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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 19:52
 

Poète, internationaliste et communard auteur du chant "l'Internationale". Dessinateur sur étoffes de profession, il participe au coup de feu aux côtés des ouvriers parisiens durant la révolution de 1848. Sous l'Empire, il est à l'origine de la création de la chambre syndicale des dessinateurs, qui adhère ensuite à l'Internationale. Membre de la garde nationale, il prend part aux combats durant le siège de Paris de 1870, puis prend une part active à la Commune de Paris, dont il est élu membre pour le 2ème arrondissement. Il participe aux combats de la Semaine sanglante, puis parvient à s'enfuir en Angleterre.
 
Condamné à mort par contumace, il s'installe aux Etats-Unis d'où il organise la solidarité pour les communards déportés. C'est aussi là-bas qu'il adhère à la franc-maçonnerie, puis au "Socialistic labor party". Après l'amnistie de 1880, il rentre en France où, malgré sa pauvreté, il poursuit la publication de ses poèmes. Mais c'est le texte de « l’Internationnale », écrit en juin 1871 et mis en musique par le lillois Pierre de GEYTER en 1888 qui lui vaudra une renommée mondiale, devenant l'hymne ouvrier que l'on connait. Récupéré un temps par l'Union Soviétique, ce texte magnifique n'en garde pas moins une grande portée libertaire.
Eugène Pottier est mort le 6 novembre 1887.
(source texte : ephemanar)
 
 
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain : (2 fois sur deux airs différents)
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

Couplet 3 :
L’État comprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Refrain

Couplet 4 :
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Couplet 5 :
Les Rois nous saoulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Couplet 6 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

Refrain
 
 
 
 
 
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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 19:16

 

Le site Noir gAzier avait déjà parlé de la famille Alexanian. cette famille d’Arméniens déboutée du droit d’asile, est hébergée par l’Union locale CGT de Tourcoing. Vous trouverez ci dessous un lettre de la petite Liana, l’une des enfant du couple, qui a notamment été distribuée dimanche dans les rues de Paris lors de la grande manif et auprès des responsables politiques rencontrés à cette occasion. Un témoignage fort en émotion.

« Bonjour à vous,

Je me présente, je m’appelle Liana et je vous demande un peu d’attention. J’ai 10 ans et je suis en CM1 à Tourcoing. En 2010, je ne parlais pas français, mais aujourd’hui, mon petit frère de 7 ans et moi nous parlons couramment cette langue. J’ai de très bons résultats à l’école.

C’est parce que ma famille était en danger en Arménie que nous avons dû fuir notre pays. J’y avais ma maison, mon école, mes amis. Et on a dû partir d’un seul coup, à cause de la mafia qui fait la loi. Nous étions vraiment en danger, et c’est toute ma famille qui a dû fuir, mes parents et nous, mais aussi mon oncle et sa famille, et mes deux grands-parents.

Nous avons échangé notre belle maison contre la possibilité de fuir par l’Ukraine. Notre direction c’était la France, parce qu’en Arménie, la France on l’appelle le pays des droits de l’homme. Après avoir connu les foyers d’urgence et le Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile, nous nous sommes retrouvés à la rue. Notre demande a été rejetée et depuis nous attendons les résultats du recours.

Nous avons eu la chance de rencontrer des personnes de la CGT de Tourcoing qui ont pris la responsabilité de nous héberger, alors qu’ils n’ont pas le droit de le faire. Grâce à eux nous avons pu faire connaître notre situation. Aujourd’hui encore, je vis dans les locaux de la CGT, dans un bureau, avec mon petit frère, mes parents et mes grands-parents.

Parfois, je vois que mes parents sont un peu découragés, alors je les encourage, parce que maintenant, je sais que notre vie est ici. Ils sont découragés, parce qu’ils pensaient qu’en France il y avait des lois pour les gens. Depuis, nous apprenons à mieux connaître le pays, et mes parents parlent de mieux en mieux français, et comprennent de mieux en mieux qu’ici aussi, la vie peut être difficile.

Mes grands-parents ne comprennent pas vraiment tout ce qui leur arrive, ils n’auraient jamais pensé quitter leur pays, surtout à leur âge. Ils sont tous les deux malades et moi, je m’inquiète pour eux. J’aimerais bien qu’ils soient mieux logés.

Aujourd’hui mes parents, qui sont syndiqués à la CGT, sont partis manifester à Paris. Nous, on a compris que si les choses peuvent aller mieux en France, si les gens peuvent mieux vivre, cela sera aussi bon pour nous et que, peut-être, on pourra vivre normalement.

Je voudrais terminer ma lettre en vous parlant de quelqu’un que vous connaissez peut-être. Quelqu’un de la CGT m’a fait lire une poésie qui s’appelle L’Affiche Rouge et m’a raconté l’histoire de Missak Manouchian, un Arménien de la CGT qui est mort pour la France. J’ai été très émue de savoir que quelqu’un de mon pays avait immigré en France, comme moi, parce que vivre chez lui était devenu impossible. J’ai su que quand les Allemands l’ont fusillé il avait crié qu’il était mort pour la France. Cela me donne envie de vivre dans ce pays. Alors, si vous avez un peu de pouvoir, si quelqu’un peut comprendre, je voudrais qu’on nous donne la possibilité de vivre. »

(ici et  2 autres articles de Noir gAzier traitant de la situation de cette famille)

 

