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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 18:29

 

Contrôles au faciès : "Je suis black, ils n'en arrêtent qu'un, c'est moi"

Quinze hommes âgés de 16 à 47 ans, victimes, selon eux, de "contrôles d'identité discriminatoires" ont déposé un recours contre l'Etat, mercredi 11 avril. L'ONG Open Society Justice Initiative entend dénoncer ainsi une "discrimination institutionnelle". Les quinze personnes ont chacune recueilli l'attestation d'un témoin de la scène qu'ils dénoncent. Deux d'entre elles, Mounir et Nadir, racontent. Deux autres personnes témoignent aussi de ces contrôles ordinaires.

 

·         Mounir, 20 ans, étudiant en école de commerce dans le Nord

Un après-midi d'octobre 2011, métro Croix-Mairie à Roubaix, aux environs de 16 heures. "J'étais avec un ami. On sort du métro, j'aperçois trois hommes, crâne rasé, derrière les portillons. L'un des policiers, en uniforme, me dit 'eh toi là-bas, viens ici, contrôle d'identité'." Mounir s'approche. "Contrôle d'identité, donne-moi ta carte", répète-t-il. Mounir n'a jamais sa carte d'identité sur lui, seulement sa carte bancaire et sa carte d'étudiant, qu'il présente.

L'échange est sec. Tu vas où ?, demande le policier. "A mon école." Et tu fais quoi comme études ?, "Une école de commerce." "Il m'a reposé la question. J'ai répété: 'Une école de commerce.'" Est-ce que tu as de la drogue sur toi ou des objets dangereux?, poursuit l'homme en uniforme. ""Non", je lui ai dit. Je lui ai présenté mon sac à dos pour qu'il vérifie. "C'est bon", m'a-t-il répondu. Il ne m'a pas fouillé, et m'a laissé partir."

Depuis ce jour, une seule question obsède Mounir : "Pourquoi moi ?" Pourquoi, alors qu'ils sont une dizaine à sortir du métro cet après-midi-là, le contrôle tombe sur lui. "Je suis black. Ils n'en arrêtent qu'un, c'est moi. C'est moi le suspect du wagon. Tous les autres sont blancs. Un black, un rebeu est forcément une personne malsaine, délinquante, quelqu'un qui a de la drogue ou une arme sur lui." Il n'y a pas eu de palpation mais ce contrôle, "choquant" pour Mounir, est venu s'ajouter à toutes ces vexations du quotidien qui font qu'il a parfois le sentiment d'être un citoyen de seconde zone. "Quand je demande mon chemin, les gens sont toujours sur leurs gardes. Quand je dis que je fais une école de commerce, ils ont l'air étonnés. J'ai tous les stéréotypes du mec qu'il faut éviter: black, jeune et... en plus j'habite Roubaix."

S'il n'a pas hésité à assigner le ministère de l'intérieur en justice, "c'est pour montrer qu'on n'est pas tous des délinquants". "Qu'il y a des personnes bien, victimes de préjugés, et qui ne veulent pas être mises à l'écart. C'est à nous de faire le premier pas, c'est comme ça."

·         Nadir, 20 ans, en licence d'expert-comptable à Lyon

C'était un samedi soir, le 1er octobre 2011. Nadir et Armel, "bien coiffés, prêts à aller en soirée", s'installent à la terrasse d'un McDo de Lyon. Il est 22 h 30. "J'avais mes mains sur la table, le téléphone [dans l'une] pour répondre aux messages", précise Nadir. Les deux copains se racontent leur journée. "J'ai entendu une voiture s'arrêter (...) derrière moi. J'ai su que c'était le camion de police car je l'ai vu plusieurs fois faire le tour par la ruelle." Les portières claquent. "Contrôle d'identité". "Pourquoi ?", demande Nadir. "Pour rien, c'est un contrôle banal !" "Avez-vous quelque chose d'illicite sur vous ?"

Les deux amis ne fument pas. "Faites pas semblant, on l'a vu le morceau de shit !" "On s'est mis debout (car c'est une habitude de se faire contrôler), raconte Nadir.On a sorti nos papiers et j'ai essayé de leur dire qu'ils s'étaient trompés." Armel est prié de lever les bras. "Le deuxième agent (...) a passé ses mains autour de lui (...), du torse jusqu'aux chevilles en passant par son fessier." "Les personnes qui étaient assises à table nous scrutaient (...). C'est vraiment très humiliant (...)". "Je me fais souvent contrôler, surtout lorsque je suis en centre-ville de Lyon", poursuit le jeune homme. "Certains mois (...), jusqu'à dix fois. On n'a jamais rien trouvé sur moi, je n'ai pas de casier. Je suis sérieux, je suis en licence d'expert-comptable et animateur à la radio."

·         Omar Mas-Capitolin, 40 ans, élu chargé de la jeunesse dans le 11e arrondissement à Paris

S'il se fait contrôler ? "Comment voulez-vous qu'il en soit autrement avec ma tête. Je suis black, j'ai des vanilles dans les cheveux, je ne fais pas mon âge et je n'ai pas le look d'élu." Certains mois, Omar Mas-Capitolin, conseiller municipal parisien, est arrêté "trois fois dans la même semaine". Il n'a pas présenté de recours contre l'Etat, mais, coordinateur d'une association à Belleville, il soutient l'action d'Open Society Justice Initiative. "Les policiers du 11e m'ont repéré mais la BAC (brigade anticriminalité), c'est différent. Quand je suis avec les jeunes, ils pensent que je suis un client." Ce que l'élu dénonce "c'est la manière dont se déroulent les contrôles et ce tutoiement systématique". Le dernier remonte à fin 2011. Rue Saint-Maur, en milieu d'après-midi. M. Capitolin traverse la rue, trois policiers en civil l'encadrent. "D'emblée, ils m'ont tutoyé. Je leur ai dit que s'ils voulaient instaurer le tutoiement, alors c'était dans les deux sens. "Quoi tu veux te la péter, tu veux la jouer ?", m'ont-ils répondu."

Omar Mas-Capitolin tait sa qualité d'élu, les questionne sur le motif du contrôle. "Mais on contrôle qui on veut. Et si tu continues, on va te coller un test d'alcoolémie, un test de cannabis et t'emmener au poste." Le ton monte quand il demande leur matricule,"qu'ils ne donnent jamais". "Le plus désagréable, c'est la palpation en pleine rue, contre un rideau de fer. C'est humiliant", poursuit Omar Mas-Capitolin. L'élu travaille auprès des adolescents du quartier de Belleville. "Ces contrôles ont une incidence sur la manière dont les jeunes se sentent citoyens de la République. Ils ont le sentiment d'être considérés comme des gens à part. Ce climat-là n'est pas tenable, on n'est pas dans une dynamique positive. Comment voulez-vous ensuite déconstruire le discours des extrémistes religieux qui disent à ces jeunes qu'ils ne seront jamais acceptés par la société ?"

·         Saïd Kebbouche, 53 ans, père de famille à Lyon

Saïd Kebbouche apporte au débat l'expérience et la mesure du père de famille. Lorsqu'il entend que "les contrôles au faciès se sont accentués avec Nicolas Sarkozy", lui rappelle que adolescent, à 14-15 ans, il se faisait déjà contrôler régulièrement. "Et souvent ils braquaient leur arme à feu pour nous demander nos cartes de résident", précise t-il. "Mais quand j'étais gamin, je trouvais ça normal, on était visible dans le paysage, on était étranger. La grande différence aujourd'hui c'est de voir nos jeunes subir les mêmes humiliations." M. Kebbouche a quatre enfants. Trois garçons et une fille, âgés de 9 à 23 ans. "Je l'avais accepté pour moi car je n'étais pas français à l'époque, mais les voir subir la même chose me renvoie à une situation d'échec. Les contrôles sont peut-être moins brutaux, mais la violence demeure. Le plaquage, la fouille au corps, c'est triste d'en être encore là."

Saïd Kebbouche a appris à ses fils - beaucoup plus souvent contrôlés que sa fille - à se tenir à carreau devant les policiers. "On voit bien que c'est la criminalisation des étrangers qui se cache derrière tout ça. On renvoie les jeunes à leur étrangeté, à leur couleur de peau alors qu'ils sont français, pleins d'envie, et qu'ils sont les premiers à se mobilier pour les Restos du cœur." A 53 ans, Saïd Kebbouche reconnaît recourir à "des procédures d'évitement". "Dans certains quartiers, il y a des chemins que je n'emprunte plus. Si en descendant du métro, j'aperçois la police, je change de sortie."

