s’agit du même dont un policier déclare : « ivre au milieu de la rue principale du village, l’homme nous a traités de sales flics, ignorant que nous étions des agents de police » ou de celui-ci : « comme il devait être pris en charge au plus vite par un asile d’aliénés, il a été conduit au poste de police ».

Parfois un constat peut nous plonger dans un abime de perplexité : « le pendu est mort noyé » ou bien : « si la fenêtre du bureau n’avait pas été ouverte, elle aurait été fermée, ce qui lui aurait permis de s’enfuir » et le très cocasse : « l’infraction fut constatée par la police 2 jours après qu’elle n’ait lieu » qui n’a rien à envier au : « pour sortir, il est clair que l’homme avait dû d’abord entrer ».

Un autre conducteur eut un comportement étrange relevé par la police : « après avoir enfilé deux sens interdits, l’homme s’en est pris à la conductrice » ou de celui-ci dont la gendarmerie finit par rédiger un « ses explications ne nous paraissant pas très claires, nous avons sommé l’homme de parler français sous peine d’amende ».

Et puis bien sur, il y a les agressions et fatalement les interrogatoires qui s’en suivent : « pour finir, l’interpelé avoua le vol ainsi que quelques autres meurtres »…ça doit être le même pour lequel un gendarme écrivit : « le motif du vol était le meurtre »…concluant par une phrase capable de plonger n’importe qui dans un abime de perplexité : « selon ses dires, l’homme est mort vers 16h35 ».

Les interrogatoires tournent parfois à l’étrange : « pendant tout l’interrogatoire, l’homme n’a cessé de nous dévisager avec ses propres yeux »… « Maitrisés par nos soins, l’homme s’est enfui à toutes jambes, malgré sa jambe artificielle qui s’était décrochée »… « L’homme a juste eu le temps de déposer sa plainte sur le bureau avant de s’écrouler devant nos yeux qui n’ont rien compris ».

D’autres, comme celui qui suit, n’ont pu être entendus : « un violent coup de marteau l’avait cloué au lit depuis 2 jours ».

Heureusement, d’autres sont prêts à tout dire : « interrogé par nos soins, l’homme a alors menacé de nous répondre si on continuait à l’interroger ».

Finissons par les disputes de couples : « l’homme qui était aussi sourd que son épouse, ne semblait pas s’entendre très bien avec elle ».

On connait le profond sens de la déduction de nos pandores, surtout lorsque l’on découvre cette réflexion : « quand nous lui avons demandé de s’expliquer, l’homme a souri comme un coupable ».

Par contre, certains supportent très bien les interrogatoires : « c’est alors que le suspect a eu l’audace de s’endormir pendant que nous l’interrogions ».

Certains suspects utilisent des méthodes limites pour tenter d’impressionner les forces de l’ordre : « le suspect nous a alors menacé en fronçant les sourcils »…ou : « sous le coup de la colère, l’homme mangea une pomme en ricanant ».

Il y a aussi ceux qui, malgré tout, s’en tirent sans la moindre condamnation : « le récidiviste n’avait jamais rien eu à se reprocher » d’autant que les gendarmes ajoutaient : « nous avons donc pu constater qu’il n’y avait rien à constater ».

Et puis il y a les disparitions : « la disparition de l’enfant a été signalée par ses parents des son retour », les viols : « si les policiers n’étaient pas rapidement intervenus, le viol n’aurait sûrement jamais eu lieu »…d’autres ont moins de chance : « n’ayant pu abuser de la jeune femme, il la viola sauvagement ».

Sans transition, évoquons ces histoires de trous de balles : « les 2 trous de balles étaient parfaitement groupés ensemble » ou « le trou de balle était si gros que nous avons pu y mettre 2 doigts ».

Profitons en pour évoquer ce constat lucide fait par un gendarme : « toutes les entrées de la femme étant verrouillées, les deux cambrioleurs la pénétrèrent par l’arrière ».

Les interrogatoires sont aussi l’occasion de quelques morceaux de bravoure : « le suspect s’est alors décidé à passer aux aveux sans même qu’on ait à le frapper »…

D’autres ont été moins chanceux : « dès que l’homme fut abattu, nous avons pu procéder à son interrogatoire ».

Certaines déclarations sont pourtant sujettes à caution : « le défunt a formellement reconnu son agresseur » suivies de celle-ci : « personne n’ayant donné les ordres nécessaires, il n’était pas difficile d’y obéir » en concluant par « c’est la pluie qui empêcha le policier de s’apercevoir qu’il neigeait ».

