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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 18:30

 

Comment le patronat français cherche à museler les juges

Les magistrats sont dans le collimateur du patronat français. Les grands patrons dénoncent « l’insécurité juridique » qui plane sur leurs plans de réorganisation et leurs procédures de licenciements. Et souhaitent réduire le contrôle exercé par les prud’hommes sur leur gestion des ressources humaines. L’accord interprofessionnel signé le 11 janvier et la nouvelle loi sur l’emploi en préparation satisfait en partie leur revendication. Aux dépens des droits des salariés.

C’est la nouvelle bête noire d’une partie du patronat français : « l’insécurité juridique ». Imaginez des juges qui annulent un plan de restructuration, suspendent une réorganisation ou interdisent certaines formes de management. Horreur ! Et les magistrats ne s’en privent pas. La direction de Peugeot prévoit 8 000 suppressions de postes ? La Cour d’appel de Paris suspend la restructuration, le 29 janvier, pour défaut d’informations des représentants du personnel. La Caisse d’épargne durcit son management pour mettre en concurrence ses employés ? Le Tribunal de grande instance de Lyon condamne la banque et interdit une organisation du travail qui « compromet gravement la santé des salariés ». La Fnac réorganise ses magasins ? Mi-décembre 2012, la Cour d’appel de Paris suspend la réorganisation à cause des risques psychosociaux qu’elle peut engendrer.

Conforama, Leader Price, Hôtel Crillon, Goodyear Autant de plans sociaux et de réorganisations qui ont été récemment stoppés par les magistrats suite à l’action en justice des syndicats. Côté patronat, l’intervention des juges laisse planer une « incertitude » sur la gestion financière des grands groupes. Une procédure qui traîne en longueur, et ce sont les actionnaires qui s’inquiètent. Des dommages et intérêts à payer, et ce sont les dividendes que l’on doit amputer. Inacceptable !

Manque de compétitivité : la faute de la justice

« La jurisprudence fait peser sur le licenciement économique un contrôle exceptionnellement fort, allié à une importante insécurité juridique », déplore, en décembre 2012, l’Institut Montaigne, un think tank néolibéral animé par plusieurs dirigeants de grandes entreprises. La France serait « le seul pays où le juge apprécie la validité d’un licenciement au regard de la compétitivité de l’entreprise. En outre, la jurisprudence est extrêmement exigeante en matière de reclassement. Cette situation a conduit en France à une très forte diminution du nombre de licenciements économiques, à un contournement systématique des règles en la matière et à un développement des emplois temporaires et à durée déterminée. »

En clair, si la compétitivité des entreprises françaises est en berne, si la loi n’est pas respectée et si la précarité se développe, c’est en partie la faute des juges. Bref, de quoi se mêlent les magistrats ? D’où jugent-ils des critères de compétitivité d’une entreprise ? Pourquoi entravent-ils la nécessaire flexibilité ?

Qui contrôle le pouvoir qu’exerce l’employeur ?

Jusqu’en 1986, les licenciements économiques étaient soumis à une autorisation administrative. Le patronat, au nom, déjà, d’une plus grande « flexibilité » (censée encourager les embauches…), a obtenu sa suppression. La justice a donc remplacé l’administration. « Lorsque l’employeur licencie, il exerce un pouvoir et ce pouvoir doit être contrôlé », rappelle simplement la juriste Marie-Laure Morin, spécialisée dans le droit du travail. « Cette idée d’insécurité juridique née de l’intervention judiciaire est en soi absurde : le juge ne se saisit jamais lui-même. Il l’est toujours par quelqu’un qui conteste un acte d’une autre personne. En matière de licenciement économique, la question est donc de savoir pourquoi le juge est saisi ? S’il y avait davantage de dialogue social et de négociation en amont dans l’entreprise, ce serait beaucoup moins le cas. »Rappelons que le droit à saisir un juge est un droit fondamental.

Qu’importe ! Pour les principales organisations patronales, l’heure est donc à la lutte contre cette « insécurité juridique ». C’est bien l’un des objectifs de l’accord national interprofessionnel (Ani) « pour un nouveau modèle économique et social », signé le 11 janvier par le Medef et trois organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC et CFTC), que le ministre du Travail Michel Sapin est en train de traduire dans sa future loi pour l’emploi. De nouvelles procédures de licenciement, en cas de « mobilité interne » ou d’accord de « maintien dans l’emploi », restreignent fortement la possibilité pour les salariés de les contester en justice et contournent les règles qui accompagnent un plan social (lire notre article : Le licenciement automatique bientôt inscrit dans la loi ?). L’Ani vise aussi à « rationaliser les procédures de contentieux judiciaire », en particulier celles portées devant le Conseil des prud’hommes. Au cœur de cette « rationalisation », l’article 26 des accords raccourcit les délais de prescription pour les salariés voulant engager une action. Et limite grandement les demandes de rattrapage de salaires.

Menace sur les demandes de rattrapage de salaire

Pour contester un licenciement que vous jugez abusif ou demander des arriérés de salaires, vous n’aurez plus que deux ans – au lieu de 5 ans actuellement – pour porter l’affaire en justice. Un compte à rebours qui commence à partir de la rupture de votre contrat de travail, ou lorsque vous vous estimez financièrement lésé par votre employeur . Seule exception : les discriminations au travail. La prescription pour entamer une action en justice reste de 5 ans, à partir du moment où la discrimination est révélée .

A première vue, ce passage de 5 à 2 ans aura peu d’impacts. « En matière de rupture de contrat de travail, ces nouveaux délais ne comportent pas de conséquences importantes. En général, les salariés saisissent les prud’hommes assez rapidement », explique Marie-Laure Morin. Reste un problème de taille :« Souvent, ils ont encaissé beaucoup de choses pendant leur activité au sein de l’entreprise, et comptent tout régler devant les prud’hommes. Ce ne sera plus possible. » Les demandes de rattrapage de salaires ne pourront porter que sur trois ans à partir de la rupture du contrat de travail. « Cela vise très clairement les demandes en rappel d’heures supplémentaires », pointe Marie-Laure Morin. Exemple ? Un cadre rémunéré au forfait jour pendant 10 ans est licencié. Il estime que son forfait a été sous-évalué compte tenu de son activité réelle et apporte la preuve qu’il a effectuées de multiples heures supplémentaires, pouvant représenter un rappel de salaire considérable. Il ne pourra faire valoir ce rattrapage que sur les trois années précédant son licenciement. Tant pis pour les autres.