(source : lemonde.fr)

 

 

 

 

 

 

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 18:18

 

 

Quand l’évaluation des « compétences » et le « reporting » s’invitent à l’école

Comment rendre compte des progrès de Lise, élève de CE2 ? À la demande du ministère de l’Éducation, les instituteurs passent beaucoup de temps à évaluer le travail de leurs élèves. Un système d’indicateurs et de cases à remplir qui rappellent les baromètres « qualité » et d’objectifs qui ont envahi le monde du travail. Très loin des réalités de la classe et de l’enfant.

 

Des larmes coulaient le long de sa joue quand elle est revenue de la classe de ma collègue. Une peine silencieuse. Gros sur le cœur. La veille, j’ai expliqué à ma collègue que Lise ne travaillait pas, que j’étais dépassé. « Envoie-la-moi quand elle ne fait plus rien. Elle viendra finir son travail chez moi », m’a-t-elle proposé. Le lendemain, après avoir averti Lise de ce qui l’attendait, j’ai ouvert la porte qui sépare nos deux classes. Remontrances et morale. La technique de l’électrochoc, dixit l’institutrice.

Le lendemain, Lise reprenait lentement son rythme. Sur son cahier du jour : souvent la date, parfois la consigne, rarement l’exercice. Une autre collègue me confiait : « Tu sais, j’ai eu Lise en maternelle, je la connais un peu, je ne crois pas que cela change quelque chose qu’elle aille travailler dans une autre classe, et même qu’on la dispute fortement. Tu as vu comment elle fait négligée ? Ses parents ne la suivent pas… » Pendant plusieurs semaines, je suis resté sans solution. À l’observer se balancer sur sa chaise, rêver. À l’écouter me raconter qu’au premier trimestre, avec l’autre maîtresse, un camarade lui prenait son goûter. Un jour, avec sa maman, elle a mis de la moutarde dans son sandwich, qui a disparu… Jamais, par la suite, on ne lui a pris son goûter.

Après les vacances de février, j’ai décidé de reprendre une idée présentée par une psychologue dans une émission de télé : mettre une bille dans un bocal en verre à chaque petite réussite. La prise de parole à l’oral, un exercice bien fait, une meilleure concentration que d’habitude. La pédagogie des petits pas, comme l’a qualifiée mon directeur lorsque je lui ai expliqué ma trouvaille. Ici, pas question d’enlever une bille, pas question de pénaliser. Le bocal représente seulement ce qui est positif. Parfois, c’est moi qui invite Lise à aller chercher une bille et à la placer dans le bocal. Parfois, c’est Lise qui vient me rappeler qu’elle a parfaitement effectué le travail demandé.

« Reporting » et statistiques contre réalités humaines

Une, deux, trois billes. Le bocal se remplit au fur et à mesure. Depuis que le bocal de la réussite a été mis en place, Lise se remet au travail, reprend confiance en elle. Et moi, espoir en elle. Combien de temps cela durera ?

Pour la fin du deuxième trimestre, quand j’ai rempli le livret de compétences de chaque enfant, j’ai salué les efforts de Lise au cours de ces dernières semaines. Le livret de compétences, c’est le document dans lequel on indique l’ensemble des résultats aux évaluations du trimestre. Dans chaque matière, tout est détaillé. En face de chaque point du programme, on indique « Acquis, Presque Acquis, En cours d’Acquisition ou Non Acquis ».

Si certaines compétences ont été évaluées en classe, avec un devoir en bonne et due forme, il est impossible d’évaluer chacune des 40 compétences travaillées au cours du trimestre. Pour certaines, ce sont ainsi plus des impressions fondées sur des observations, un ressenti… qu’une véritable évaluation. Mais ces petites cases doivent être remplies. D’abord un fichier Excel, puis imprimé et donné aux parents, ce livret est censé donner une image du travail de leur enfant. Il est aussi la preuve, pour eux, que le programme a bien été travaillé. D’où l’importance pour l’enseignant de renseigner l’ensemble des compétences, même quand son appréciation (A/PA/EA/NA) est donnée à la volée.

Des instits évalués selon le niveau de leurs élèves

Mis dans le dossier de l’élève, il servira ensuite à suivre son parcours, les années suivantes. Pour évaluer ses besoins, ses lacunes, ses forces. Montrer ses progressions, ses régressions. Tout noter, apprécier, évaluer. Rentrer dans des cases. Le travail de l’enseignant s’apparente de plus en plus à un travail d’évaluateur, de contrôleur, intimement relié à un ordinateur. Un temps considérable est ainsi passé à évaluer. Pour mieux aider, s’adapter aux besoins de chaque élève ? Difficile avec les moyens humains actuels.

Et encore, instit en CE2, j’échappe aux fameuses évaluations nationales. Ces épreuves, ce sont une batterie de tests identiques pour chaque classe de CE1 et de CM2. Leur objectif est d’obtenir une image fidèle du niveau des élèves. Comparer, d’année en année, les élèves, les écoles et les enseignants. Un collègue m’a montré une lettre reçue par l’inspecteur : « Les indicateurs relatifs aux élèves : les résultats en terme d’acquis et de progrès (livret, évaluations, aides apportées) sont des indicateurs qui peuvent désormais être pris en compte dans l’inspection des enseignants. » En haut de la page, la couleur était annoncée : « L’inspection des enseignants évolue progressivement vers une évaluation des compétences professionnelles mesurées au regard des acquis et des résultats des élèves. »

Quid de l’endroit où est implantée l’école ? De l’origine sociale ? Des moyens mis à la disposition de chaque enfant au cours de sa scolarité ? Chaque enseignant remplit lui-même son fichier informatique de résultats de ses évaluations. Il est donc facile d’avantager ses élèves. Il peut aussi préparer ses élèves aux exercices ! C’est ce que font certains parents, qui récupèrent les évaluations sur Internet, quelques semaines auparavant, pour s’assurer que leur enfant réussira ces tests. Formidable égalité, donc, pour une épreuve qui doit normalement servir à comparer et évaluer les élèves… et les enseignants.

Autre absurdité du système : dans le fichier informatique des résultats, l’élève ne peut avoir que réussi ou échoué ! Pas d’intermédiaire. Trop compliqué à traiter pour les statistiques. Les réalités humaines ne sont pas numérisables. Les petits pas de Lise n’existent pas. Comment les mettre en évidence ? Par un bocal et des billes.

(Source texte : Bastamag.net)

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 18:01

 

L’Union syndicale Solidaires est très attachée à son indépendance vis-à-vis du patronat, des pouvoirs publics et de tout parti politique. Nous réaffirmons l’importance d’être un contre-pouvoir quel que soit le gouvernement, aujourd’hui comme demain. Les mois qui viennent vont être marqués dans notre pays par les échéances électorales, présidentielles et législatives, et leurs résultats.

Nous ne donnons aucune consigne de vote et ne soutenons aucun candidat. Pour autant, il ne s’agit pas d’être « neutre » mais de porter dans le débat citoyen nos analyses et les alternatives que nous avons défendues et continuerons à défendre dans le débat social et les mobilisations.

Nous savons aussi que nombre de salarié-es sont privés de ce droit de vote et qu’en tant qu’immigré-es, ils n’ont pas accès à une citoyenneté à part entière, même s’ils participent pleinement par leur travail à la création des richesses dans notre pays !

L’Union syndicale Solidaires inscrit sa lutte pour la défense des travailleuses et des travailleurs, des retraitées, des chômeuses et des chômeurs, dans une démarche plus globale remettant en cause le système capitaliste, dont la forme actuelle est le néolibéralisme, et s’inscrivant dans une perspective de transformation sociale. Cette démarche ne doit pas oublier la question de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines, ni la lutte contre toute forme de discrimination (liée à l’origine, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge…). Cette démarche de transformation sociale doit aussi s’articuler avec un nouveau modèle de développement respectueux des impératifs écologiques ; elle doit s’inscrire dans la construction des solidarités avec les peuples du monde entier et non pas dans la mise en concurrence généralisée.