Pour d’autres, il n’y a plus de doutes, et certains sont de véritables Sherlock Holmes : « les 9 coups de couteau sur le cou et le visage laissaient croire à une mort qui n’était pas naturelle ».

Et comment ne pas être admiratif devant le pouvoir de déduction de ces gendarmes : « non seulement la mère n’est pas morte, comme le prétendent ses enfants, mais il a même été prouvé qu’elle était en vie ».

Mais le problème avec les suspects, c’est qu’il leur arrive de trahir la vérité, comme l’a remarqué ce policier : « l’homme nous raconta toute la vérité qui n’était qu’un tissus de mensonge ».

Heureusement la justice immanente est là : « l’homme niant toute culpabilité, nous l’avons arrêté »…ce qui provoque parfois de la part du suspect des réactions regrettables : « quand le contrevenant a crié : « espèce de gros con ! » dans son dos, le brigadier de service a aussitôt cru se reconnaître et a verbalisé ».

 

Mais au-delà de ces péripéties de nature à faire sourire, d’autres réalités sont moins roses : à Aulnay-Sous-Bois suite à un contrôle de police musclé début 2012, une jeune de 25 ans, qui souffrait d’une mal formation cardiaque, à trouvé la mort!!

La récente dissolution de la BAC Nord marseillaise est la pour nous rappeler que tout n’est pas exemplaire dans cette administration, d’autant que Dominique Baudis remettait le 25 juin 2012 à François Hollande, un rapport dans lequel on découvrait que les plaintes concernant les bavures avaient augmenté de 96%.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 18:32

 

Tordères, petite commune autogérée des Pyrénées, entretien avec Maya Lesné.

 

Avec 180 habitants, le petit village de Tordères dans les Pyrénées Orientales s’est fait connaître pour son fonctionnement municipal inhabituel : le pouvoir y est aux villageois, et la démocratie, participative. Une expérience d’autogestion discrète mais bien rodée. Interview de la mairesse porte-voix, Maya Lesné.

Tordères est connu pour sa démocratie participative. Comment le projet et l’équipe municipale se sont-ils constitués ?

 

Aux dernières élections, le maire sortant en avait ras la casquette, et le précédent (qui était resté 14 ans à la mairie), plutôt procédurier et bétonneur, voulait y retourner. On a alors organisé une grande réunion publique, ouverte à tous, même aux enfants et aux ados. On n’a pas réfléchi à qui était de droite, qui était de gauche, même s’il faut bien avouer que la majorité du village vote à gauche. Nous voulions d’abord décider ensemble de ce que nous souhaitions défendre et ensuite déterminer qui serait candidat, disposé à défendre le bien commun et pas ses propres intérêts.

Très vite, des idées essentielles se sont imposées, quant à la constitution de la liste et au fonctionnement de l’équipe municipale :
1. Que la population soit toujours impliquée dans les décisions du conseil municipal.
2. Que la liste ne soit pas exclusivement composée de notables ni de retraités (qui ont souvent soit le temps, soit l’argent – voire les deux), mais de « gens normaux » : hommes et femmes à parts égales, de tous âges, sans exclure les chômeurs, les précaires ni les personnes arrivant de l’étranger.

Comment se sont déroulées les élections ?

Des 20 personnes retenues, seules 11 se sont finalement présentées, afin de pouvoir faire face à la liste adverse malgré le panachage électoral. Nous avons obtenu 86 voix contre 20. Au final, la moyenne d’âge se situe autour de la quarantaine, ce qui n’est pas sans poser problème : beaucoup ont des activités, une famille, alors que la participation au Conseil prend du temps et de l’énergie. J’ai été désignée comme mairesse, tout simplement parce que j’étais au chômage à l’époque et que j’avais donc plus de temps. Il faut aussi dire que je suis assez grande gueule... L’important étant que ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous.

Quelles priorités pour le village ?

« On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste… » C’est l’esprit de notre programme. Plus concrètement, nous avons défini quatre axes primordiaux :
1. Maintenir l’école coûte que coûte. C’est la condition sine qua non pour que le village vive (le quart de la population a moins de 18 ans !), même si ça représente la moitié du budget.
2. Maintenir les emplois municipaux, également coûte que coûte (secrétaire de mairie et employé polyvalent).
3. Entreprendre une grande réflexion sur l’urbanisme, pour réagir à la forte pression foncière venant de Perpignan. En incluant la protection des zones agricoles et naturelles.
4. Continuer à bien vivre ensemble.