Faire valoir ses droits ou perdre son boulot ?

Terminés également les dommages et intérêts pour avoir été exploité une vie entière. En 2004, le chef cuisinier Marc Veyrat était condamné à payer plus de 250 000 euros à sa lingère, Anna. Celle-ci travaillait pour lui et sa famille dans leur hôtel en Haute-Savoie : 67h30 par semaine, en moyenne, payée 43h (885 euros par mois en fin de carrière), « sans toucher le moindre revenu supplémentaire, ni repos compensateur, et sans jamais subir de visite médicale », raconte alors Libération. Et ce, pendant 43 ans ! Licenciée en 1999, elle n’a même pas de droit à la retraite, ayant commencé à travailler au noir. Les magistrats ont vivement critiqué ce « traitement impersonnel et négligeant » vis-à-vis « d’une salariée qui avait travaillé de nombreuses années au service de l’entreprise et de la famille du dirigeant ». Une illustration extrême mais bien réelle. Une telle réparation sera-t-elle encore possible si la prescription de trois ans est adoptée dans la loi ?

Désormais, tout salarié qui se démène pour aider sa boîte à sortir de l’ornière y réfléchira à deux fois. Car si l’affaire se termine mal, il ne pourra plus faire valoir l’ensemble de ses droits. Les relations au travail risquent de se durcir : « Cela va forcer les gens à saisir les prud’hommes en cours d’exécution de leur contrat de travail, et pas seulement en cas de rupture », craint Marie-Laure Morin. Se lancer dans une action en justice quand on travaille encore au sein de son entreprise signifie souvent s’exposer à une menace de licenciement. Combien de salariés s’estimant lésés prendront ce risque ? Un chantage à l’emploi – si vous allez aux prud’hommes, ce sera la porte – qui implique de fait une perte de droits, pour tout simplement ne pas perdre son boulot et son salaire.

La mort de la conciliation prud’homale ?

La diminution des délais de prescription s’accompagne d’un encadrement beaucoup plus contraignant des indemnités versées aux salariés lésés. L’article 25 des accords interprofessionnels, au prétexte de « faciliter la conciliation prud’homale », fixe des « indemnités forfaitaires » : 2 mois de salaire si l’ancienneté dans l’entreprise est inférieure à 2 ans, 4 mois de salaire après 2 à 8 ans de travail…  Les montants définis ne sont pas forcément scandaleux au vu de ce qui se pratique au sein des 209 conseils des prud’hommes. Mais « cela crée un précédent dans l’esprit des juges qui risquent de raisonner en terme de plafond. On ne répare pas le préjudice réel. Les juges n’auront plus aucune latitude pour donner davantage aux salariés s’ils l’estiment nécessaire », réagit Jean-François Lacouture, conseiller prud’hommes (collège salarié) et syndiqué CGT. « On annonce clairement la mort de la conciliation. »

Dans son combat contre l’« insécurité juridique », le Medef souhaitait aller encore plus loin et remettre en cause l’obligation de motiver une lettre de licenciement. Le patronat l’avait déjà tenté à l’occasion des contrats nouvelles embauches du gouvernement Villepin, en 2005. Contrats qui pouvaient être rompus sans motif par l’employeur, ce qui avait été déclaré contraire au droit international. Cette fois, la proposition est plus joliment formulée par le patronat :« L’imprécision de la lettre de licenciement n’équivaut en aucun cas à une absence de motif. » Comprenez : une lettre imprécise, donc peu ou pas motivée, n’est pas une absence de motif, qui pourra être communiquée ultérieurement au juge s’il le souhaite... Une proposition à laquelle la CFDT, signataire du texte,« s’est vivement opposée ». Ce qui a été validé dans l’accord n’en demeure pas moins inquiétant.

Utilisation abusive des licenciements pour motif personnel

Pourquoi tenter ainsi de limiter le recours aux conseils des prud’hommes ? Environ 200 000 contentieux entre salariés et employeurs y sont traités chaque année, en particulier suite à un licenciement pour motif personnel. Celui-ci est la première cause de rupture de CDI, devant la rupture conventionnelle (créée en 2008) et les licenciements économiques. Il y a deux décennies, c’était l’inverse . « La proportion s’est renversée car procéder à un licenciement pour motif personnel, et encore plus avec les ruptures conventionnelles, est assez facile dans les faits. Il y a clairement une utilisation abusive des licenciements pour motif personnel », observe l’économiste Mireille Bruyère, du Centre d’étude et de recherche « travail, organisation, pouvoir », de l’Université de Toulouse.

Les licenciements économiques sont devenus minoritaires. Leur contrôle est largement restreint par plusieurs dispositifs de l’accord, en particulier l’article 15 sur les « mobilités internes », qui requalifie certaines formes de licenciements économiques en licenciements pour motif personnel. Restait, du point de vue du patronat, à s’attaquer au recours aux prud’hommes, là où cette forme de licenciement est jugée, en cas de contestation. Le Medef peut souffler, son sentiment d’ « insécurité juridique » est en passe d’être en partie réglé. Quant à l’insécurité des salariés, des travailleurs précaires et des chômeurs, elle attendra.

(Source : Bastamag.net)

 


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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 17:44

 

CLAIRE RODIER : « LA GESTION DES FRONTIÈRES SERT BIEN D’AUTRES INTÉRÊTS QUE CEUX QU’ELLE PRÉTEND DÉFENDRE »

Auteur de Xénophobie Business, Claire Rodier porte un discours sans concession sur les politiques migratoires européennes et sur leurs fondements. Le nerf de la guerre (aux migrants) ? L’argent, le jeu diplomatique et la manipulation politique. Un cocktail que l’on retrouve à Melilla, forteresse de l’Europe au Maroc, récemment visitée par votre serviteur. Entretien.