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 19:01
 
Giuseppe, le SDF qui fait tache dans le Paris branché
 
Le 19 sept 2012
Cela dépasse toute mesure... Absente de Paris il y a une quinzaine de jours pour des raisons familiales, la police sonne à ma porte. Mon fils les reçoit. Deux policiers en civil lui signifient que je dois cesser de prêter ma voiture à Guiseppe pour y mettre des pigeons et que si je continue je vais avoir des ennuis. La voiture de Giuseppe partant régulièrement à la fourrière, ma voiture (une Dyane utilitaire) servait donc depuis quelques temps à abriter quelques heures des pigeons malades, ceci le temps que la "société protectrice des oiseaux des villes" vienne les chercher. Nous avons alors obéis à la police, et il n'y avait plus de pigeons dans ma voiture. Les choses semblaient s'arrêter là.
Cependant, cette nuit, la vitre de ma voiture a été cassée. Ont été volé un sac de 25 kgs de graines pour oiseaux, 10 paquets de brioches, une salade et qq tomates. Uniquement des affaires qui appartenait à Guiseppe. Mes affaires pourtant nombreuses n'ont pas été touchées.
L'étau se resserre autour de Giuseppe et de ceux qui souhaitent l'aider. Je vous demande de partager la vidéo et son histoire le plus possible afin que nous puissions aider Giuseppe à aller au bout de son combat et que nous ne laissions pas ce quartier devenir aussi aseptisé que le veulent certains, qu'ils soient habitants, commerçants ou personnalité politique. Ne laissons pas le monde mettre à l'écart ceux qui ont encore la soif de combattre contre la haine, la méchanceté, la bêtise. Nourrir les oiseaux est un acte profondément humain, y vouer sa vie est un combat. Combattons avec Guiseppe pour un monde plus beau.
(Source : youtube)
  •  
Giuseppe Belvédère vit dans sa voiture depuis deux ans suite à son expulsion d’un logement de la ville de Paris, situé dans le IVe arrondissement.
Aujourd’hui, il risque d’être expulsé de son quartier du fait de l’acharnement des forces de l’ordre à mettre sa voiture, qui est son lieu de vie, à la fourrière.
S’il en est là aujourd’hui, c’est parce qu’il ne s’intègre pas dans le paysage branché de Beaubourg et qu’il nourrit les pigeons, l’animal le plus détesté des Parisiens.
Une vision du monde
J’ai tourné ce film pour tenter de donner à voir et à entendre l’humanité de cet homme, les raisons de son engagement à accomplir la mission qu’il s’est donnée, quels que soient les obstacles qui se dressent sur sa route.
Ce film vous fera entendre le positionnement des habitants, des passants, des commerçants ainsi que la vision de Giuseppe sur notre monde.
JRI (journaliste reporter d’images) à France 2, je connais l’importance de la médiatisation de certaines situations inextricables. C’est en tant que citoyenne que je témoigne.
(source : rue89)
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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 19:17

   

 

 « Nous refusons d’être  nouveau réduits  rien » : depuis l’arrêté d’expulsion ordonné lundi dernier par le Tribunal de Toulouse, les occupants des anciens bâtiments de l’URSSAF situés au 22 rue Demouillet  s’attendent au pire : l’arrivée imminente des cars de police aux aurores blêmes.

Une centaine d’habitants, dont une dizaine de familles et 25 enfants, sont installés depuis un mois dans ces locaux administratifs laissés vides depuis six ans. Cette occupation faisait suite à l’expulsion peu de temps auparavant d’une quarantaine de personnes dont une quinzaine d’enfants d’un ancien bâtiment de l’AFPA, lui aussi « à l’abandon » au 70 allées des Demoiselles.

Le « Centre social autogéré » de la rue Demouillet a permis à ses habitants de « retrouver une stabilité et aux enfants inscrits dans les écoles environnantes de faire une rentrée scolaire normale », argumentent les membres du collectif « Zéro personne à la rue » qui soutient l’action. Une quinzaine d’ateliers en lien avec le quartier se sont mis en place. « Le tout sans subventions ni assistanat social », précise Mouss Mbengue l’un des membres du collectif.

Plutôt que de « faire la guerre aux pauvres, l’État ferait bien de soutenir des solutions innovantes de ce type », argumente le collectif. « Je me souviens des promesses de campagne du maire de Toulouse Pierre Cohen. Il a le droit d’appliquer la loi de réquisition pour éviter que les gens dorment dans la rue. « On aimerait bien qu’une mairie de gauche soit juste de gauche », reprend Mouss MBengue.

Contacté par LibéToulouse le 115, le numéro réservé à l’hébergement d’urgence, affichait complet ce lundi 1er octobre.

La balle est désormais « dans le camp » des pouvoirs publics et de la direction de l’Urssaf. Cette dernière a le pouvoir de demander l’intervention des forces de l’ordre mais « rien ne l’y oblige vraiment », veulent croire les habitants du 22 rue Demouillet…

(source texte : le Jura libertaire)

 

   

 

 

 

 

 

 

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 19:13

 

« Refondation de l’école » : pour SUD éducation, il n’y a pas de consensus à l’issue d’une concertation pipée.

Seule la mobilisation permettra une véritable transformation égalitaire et émancipatrice de l’école.

Rythmes scolaires, contrats d’avenir professeurs, soutien numérique, prévention et sécurité… Tout l’été les annonces unilatérales du gouvernement sur le sujet de l’éducation nationale ont fait écho à la prétendue concertation sur « la refondation de l’école » lancée en grande pompe par Vincent Peillon.

Des semaines durant, parents d’élèves, organisations représentatives des personnels, responsables associatifs, mouvements d’éducation populaire, collectivités locales, milieux économiques ont été occupés à la recherche de la pierre philosophale pendant que, se succédant à la tribune, Ayrault et Peillon enchaînaient les engagements et déclarations politiques sans jamais considérer le travail de tout ce petit monde. Nous dénonçons d’ailleurs le fait que les personnels eux-mêmes aient été les grands absents de cette concertation.