Comment les habitants participent-ils à la prise de décision ?

Pour le premier conseil municipal, nous avons envoyé une lettre aux habitants : tous pouvaient s’inscrire dans les commissions municipales et extra-municipales de leur choix. Finalement, parce que c’était trop restrictif et figé, nous avons encore plus ouvert : tous les habitants du village, enfants et adultes confondus, peuvent à tout moment participer à n’importe quelle commission.

Il existe 5 commissions municipales : Travaux, Environnement et Agriculture, Finances, Affaires sociales, Urbanisme. Certaines d’entre elles sont extra-municipales, dont « Tordères en fête », tout à fait intergénérationnelle : de 4 à 90 ans...

Les commissions ont-elles un rôle réel ?

Oui, les trois quarts des décisions fondamentales se prennent là, dans les commissions, qui se tiennent plus ou moins fréquemment. Les décisions ne sont pas actées si la participation est trop faible (en deçà de 5). Dans ce cas, elles sont mises en attente. « Ça ne vous intéresse plus, alors on en reparlera quand nous serons à nouveau mobilisés. » Il n’est pas question de décider à la place de tous. Si l’on nous dit : « C’est aux élus de faire le boulot ! », je réponds : « C’est mieux qu’on s’y mette tous ! » Il est plus sain de prendre une décision à plusieurs, même si c’est plus long, même si le préfet nous engueule à cause des délais. Et puis, il faut bien avouer que cette façon de faire heurte les habitudes des habitants !

Comment s’articulent commissions et conseil municipal ?

Prenons l’exemple de la Commission Travaux, qui remporte un franc succès. Les habitants se réunissent par rue, ou par « quartier ». C’est à eux de lister les problèmes qu’ils rencontrent et d’envisager les solutions (par exemple, mettre du goudron ou de la terre battue…).

Nous, au conseil municipal, on se contente de chercher le pognon et de voir si c’est jouable, en faisant faire des devis, en recueillant des avis d’experts. Ensuite, on présente ce dossier aux habitants, et c’est eux qui décident. Après tout, c’est leurs impôts, c’est à eux de trancher, et tous sont bien conscients des limites financières.

Il est souvent difficile de comprendre le fonctionnement d’un budget municipal…

Il faut reconnaître que la Commission Finances n’a aucun succès. Les gens ne se sentent pas compétents. Pourtant, comprendre le budget de la commune, et son fonctionnement, est primordial. Cette transmission de la gestion administrative et comptable de la commune à la nouvelle équipe est assurée à 80% par le ou la secrétaire de mairie, bien plus que par l’ancien maire. Sans leur compétence, nous serions démunis.

Trop souvent, à l’échelle de la commune, de la ComCom, du département, les budgets et les questions « délicates » font l’objet de réunions officieuses, où l’on débat, questionne, se met d’accord. Puis, au conseil, dans les réunions ouvertes au public, les décisions sont votées en deux minutes. Elles demeurent incompréhensibles pour les non-initiés, ce qui est à mon sens dramatique.

Il n’y a pas d’essoufflement de la participation, sur la longueur ?

Le problème de ce système est lié à l’usure de l’engagement. Une fois passée l’euphorie des débuts, la participation baisse. Il faut aller tous les jours chercher les habitants pour qu’ils participent, ce qui est plus fatigant que flatteur (même si cela témoigne aussi de la confiance faite aux membres du conseil).

Au début, certains ont également redouté « l’attaque des balançoires », c’est-à-dire la participation des plus jeunes aux décisions municipales. Ce qui a poussé ces adultes à s’engager davantage… Et c’est un sacré exercice de transmettre l’information à la fois aux adultes et aux jeunes. Mais cette transmission nous semble primordiale : il faut que les mômes s’emparent de l’histoire de leur village. Même s’ils sont, par nature, un peu conservateurs…

Est-ce compliqué d’être mairesse dans ces conditions ?

En fait, ce fonctionnement est trois fois plus fastoche pour le maire, et gratifiant. C’est vrai que tu es parfois amené à soutenir le projet des autres. Mais tu peux démissionner si ces derniers vont vraiment à l’encontre de ta façon de voir. C’est ce que je ferais si j’étais confrontée à cette situation. Un maire peut se sentir un peu seul ; il doit (ré)apprendre la discussion, la confiance, la discrétion, parce qu’il y a des moments que tu ne partages ni avec le conseil ni avec les commissions, des moments qui te plongent dans l’intimité des familles. Le premier à être appelé, en cas d’événements graves, ce n’est plus le curé, c’est le maire. On pénètre parfois un espace secret, qui doit le rester. Mais cet isolement n’est pas problématique si l’on aime le dialogue et son village.