« Le contrôle et gestion des frontières est un spectacle rituel », écrit Wendy Brown dans Murs. « Quand l’échec des efforts de dissuasion met le spectacle en crise, ses auteurs essaient de sauver la face en promettant un show plus grandiose que le précédent. » Un propos que les barrières-frontières de Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en terre marocaine, illustrent parfaitement. À la fin de l’été 2005, des migrants subsahariens qui tentent de franchir l’obstacle sont repoussés dans le sang. Onze morts à Ceuta le 29 septembre 2005. Six à Melilla le 6 octobre. Un crime d’État qui annonce la mise en place de ce « show » sécuritaire décrit par Wendy Brown.

Avant 2005, les villes de Ceuta et Melilla jouissent d’une notoriété médiatique limitée en dehors de l’Espagne. Petites enclaves perdues de l’autre côté de la Méditerranée, elles vivotent loin des projecteurs. La donne change après le massacre. Marocains et Espagnols se renvoient alors la balle et la responsabilité des faits, sur fond de surchauffe médiatique. Dans la foulée, l’État marocain entreprend de vastes rafles sur tout son territoire avant de relâcher des centaines de migrants dans le désert situé à la frontière de l’Algérie. 
Le gouvernement espagnol, lui, réagit différemment : tout en encourageant le Maroc dans son délire sécuritaire, il dépense des dizaines de millions de dollars pour surélever et perfectionner les frontières des deux enclaves. Aux images de migrants sautant le mur, il faut répondre par d’autres images, celles de miradors, de caméras high-tech et de grillages à la hauteur vertigineuse. Mission accomplie. Certes, les migrants passent encore. Mais c’est secondaire...

 

« La gestion des frontières sert bien d’autres intérêts que ceux qu’elle prétend défendre », écrit Claire Rodier dans Xénophobie Business. Rappelant que l’inflation des contrôles migratoires, la démultiplication des barrières va et les politiques européennes en la matière ont une « efficacité » très marginale en matière de flux migratoires (ils n’empêchent nullement les candidats au passage de tenter leur chance), la cofondatrice du réseau Migreurop, par ailleurs juriste au Gisti, développe dans cet ouvrage essentiel les trois fonctions principales des murs érigés aujourd’hui. La première est économique : se barricader n’est pas donné (à Melilla, lelifting du mur frontière après les événements de 2005 a coûté la bagatelle de 32 millions d’euros) et le marché de la sécurité frontalière est désormais saturé d’acteurs privés aux dents longues. Le second objectif est idéologique : construire des murs est la meilleure manière de jouer sur cette peur de l’ « invasion » qui se révèle immanquablement un outil politique puissant. La dernière fonction est d’ordre géopolitique : au niveau européen, le contrôle des frontières passe désormais par une externalisation tous azimuts. En tissant des relations avec des pays « bon élèves » en la matière, comme le Maroc, la Turquie ou l’Ukraine, l’UE étend son champ d’action.

Xénophobie Business offre une vision détaillée de ces logiques à l’œuvre. Et pousse à regarder d’un autre œil les politiques migratoires, qu’elles soient nationales ou supra-nationales. De retour d’un voyage de quelques jours à Melilla, à l’ombre de cette barrière qui défraya la chronique en 2005 et continue d’être « cible » privilégiée des migrants, j’ai interrogé Claire Rodier sur la situation spécifique de cette ville frontière barricadée sur elle-même.

 

2 105 migrants sont passés à Melilla en 2012, la plupart en sautant la barrière. Ceci alors qu’elle est censé être l’une des plus perfectionnées du monde. Quelle leçon en tirer ?

Ce retour des passages massifs à Melilla est une illustration parfaite de quelque chose dont je suis convaincue : ces murs ne servent à rien et sont disposés là pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le besoin de stopper les migrants. Pourquoi cela se passe précisément en 2012, je n’en sais rien, mais le fait est que le perfectionnement de la frontière ne change rien : les gens passent quand même.

Ce n’est pas forcément un constat de défaite pour les tenants du mur, parce que la barrière a aussi une fonction symbolique. Elle a valeur de message. Aussi bien à destination des migrants (dimension dissuasive) qu’à destination des habitants des populations des pays frontaliers (dimension idéologique). Elle marque aussi la domination des pays qui sont du « bon côté » de la barrière sur les autres qui sont du « mauvais ».

Dans « Partir et raconter », Bruno le Dantec écrit, au sujet des tentatives de passage de Mahmoud Traoré en 2005 : « plus que des barrières imperméables, les frontières sur lesquelles il a buté se révèlent plutôt être des péages ou des sas d’entrée sélectifs. »

Je suis totalement d’accord avec ce constat. Cela fait un certain temps qu’il y a des dispositifs de plus en plus compliqués : pourtant on s’aperçoit que les déplacements de population ne diminuent pas, restent à peu près comparables en volume. Il n’y a pas d’impacts de ces dispositifs concertés qui existent maintenant depuis une bonne quinzaine d’années. Au « mieux », ils déplacent. Il y a un jeu de balancier qu’on retrouve toujours dans les mouvements migratoires : si l’on ferme d’un côté, ça s’ouvre de l’autre. Quand les frontières de Ceuta et Melilla ont été verrouillées vers 2005-2006, les migrants se sont tourné vers d’autres voies de passage, à l’Est. Maintenant que la route libyenne vers l’Italie et Malte, et surtout la frontière gréco-turque ont beaucoup plus surveillées, il y a reflux vers le nord du Maroc.

Au delà de ce constat, il est clair qu’il faut être un peu naïf pour penser qu’on peut empêcher des populations entières de bouger, alors qu’elles sont poussées par des motifs que par ailleurs on ne supprime pas. On ne peut se mettre en travers du chemin de gens qui doivent absolument quitter un endroit, sauf à les exterminer – on n’en est pas encore là. Les dispositifs de contrôles frontaliers ne prennent absolument pas en compte cette réalité là, ou font semblant de ne pas la prendre en compte.