Dernier exemple en date : l’Etat et l’ARF (Association des Régions de France) qui signent le 12 septembre une déclaration commune qui transfère aux Régions, avec d’autres prérogatives, la carte des formations de l’enseignement professionnel et qui engage la décentralisation du service public d’orientation – ce qui avait été une des rares contre-réformes bloquées par la grande lutte de 2003. Forts du bilan catastrophique de la décentralisation des personnels ouvriers, pour ces personnels et les établissements, nous dénonçons cet accord Etat Régions, et nous opposerons à une nouvelle étape dans le démantèlement du service public d’éducation. Sud éducation a d’ailleurs claqué la porte de l’atelier consacré à la formation et à l’orientation professionnelles.

Associés à un projet qui n’est pas le nôtre, mais prétendument placé sous la bonne étoile de la démocratie participative, nous constatons qu’emporté par sa logique libérale le gouvernement « frappe la monnaie » qui a cours : le démantèlement de l’école publique et la mise au pas de ses personnels ! Tout ceci se fait au nom d’une école de « l’égalité des chances »… A cela nous opposons une école de l’égalité des droits, une école émancipatrice.

Dans le cadre de la prétendue concertation et sur fond d’expulsions massives de roms et de sans-papiers, notamment de jeunes majeurs scolarisés, nous avons souvent constaté que la « refondation » n’avait pas permis de remettre en cause ou même de questionner des volets les plus contestés et les plus nuisibles des contre-réformes de ces dernières années. Dans ces conditions, nous ne nous faisons aucune illusion sur le contenu de la future loi de programmation scolaire, qui doit normalement traduire en acte cette concertation. Dans le même temps, les collègues effectuent la pire rentrée sur le plan des conditions de travail avec 13000 suppressions de postes supplémentaires par rapport à celle de 2011, et des stagiaires toujours placé-e-s dans des conditions impossibles.

Si le gouvernement a changé, ce n’est pas le cas de nos revendications.

Elles restent les mêmes, elles sont publiques : en particulier, une véritable formation sous statut de fonctionnaire stagiaire, la résorption de la précarité par la titularisation sans condition, l’abandon de tout système de fichage…

La fédération SUD éducation ne se définit pas comme un « partenaire social », mais comme un outil de lutte au service des revendications des personnels. Toutefois, elle avait décidé d’être présente aux séances de la concertation nationale pour y porter ses revendications et pour informer les collègues.

A l’issue de cette concertation, après avoir entendu les propositions des un-e-s et les projets des autres, nous tenons à faire savoir sans ambiguïté qu’il n’y a pour nous ni « diagnostic partagé » avec le gouvernement et le patronat sur l’école, ni « consensus » sur la « refondation » du système éducatif.

Seule la construction d’un rapport de force permettra d’imposer des alternatives à l’école du tri social et à l’austérité.

Plus que jamais, dans ces conditions, notre énergie militante sera mobilisée dans les semaines et mois à venir pour construire les luttes pour une autre école, une autre société.

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 18:50

 

On apprend dans article de la Nouvelle République du 28 septembre 2012 que la Fédération des agents économiques (FAE), une association de commerçants de l’hypercentre poitevin, demande depuis plusieurs mois une réunion tripartite avec le maire et le préfet, pour discuter du ““problème” posé par la présence de marginaux en centre-ville“. Claude Lafond, président de l’association (et patron d’une boutique traiteur/cave/vente à emporter nommé “La Petite France”, ça ne s’invente pas), se déclare ainsi ”agacé” du nouveau report de cette réunion qu’il sollicite.

Quelques mots résument bien la problématique de la colonisation marchande du centre-ville : “présence” de “marginaux” en “centre“-ville. Bref, si tu es à la “MARGE”, tu es EXCLU de l’activité économique et de son CENTRE ; si tu n’as rien à vendre, pas même TOI pour un salaire de misère, parce que tu es au chômage par exemple : tu es INDESIRABLE.

Exclus de fait par le cynisme inégalitaire d’une société de marchands qui se targuent de « sourire, disponibilité, conseil, convivialité, écoute… » …”, les pauvres devraient ainsi être privés du dernier espace commun, la rue. Voilà donc l’avis de ces philanthropes commerçants, et de leurs partenaires financiers (ville de Poitiers, communauté d’agglomération de Poitiers, entre autres). Leurs propos immondes sont relayés par la presse locale depuis des années, qui fait une véritable campagne anti-”marginaux” depuis que les pauvres s’organisent, qu’ils occupent le parvis de notre-dame pour revendiquer leur droit à un toit, avant de se faire virer par les flics (et de passer en procès le 9 novembre).

Si tu possèdes un chien, si tu achètes aux commerçants du centre-ville un peu d’alcool, si tu parles un peu trop fort : tu n’as rien à faire en centre-ville, reste chez toi, ici on n’aime pas les témoignages de misère, on n’aime pas les pauvres qu’on a fabriqués. Ah, tu n’as pas de chez-toi ? Apelle le 115, comme dit la mairie, “il n’y a pas de problèmes de logement sur Poitiers”. C’est toujours plein ? Va te faire voir ailleurs qu’en centre-ville, va zoner dans la “marge”, ou tu finiras la nuit au poste.

Le centre-ville est réservé aux citoyens, aux gens décents. Dans “coeur d’agglo”, on file droit à l’ombre des monuments restaurés du pouvoir municipal, des caméras de surveillance des Cordeliers, à l’ombre des enseignes et des sucettes publicitaires. On obéit, on consomme, on vend et on se vend. Et quand on fait la fête, c’est lors des temps culturels organisés par la mairie, avec des spectacles prémâchés. Toujours sous la bienveillante protection des flics, qui contrôlent, arrêtent, harcèlent tous ceux qui ne correspondent pas aux canons de l’intégration, de la soumission.