Votre village fonctionne de façon très collective. Ce qui n’est pas d’usage à l’extérieur…

C’est là que les choses se corsent, à la préfecture, à la ComCom, dans des réunions qui prennent beaucoup de temps et d’énergie. Tu es alors vraiment seul : le fonctionnement n’est plus collectif, comme au village, mais individuel, fait de rapports de force. Quand, en plus, tu es une nana, et jeune, tu t’en ramasses plein la tronche. Dans ce cas, savoir que le village est derrière toi, que tu défends ses décisions, ça donne des forces.

Peux-tu nous donner un exemple d’un combat mené par Tordères ?

Nous avons eu un sacré bras de fer avec le préfet quant au plan de prévention des risques incendies. Tordères est en zone rouge : les assurances sont très élevées (ce qui entraîne une injuste « sélection » sociale) et, si ta maison brûle, tu ne peux pas la reconstruire ! Sans compter que la commune était censée réaliser des travaux délirants vu son budget. À un moment, si l’État prescrit, l’État paye – ou devrait le faire ! Le préfet pensait nous mettre la pression village par village. Mais nous avons monté un collectif, d’abord au sein de la Comcom des Aspres, qui a hérité avec la Résistance d’une forte solidarité. Le collectif compte maintenant 50 mairies et fait tache d’huile dans tout le Midi. Face à ce plan décidé par un technocrate à deux balles, nous demandons une réflexion nationale.

Et qu’en est-il du projet d’éoliennes sur votre territoire ?

C’était un projet de la ComCom. Les grosses communes étaient pour… mais lorsqu’il a été question des petites communes, ça a été une autre histoire ! Nous ne sommes pas contre l’éolien ou le solaire, au contraire. Nous aurions même pu faire abstraction de la dégradation visuelle. Mais nous ne voulions pas d’un projet qui nous était imposé, en toute opacité, avec en lice des grosses boîtes comme Suez et Areva, où l’énergie produite n’était pas réinjectée dans la commune. Le bras de fer a duré deux ans, mais nous avons fini par gagner : le projet a été abandonné.

 

Un dernier mot ?

 

Il est fondamental de se donner d’autres idées, d’autres envies, d’autres manières de faire, en regardant notamment ce qui se passe à Marinaleda, un village d’Andalousie.

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 18:20

 

Les organisations syndicales françaises CFDT, CGT, FSU, Solidaires et Unsa s’inscrivent avec l’ensemble du syndicalisme européen dans la journée d’action et de solidarité de la Confédération européenne des syndicats le 14 novembre 2012 pour la l’emploi et la solidarité en Europe.

Elles expriment leur ferme opposition aux mesures d’austérité qui font plonger l’Europe dans la stagnation économique, voire la récession. Ces mesures, loin de rétablir la confiance ne font qu’aggraver les déséquilibres et créer des injustices.

Elles mettent à mal le modèle social européen mis en cause par la concurrence et parfois le dumping dans les domaines de la fiscalité, du coût du travail et des conditions sociales.

En France c’est un nombre de chômeurs qui ne cesse de croître depuis 17 mois avec encore une hausse record en septembre. La précarité s’accroît, des millions de salariés n’accèdent à l’emploi qu’en CDD pour des durées de plus en plus courtes, les plans de licenciements se multiplient. 11 millions de personnes sont touchées par l’exclusion ou la pauvreté dont de nombreux retraités. Les salaires dans le privé et le public stagnent.

Les traitements de choc infligés aux travailleurs notamment en Grèce, en Espagne et au Portugal, montrent l’impasse de politiques qui conduisent à la destruction des droits sociaux.. La cohésion sociale, le dialogue social et le respect des valeurs garanties par la Charte des droits fondamentaux sont mis en cause. Cette situation est insupportable et menace la construction européenne elle-même.