Dans cette période, il nous appartient de dresser le bilan des politiques menées par l’actuel Président de la République, son gouvernement et la majorité sortante. L’essentiel de son action a été de répondre aux desiderata du patronat, à se soumettre aux marchés financiers, en réalité les actionnaires et les spéculateurs. Sa ligne de conduite face à la crise financière a été de la faire payer à ceux et celles qui n’en sont pourtant pas responsables : les salarié-es, les chômeurs, les précaires, les retraité-es. Il a utilisé la dette publique, organisée par sa politique, pour imposer ses plans d’austérité et faire payer cette dette à celles et ceux qui n’en sont pas responsables. Dans le même temps, les banques ont poursuivi leurs pratiques néfastes après avoir été aidées par de l’argent public, tandis que les profits des entreprises du CAC 40 continuent de s’accumuler au profit d’une minorité.

Nicolas Sarkozy a choisi d’être le Président des riches et du MEDEF : contre-réformes des impôts sur le revenu et les sociétés qui favorisent les plus riches et privent de recettes les services publics, allégement de l’impôt sur la fortune, défiscalisation des heures supplémentaires, augmentation de la TVA… _
Alors que l’impôt sur les sociétés est théoriquement de 33%, les grandes entreprises du CAC 40 sont imposées, dans les faits, à 8 % et les petites entreprises le sont à 28 %. Les niches fiscales représentent 75 milliards d’euros chaque année : ce sont majoritairement les contribuables les plus aisés qui en profitent le plus !

5 millions de chômeurs et chômeuses, 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté :

Depuis 2007, c’est 35 % de chômeurs/chômeuses en plus ! Les chômeurs sont considérés comme des fraudeurs qui abusent de l’assistanat alors même que 60% d’entre eux ne sont pas indemnisés par l’assurance chômage et sont obligés de survivre avec les minima sociaux.

Depuis 2007, le gouvernement n’a donné aucun coup de pouce au SMIC, encourageant le patronat à poursuivre sa logique de « modération salariale ». Dans la Fonction publique, la valeur du point est gelée depuis juillet 2010 et la perte de pouvoir d’achat depuis 2007 est de 6 %.

Aucun rattrapage des pensions n’a été mis en oeuvre alors que l’indexation des pensions sur les prix a entrainé une perte de pouvoir d’achat des retraités qui se cumule chaque année et représente un retard de 17% en 15 ans sur le salaire moyen.

L’égalité salariale entre les femmes et les hommes devait être réalisée au 31 décembre 2010 selon Nicolas Sarkozy : promesse non tenue comme tant d’autres. L’écart salarial reste de 25 % et au niveau des retraites, la pension moyenne des femmes est inférieure de 40 % à celle des hommes !

Alors même qu’il faudrait des services publics plus nombreux, mieux répartis sur tout le territoire et les quartiers populaires, répondant mieux aux besoins de l’ensemble de la population, 150 000 emplois ont été supprimés en 5 ans, dans la Fonction publique d’Etat, avec le non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

La Fonction publique hospitalière et la Fonction publique territoriale ne sont pas mieux loties. La RGPP (Révision générale des politiques publiques) a été l’outil privilégié de ces destructions d’emploi, de restructurations incessantes, entraînant un mal-être au travail de plus en plus important, une perte de sens du travail et des missions de services publics.

La remise en cause de la retraite à 60 ans en 2010, le recul à 62 ans de l’âge légal de départ et à 67 ans de l’âge d’annulation de la décote, l’allongement du nombre d’annuités nécessaire s’inscrivent dans un vaste démantèlement de notre système de protection sociale. L’accès à la santé est remis en cause par les logiques de déremboursement de médicaments, l’augmentation des franchises et du forfait hospitalier, les fermetures de services ou d’hôpitaux de proximité. La prise en charge de l’aide à la perte d’autonomie qui devait être un grand chantier a été remise à plus tard, alors même que les besoins sont énormes. Le manque d’équipements collectifs pour la petite enfance comme la non prise en charge de la perte d’autonomie pèse d’abord sur les femmes.

Sur le terrain de la citoyenneté, Nicolas Sarkozy s’est illustré par un durcissement des lois et des discours stigmatisant les étrangers, les rendant responsables de tous les maux de la société française, en incluant dans ce panier nauséabond les jeunes Français issus des quartiers populaires au prétexte qu’ils n’auraient pas la « bonne couleur de peau » !

Nous avons assisté à la mise en place d’un politique xénophobe et raciste au plus haut niveau de l’état.

La mise en place d’un ministère de l’identité nationale, le discours de Dakar sur l’homme africain, comme celui de Grenoble sur les Roms, la référence incessante aux racines chrétiennes de la France... Tout cela illustre trop bien cette politique. Elle s’inscrit parfaitement dans la même logique que celle du Front National. Rappelons au passage que le Front national n’est pas un parti comme les autres, qu’il n’a jamais changé : aujourd’hui comme hier, il reste un parti qui défend une idéologie xénophobe et demeure le pire ennemi des salarié-es des chômeurs/ chômeuses, des précaires et des retraité-es. (cf : le 4 pages de Solidaires contre le programme du FN).

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy l’indépendance de la justice et l’exercice de la liberté de la presse ont été mises à mal. Le pluralisme de la presse a indéniablement reculé. Disparition des kiosques de quotidiens nationaux emblématiques, concentration accrue dans tous les secteurs de la presse, déstabilisation de l’audiovisuel public, remise en cause de l’indépendance de l’Agence France Presse, menaces sur le statut des journalistes... Rien ne semble arrêter les logiques capitalistiques et financières qui se sont emparées du secteur des médias.

Au niveau européen, Nicolas Sarkozy, comme les autres dirigeants européens, persiste dans une construction européenne libérale destructrice de droits sociaux. Il s’est totalement inscrit dans les politiques d’austérité infligées aux populations, notamment en Grèce., avec les conséquences que l’on connaît. Il promeut un nouveau Traité européen qui inscrira dans la Constitution l’austérité à perpétuité et maintiendra les états aux mains des marchés financiers.

Alors, s’il est temps de tourner la page de Nicolas Sarkozy et de ses orientations, il est temps aussi de dire clairement qu’il faut changer radicalement d’orientations et mettre en oeuvre une politique qui rompe avec la logique du profit et des marchés financiers. Il s’agit bien de réorienter l’économie et les politiques publiques vers une autre répartition des richesses, qui permettent la satisfaction des besoins fondamentaux de la population, tout en étant soucieuse des impératifs écologiques.

En matière d’emploi, de salaire, de fiscalité, de services publics, de protection sociale, de lutte contre toutes les formes de discriminations, ou de construction européenne, d’autres choix sont possibles ! L’Union syndicale a des propositions alternatives sur toutes ces questions (Cf : la brochure de Solidaires « 2012 : les vrais enjeux »). Ces propositions, nous les avons portées dans les mobilisations sociales de ces dernières années comme dans le débat citoyen actuel et nous les porterons demain, quel que soit le gouvernement qui sortira des urnes ! Le 24 mars 2012, notre manifestation nationale a mis l’emploi et la revendication d’un autre partage des richesses au coeur de nos mobilisations.

Nous n’avons pas la mémoire courte et les expériences du passé nous ont appris qu’il ne suffit pas d’un changement de majorité politique pour que de nouvelles politiques sociales soient mises en oeuvre !

Si nous ne sommes pas indifférents au contexte dans lequel nous agissons, nous savons que la transformation sociale pour laquelle nous agissons viendra d’abord, avant comme après les élections, des luttes sociales et des rapports de force que nous avons la volonté de construire dans l’unité et en convergence avec tous les mouvements sociaux.

Dans ce contexte, le 1er mai 2012 doit être une journée de manifestations unitaires massives pour nos revendications et la solidarité internationale !

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 18:34

 

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« Depuis bientôt un an, les plus hautes autorités de l’Etat s’acharnent à dresser les citoyens les uns contre les autres. Elles ont successivement jeté à la vindicte publique les Roms et les Gens du voyage, les Français d’origine étrangère, les habitants des quartiers populaires, les chômeurs et précaires qualifiés d'« assistés »... Elles ont ressorti le vieux mensonge d’une immigration délinquante, elles pratiquent la politique de la peur et de la stigmatisation.

Nous avons manifesté le 4 septembre 2010, dans toute la France, contre ce dévoiement de la République. Aujourd'hui, chacun mesure la terrible responsabilité de ceux qui ont donné un label de respectabilité aux idées d'extrême droite, à la xénophobie, à la haine et au rejet de l'autre. De dérapages verbaux en pseudo-débats, de crispations identitaires en reculs sociaux, la voie a été grande ouverte à une crise démocratique encore plus grave que celle du 21 avril 2002.