Les marchands et les politicards ne veulent pas seulement nous soumettre au travail, dans les urnes, ou chez nous devant la télé. Non, nous devons être leurs moutons aussi dans le peu d’espace commun de liberté qui nous reste, la rue, lieu de toutes les rencontres et de tous les possibles. Nous ne devons pas nous rassembler pour porter un message politique de solidarité, sous peine d’être filmés par la police. Ne pas diffuser de journaux ou de tracts alternatifs, sous peine d’être contrôlés. Ne pas revendiquer nos droits à un toit, sous peine d’être embarqués et jugés.

Pour notre part, nous n’attendons pas une réunion officielle avec les chefs de la police nationale ou municipale pour évoquer le problème posé par la présence d’exploiteurs dans l’espace commun. Nous tissons des liens de solidarité entre exploité-e-s, et nous nous organisons. Solidarité, voilà bien un mot étranger au raisonnement des marchands, qui ne conçoivent le “dialogue social” qu’avec des bureaucrates et des flics.

Et en matière de solidarité, nous avons déjà des pistes : le prolétariat sait lui aussi être inventif. Les bourges derrière leur vitrine, prétendant faire la loi sur l’espace commun, le doigt prompt à taper 17 sur le clavier de leur téléphone, devraient faire attention lorsqu’ils affichent publiquement leur haine de classe. Il se pourrait bien que parmi les prolétaires, des méthodes éprouvées depuis longtemps reviennent à la mode. Occupations, piquets de grève, réappropriations, sabotage (refus de produire des produits de qualité), boycott (refus d’acheter certains produits)… Avis aux colonisateurs de nos vies individuelles, de nos solidarités sociales : la rue ne vous appartient pas, nous l’occupons. Et les mauvais coups se rendent, parce qu’on est peut-être pauvres, mais contrairement à vous, on a encore une fierté et une dignité.

Pavillon Noir, 1er octobre 2012

Nous joignons à cet article un communiqué du DAL 86 :

Communiqué du DAL 86

A l’heure où Matignon a décidé, en collaboration avec la ministre du Logement EELV, Cécile Duflot, de mettre en œuvre sans tarder un plan d’urgence pour les sans-abri, à l’heure où les députés, sous l’impulsion du Front de gauche, durcissent la loi sur la réquisition des logements vacants, à Poitiers il est programmé le procès en appel des sans-logis et mal logés qui avaient établi un campement place du marché Notre Dame à partir du 30 mars dernier et qui ont été évacués brutalement par la police du gouvernement sarkoziste sur la demande de la mairie socialiste.

La justice n’a pas été en reste concernant cette criminalisation de la misère. C’est une première nationale concernant les luttes soutenues par le DAL : deux personnes ont été condamnées à deux mois de prison ferme.

L’appel de cette décision indigne aura lieu le 9 novembre 2012 à 9h au palais de Justice de Poitiers.

Un tract de la fédération du Parti socialiste de la Vienne qui circule actuellement prétend que « l’ère Sarkozy est bien finie » et que « le changement voulu par les Français commence à prendre forme ». Cela sera-t-il vérifié à l’issue du procès ?

Réservez dès à présent cette date pour exiger la relaxe des militants. Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de la Fédération Droit au logement a déjà répondu présent.

Nous appelons tous ceux qui veulent défendre le droit au logement et en particulier le droit à un logement pour tous à apporter leur soutien.

DAL86 dal86@free.fr – 06 52 93 54 44 / 05 49 88 94 56
Permanences : tous les samedis matin de 11h à 12h Maison de la Solidarité 22 rue du Pigeon Blanc Poitiers

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 18:46
 
 
 
 
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 18:14

 

« Moi Président, je n’enfermerai pas d’enfant dans les centres de rétention »

 

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que l’interdiction de la rétention des enfants promise par le candidat François Hollande et mise en application, à sa façon, par le ministre Valls montre ses limites.

Deux enfants, l’un de deux mois et demi, l’autre de trois ans et demi sont enfermés avec leurs parents au centre de rétention du Mesnil-Amelot sur ordre du préfet de la Sarthe, Pascal Lelarge. Il s’agit d’une famille afghane qui a fui son pays pour demander l’asile politique. Après 10 mois de marche à pied ils ont rejoint la France. Mais, au cours de leur périple, ils ont été contrôlés en Hongrie, raison pour laquelle le préfet veut les renvoyer vers ce pays en vertu de la procédure dite Dublin 2[1]).

Ils ont été   assignés à résidence. C’est pour ne s’être pas présentée à l’heure et avec leurs bagages au rendez-vous fixé pour l’expulsion qu’ils ont été arrêtés sur leur lieu d’assignation à résidence et enfermés au Mesnil-Amelot. Mais ils sont allés pointer pour plus tard dans la matinée et les jours suivants (sauf une fois le père pour raison médicale).  « Seuls seront dispensées du centre de rétention, les enfants dont les parents se laisseront volontiers expulser » écrivions-nous lors de la publication de la circulaire de Manuel Valls du 6 juillet censée « interdire » la rétention des enfants.  La preuve est faite, et de façon bien sordide.

Le médecin du CRA vient de délivrer des certificats d’incompatibilité avec la rétention aux enfants. Pour l’heure, le ministère n’a pas réagi, ignorant l’intérêt des enfants.

Tout est « normal »  dans cette affaire : le respect des engagements du président de la République, l’âge des enfants emprisonnés, le respect des préconisations médicales et la destination de la famille, l’Afghanistan d’où les troupes françaises sont évacuées parce que trop dangereux d’y rester…

Un recours a été déposé auprès du Tribunal administratif de MELUN pour contester ces décisions contraires aux engagements internationaux de la France. Mais violer les droits des enfants ne suffit pas à la préfecture et au ministère qui mettent actuellement tout en œuvre pour échapper à la justice et expulser cette famille dans les prochaines heures

 

C’est à la dure qu’il faut les élever !