En s’amplifiant, la crise économique et sociale accroît fortement les inégalités entre les travailleurs européens et met en cause les droits de tous. L’Europe doit bâtir ses politiques sur la solidarité et garantir les moyens du progrès social. La journée de mobilisation du 14 novembre permettra aux travailleurs de toute l’Europe d’agir, ensemble et solidairement, pour des conditions de travail et de vie décentes. Cela implique :
• une véritable coordination des politiques économiques et des mesures de solidarité concrètes avec les pays les plus en difficulté en intégrant systématiquement la dimension sociale aux décisions européennes ;
• la négociation d’un « Contrat social » revendiqué par la CES au niveau européen, incluant des mesures mettant fin à la concurrence sociale entre les Etats, en instaurant des standards sociaux européens, en particulier un salaire minimum dans chaque pays ;
• des mesures de relance au plan européen afin de renouer avec une croissance durable et favoriser l’emploi ;

Les organisations syndicales CFDT, CGT, FSU, Solidaires et Unsa décident de faire du 14 novembre une grande journée de mobilisation interprofessionnelle rassemblant les salariés du privé et du public, les retraités et les chômeurs pour manifester leur volonté de voir apporter des réponses concrètes aux difficultés que vivent tous les travailleurs en France et en Europe et en solidarité avec les travailleurs espagnols, portugais et grecs. Elles appellent partout en France à manifester selon des modalités permettant la participation la plus large.


 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 18:43

 

Le prix Nobel de la paix est  destiné à honorer ceux qui se battent année après année, sans fléchir, sans compromission, pour la paix, les droits humains, l'aide humanitaire. La liberté. En cette sinistre année 2012, le choix s’est porté sur l’Union Européenne. Dans la même semaine, en Grèce, des militants antifascistes sont « torturés par la police ».

 

Quinze personnes arrêtées à Athènes ont dit avoir été sujet à ce que leur avocat décrit comme une humiliation du type « Abu Ghraib ».

Quinze manifestants antifascistes arrêtés à Athènes lors d’un affrontement avec des partisans du parti néo-nazi Aube Dorée ont rapporté qu’ils avaient été torturés à la Direction générale de la police de l’Attique (GADA) – l’équivalent Athénien de Scotland Yard.

Plusieurs des manifestants arrêtés après la première manifestation le dimanche 30 Septembre ont déclaré au Guardian avoir été giflés et frappés par un officier de police pendant que cinq ou six autres regardaient. Ceux-ci leur crachaient dessus et les utilisaient comme cendrier parce qu’ils puaient. Ils disent par ailleurs avoir été maintenus éveillés toute la nuit à l’aide de torches et de lasers pointés vers leurs yeux.

Certains ont rapporté avoir été brûlés sur les bras à l’aide d’un briquet. Les officiers de police les filmaient sur leurs téléphones, menaçant de publier ces images sur internet et de donner leur adresse de résidence à l’Aube Dorée.

La popularité de l’Aube Dorée explose depuis les élections du mois de juin au cours desquelles ce parti avait remporté 18 sièges au parlement. Il est récemment arrivé troisième dans plusieurs sondages derrière Nouvelle Démocratie et Syriza.

Le mois dernier, le Guardian rapportait que la police conseillait à des victimes de faire appel à l’Aube Dorée, des victimes qui se sentaient alors obligées de faire des donations au groupe néo-nazi.

Une des deux femmes détenues a rapporté avoir été l’objet d’insultes très dures de la part des policiers, qui lui tiraient la tête en arrière quand elle essayait de ne pas être filmée. Les manifestants ont déclaré qu’ils avaient été privés d’eau potable et d’accès à un avocat pendant 19 heures. Nous avions tellement soif que nous buvions l’eau des toilettes a-t-elle confié.

Un homme blessé à la tête et au bras durant son arrestation assure que la police continuait à le taper et lui refusait tout traitement médical jusqu’au lendemain matin. Un autre manifestant affirme que la police lui maintenait les jambes écartées et le frappait dans les testicules pendant l’arrestation.

Ils m’ont craché dessus et dit que nous mourrions comme nos grands-parents durant la guerre civile a-t-il déclaré.

Un troisième détenu raconte avoir été « tazé » dans la colonne vertébrale alors qu’il tentait de s’enfuir ; la brulure est toujours visible. C’est comme une décharge électrique confie-t-il. Mes jambes étaient paralysées quelques minutes puis je suis tombé. Ils m’ont menotté derrière le dos et commencé à me frapper dans les côtes, dans la tête. Ils m’ont ensuite ordonné de me lever, mais je ne pouvais pas. Ils m’ont donc tiré par les menottes alors que je me tenais sur les genoux. Ils ont continué à me frapper pendant cinq pâtés de maisons jusqu’à ce qu’on atteigne la voiture de patrouille.