Parce que nous sommes attachés aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, nous ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée auservice de la stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée dans les propos de ministres et de députés qui prétendent parler en notre nom à tous. Nous refusons que la peur soit utilisée pour faire reculer nos libertés, que les inégalités soient encouragées par l'injustice fiscale, le recul des droits sociaux et la démolition des services publics.

Nous refusons cette République défigurée ; celle que nous voulons, c’est la République « laïque, démocratique et sociale » que proclame notre Constitution ; celle du 14 juillet 1789, du rassemblement populaire de 1936 ; celle, enfin, du Conseil national de la Résistance. Celle qui s’attache inlassablement à garantir à tous l'égalité en dignité et en droits, l'égale liberté, l'égal respect de la part de ceux qui les gouvernent.

C’est pourquoi nous lançons un appel solennel au rassemblement de toutes et tous, à la mobilisation des consciences pour le retour de cette République que nous voulons plus que jamais libre, égale et fraternelle.

Deux cent vingt-deuxième anniversaire de la prise de la Bastille, ce 14 juillet est le dernier avant l’échéance présidentielle de 2012. Sachons nous en saisir, nous rassembler pour fêter la République de la meilleure manière qui soit : en appelant nos concitoyennes et concitoyens à faire respecter ses valeurs, aujourd’hui et demain. »

 

Raymond AUBRAC, le 14 juillet 2011.

 Rêve Générale

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 18:04
No future
 
 
 
 
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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:53
 
 
Le 6 avril Act Up-Paris présentait sa version de la candidature de Nicolas Sarkozy. Nous entendons rappeler les promesses non tenues de l’UMP en matière de lutte contre le sida, notamment la levée de l’interdiction des soins funéraires. Le président de notre association, Frédéric Navarro, confronté directement aux conséquences de cette discrimination, s’est rendu devant le siège de campagne du président, pour y lire une déclaration. A celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire l’indigeste lettre du Président de la République, nous le rappelons : Nicolas Sarkozy entend persévérer dans la haine des malades, de leur vivant et même après la mort.

Délire sécuritaire

Le président d’Act Up-Paris a été accueilli par 5 fourgons de CRS qui bloquaient l’accès. Présent, un représentant de la préfecture nous a indiqué que le responsable de la communication de l’équipe de campagne de Sarkozy refusait de nous recevoir et avait donné des instructions pour nous empêcher de filmer devant le QG. La déclaration a donc été lue plus loin. Des images seront disponibles dans l’après-midi.

Déclaration

« Malgré les promesses de Xavier Bertrand, ministre du président-candidat Nicolas Sarkozy, lors de ses vœux à la presse le 24 janvier dernier l’interdiction des soins funéraires pour les séropos n’a toujours pas été levée.
Cette nouvelle trahison le montre : Nicolas Sarkozy cautionne une discrimination d’Etat. Il accepte qu’on présente aux familles et aux proches nos corps en décomposition. Il maintient une discrimination obscurantiste, infondée scientifiquement.
Cela résume ce qu’a fait Nicolas Sarkozy à la lutte contre le sida.
Nous ne voulons plus avoir à faire à cette droite qui nous hait, qui a mis en place des impôts sur notre état de santé, démantèle les hôpitaux, accumule les propos et les lois racistes ou xénophobes, pratique l’homophobie institutionnelle, renvoie dans des pays où elles ne pourront se soigner des personnes gravement malades et condamne les séropos à la mort dans les prisons.
Il ne veut pas de nous mortEs ? VivantEs nous ne voulons pas de lui. Nicolas Sarkozy est le candidat de la putréfaction. Avec lui, c’est la France Morte. »

(source : actupparis.org)

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:45

 

Plusieurs rescapés du naufrage d'un bateau qui avait causé la mort de 63 migrants en 2011 au large de la Libye ont déposé plainte contre X mercredi pour "non assistance à personne en danger", mettant explicitement en cause l'armée française.

La plainte a été déposée auprès du Tribunal de grande instance de Paris au nom de quatre survivants, soutenus par une coalition d'ONG, dont la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti).

Ce dépôt de plainte survient deux semaines après la publication d'un rapport de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) qui pointe la responsabilité de l'Italie et de l'Otan dans la mort de ces réfugiés.

Le 27 mars 2011, quelques jours après le début de l'intervention militaire internationale en Libye, 72 migrants d'origine africaine montent à bord d'une fragile embarcation dans l'espoir de rallier les côtes italiennes.

La situation se détériore rapidement à bord du zodiac qui dérive plusieurs jours avant d'être finalement rejeté sur les côtes libyennes le 10 avril. Au total, 63 personnes sont mortes, dont 20 femmes et 3 enfants, dans une zone largement surveillée et patrouillée par les membres de l'Otan participant à l'opération en Libye.

"Alors que beaucoup de navires ou d'hélicoptères des troupes de l'Otan patrouillaient à proximité, personne n'est venu au secours de ces gens qui sont décédés dans des circonstances particulièrement atroces", a indiqué Patrick Baudouin, président d'honneur de la FIDH, lors d'une conférence de presse à Paris.

"Ces personnes pouvaient aisément être sauvées. Il y avait un hélicoptère qui a survolé le bateau et qui a même fourni quelques litres d'eau et quelques aliments et cet hélicoptère est parti comme si de rien n'était. C'est tout à fait inadmissible, la justice est là pour essayer de déterminer qui sont les responsables."

SIGNAUX DE DÉTRESSE

Quelques heures après avoir quitté Tripoli, l'embarcation est survolée par un avion de patrouille français qui prend une photographie du zodiac et le signale aux gardes côtes italiens.

Selon le récit des survivants, l'embarcation est survolée à deux reprises par des hélicoptères dont l'un larguera plusieurs bouteilles d'eau et des biscuits. Les appels de détresse ont été renouvelés toutes les quatre heures pendant dix jours, souligne la FIDH.

"Dès lors qu'il y a eu des signaux de détresse qui ont été donnés, réceptionnés et ça nous en avons la preuve, par des navires qui étaient à proximité, nous attendions de ces navires qu'ils viennent en aide à cette embarcation", indique Patrick Baudouin, qui fait état de 38 navires patrouillant dans la zone en raison du conflit libyen.

"Pour la France, nous avons deux bateaux qui se trouvaient à proximité, c'est la raison pour laquelle une plainte est déposée aujourd'hui en France".

Cette plainte, qui vise principalement les militaires français, pourrait être suivie par d'autres en Espagne, en Italie ou en Grande- Bretagne, souligne-t-on à la FIDH.

"La France n'a ni plus ni moins de responsabilités que les autres pays qui faisaient partie de l'Otan et qui sont intervenus en Méditerranée", selon Patrick Baudouin.

En mai 2011, l'état major français avait démenti l'implication d'un navire français dans cette affaire.

"Le (porte-avions) Charles-de-Gaulle n'a jamais été en contact avec ce type d'embarcation, ni aucun autre bâtiment français, compte tenu de sa position", avait dit à Reuters Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées.

"Le Charles-de-Gaulle ne s'est jamais trouvé à moins de 200 km de Tripoli alors qu'ils annoncent ce bateau à 60 miles nautiques, soit 110 km de Tripoli."

Selon l'Organisation internationale pour les migrations, près de 346.000 étrangers avaient fui la Libye fin mars 2011.

(source texte : news.yahoo.com)

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:27

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Pourquoi (et comment) il se produira un accident nucléaire majeur en France

Synthèse et commentaire des inspections conduites par l’ASN en 2011

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a rendu en janvier un rapport de plus de 500 pages sur les inspections des centrales nucléaires françaises que peu de personnes ont lu en entier. Jean-Marc Royer, rédacteur de l’appel « Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l’humanité », a fait cet important travail de lecture et a réalisé un résumé de ce document, ainsi qu’une analyse très intéressante. Sa synthèse vous est présentée intégralement dans cette page.

Synthèse et commentaire des inspections et ECS conduites en 2011 par l’ASN
par Jean-Marc ROYER

Suite à l’accident de Fukushima, ces inspections et « évaluations complémentaires de sûreté » (ECS) ont été conduites entre le printemps et l’automne 2011 ; elles ont porté sur :

• Les dispositions de sûreté étaient-elles conformes aux cahiers des charges en cours (état des lieux) ?