Le ministre de l’Intérieur et ses services ont des conceptions très fermes de l’éducation des tout petits enfants. Qu’on en juge.

Une jeune femme roumaine, a été interpellée il y a trois jours et conduite au CRA du Mesnil-Amelot. Or, elle allaite son enfant de 11 mois. Pas de problème : chez Valls, on pratique le sevrage à la hache. Le lait maternel ? Terminé ! Maman est en prison et le petit, qui, semble-t-il a beaucoup de mal à s’adapter au biberon dans ces conditions spéciales, avec papa.

Le médecin a  délivré un certificat d’incompatibilité avec la rétention ce qui a semble-t-il, conduit la préfecture à la libérer. Mais il n’empêche ! Trois jours d’enfer pour la mère et l’enfant, sous Hollande, c’est normal !

 

 

[1] La procédure dite Dublin 2 prévoit que les demandeurs d’asile doivent déposer leur demande dans le pays européen par lequel ils sont entrés dans l’Union européenne. S’ils changent de pays, ils peuvent être renvoyés vers ce premier pays mais ce n’est pas une obligation, le pays d’accueil, ici la France, ayant toujours la possibilité d’examiner la demande d’asile. 


 (Communiqué de RESF)

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 18:38

 

Éoliennes domestiques : comment les pouvoirs publics encouragent une vaste escroquerie

Méfiance avec les petites éoliennes domestiques ! De plus en plus de particuliers se font arnaquer par des entreprises sans scrupules : installation là où le vent ne souffle pas, promesses de production fantaisistes, risques importants d’endommager les maisons... Ces éoliennes bénéficient pourtant d’un important crédit d’impôt. Les pouvoirs publics, sourds aux avertissements des professionnels de la filière, encouragent actuellement une vaste escroquerie. Au détriment du véritable petit éolien.

« En installant une éolienne à votre domicile, vous pourrez réduire sensiblement votre facture d’électricité » : C’est ainsi qu’Optim’eo, entreprise spécialisée dans les « solutions d’amélioration de la performance énergétique », résume les avantages de ses petits moulins à vent domestiques. Patrice Filly, qui habite à une trentaine de kilomètres de Rennes, a été démarché par l’entreprise au cours de l’été 2011. Il se laisse tenter par les très alléchantes propositions du commercial, qui a même griffonné sur un coin de papier que son client pouvait envisager une économie de 700 euros par an sur sa facture d’électricité ! Las, trois mois après l’installation, les factures n’ont pas bougé. Et le fort sympathique commercial n’est plus joignable.

 

Patrice Filly rejoint ainsi la triste cohorte des arnaqués du petit éolien, de plus en plus nombreux. « Depuis que le crédit d’impôt pour le photovoltaïque a diminué, les entreprises spéculatrices se sont rabattues sur le petit éolien », remarque un conseiller d’un espace Info énergie, mis en place par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et les collectivités locales pour sensibiliser et informer le grand public. « Ils prennent les gens par les bons sentiments : qui peut être contre les énergies renouvelables ? Et puis une petite éolienne, c’est sympathique, c’est pittoresque », poursuit Franck Turlan, du Site expérimental pour le petit éolien national Sepen). À ce capital sympathie, s’ajoute une véritable méconnaissance. « Tout le monde sait ce que sa voiture consomme, et combien cela coûte, en gros, avance Frédéric Boutet, artisan électricien. Mais en matière de production et de consommation d’électricité, les gens n’y connaissent rien. »

Des promesses de production mensongères

Calculs faits, Patrice Filly s’est rendu compte que pour atteindre les 700 euros d’économies promis, il aurait fallu que son éolienne de 700 watts tourne et produise de l’électricité pendant 10 000 heures ! Soit plus que n’en compte une année.

 

 « L’occasion était trop belle. C’était évident. Nous étions quelques-uns à voir venir tout cela. Nous avons tenté de sonner l’alerte, en vain, » tempête Franck Turlan, qui se désole de cette très mauvaise publicité faite à une ressource pourtant prometteuse. « Il y a un vrai gisement pour le petit éolien en France. On pourrait produire des mégaWatts chaque année ! Mais plutôt en milieu rural, dans une zone dégagée, et en plaçant les éoliennes là où souffle le vent, c’est-à-dire assez haut, une vingtaine de mètres environ. » Dans une telle configuration, et avec une machine de 2kW, on peut espérer une production d’environ 3000 kWh par an. Sachant qu’une famille de quatre personnes consomme en moyenne 4000 kWh par an, hors chauffage et eau chaude sanitaire.

Les promesses d’autonomie avec une « éolienne de pignon », comme on les appelle, sont donc de vrais mensonges. « De toute façon, en ville, il n’y a pas assez de vent », résume simplement Jean-Marc Noël, président de l’Association française des professionnels du petit éolien (AFPPE) et ancien professionnel du secteur. « Une étude commandée par la Commission européenne vient même de conclure qu’il n’y a pas de développement possible de l’éolien en ville. Le gisement y est bien trop faible. Il est en plus traversé de turbulences. Et si vous voulez le mesurer, cela coûte plus cher que la machine que l’on installerait éventuellement ensuite. »

15 000 euros pour une éolienne qui ne tourne pas

Les entreprises vendeuses d’éoliennes domestiques démarchent pourtant essentiellement en milieu urbain, dans les banlieues et lotissements, ignorant (ou faignant d’ignorer) ces évaluations... L’entreprise Planetair 35 affirme qu’une petite éolienne peut fournir jusqu’à 10 000 kWh par an ! Et qu’elle produit de l’énergie avec des vents inférieurs à 10 km/h. « A 10 km/h, l’éolienne démarre. Il n’y a donc pas grand-chose en termes d’énergie, rectifie Jean-Marc Noël. Chez les Anglais, qui ont une longueur d’avance sur nous dans le domaine des petites éoliennes, on considère que la vitesse moyenne du vent pour installer une machine doit être de 40 km/h. » Contacté par Basta !, l’entreprise Optim’éo assure n’avoir rien à dire sur le sujet, et que « tout va bien ». Sur la nécessité ou non de faire une évaluation préalable du « gisement » de vent, l’interlocuteur a carrément affirmé : « Il est inutile de faire une étude ». Étude qui risquerait sans doute d’empêcher l’entreprise d’empocher quelques milliers d’euros en vendant une éolienne inutile...