 

Avant 2005 et les massacres, pas grand monde ne connaissait Ceuta et Melilla. Et soudain il y a eu une médiatisation étrange : tournaient en boucle ces images de migrants escaladant les grillages de nuit, par centaines. Des images qui disaient : l’Europe est prise d’assaut.

À partir de 2005, Ceuta et Melilla sont devenus des emblèmes, des symboles. Et la médiatisation qui a suivi était effectivement troublante. J’ai toujours été dérangée par les reportages sur le saut des frontières ou sur les arrivées de barques – aux Canaries ou à Lampedusa. Le côté compassionnel est toujours accompagné d’un élément qui alimente la peur de l’invasion. Ce regard jeté par les médias, relayé par la presse, est ensuite instrumentalisé par les États, par ceux qui décident d’entraver ces passages.

Les militants et associations sont eux aussi instrumentalisés, même si c’est évidemment involontaire. Parce qu’on a aussi contribué à relayer le message disant : « Attention, maintenant c’est dangereux de passer, il y a eu des morts.  » Même en le dénonçant, on est en porte-voix de ce discours sur l’invasion. Il faut en être conscient. D’un certain point de vue, on participe d’un discours « rassurant » fondé sur des trucs aussi épouvantables que des gardes frontières tirant sur des migrants. D’autant qu’avec le temps il y a une forme de banalisation. Parce que c’est devenu banal de mourir en migrant. Ce qui donne beaucoup de place au discours expliquant qu’il faut protéger les migrants en renforçant le contrôle aux frontières.

 

On a finalement plus parlé des « avalanches » de 2005 que des milliers de morts du Détroit de Gibraltar5. Qu’ils meurent, mais loin des yeux ?

C’est très éclairant de comparer cet événement là à d’autres dont on ne parle pas du tout. C’était pareil pour le naufrage d’Al Hoceima, où 29 migrants ont perdu la vie après que des policiers aient crevé leur zodiaque, et qui a été très médiatisé, notamment parce que les ONG ont beaucoup relayé. Quand on compare ce traitement médiatique avec des événements tout aussi dramatiques qui se déroulent loin dans le désert ou en pleine Méditerranée, c’est le jour et la nuit. Mais c’est peut-être inévitable. De notre côté, on utilise des éléments emblématiques pour faire comprendre une réalité. Et c’est certain qu’on n’a pas les moyens d’aller montrer ce qui se passe dans le désert.

Il y a une acceptation tacite de ces morts lointaines, sous le tapis, dans les politiques migratoires européennes. A cet égard, les événements de 2005 sont un anachronisme, non ? Côté espagnol, on se débrouillera pour que ce genre de choses arrive loin des projecteurs ?

C’est une évidence. Quand les migrants meurent loin des murs ou en pleine mer, c’est moins embarrassant. C’est l’un des objectifs de l’externalisation du contrôle aux frontières, de cette façon de sous-traiter les contrôles migratoires. Les opinions occidentales qui risqueraient d’être sensibles à des violations graves des principes ou du droit des gens ne sont pas au courant. Par définition, plus ça se passe loin, plus c’est irréel.

Ce que vous avez vu dans les forêts de Melilla, on ne pourrait pas imaginer que ça se passe aujourd’hui à Calais. Bien sûr, il se passe des trucs horribles à Calais, mais pas ça. Pas des gens dont on vient casser les poignets sciemment pour les empêcher de continuer leur route. Il y a une gradation selon la distance. Calais n’est pas Melilla. Et Melilla n’est pas la frontière sud de l’Algérie, où l’on peut assassiner en toute impunité.

Cette violence qu’on retrouve côté marocain est étroitement liée aux rapports avec les Européens. Sur place, les militants sont catégoriques à ce sujet. Même avant 2005, il y avait une recrudescence spectaculaire de la violence à chaque visite d’un dirigeant européen, comme une démonstration de force. Cette fermeté affichée est une manière de dire que le pays mérite l’argent reçu à l’issue de la visite.

Concrètement, qu’y gagne le Maroc ?

Cela se joue au niveau des accords commerciaux. Ce pays vit pour une bonne part sur les investissements étrangers et le tourisme, contrairement à l’Algérie ou à la Libye qui disposent de ressources naturelles. Dans le même temps, c’est devenu le pays le plus proche de l’UE en Afrique du Nord : ainsi c’est le seul qui s’est vu reconnaître un « statut avancé » par l’UE, qui lui fait bénéficier d’avantages économiques et commerciaux. Diplomatiquement c’est un enjeu. Le Maroc n’a pas beaucoup de ressources naturelles et exploite ce qui est à sa disposition. Et les migrants sont clairement une ressource, qui se monnaye.

 

Migrant camerounais installés à proximité de la frontière, côté marocain. Photo Lémi, janvier 2013

Les politiques d’externalisation de la gestion des frontières sont finalement très récentes...

Elles datent du début des années 2000. Avant, les choses se passaient plus à un niveau bilatéral. L’Espagne négociait toute seule avec le Maroc. Depuis les années 2000, il y a une politique officielle de mise en commun des politiques d’asile et d’immigration. Cette politique ne s’est cependant pas traduite par une véritable homogénéisation des législations européennes, ce qui était censé être un objectif – avoir une entité géographique et politique européenne composée de 27 pays où les conditions d’installation des migrants et demandeurs d’asile seraient les mêmes. En revanche, le volet sécuritaire, qui concerne le contrôle des frontières et le rapport avec les pays d’immigration, a été pleinement communautarisé, à travers des accords de gestion concertée des flux migratoires, des accords de réadmission et des accords de coopération incluant des clauses migratoires. Tout cela a commencé à être négocié à partir de 2000. Il y a eu ensuite la création de l’agence Frontex, en 2004. Beaucoup de choses se sont décidées dans les premières années du siècle, avec une politique globale de l’UE très rapidement mise en place.

C’est une politique qui n’est même plus en débat au sein de l’Union.

Je crois qu’elle n’a jamais été vraiment en débat. Le basculement s’est fait très vite. Il y a eu quelques discussions à la fin des années 1990 et au début des années 2000, au moment où se se préparait cette politique commune d’asile et d’immigration.