• Au-delà de cette conformité basique, ces dispositions sont-elles adaptées « aux situations extrêmes » ?

• Peuvent-elles pallier aux effets cumulatifs (« effets falaise ») qui caractérisent ces situations accidentelles ?

• Quelles sont les dispositions susceptibles d’améliorer le niveau de sûreté des installations dans ces cas-là (p. 13).

Les thèmes abordés lors de ces inspections concernaient la protection contre les inondations et la résistance au séisme, la perte des sources de refroidissement, la perte des alimentations électriques, et la gestion des situations d’urgence (15).

Pour qui connaît les questions de « sûreté/sécurité industrielle », le fonctionnement « des autorités indépendantes » et le type de rapports qu’elles produisent à destination du public, il y aurait beaucoup trop à dire, sur le fond et sur la forme. Mieux vaut suivre au plus près, en les décortiquant et en les traduisant en langage clair, les écrits de l’ASN. Le résumé qui suit, issu d’un rapport de 524 pages, est très synthétique, mais situe toujours la source de ce qui est écrit par le N° de page (affiché entre parenthèses) auquel il se réfère.

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En ce qui concerne les dangers induits par les inondations

La Règle Particulière de Conduite est déclinée avec des retards de plusieurs années, avec des « écarts » et de manière incomplète ou incohérente, en contradiction avec le Plan d’Urgence Interne ou sans convention d’alerte avec Météo France ; certains retours d’expérience ne sont pas renseignés, le ruban revenant aux sites de Cruas et du Tricastin qui n’ont toujours pas intégré qu’ils pouvaient être isolés par une inondation et même, pour ce dernier site, en perdre son alimentation électrique.

En amont, certains suivis météorologiques laissent à désirer ainsi que la détection des seuils d’alerte tandis que les exercices annuels sont bâclés, ce qui augure mal du « lancement dans les délais des actions appropriées » en cas de nécessité. Les moyens de protection (en particulier la Protection Volumétrique, les Moyens Mobiles de Pompage et leur alimentation) ne sont pas correctement suivis, entretenus (notamment les joints « waterstop » de la PV) ou surveillés (certaines galeries inter bâtiments ne sont pas étanches et un affaissement de pointe de digue a été constaté lors d’une inspection). En aval, l’ASN se plaint de ce que les échéances convenues pour effectuer des travaux à la suite de « l’évènement du Blayais » ne soient pas respectées sans qu’aucune mesure compensatoire n’ait été prise (pp. 25 à 32).

L’ASN faisant le constat que des « effets falaise » (effets cumulatifs) peuvent se produire très près des niveaux d’inondation retenus dans le « référentiel EDF », demande à l’exploitant de revoir toutes ses estimations (détail de la méthodologie et justifications utilisées pour caractériser le modèle d’inondation retenue), de se prononcer lui-même sur l’adéquation des bâtiments à ces évaluations et lui prescrira de revoir sa copie concernant Belleville et Tricastin, notamment en cas de rupture des digues amont.

Concernant ces « effets falaise » possibles suite à une inondation (perte totale de source froide ou des alimentations électriques), l’ASN pense que ni les rapports d’Évaluation Complémentaires de Sûreté, ni les compléments présentés par EDF en cours d’instruction, ne sont de nature à les éviter et lui demande de revoir là aussi sa copie (pp. 122, 124, 128, 130, 137 et 139).

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Pour les dangers liés aux séismes majeurs

Un constat : la règle en vigueur (FS I.3.b) n’est pas respectée, l’instrumentation est insuffisante ou mal positionnée, son entretien et sa maintenance laissent à désirer, de même que sa qualification, son étalonnage et son réglage. De plus, les exercices ne sont pas réalisés et les opérateurs ne savent pas utiliser cette instrumentation sismique ou en interpréter les données en salle de commande ce qui les mettrait dans l’impossibilité de se faire une idée juste sur l’état du réacteur (p. 40).

« Les exploitants du site du Tricastin auraient des difficultés à gérer une situation accidentelle consécutive à un séisme majeur, du fait de la perte des alimentations électriques, des moyens de communication, de la supervision de l’installation ou encore du non dimensionnement au séisme de locaux annexes, des locaux de crise ou de repli, et des locaux abritant les moyens et les hommes de la Formation Locale de Sécurité » (p. 67). Sur d’autres sites, les moyens d’alimentation électrique de secours seraient généralement indisponibles en cas de séisme. (p. 79).

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Concernant les dangers liés à la perte de la source froide (H1)

Encore des « écarts au référentiel », des disparités dans le suivi des équipements, des « anomalies de maintenance ou d’essais périodiques » et des relations problématiques entre les services centraux d’EDF et les centrales. Mention spéciale pour La Hague où il est nécessaire d’améliorer la maintenance et de vérifier la tenue dans le temps des équipements de refroidissement (échangeurs, aérothermes, tuyauteries) ou de ventilation naturelle des entreposages des colis compactés de coques et embouts (Areva NC) dont l’efficience semble remise en cause au vu des écarts constatés en inspection (pp. 41 à 44 et 71).

De plus, les dispositions proposées par EDF visent essentiellement à permettre des appoints (au circuit secondaire, au circuit primaire, et aux piscines combustible) pour prolonger l’autonomie des réacteurs et des piscines, ce qui permet de retarder la fusion du cœur mais pas nécessairement de l’éviter (p. 181) en quelques heures (p. 175).

L’ASN considère donc qu’EDF doit « conforter ses conclusions quant à la capacité des centrales à gérer une situation dégradée de type H1 sur plusieurs tranches simultanément, y compris lorsqu’une autre tranche connaît un accident grave » (p. 177).

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Les dangers liés à la perte des alimentations électriques (H3)

L’ASN a relevé là aussi des écarts sur la conformité, l’entretien (corrosion interne ou externe des tuyauteries et des réservoirs de carburant sur une majorité de sites) et les contrôles périodiques, qui affectent la robustesse des groupes électrogènes de secours.

L’ASN a donc demandé à EDF de revoir sa copie et de :

• Fournir les informations sur la capacité et la durée des batteries ;

• Indiquer combien de temps le site peut faire face à la perte des alimentations électriques externes et des sources d’énergie de secours, sans intervention extérieure, avant qu’un endommagement grave du combustible ne soit inévitable ;

• Préciser quelles actions (extérieures) sont prévues pour prévenir la dégradation du combustible ;

• Identifier les moments où les principaux effets falaise se produisent ;

• Indiquer si des dispositions peuvent être envisagées pour prévenir ces effets falaise ou pour renforcer la robustesse de l’installation (modification de conception, modification des procédures, dispositions organisationnelles, etc.). (pp. 46, 152)

De plus, « l’ASN constate que les ECS mettent en évidence des « effets falaise » de court terme, caractérisés par un délai avant découvrement du cœur inférieur au délai prévu pour la mise en œuvre des moyens de la Force d’Action Rapide Nucléaire (p. 160) et recommande de mettre en œuvre sans délai les moyens proposés par EDF pour répondre à ces dangers » (p. 161).

Dans l’attente du déploiement progressif de dispositions qui prendra plusieurs années, l’ASN prescrira la mise en place de dispositions provisoires dès 2012, telles que des groupes électrogènes mobiles (p. 226).

À La Hague, la disponibilité problématique des moyens de secours et la corrosion avancée de certains équipements des groupes électrogènes commandent une action palliative rapide (p. 74), tandis que sur plusieurs « autres sites » (hors centrales) la perte des alimentations électriques conduirait à moyen terme à la perte des moyens de surveillance en salle de commande et à la perte des moyens de communication (p. 75).

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Quelle « gestion des accidents graves » ?