Econhoma, autre société citée par plusieurs particuliers bernés, et partenaire des émissions télévisées D&CO sur M6 ou Tous Ensemble sur TF1 (et même de la fondation Good Planet de Yann Arthus-Bertrand !), n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Nous aurions pourtant aimé savoir comment leur « éco-brigade » s’y prend pour installer des éoliennes qui produisent « de l’électricité gratuite au moindre souffle de vent ». La « gratuité » étant toute relative, puisque les installations coûtent en moyenne 15 000 euros. « Mais cela varie beaucoup selon la tête du client, remarque un conseiller Info énergie. Cela va de 7000 à 19 000 euros, pour le même matériel. » Un témoin rapporte avoir payé 15 000 euros son éolienne qui ne tourne pas. Au bout de 120 mois de traite, avec les intérêts bancaires, elle lui aura coûté… 24 000 euros ! Les banques partenaires des entreprises (Financo, Domofinance, Solféa... ) se sucrant évidemment au passage. Ce type d’éolienne coûte pourtant moins de 1000 euros en sortie d’usine !

Des installations illégales

« Au mieux, ces éoliennes ne marchent pas. Mais au pire, elles s’écrasent », renchérit Jean-Marc Noël, de l’Association française des professionnels du petit éolien. Et emportent avec elles une partie des murs ! « Dans mon bureau des pleurs, j’ai aussi une personne dont une partie du toit a été arrachée. Les murs d’une maison sont faits pour supporter des efforts verticaux et en aucun cas horizontaux ». L’AFPPE déconseille simplement de fixer une éolienne au bâti. « Pour la simple raison que celui-ci n’a pas été conçu pour ça ! »

Ajoutons que nombre de ces éoliennes de pignon sont illégales. Posée sur un mât en deçà de 12 mètres, une éolienne domestique n’a pas besoin de permis. Mais accrochée à une maison, elle doit faire l’objet d’une déclaration préalable auprès de la mairie. Personne ne le fait. C’est même un argument de vente : « Ne nécessite pas de permis de travaux », prétend ainsi le site internet d’Optim’éo. Exit aussi le passage du professionnel qui doit vérifier la conformité de l’installation et du branchement. « Le raccordement au réseau de distribution doit obligatoirement faire l’objet d’une demande de convention d’exploitation auprès du gestionnaire du réseau ERDF, afin de garantir la sécurité des intervenants sur le réseau », précise l’AFPPE.

Malgré tout, ces éoliennes bénéficient d’un crédit d’impôt (jusqu’à 40% du prix d’achat). Un financement public au bénéfice d’entreprises peu recommandables... À côté de ces arnaques, il reste toujours très compliqué de faire installer une éolienne domestique à plus de 12 mètres. Seule garantie, pourtant, qu’elle soit vraiment efficace. Certaines agences régionales de santé demandent des compléments d’infos sur le bruit. L’instruction des permis de construire est longue et fastidieuse. « C’est tout juste si on n’installe pas une centrale nucléaire ! », ironise un artisan du secteur. Le risque est grand que les particuliers perdent confiance dans cette source d’énergie, comme pour le photovoltaïque. La France va-t-elle persévérer dans le non-développement des énergies renouvelables ?

(source texte : bastamag.net)

  

 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 18:22

 

Mediapart s’est procuré l’annuaire des membres du Premier Cercle, le club des grands donateurs de l’UMP. Paradis fiscaux, lobbying des multinationales, influences étrangères, possibles contournements de la loi sur le financement des partis : l’étude de cette liste, éditée en juin 2007 et que l’UMP tient secrète depuis, illustre les liens incestueux entre argent et politique. Révélations.

Ils sont 544, très majoritairement des hommes. Ils sont riches et puissants. Certains sont célèbres, d’autres parfaitement inconnus du grand public. Mais tous ont un point commun : ils faisaient partie en 2007 du Premier Cercle, le club très select des grands donateurs de l’UMP, dont Mediapart s’est procuré l’annuaire. L’étude détaillée de cette liste inédite, que l’UMP tient secrète, comme tous les partis le font avec leurs grands donateurs, révèle autant qu’elle interroge sur le tabou français des liens incestueux entre argent et politique, entre intérêts privés et esprit public.

Éditée en juin 2007, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, elle révèle tout d’abord la surreprésentation de la haute finance, notamment des banques (Goldman Sachs), des fonds d’investissement et des hedge funds, en lien avec des paradis fiscaux, dans les financements du premier parti de France (en nombre d’adhérents). La part des “délocalisés” du fisc français, installés en Suisse, en Belgique ou à Londres, saute également aux yeux.

Cette liste dévoile aussi une forme, à peine déguisée, de lobbying de grandes entreprises (françaises ou étrangères) et la présence, dans les rangs du Premier Cercle, de plusieurs personnalités étrangères influentes (pour l’essentiel anglo-saxonnes) dont les liens avec la France semblent a priori plus que limités, si ce n’est inexistants.