Entre 1995 et 2000, on pouvait voir se dessiner deux types d’approches : une approche plutôt intégrationniste, affirmant que les migrants étaient une chance pour l’Europe et pour la croissance, avec un discours utilitariste bien pensant, type social-démocrate. Et en face une approche plus sécuritaire. Cette approche n’était pas tout à fait nouvelle, puisque les polices européennes avaient depuis longtemps pris l’habitude de coopérer, notamment sur les questions de terrorisme et de trafics : l’immigration, à son tour, a été présentée comme une menace, qu’il fallait combattre comme les autres.

Ces deux types d’approche ont pu sembler en concurrence pendant un temps jusqu’en 2001. Après le 11 septembre, le volet sécuritaire l’a nettement emporté. Depuis cette époque là, il n’y a plus de discussion. Un seul mot d’ordre : protéger, sécuriser. L’immigration étant systématiquement associée au terrorisme, il n’y a plus de débat.

En matière d’externalisation, on connaît surtout le cas du Maroc et de la Libye. Y a-t-il d’autres pays qui acceptent de jouer ce rôle de père fouettard de l’Europe ?

Il y a la Turquie. Il y a eu un gros travail de l’Europe pour pousser ce pays à servir de filtre. La négociation d’un accord de réadmission a duré longtemps, mais il a été signé l’année dernière, après des années de discussion. C’était un enjeu important pour l’Europe. Et une mise au pas symbolique de la Turquie. Cette dernière s’est vue rétribuer par des éléments qui n’ont rien à voir avec l’immigration : avancement dans le processus d’adhésion, prise d’importance dans le rapport de force régional... Ceci dit, cela fait un moment qu’il y avait des centres de détention en Turquie, construits sous pression et avec financements de l’UE.

Plus au Nord, il y a l’Ukraine, autre bon exemple de la politique d’externalisation. C’est un pays vers lequel s’est tournée l’UE à partir de 2004, quand la Pologne est entrée dans l’Union. Il y a eu beaucoup d’efforts faits à destination de ce pays, beaucoup d’argent investi pour la construction de centres de rétention et l’instauration d’un système d’asile. Car le système d’asile, comme au Maroc ou en Tunisie, est aussi un élément de l’externalisation : à partir du moment où l’Europe réussit à exporter dans un pays quelque chose qui ressemble à un dispositif de traitement des demandes d’asile, ses Etats membres considèrent qu’on peut sans problèmes y renvoyer les demandeurs d’asile. Ce qui est complètement factice : on sait bien qu’en Ukraine ou au Maroc il n’y a pas de vrai traitement de l’asile. Et que ces pays utilisent ces négociations pour obtenir des avantages.

Les questions d’immigration sont généralement des prétextes cachant des intérêts économiques ou symboliques. Un élément fondamental qui s’est généralisé en peu de temps et reste souvent négligé dans les analyses militantes. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai écrit ce livre. On ne peut pas comprendre l’évolution en court si l’on reste basé sur des approches uniquement droit-de-l’hommistes.

 

Qu’en est-il de l’agence Frontex ?

Frontex est un peu comme un mur, a la même fonction symbolique. Elle doit montrer que l’Europe s’est saisie de la fonction, possède un bras armé. Au premier abord, c’est une petite armée. Mais c’est surtout une interface entre des industriels et des politiciens, convaincus ou corrompus. Son efficacité est très marginale par rapport à son intérêt symbolique, qui est de dire que l’Europe ne se laissera pas envahir.

Dans le même temps, Frontex brasse beaucoup d’argent. Je suis tombée il y a peu de temps sur un article faisant état des sommes énormes véhiculées par Frontex sans être inscrites à son budget officiel. C’est de l’argent versé à des boîtes, notamment des avionneurs, qui travaillent sur des dispositifs sécuritaires, pour faire des essais, des démonstrations - notamment dans le domaine des drones. Frontex sert aussi à légitimer la recherche dans ce domaine, à la limite du militaire. C’est une fuite en avant ; il y a toujours à matière à renouveler l’arsenal, en affirmant que le matériel utilisé est obsolète, qu’on ne va pas assez loin, qu’on ne voit pas assez loin, qu’on est mal « défendus ». Les besoins s’alimentent d’eux mêmes.

Concernant Frontex, il n’y a pas eu non plus de véritables débats sur sa mise en place...

Il y a eu quelques débats au Parlement européen, y compris avec des groupes parlementaires très critiques. Mais ces critiques ont toujours porté sur des questions liées au respect des droits de l’homme, à savoir : est-ce que Frontex respecte vraiment les règles en matière de droit des personnes ? Or ces débats se terminent toujours sur la même note : il faut renforcer les contrôles sur l’agence, mais aussi renforcer Frontex parce que c’est un levier efficace. Quand l’agence demande une augmentation de son budget, ça passe comme une lettre à la poste, y compris chez ces parlementaires critiques. D’où une augmentation considérable de ses dépenses depuis sa création.

Personnellement, je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour des moyens économiques et financiers dont dispose vraiment Frontex. Il y a un entremêlement d’intérêt qui rend les choses opaques. C’est un écran derrière lequel se négocient beaucoup de marchés économiques et de négociations diplomatiques, de manière tout sauf transparente. La place prise dans l’activité du staff de Frontex par la présence à des symposiums ou des colloques est tout à fait frappant. Quand on regarde l’agenda de ces gens-là, on s’aperçoit qu’ils passent leur temps à se rendre à ce type de réunion, où, se rencontrent représentants du secteur privé et responsables politiques.

Dans un paysage international où se généralisent des dispositifs virtuels tels que Frontex ou SIVE6, le concept de mur frontière semble presque anachronique...

Je ne crois pas qu’on aille vers une disparition de ces murs. Au contraire : on est dans une période où ils multiplient au niveau mondial. Parce qu’ils ont avant tout une fonction symbolique. Les frontières virtuelles se développent de façon discrète. Tandis que le mur est une façon d’afficher le message. L’exemple le mur le plus significatif me semble être celui qui est en construction entre la Grèce et la Turquie, exactement sur le modèle de Melilla. Une barrière de quelques kilomètres qui aura certainement un impact très faible sur la circulation (es personnes dans cette zone, mais qui sera là comme emblème de la politique de la Grèce en matière de politique migratoire. Un gros investissement, mais qui forme seulement la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée est constituée d’éléments dissimulés à l’opinion et qui génèrent beaucoup d’argent.