Moyens matériels et organisation

EDF indiquant que :

• l’arrivée des astreintes est impossible pendant les 24 premières heures suivant une situation de grande ampleur touchant tout le site (p. 186), [ce qui correspond au délai maximal de mise en œuvre de la future « Force d’Action Rapide Nucléaire »] ;

• les moyens de communication utilisés lors du gréement de l’organisation peuvent être défaillants (p. 189) ;

• la tenue aux situations extrêmes de l’instrumentation technique et environnementale nécessaire à la gestion de crise n’est pas garantie (p. 193),

et l’ASN, considérant que :

• EDF n’a pas été achevé l’analyse des points faibles de l’organisation en fonction de l’ampleur de la crise, et n’a pas évalué les conséquences des phénomènes dangereux liés à la dégradation des voies de communication et des canalisations dans les situations extrêmes (p. 190) ;

• une analyse approfondie devra être menée sur les conditions d’intervention spécifiques aux situations accidentelles (difficultés lors de la prise de décision, suffisance des ressources, compétences requises, accessibilité et habitabilité des locaux, stress et fatigue des intervenants, ambiance sonore, calorifique et radiologique (p. 224)

• et nonobstant l’installation prévue par EDF d’une instrumentation dédiée à la gestion des accidents graves permettant de détecter la percée de la cuve et de détecter la présence d’hydrogène dans l’enceinte,

l’ASN va prescrire à EDF d’intégrer dans le « noyau dur » les éléments indispensables à la gestion de crise, c’est-à-dire :

• Les locaux, les moyens matériels, les moyens de communication et l’instrumentation technique (notamment la détection de l’entrée en Accident Grave) et environnementale ;

• Les moyens de dosimétrie opérationnelle, les instruments de mesures pour la radioprotection et les moyens de protection individuelle et collective en quantité suffisante ;

• L’accessibilité, l’opérabilité, l’habitabilité des salles de commande en cas de rejets de substances dangereuses ou radioactives (p. 184), notamment après ouverture du système de filtration U5, lequel pose une série de problèmes non résolus à ce jour. En effet :

• il n’est pas « robuste aux séismes majeurs » ;

• il ne peut être utilisé pendant les premières 24h suivant un Accident Grave (AG) pour éviter le rejet des aérosols ;

• par la condensation ou la présence d’oxygène dans sa tuyauterie, il induit des risques de déflagration de l’Hydrogène ;

• son ouverture oblige les personnels à évacuer les salles de commande dans les 24h suivantes ;

• son efficacité de filtrage laisse à désirer surtout s’il est utilisé par deux réacteurs simultanément (pp. 184 à 207).

Par ailleurs, l’ASN a prescrit à EDF le renforcement du radier de Fessenheim, avant le 30 juin 2013 (p. 205).

Le cas particulier des piscines

Les centrales de Bugey et Fessenheim présentent un risque particulier d’endommagement de la piscine en cas de chute d’un emballage de transport de combustible (p. 210).

Compte tenu de la difficulté, voire de l’impossibilité, de la mise en place de moyens efficaces de limitation des conséquences d’un dénoyage prolongé des assemblages combustibles (confinement statique et filtration inefficaces), l’ASN imposera à EDF des prescriptions pour renforcer les mesures de prévention et la robustesse de l’installation afin de limiter la possibilité d’un tel accident (p. 213).

La Sous-traitance

« L’ASN considère qu’EDF n’apporte pas la démonstration que les différentes périodes d’arrêt de réacteur qui ont lieu au cours de l’année sur chacun des CNPE engendrent au total des surcroîts saisonniers qui justifieraient le recours à la sous-traitance. Par ailleurs, le recours à la sous-traitance pose la question du maintien des compétences internes au sein de l’organisation de l’exploitant, en particulier dans un contexte de prolongation éventuelle de la durée d’exploitation des installations nucléaires existantes et de renouvellement important des effectifs » (p. 216) et « l’ASN considère que la surveillance des sous-traitants exécutant des activités importantes pour la sûreté doit être renforcée, et en particulier que cette surveillance ne peut pas être déléguée » (p. 230).

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Conclusion

L’analyse des rapports d’ECS d’EDF a montré que certains scénarios de perte de la source froide et de perte des alimentations électriques peuvent conduire, en l’absence de toute intervention, « à une fusion du cœur dans un délai de quelques heures pour les cas les plus défavorables » (p. 226). Or, « l’accident de Fukushima a montré que la capacité de l’exploitant et, le cas échéant, de ses prestataires à s’organiser pour travailler en cas d’accident grave est un élément essentiel de la maîtrise d’une telle situation » (p. 13).

Par ailleurs, « l’ASN considère, pour ce qui concerne la gestion de crise, que les exploitants du groupe AREVA ont dressé un état des lieux sommaire et n’ont pas tiré les conclusions pratiques des constats effectués » (p. 342).

« Au premier trimestre de 2012, l’ASN imposera donc aux exploitants un ensemble de dispositions de sûreté relatives à la prévention des risques de séisme et d’inondation, à la prévention des risques liés aux autres activités industrielles, à la surveillance des sous-traitants et au traitement des non conformités. D’ores et déjà Par la suite, l’ASN s’assurera du respect par les exploitants de la centaine de prescriptions qu’elle aura édictées, ainsi que de la prise en compte des nouveaux référentiels qu’elle aura approuvés » (p. 16).

Quelques commentaires et réflexions philosophiques subséquentes

Il n’y a pas une seule installation qui ne fasse l’objet d’une remarque d’inspection ou d’une recommandation importante. Qu’il s’agisse, en temps normal, ou en situation extrême (ou afin de l’éviter) :

• des estimations et des méthodes qui sont à la base des « référentiels nationaux » de l’exploitant,

• de la déclinaison obligatoire des règles particulières de conduites sur les sites ou de la gestion des « écarts » à ces règles,

• des conditions nécessaires à l’efficience de ces règles « en amont et en aval » (prédiction et retour d’expérience),

• du suivi, de l’entretien et de la maintenance des systèmes, des équipements et des matériels, y compris des groupes de secours,

• de la capacité à mettre en place et à utiliser une instrumentation spécifique (séisme, intégrité du confinement et entrée en AG),

• de la capacité du système de filtrage U5 et de ses dangers intrinsèques,

• du danger très particulier porté par les piscines de stockage dans le bâtiment réacteur,

• de l’analyse des situations internes et externes porteuses de dangers,

• de l’analyse des effets cumulatifs de toutes natures propre aux situations extrêmes et des moyens de les éviter,

• de l’organisation humaine ou matérielle locale et nationale, en particulier de l’usage de la sous-traitance,

• des moyens de mobiliser rapidement les personnels d’astreinte,

• de l’accessibilité, de l’opérabilité ou de l’habitabilité des locaux de commande, de crise ou de repli,

• des moyens de mesure et de radioprotection individuelle et collective en quantité suffisante,

• de la pérennité des moyens de communication,

• du respect des engagements de sûreté pris avec l’ASN.

Dans la conception (et après), l’accident majeur n’a pas été pris en compte

-1- Qu’est-ce que ce rapport vient démontrer ? À sa lecture, on réalise peu à peu ce qui est écrit noir sur blanc : les ingénieurs nucléaires, leurs commanditaires industriels, politiques et militaires se refusaient à penser il y a quarante ans qu’un accident majeur puisse un jour arriver. Les centrales ont été construites sur ce postulat : la probabilité de survenue d’un accident majeur était considérée comme nulle ou bien trop minime pour justifier des dispositions jugées trop coûteuses au regard de ce qui est toujours qualifié de « risque résiduel ». Poussé par Tchernobyl et Fukushima, c’est ce à quoi ce rapport se confronte, et à quoi il tente de pallier un peu tard, par des moyens et des méthodes dont on peut se demander ce qu’ils deviendront une fois traduits sur les sites par l’exploitant étant donné la manière dont les prescriptions en cours sont appliquées.

Le nucléaire français « au bord de la falaise » !

-2- Il n’y a pas un seul des sujets abordés par l’ASN qui ne pose problème, alors que l’exploitant, l’industrie dans son ensemble et les politiques qui les soutiennent nous serinent depuis des lustres que les centrales françaises sont les plus sûres ! Quel démenti cinglant et argumenté en détail ! Ce ne sont plus seulement des manques ou des négligences, mais une suite d’aveux, qui, mis bout à bout constituent justement le lit d’un accident majeur ! Un véritable gouffre, un précipice au bord duquel se trouve effectivement toute industrie nucléaire guettée par « un effet falaise » (les acronymes et les euphémismes sont un des traits majeurs de la novlangue) qui lui est consubstantiel (voir plus bas). Sans pouvoir malheureusement le démontrer dans ce cadre, il est évident qu’il se produira un accident nucléaire majeur en France. Intégrer cela dans le domaine de la pensée pose certes quelques difficultés, mais devient à mon sens plus que nécessaire.

Ce qui suit n’est certes pas une illustration centrale de cette hypothèse, mais elle en illustre l’accroissement de la probabilité (l’invention du MOX est récent).

Silence, on MOX !