Elle interroge ensuite sur les possibles compromissions du précédent gouvernement, quand il s’est montré peu regardant avec certains fraudeurs fiscaux, membres du Premier Cercle. Éric Woerth, son principal animateur à l’époque, est désormais poursuivi pour « trafic d’influence » à Bordeaux dans le cadre de l’affaire Bettencourt, pour avoir négligé la frontière entre ses fonctions politiques de trésorier de l’UMP et celles de ministre du budget.

Cette liste soulève enfin des questions concrètes sur de possibles détournements de l’esprit de la loi sur le financement de la vie publique française.

Autant de raisons qui, face à l’opacité organisée et le soupçon qui entourent les grands donateurs d’un parti, incitent aujourd’hui Mediapart à enquêter sur les membres du Premier Cercle de juin 2007, au nom d’une exigence de transparence, comme c’est la règle aux États-Unis, au Canada ou à l’échelon européen. Rendre publique pour tous les partis la liste de leurs riches donateurs, dont le patrimoine personnel et l’activité professionnelle interfèrent avec la sphère publique, permettrait de prévenir conflits d’intérêts, trafics d’influence ou favoritisme.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les 544 membres du Premier Cercle de juin 2007, 147 appartiennent au monde de la haute finance. Les plus grands banquiers de la place sont dans la liste : Charles de Croisset (Goldman Sachs), Michel David-Weill (Lazard), David de Rothschild (Rothschild), Nicholas Clive-Worms (Banque Worms), Édouard de Ribes (Rivaud), Charles-Henri Filippi (HSBC)…

S’agissant de la dizaine de grands donateurs de l’UMP résidant en Suisse, une majorité sont banquiers : Henri Danguy des Déserts (ancien de SG Private Bank), Jean-François de Clermont Tonnerre (banque Hottinger), Aimery Langlois-Meurinne (ancien de GBL et Meryll Linch), Christophe Mazurier (banque Pasche) ou Marc Odendall (ancien de Meryll Linch et JP Morgan).

Trois responsables de Lehman Brothers, dont la faillite en septembre 2008 a révélé des pratiques comptables plus que douteuses du géant bancaire, figurent également dans l’annuaire du Premier Cercle : Nicolas Pourcelet (managing director), Alexandre Capez (head of structured volatility) et Benoît d’Angelin (co-director investments Europe).

Trois cadres de la banque d’investissements new-yorkaise Cantor Fitzgerald, spécialisée dans le courtage de bons du Trésor américain et liée à la Réserve fédérale de New York, ont financé l’UMP : Alexandre Artus, Avi Bouhadana et Michael Halimi. Les trois ont élu domicile entre Londres et New-York.

Les hedge funds, ces fonds spéculatifs opaques et dérégulés, symboles du « capitalisme de casino », sont eux aussi bien représentés par leurs dirigeants dans la liste des grands donateurs de l’UMP : Talaris Capital, Concerto Capital Management, Alphagen, Centaurus, Blackstone, Amber Capital… La plupart d’entre eux sont liés de très près aux paradis fiscaux, ceux-là mêmes que Nicolas Sarkozy dit avoir fait disparaître une fois élu – ils ne se sont en réalité jamais aussi bien portés.

Les cas goldman sachs et pizzorno

Cela ressemble à une galaxie. En affinant les recherches sur les membres du Premier Cercle, plusieurs dirigeants ou cadres supérieurs d’une même entreprise apparaissent dans la liste des riches donateurs de l’UMP. Le cas le plus flagrant est celui de la banque Goldman Sachs, dont un récent documentaire diffusé sur Arte, Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde, a montré les liaisons dangereuses entretenues avec le monde politique.

Pour ce qui concerne l’UMP, nous avons pu recenser pas moins de huit responsables de la banque dans la liste des membres du Premier Cercle : Jean-Luc Biamonti (managing director), Charles de Croisset (vice-président Europe), Isabelle Ealet (responsable mondiale commodities), Laurent Dupeyron (co-dirigeant de l’european equity), Pierre-Henri Flamand (directeur du desk global), Hugues Lepic (banquier associé), Philippe Khuong-Huu (chef du département global interest rates products) et le trader Carole Bettane.

Est-ce un hasard ? Une convergence de convictions personnelles ? Ou un authentique lobbying d’un géant mondial de la finance. Chez Goldman Sachs, on répond qu’il s’agit d’une « coïncidence » et que c’est « à titre personnel que de l’argent a été versé à l’UMP ».

Autre cas d’école, celui du groupe Pizzorno, spécialisé dans le traitement des déchets. La société, basée à Draguignan (Var), est impliquée dans une affaire de corruption présumée en Tunisie où elle a fait travailler l’ancien ministre de la défense François Léotard. L’annuaire du Premier Cercle fait apparaître qu’une grande partie du comité de direction du groupe a rejoint le club des grands donateurs de l’UMP : Francis Pizzorno (PDG), Frédéric Devalle (directeur général), Maria-Pilar Carrozza (directrice financière), Philippe Bonifacio (directeur juridique) et Frédéric Balse (directeur de la propreté).

Joint à plusieurs reprises ces derniers jours, Francis Pizzorno, le fondateur du groupe, a refusé de répondre à nos questions. « Je n’ai rien à vous dire. Écrivez ce que vous voulez. Allez-vous faire voir », s’est-il emporté.

Le cercle des ennemis de l’impôt

Ils ne parlent que de ça. Selon un ancien membre du Premier Cercle, la question fiscale est – avec les 35 heures – le premier sujet de conversations des membres du Premier Cercle quand ils sont réunis par l’UMP, généralement à l’hôtel Bristol (à deux pas de l’Élysée) ou au cercle Interallié.

De fait, outre les “exilés” fiscaux et les représentants d’institutions implantées dans les paradis fiscaux, le Premier Cercle compte en son sein plusieurs personnes qui ont maille à partir avec l’administration au sujet de leurs impôts.