(Source : article 11)


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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 19:50

Communiqué d’Attac France.

1ère Initiative Citoyenne Européenne.

La Confédération Européenne des Syndicats des Services Publics (EPCU) vient d'initier la 1ère Initiative Citoyenne Européenne (ICE).

 

Elle est intitulée « L’eau : un droit humain » et doit recueillir pour être prise en compte 1 million de signatures émanant d'au moins sept pays avec des quotas minima de signatures affectés à chacun de ces sept pays.

 

À ce jour plus de 1.100.000 signatures ont été recueillies ... mais seulement 2.000 pour la France alors que le quota qui lui est affecté en exige 55.500.

 

Le texte de l’ICE est le résultat de compromis entre syndicats européens et milite pour le droit à l'eau en défendant les services publics face à la montée de la concurrence et du marché.

 

Dans le prolongement de la CNCL du 9 février 2013 où s'est tenu un atelier Eau qui a validé cette demande, le CA d'Attac France appelle ses adhérents à signer et faire signer massivement cette pétition en se rendant sur ce lien

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 19:31

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Les salariés viticoles particulièrement exposés aux pesticides

Selon les résultats d'une enquête menée sur 25 personnes dans le Médoc et commanditée par l'ONG Générations Futures, les salariés viticoles sont particulièrement exposés aux pesticides, des traces de résidus étant retrouvées dans leurs cheveux. L'ONG alerte particulièrement sur la dangerosité de ces pesticides, qui sont néanmoins autorisés.

 

 "Tous les salariés viticoles testés ont des résidus de pesticides viticoles dans leurs cheveux", indiquent les conclusions de l'enquête menée entre mi-octobre et mi-novembre 2012. Elles se basent sur l'analyse, réalisée par le laboratoire Kudzu Science, de mèches de cheveux prélevées sur plusieurs groupes: 15 salariés viticoles dont 6 disent ne pas avoir été exposés directement à des pulvérisations de produits, et 10 non-salariés viticoles (5 riverains des vignes, et 5 personnes vivant loin des vignes). 35 molécules différentes ont été recherchées dont 27 actuellement autorisés sur la vigne. Cette enquête établit qu'il y a 11 fois plus de résidus de pesticides en moyenne chez les salariés viticoles que chez les riverains habitant loin des vignes (6,6 pesticides en moyenne contre 0,6). Il y a également 5 fois plus de résidus de pesticides en moyenne chez les riverains de la vigne que chez ceux résidant loin.

Plus de 45% des "molécules retrouvées sont classées cancérigènes possibles en Europe et aux USA", et "plus de 36% sont suspectées d'être des perturbateurs endocriniens", précise Générations futures. Quatre des 15 salariés viticoles présentent 10 pesticides différents dans leurs cheveux. "Si les pesticides sont à l'intérieur du cheveux, c'est qu'ils ont été à un moment donné dans l'organisme", a précisé le directeur du laboratoire Kudzu Science, Vincent Peynet, lors de la présentation à la presse des résultats à Paris. "Cette étude n'a pas la prétention d'être une étude scientifique", a déclaré pour sa part François Veillerette, président de Générations Futures. "Mais les résultats sont tellement nets qu'une étude scientifique sur un échantillon plus large dirait la même chose", a-t-il assuré.

Mettant en avant le risque d'effet "cocktail" des pesticides, M. Veillerette a appelé le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll à mettre en oeuvre le plan écophyto, lancé en 2008 après le Grenelle de l'Environnement, qui prévoyait de diviser par deux l'usage des pesticides d'ici 2018. Or, leur utilisation a augmenté de 2,5% en 2012. "Les cancérigènes possibles sont encore autorisés. On attend quoi ?", a lancé M. Veillerette, avant d'ajouter: "il faut que Le Foll prenne le taureau par les cornes". Stéphane Le Foll a assuré fin janvier que "le chantier" sur les risques sanitaires posés par les pesticides, dont la France est le plus grand utilisateur en Europe, était "d'ores et déjà ouvert".

(source : danactu-resistance)

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 17:37

Ignorance de l’histoire ou déni de l’histoire, les propos de Harlem Désir, le 21 janvier 2013, dans Mots croisés, sur France 2, à propos de l’accueil réservé aux réfugiés espagnols en 1939, sont inacceptables. Comment oser dire que ces Espagnols étaient fiers de la solidarité de la France ?

Comparant la gratitude qui serait celle de Maliens de 2013 envers la France à une présupposée gratitude des Espagnols républicains de 1939 à l’adresse du même pays qui aurait été accueillant pour eux, Harlem Désir a tenu ces propos : « Juste avant cette émission, j’étais à Montreuil où nous organisions une réunion de solidarité avec le peuple malien et j’ai vu des hommes et des femmes, beaucoup de Maliens de France, qui étaient à la fois inquiets, pour leur pays, comme ont pu l’être des réfugiés, vous savez, des Espagnols ou autres qui ont été accueillis en France au moment où leur pays traversait des drames et des guerres, et qui en même temps étaient fiers de la solidarité de la France, qui étaient soulagés, qui étaient reconnaissants. »

Or, même si en 1936 et 1937, il y eut une petite solidarité envers les Républicains espagnols en guerre civile, celle-ci a vite été interrompue par le gouvernement de gauche.

La Fédération anarchiste tient à rappeler que, parmi les 500 000 réfugiés espagnols fuyant le franquisme, après avoir, pour nombre d’entre eux, mené un âpre combat contre les forces franquistes, mais aussi contre ses alliés nazis et les supplétifs de Salazar, au moins 330 000 se sont retrouvés dans des camps de concentration (appellation officielle).