-3- Un des silences assourdissant de ce rapport (il aurait été facile de l’introduire dans ces « stress-test ») concerne l’utilisation dans 22 réacteurs et avec l’accord de l’ASN, du MOX pour « Mixed Oxydes », un composé d’environ 6 à 7 % de dioxyde de plutonium au lieu de l’enrichissement classique à 4,2 % d’235U. D’une par il accroît notablement les dangers d’accidents majeurs car :

• la conduite des réacteurs avec MOX est nettement plus délicate ;

• il accélère le processus de vieillissement des réacteurs ;

• il a un processus de fusion plus bas et plus rapide : dans une configuration accidentelle, le risque de criticité, est donc plus important et plus rapidement atteint ;

• il aggrave toute situation accidentelle car l’eau mélangée au bore qui sert à atténuer les effets d’échauffement de la radioactivité en absorbant les neutrons, est d’une efficacité moindre avec le MOX.

D’autre part ce plutonium est issu du retraitement de l’uranium nucléaire usé, ce qui suppose le transport délicat et fréquent de matériaux hautement radioactifs des centrales vers les usines et retour.

Le plutonium fait non seulement partie des éléments présentant une radiotoxicité très élevée, mais tous les isotopes et autres composés issus du plutonium sont également très toxiques et radioactifs. En voie aérienne, on estime qu’une quantité de l’ordre du dixième de milligramme peut provoquer le décès rapide d’une personne.

Une gestion « statistico-probabiliste » du risque bien pratique…

-4- De plus, à faire pour la première fois cet exercice d’imagination, on s’aperçoit que tout l’appareil technico-politique du nucléaire nous donne à voir l’ampleur, non seulement les « écarts » (comme ils disent) avec les préconisations de sécurité de base, mais aussi et surtout :

• l’impossible maîtrise tous azimuts des aléas propres aux « Macro Systèmes Techniques » [Concept clé du philosophe Alain Gras, « Que sais je », 1997] ;

• l’incapacité de voir (ou d’imaginer) les effets cumulatifs possibles de ces éventualités (baptisées « effets falaise ») tant la dénégation des dangers majeurs a contribué à les refouler depuis des décennies ;

• et de plus, le refus de prendre en compte les hypothèses les plus pessimistes parce que le rapport coût/bénéfice est « économiquement défavorable ».

En fait, il s’agit là d’une extension du point de vue probabiliste de la mécanique quantique à la gestion des MST nucléaires : tout est régit par des études statistiques et probabilistes qui ont l’insigne avantage de se prêter à tous les désirs des industriels qui veulent nous les faire prendre pour des réalités, je veux parler de la soi-disant innocuité ou maîtrise de ces manipulations nucléaires. Autrement dit, ce mode de connaissance (statistique et probabiliste) des phénomènes atomiques est devenu par contagion et « par manque d’expérience » inéluctable le point de départ des hypothèses concernant la sécurité. Et, ce qui est pratique en l’occurrence, c’est que l’on peut faire dire ce que l’on veut à ces « calculs » suivant les modélisations et les arborescences que l’on valide [On appréciera d’autant plus ce type de raisonnement que l’on connaît la « ligne de défense » de l’industrie nucléaire et de l’OMS : ils demandent aux victimes de prouver un rapport déterministe entre les effets des radiations (notamment les contaminations aux faibles doses) et les maladies induites].

Les centrales nucléaires : des Macro-Systèmes Techniques intrinsèquement dangereux

-5- Force est de constater une fois de plus les fragilités (et les dangers qui s’en suivent) de tous ces MST constitués d’un entrelacs de techniques, de technologies, de process et d’interfaces multiples dont on veut nous faire croire que leurs complexités inévitables ne sont que le signe de la modernité et de la sûreté technoscientifiques.

La sophistication extrême des matériaux utilisés (bétons, aciers…) et le contrôle fin de leurs caractéristiques que cela suppose, la difficulté de leur mise en œuvre étant donné la précision de leurs spécifications, la complexité de la construction des parcs nucléaires et de leurs raccordements, les problèmes dus à l’interdépendance de multiples technologies entre-elles (mécanique, électrotechnique, électronique, pneumatique, hydraulique, informatique…), les questions de conduite opérationnelle ordinaire et extraordinaire, la gestion des urgences et des situations de crise, l’adéquation des interfaces hommes/machines à toutes les situations, la qualification des personnels intervenants, les opérations de maintenance et de réparations (compliquées et parfois dangereuses), la gestion du vieillissement tous azimuts des installations, la qualité de tous les contrôles opérant à tous les niveaux depuis la mise en service nominale jusqu’au démantèlement, la gestion des déchets… Ce listing élémentaire et générique donne une petite idée du nombre de process corrélés entre eux et des répercutions possibles d’un manquement ou d’une simple défaillance, pour peu que ceux-ci soient imprévus et se produisent sur une interface délicate.

-6- En plus de ces fragilités intrinsèques et des dangers dus aux aléas climatiques et géologiques, il en est d’autres qui ont été introduits depuis trente ans par la pression actionnarialeet qui conduisent soit à la sous-traitance massive, soit à des malversations dans le but de faire des économies sur l’entretien et la maintenance (cf. les dossiers publiés concernant Tepco), soit à des politiques de « risques calculés » dont on a pu constater l’inanité à plusieurs reprises au Japon, en France et ailleurs.

De multiples conséquences supportées par les populations du monde entier

-7- Évidemment, la puissance dévastatrice intrinsèque des MST nucléaires (liée à ses fragilités) exige une « sûreté totale », c’est-à-dire un système politique du type « totalitarisme démocratique postmoderne » [Le film Food Inc en est une bonne illustration : l’auteur y montre comment, de manière totalement « démocratique » des lois sont votées dans certains états des États-Unis qui empêchent toute critique publique des industries agroalimentaires et des trusts de fast-food afin de protéger leur chiffre d’affaires. Il s’agit là, pour résumer, de l’utilisation des moyens démocratiques contre la démocratie, ce qui tend à devenir systématique en Occident. Une autre forme en est la dénégation des votes populaires rejetant les différents traités européens ou pire, les « ajustements » législatifs et constitutionnels des pouvoirs exécutifs afin de se soustraire aux poursuites judiciaires encourues à la suite d’agissements délictueux ou criminels ou, plus récemment, la nomination de banquiers à la tête de responsabilités gouvernementales en dehors de tout processus démocratique.] intériorisé dans les imaginaires des populations du monde entier. Un des multiples aspects de ces penchants, peu étudié, se niche dans le « droit nucléaire international » forgé sur mesure dans les années 60 en dérogation à tous les usages conventionnels [www.oecd-nea.org/law/isnl/10th/isnl-10th-anniversary-f.pdf]. Le nucléaire a ceci de particulier qu’il n’a pu se mettre en place qu’en bénéficiant (de la part des États) de régimes dérogatoires dans de nombreux domaines. Par contre-coup ses répercutions se sont fait sentir dans tous les domaines de l’activité humaine, y compris le politique, la philosophie et la morale [Lire le philosophe Günther Anders à ce sujet]. En voici une petite illustration.

-8- Un accident nucléaire majeur rend obsolètes et dérisoires tous les plans et les mesures de sécurité (on se souviendra longtemps des tuyaux d’arrosage à l’eau de mer dérisoirement inadaptés à refroidir des cœurs de réacteurs en fusion partielle à Fukushima, 60% de l’eau étant dissipée en évaporation et 20% ratant sa cible). Les possibilités de l’État (et du secteur privé plus encore) ne seront jamais à la mesure de la catastrophe ; c’est ce que la limitation des responsabilités de l’industrie nucléaire, actée dès ses débuts par diverses lois et conventions confirme de manière éclatante [Conventions de Paris (juillet 1960) et Bruxelles (janvier 1963), amendées par les Protocoles de janvier 1964, novembre 1982 et février 2004. Loi d’octobre 1968 modifiée par celle du 16 juin 1990…]. De ce point de vue, le droit prenait en compte, noir sur blanc, les gigantesques dangers consubstantiels au nucléaire que les pouvoirs s’efforçaient, en même temps qu’ils négociaient ces conventions, de nier devant les opinions mondiales. Sans ce report des responsabilités sur le corps social, aucun investisseur, aucun industriel au monde n’aurait investi un seul centime dans cette industrie.