Exemple avec l’homme d’affaires Maurice Bidermann, à l’origine de l’affaire Elf dans les années 1990. Toujours assis au premier rang lors des réunions du Premier Cercle, très actif dans les discussions, Maurice Bidermann est un homme de réseaux, proche d’Éric Woerth et de Claude Guéant.

Officiellement ruiné en France, au point de ne pas pouvoir payer les dommages exigés dans l’affaire Elf, il jongle pourtant avec les holdings au Luxembourg, en Suisse et au Liban, comme l’a déjà raconté Mediapart. En 2006, l’épouse de Maurice Bidermann, la seule du couple officiellement domiciliée en France, a reçu un avis de notification des services fiscaux. Moins d’un an après, le 8 juin 2007, un mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, le fisc lui faisait savoir que le contrôle était finalement achevé « sans rectification ». Un cas rare pour l’administration fiscale…

Maurice Bidermann est également associé avec un financier libanais de premier rang, le cheik Bechara el-Khoury, actionnaire entre autres de la banque Audi Bank. Membre lui aussi du Premier Cercle, Bechara el-Khoury a été nommé en 2009 consul de… Monaco.

D’autres illustres “ennemis” de l’impôt français se retrouvent dans l’annuaire. Comme Patrice de Maistre, l’ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, grand chef d’orchestre de la fraude fiscale de l’héritière de L’Oréal et lui-même détenteur d’un compte à la HSBC en Suisse, comme l’a raconté l’ancien procureur de Nice, Éric de Montgolfier. En janvier 2008, le ministre du budget et trésorier de l’UMP, Éric Woerth, remettra la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, qui se trouve aussi être l’employeur de sa femme. Le mélange des genres vaut aujourd’hui à l’un et à l’autre des mises en examen pour « trafic d’influence » par le juge bordelais Jean-Michel Gentil.

André Bettencourt, le défunt mari de la multi-milliardaire Liliane Bettencourt, dont le fisc a découvert l’étendue de l’évasion fiscale en 2010 après la publication des enregistrements clandestins de son majordome, était, lui aussi, membre du Premier Cercle en juin 2007. Les Bettencourt étaient détenteurs de douze comptes à l’étranger non déclarés au fisc, mais ne seront contrôlés qu’après les révélations de Mediapart sur leur patrimoine trois ans plus tard. Jusque-là, et depuis des décennies, le fisc ne s’est jamais penché sur leur situation fiscale. Du jamais vu.

La bataille familiale pour le contrôle de la fortune du clan n’a pas empêché Françoise Bettencourt, la fille de Liliane et André, et son mari Jean-Pierre Meyers, de s’inscrire eux aussi au Premier Cercle, animé par Éric Woerth.

Autre exemple, celui de Guy Wildenstein, homme d’affaires et marchand d’art, au cœur avec son frère Alec de lourds soupçons judiciaires et fiscaux au sujet de l’héritage pharaonique – on parle de 4 à 5 milliards d’euros – légués par leur père. La justice a mis au jour un réseau complexe de trusts domiciliés dans un nuage de paradis fiscaux (Bahamas, Guernesey, îles Vierges britanniques…). Alec et Guy Wildenstein sont tous deux membres du Premier Cercle et la question d’éventuelles protections politiques sur leur situation fiscale est aujourd’hui ouvertement posée.

Dernière illustration avec l’ancien président du Medef, Ernest-Antoine Seillière, autre membre du Premier Cercle visé par des soupçons de « fraude fiscale ». Le parquet de Paris a ouvert une enquête au mois du juin à la suite d’une dénonciation de Bercy. Président du conseil de surveillance du groupe Wendel, le baron Seillière est soupçonné d’avoir monté une opération financière frauduleuse lui ayant permis de toucher 65 millions d’euros, sans verser un centime d’impôt. Son domicile et le siège de Wendel ont été perquisitionnés mardi 25 septembre, selon Le Monde.

Des familles engagées

Dans la liste, certains patronymes se multiplient comme des petits pains. La famille Guerrand-Hermès (groupe de luxe Hermès), par exemple, se distingue avec cinq représentants. Le cas le plus frappant ? Quatorze Mulliez (Gérard, Thierry, Vianney, André, Arnaud, Marie, etc.), membres d’une des familles les plus riches de France, aux manettes de la holding propriétaire du groupe Auchan. Quant au Franco-Libanais Jacques R. Saadé, PDG de la troisième compagnie de fret maritime au monde (CMA-CGM), il a rejoint le Premier Cercle avec quatre de ses proches, dont son fils Rodolphe.

Si la CMA-CGM est peu connue du grand public, l’un de ses yachts de luxe baptisé Le Ponant, 88 mètres de long, a fait la Une des journaux en avril 2008, pris en otage par des pirates somaliens au large du golfe d’Aden. À l’époque, alors que Rodolphe Saadé, directeur général de la société, négocie à la radio avec les pirates sous la supervision du GIGN, Jacques Saadé, le père, rencontre son ami Nicolas Sarkozy à Paris à plusieurs reprises, pour discuter des opérations. Faut-il payer la rançon ? Tout de suite ? Au bout d’une semaine, la trentaine d’otages sera libérée par la marine française (voir ici).

Après tout, rien de surprenant. On partage souvent les mêmes convictions en famille. Mais dans certains cas, d’après un témoignage recueilli sous le sceau de l’anonymat, des membres du Premier Cercle contournent la loi (qui leur interdit de verser personnellement plus de 7 500 euros), en proposant un « deal » à leurs proches (parents ou amis) : « Tu signes un chèque au bénéfice de l’UMP et je te rembourse sur-le-champ. » Pour ces donateurs, c’est tout bénéfice : ils auront le droit de défiscaliser 66 % du montant…

 

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