La solidarité n’était pas de mise, sauf chez certains militants de gauche, des anarchistes et quelques entités caritatives. En métropole et au Sahara colonisé, le gouvernement recevait ces Espagnols antifascistes, sans l’avoir anticipé – alors que les évènements présageaient une arrivée massive –, dans les camps de la honte du sud du pays. 17 000 personnes y périrent, ne parvenant pas à lutter contre le vent froid, la pluie, l’insalubrité, le manque d’eau potable, l’insuffisance des équipements sanitaires, la typhoïde, la tuberculose, le paludisme, le désespoir. Au Sahara, les conditions de vie étaient encore pires et certains y croupirent jusqu’en 1942. Rappelons aussi que les révoltes étaient punies d’emprisonnement dans des espaces disciplinaires et que les punitions brutales pouvaient semer la mort.

Là, il est question de l’attitude du gouvernement républicain jusqu’en 1940. Quant à celui de Vichy, il a livré des Espagnols au régime franquiste et aux nazis qui les ont déportés dans les camps d’extermination.

Pour rendre la monnaie de la pièce de la solidarité à la France, nombre d’espagnols exilés, dont de nombreux anarchistes, se sont battus contre l’occupation nazie, rejoignant la Résistance ou les Forces libres : les hommes de la 2e division blindée de Leclerc, commandée par le capitaine Raymond Dronne, la Nueve, qui, comme son nom l’indique, était composée en majorité d’Espagnols, ont été les premiers à rentrer dans Paris, le 24 août 1944, au soir.

Aussi, M. Harlem Désir, la Fédération anarchiste vous invite à revisiter votre Histoire de France, l’histoire de ces républiques et celle du comportement de ses représentants.

Secrétariat aux relations extérieures de la Fédération anarchiste.


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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 17:02

      

 

« Un autre web, sans pub, est possible »

Free vient de désactiver le blocage de la publicité qu’il avait mis en place par défaut pour ses clients. Les éditeurs de presse en ligne voient dans ce système anti-pub « une atteinte au principe de neutralité du Net ». Les associations Résistance à l’agression publicitaire et Surfez couverts demandent au contraire à ce que le blocage des publicités soit généralisé sur tous les navigateurs Internet afin de « garantir la liberté de réception de l’internaute ». Basta ! relaie leur tribune, pour que ce débat puisse être approfondi. Avec en toile de fond la question du modèle économique de la presse en ligne.

En janvier 2013, le fournisseur d’accès internet Free avait bloqué par défaut la publicité pour ses clients pendant quelques jours, protégeant plus de cinq millions d’internautes de l’agression publicitaire. Cette mesure courageuse répondait à une préoccupation importante des Français ; la publicité est en effet considérée par la majorité d’entre eux comme envahissante . Free vient de réactiver l’option mais sans blocage par défaut, une timide avancée.

Liberté d’intrusion contre liberté de réception

Free, par cette action, a engagé bien malgré elle, un débat sur la pollution visuelle et mentale due à la publicité sur Internet. Des acteurs du web, très dépendants de la publicité, se sont offusqués de cette pratique au nom de la liberté d’expression et d’accès à une information gratuite. On peut les comprendre : qui va mordre la main qui vous nourrit ? Car ces acteurs ne font que défendre les intérêts économiques du système publicitaire. Ils légitiment une liberté d’intrusion d’une publicité qui s’oppose clairement à la liberté de réception de l’internaute, le tout au nom d’une fausse gratuité.

L’information véhiculée par ces sites internet dépendants de la publicité n’est jamais gratuite. La gratuité suppose une absence de contre-partie. Or, un annonceur achète l’audience d’un site internet - « temps de cerveau disponible » - pour essayer de capter son attention et espérer un clic sur sa bannière. Le site vend ses lecteurs à cet annonceur moyennant finance. C’est pourquoi on a coutume de dire que lorsque l’on ne paye pas le produit c’est que nous sommes le produit vendu.

La pub, une taxe cachée

Les services en lignes publicitaires ne se contentent plus de vendre le temps d’attention de leurs lecteurs mais également leurs contributions. Cette dimension productive des contributeurs est exploitée par l’industrie publicitaire que représente notamment Facebook, Google ou Twitter. Les tentatives d’appropriations des contributions par ces services en ligne sont régulières, on l’a vu récemment avec Instagram  qui a tenté de déposséder des millions de contributeurs de leurs photos.

Enfin, les annonceurs répercutent le prix de leurs campagnes publicitaires dans le prix des produits vantés. Chacun d’entre nous paye, dans ses achats, le prix de cette publicité, comme une taxe cachée. On le chiffre, toutes publicités confondues, à environ 480 € par personne et par an . A cela, on peut ajouter d’autres coûts indirects tels que ceux de la consommation énergétique et d’exploitation de matières premières rares utilisées par les ordinateurs et serveurs.

Gaspillage et encombrement

Une des explications de Free pour justifier le blocage des publicités est à ce titre éclairante : la qualité de leur réseau aurait été touchée par le trafic de sites internet consommant trop de bande passante. Sur certains sites d’information en ligne financés par la publicité, la charge de celle-ci peut représenter entre 30 et 50 % de la page selon les estimations de « Surfez Couvert ». Une part non négligeable en termes de consommation énergétique est donc clairement imputable à la publicité. Et les internautes ne sont pas dupes : 83 % des sondés estiment que la publicité sur Internet dérange la navigation .

De plus, la croissance exponentielle de l’information rend sa compréhension et le tri entre l’accessoire et l’essentiel encore plus compliqué. La publicité par la captation de notre attention brouille nos sens et entraîne une véritable « infobésité ». La publicité n’est pas seulement gênante par son omniprésence, elle est aussi nocive pour les individus, comme pour la société : obésité, anorexie, sexisme, frustration, comportements violents, surconsommation, sur-endettement…

Un autre web est possible

Des modèles économiques qui se passent de publicité existent déjà et sont viables. Wikipedia est l’un des sites les plus consultés au monde et est financé par ses contributeurs. Ou encore, Mediapart et @rret sur images fonctionnent sur un modèle d’abonnement communautaire. Les politiques doivent garantir aux Français, par la loi, la liberté de réception pour que les bloqueurs de publicités et de cookies publicitaires soient installés par défaut sur tous les navigateurs internet pour être contrôlé par l’internaute lui même. Enfin, on peut aussi imaginer une redevance web qui permettrait de financer de manière inconditionnelle les sites internet sans publicité. Faute de mieux, nous encourageons tous les internautes, soucieux de se protéger de la pollution et l’intrusion publicitaire à suivre le guide du site internet surfezcouvert.net .