Les militants ont demandé à ce que leurs noms ne soient pas publiés, par peur de représailles de la police ou de l’Aube Dorée.

Un second groupe de manifestants a également dit avoir été torturé à la GADA.

Nous avons tous dû passer devant un officier qui nous a fait nous déshabiller dans le couloir, nous pencher et écarter notre derrière devant tous ceux qui étaient là a confié l’un d’eux au Guardian. Il faisait ce qu’il voulait avec nous – nous gifler, nous frapper, nous dire de ne pas le regarder, de ne pas s’asseoir les jambes croisées. Les autres officiers qui passaient par là ne faisaient strictement rien.

Tout ce qu’on pouvait faire c’était se regarder du coin des yeux pour se donner du courage les uns aux autres. Il nous a laissé là pendant plus de deux heures. Il répondait à son téléphone et disait « Je suis au travail et je les baise, je les baise comme il faut ». En fin de compte seulement quatre d’entre nous ont été inculpés pour avoir résisté à notre arrestation. C’était un jour hors du temps, en plein dans la dictature des colonels

En réponse à ces allégations, Christos Manouras, porte-parole de la police hellénique, a déclaré:

Il n’y a pas eu recours à la force dans GADA. La police grecque enquête en profondeur sur chacun des rapports qui porte sur une utilisation présumée de la violence par la police ; et si l’accusation est fondée, la police prend des mesures disciplinaires correspondantes contre les officiers responsables. Il ne fait aucun doute que la police grecque a toujours respecté les droits de l’homme (…)

La manifestation de dimanche avait eu lieu suite à la vandalisation d’un Centre Communautaire Tanzanien par un groupe de 80 à 100 personnes dans un quartier du centre d’Athènes près d’Aghios Panteleimon, bastion de l’Aube Dorée où de nombreuses attaques contre des migrants ont été recensées.

Selon les manifestants, environ 150 personnes rodaient dans tout le quartier sur des motos en distribuant des tracts. La bagarre a éclaté lorsqu’ont été aperçus deux ou trois hommes munis du T-shirt de l’Aube Dorée à la tête de la parade. C’est alors qu’un nombre important de policiers a immédiatement fondu sur eux, venant des rues environnantes. Manouras:

Au cours de la manifestation, il y a eu des affrontements entre les manifestants et les riverains. La police est intervenue pour empêcher que ça ne dégénère et pour rétablir l’ordre public. Il peut y avoir eu quelques blessures mineures lors des affrontements entre les riverains, les militants, et la police.

Selon Marina Daliani, l’avocate de l’un des 15 détenus, ceux-ci se font fait inculper pour trouble à l’ordre public le visage couvert (ils portaient des casques de moto) et pour infliction de lésions corporelles graves contre deux personnes. Mais, dit-elle, aucune preuve d’un tel préjudice n’a encore été soumise. Les militants ont été relâchés sous caution (3.000 € chacun).

Charis Ladis, l’avocat d’un autre manifestant, assure que les mauvais traitements infligés aux Grecs en garde à vue était quelque chose de rare jusqu’à cette année:

Cette affaire montre qu’une page a été tournée. Jusqu’à présent, il existait une idée commune selon laquelle quelqu’un qui était arrêté, même violemment, serait en sécurité en garde à vue. Mais ces jeunes hommes ont tous dit qu’ils ont vécu un cauchemar.

Pour Dimitris Katsaris, l’avocat de quatre des manifestants, ses clients ont été humiliés d’une manière qui ressemble à celle utilisée à Abou Ghraïb, ce centre de détention où les Irakiens étaient torturés par des soldats américains pendant la guerre en Irak.

Ce n’est pas juste une affaire de brutalité policière du genre de celles dont on entend parler de temps en temps en Europe. C’est ce qui arrive tous les jours. Nous avons des images, nous avons la preuve que c’est cela qui arrive aux gens qui se font arrêter en militant contre la montée du parti néo-nazi en Grèce. C’est le nouveau visage de la police, qui va de pair avec le système judiciaire.

L’un des manifestants arrêtés, un homme calme d’une trentaine d’année:

Les journalistes ici ne parlent pas de ce genre de choses. Vous devez leur dire ce qui arrive, dans ce pays qui a déjà trop souffert du nazisme. Personne n’y prêtera attention sauf si vous en parlez à l’étranger

(Traduction de l’article paru sur le Guardian, traduction par Mehdi ZAAF sur actualutte.com)

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