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Déconstruire le nucléaire, décoloniser l’imaginaire occidental

-9- L’énergie nucléaire n’est que secondairement une technologie ; elle est avant tout « la fille aînée de la science ». Aucune technique n’aurait jamais permis une telle intrusion dans la composition de la matière. Autrement dit, « l’énergie nucléaire », n’en déplaise à beaucoup, n’est qu’une conséquence du mode de connaissance scientifique spécifique de l’Occident et du rapport à la nature (à l’écosphère) que cela sous-tend. D’un seul coup, en 1945, cette « création scientifique » a rendu totalement obsolètes toutes les critiques philosophiques qui s’en tenaient à celle des techniques, comme si d’ailleurs les techniques n’étaient pas un attribut inévitable de toute vie en société depuis la nuit des temps.

-10- Tous ces Macro Systèmes Techniques ont en commun la volonté de défier et de maîtriser au-delà des « lois de la Nature » (que la science a par ailleurs encensées à une certaine époque pour s’affirmer face aux croyances religieuses dominantes), ce qui s’apparente de facto à une activité fondamentalement transgressive que l’on baptise Progrès pour en faire oublier le caractère prométhéen. Mais il ne faut pas oublier que ces Macro Systèmes Techniques ont un but : faire de l’homme moderne un homme appareillé dont il suffira un jour de le débrancher pour mettre fin à son existence.

Le rapport complet de l’ASN  consultable ici

 (source texte : le Jura libertaire)

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:33

 

Communiqué de presse – urgent

Quatrième jour de grève de la faim pour un détenu du CRA de Calais (Coquelles)

Dimanche 8 avril 2012

Le 4 avril dernier, un iranien a commencé une grève de la faim au centre de rétention de Coquelles (Calais). Il doit être déporté en Hongrie1 – un pays où il n’a jamais été – selon les accords Dublin II. Il refuse de manger jusqu’à sa libération ou sa mort. Il demande justice.

Son état se détériore et jusque hier (7 avril) il refusait également de boire. Tandis que l’infirmière du CRA2 ne veut faire aucun commentaire sur son état de santé, les activistes de Calais Migrant Solidarity qui lui ont rendu visite disent qu’il est pale, faible et pris de vertiges.

Les officierEs de Coquelles refusent d’admettre que la grève de la faim est un acte politique. Ils la faire passer pour de la folie. Ils ont également refusé que les visiteurEs le voient avec son ami anglophone (qui aide à la traduction). Sa liberté d’expression est donc entravée, oppression supplémentaire.

Il est détenu depuis 23jours, mais cette détention peut durer jusqu’à 45 jours sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui (seulement sa situation administrative). Il décrit dans une lettre à celles et ceux qui se trouvent à l’extérieur du centre ce qu’est la rétention à Coquelles :

« Je vis les mêmes oppressions physiques et psychologiques qu’en Iran, bien qu’il [le gouvernement français] s’autoproclame défendeur des droits humains. Est-ce que ce sont des droits humains de nous mettre en prison et de nous traiter comme des animaux ?… »

Les autorités hongroises emprisonnent presque sans exception touTEs les demandeurEs d’asile qu’elles « reçoivent », pouvant les détenir jusqu’à 12 mois. Elles emprisonnent aussi ceux et celles qui ont été déportéEs en Hongrie selon les accords de Dublin II. Le comité Helsinki3 a rendu compte de cas d’automutilation et de violences policières récurrentes à l’intérieur des CRA4.

Cette grève de la faim n’est pas un cas isolé. Partout dans le monde des personnes sans papiers refusent de s’alimenter pour protester contre la répression et les détentions à répétition qu’ils subissent. En Belgique, 23 personnes sans papiers en sont à leur 83eme jour de grève de la faim5. Historiquement, les grèves de la faim ont souvent été utilisées comme des formes de protestations intéressantes pour mettre en lumière la répression et l’injustice.

L’oppression systématique des personnes sans papiers est une réalité quotidienne en Europe. Cette personne a fuit l’Iran pour rester en vie et a souffert en détention en France ; si il est déporté en Hongrie, il va continuer à vivre sans liberté. Son état de santé se détériore tant que sa grève de la faim continue. Il espère que les gens ne vont pas l’oublier.

Calais Migrant Solidarity

Pour plus d’informations et des lettres de soutien :

calaisolidarity@gmail.com

00 33 6 45 46 59 86

CALL FOR SOLIDARITY ACTIONS

What can you do to stop these inhumane deportations ?

Contact organisations in Calais : The prefect.

The prefect is responsible for the final decision to grant asylum or deport sans papiers. Phone or fax to the prefect of Pas-de-Calais county, Pierre de Bousquet de Floriant, to demand that he cancel the deportation :

Tel : 0033 (0)3 21 21 20 00

Fax : 0033 (0)3 21 55 30 30

Email : http://www.pas-de-calais.gouv.fr/Co…

1 Dublin II Regulation 2003 http://europa.eu/legislation_summar…(loi relative a la circulation des migrantEs)

2 Centre de rétention administratif = prison pour personnes sans papiers.

3 Comité hongrois de soutien aux migrantEs et d’observation de la détention.

4 Hungarian Helsinki Committee, Stuck in Jail : Immigration Detention in Hungary (2010), April 2011, available at : http://www.unhcr.org/refworld/docid… [accessed 7 April 2012]

5 http://www.lesoir.be/debats/cartes_…

 (source texte : Indymedia Lille )   Indymedia-Lille.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 17:34

Chère Catherine Millet,

Vous êtes directrice de la rédaction d’Art Press, commissaire d’exposition et écrivaine. Donc, une intellectuelle respectée. Depuis que vous avez écrit La Vie sexuelle de Catherine M., en 2001, vous êtes devenue la référente « cul » des médias, avec votre façon bien à vous, clinique, distanciée, d’en parler. En fait, vous n’avez qu’un seul défaut, mais de taille : vous confondez sexualité et viol. C’était déjà frappant dans une interview donnée cet été à Rue89, où vous regrettiez que « même Libé titre en Une que la France est en retard dans la condamnation du harcèlement sexuel ». Bouh la régression ! Haro sur ces vilains Amerloques qui nous empêchent de baiser tranquillement !

Passons sur la faiblesse de l’argument. On avait oublié cette chose essentielle : le harcèlement sexuel, c’est rien que de la pudibonderie ! Mais ce n’est pas tout. Il a fallu que vous commentiez l’affaire DSK. Et là, quand Saint-Germain-des-Prés se pique de considérations sur le viol, je tombe de ma chaise. Car, Madame Millet, vous avez un autre défaut : vous n’êtes pas juriste. Sinon, peut-être seriez-vous capable de définir une agression sexuelle. Ainsi, le 29 septembre, vous êtes invitée sur France Culture, où vous commentez l’affaire DSK : « Aujourd’hui, quand on parle de viol, on ne sait plus de quoi on parle [...]. Si, en effet, violer une femme, c’est ouvrir son chemisier et mettre la main sur ses seins, j’appelle pas ça un viol, à peine une agression sexuelle. Je pense que, voilà, tant qu’un homme n’est pas muni d’une arme, d’un couteau ou d’un revolver, une femme peut toujours se défendre ». Tiens, ça me rappelle quelqu’un : un copain de DSK, Ivan Levaï, qui, tout gonflé de sa partialité, allait déclarer sur France Inter quelques jours plus tard qu’« un viol, c’est avec un couteau, un pistolet ». Dommage que tous ces gens n’aient pas lu Virginie Despentes, qui écrit dans King Kong théorie qu’« une entreprise politique ancestrale, implacable, apprend aux femmes à ne pas se défendre ». Dommage, Catherine Millet, que vous soyez si loin des femmes, de leur réalité. Que vous pensiez qu’ouvrir le corsage d’une femme sans son consentement soit « à peine » une agression sexuelle. Et que votre regard de partouzeuse parisienne du VIIe arrondissement vous empêche de voir les choses autrement. Catherine Millet, vous êtes une négationniste du viol. Le terme est aussi fort que le concept est nauséabond. Vous appartenez à cette catégorie de gens fort bien représentés dans les médias, qui estiment qu’on accorde trop d’importance aux victimes, qu’après tout elles auraient pu se défendre… D’accord ! On dira ça aux 90 % de femmes violées qui ne portent pas plainte, et à celles qui, tétanisées par la peur, n’ont pas réagi. Vous avez au moins raison sur un point : quand on parle de viol, aujourd’hui, on ne sait vraiment plus de quoi on parle.

(publié dans le n° 18 de Causette)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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