 

Khaled Gaiji et Charlotte Nenner, co-présidents de Résistance à l’agression Publicitaire ; Antonin Moulart, animateur de Surfez couverts sur Bastamag.net

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 16:49

 

De l’info en continu à la désinformation continue: pour une remise à plat des pratiques journalistiques...

 

 

 

 

Les chaînes d’information en continu ont un credo : le direct. Mais ces derniers temps, rien ne justifie l’hyper-médiatisation de certains évènements, écrasant toutes les autres informations… pour aboutir, finalement, à une forme de désinformation.

 

Dimanche 13 janvier, toute l’après-midi, BFM TV et I-Télé ont diffusé des images de la manifestation des opposants au mariage pour tous. Les mêmes experts passaient d’un plateau à un autre. Critiqué sur les réseaux sociaux, le directeur de BFM TV a répondu qu’un tel traitement de l’évènement était mérité et que la même couverture médiatique serait mise en place pour la manifestation du 27 janvier. Il s’était peut-être un peu avancé…

 

La libération pour vice de procédure de Florence Cassez a donné lieu à la même saturation d’images, sans aucune analyse du dossier judiciaire. Le téléspectateur a ainsi longuement pu admirer la porte d’entrée de l’immeuble de la mère de Florence Cassez où toutes les équipes de télévision se pressaient. « Médias le magazine » (l’émission) a comptabilisé le temps d’antenne consacré au direct sur ce sujet en deux jours : 19h30 pour BFM TV et 27h00 pour I-Télé.

 

Durant tous ces directs interminables, la dépouille de Yann Desjeux, otage français tué en Algérie, a été rapatriée. Les chiffres du chômage ont été publiés. Les guerres au Mali et en Syrie continuaient. Dans ces conditions comment s’étonner que 74% des Français jugent que les journalistes sont coupés des réalités et ne parlent pas des vrais problèmes des Français (Source Ipsos).

 

Le rôle des journalistes est de sélectionner et de hiérarchiser les sujets pour donner aux citoyens une information la plus complète possible. Les chaînes d’information en continu pourraient délivrer une information pluraliste, traiter de sujets que l’on ne voit pas sur les journaux des grandes chaînes. Elles n’en font rien, nous offrent une vision réductrice et transforment l’information en spectacle, la vidant de tout contenu.

 

Le direct à la carte?

 

Une autre question se pose sur le traitement de la manifestation des partisans du mariage pour tous ce dimanche. La couverture de la manifestation était prévue. Les journalistes et les cars régie en place… mais les invités des plateaux télé ont été décommandés à la dernière minute (certains ont d’ailleurs dû se renseigner eux-mêmes pour savoir si leur intervention était maintenue). Jusqu’à 17 heures, les deux chaînes d’information n’ont traité que de l’arrivée du vainqueur de la course du Vendée Globe. Prévue initialement vers midi, l’arrivée n’a finalement eu lieu que vers 15h30 : durant trois heures, le téléspectateur a régulièrement été informé que « l’arrivée était prévue d’ici quelques minutes ».

 

Puis les chaînes d’information ont changé les titres de leurs éditions spéciales et basculé sur la couverture de la manifestation pour tous, plusieurs heures après le début de la manifestation. Pourquoi, alors que ces chaînes sont capables de jongler entre l’appartement de la mère de Florence Cassez à Paris, un tribunal et une prison mexicaine, sont-elles par contre incapables de suivre deux directs : une manifestation à Paris et l’arrivée d’une course en Vendée ? Pourquoi ce non partage de l’antenne ?

 

Sébastien Pietrasanta, député-maire PS d'Asnières-sur-Seine, a décidé d’écrire au CSA pour demander des explications sur la différence de traitement médiatique entre le "mariage pour tous" et la "manif pour tous".

 

Bien au-delà se pose fondamentalement la question du rôle des médias et du travail des journalistes : ce à quoi nous assistons montre l’urgence d’une remise à plat des règles de traitement pluraliste et démocratique de l’information. Il est temps que la profession des journalistes se dote d’une instance réunissant employeurs, employés et citoyens pour en faire un lieu de médiation et de réflexion sur les pratiques journalistiques et la déontologie. Un « Conseil de Presse » d’un nouveau genre garantissant la liberté des rédactions et créant les conditions d’une confiance retrouvée entre les médias et le public.

 

 

Les Indignés du PAF, collectif citoyen a-partisan

Mail: lesindignesdupaf@gmail.com

Twitter: @IndignEsDuPAF, FaceBook: "Les Indignés du PAF"  sur mediapart.

 

http://claire.video.free.fr/Blog/photos/baiser-lesbien.jpg

 

 


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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 18:56

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Lettre lue le 18 Janvier à Mr Bartolone lors de sa venue à Desvres par une poignée de militants du PG de la Côte d'Opale au milieu de centaines de militants socialiste pour rappeler certaines valeurs républicaines et les promesses non tenues !! Rendons le pouvoir au peuple !!

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Dans le cadre de la présentation des vœux, Madame Brigitte Bourguignon, députée, invite ce soir, en votre présence, l’ensemble des militants et sympathisants du PS de la 6ème circonscription.

Tout d’abord, permettez-nous de vous assurer à quel point les habitants de la région sont honorés de votre venue à Desvres.

Que l’on nous permette également de nous étonner que madame la Députée, représentante, de par la Constitution, de l’ensemble des citoyens de sa circonscription, ait cru bon d’être sélective dans son invitation.

Quoi qu’il en soit, nous éprouvons le besoin légitime de vous interpeller respectueusement sur certains manquements permanents dans le fonctionnement de notre République.
Où est le débat régulier en séances publiques que le député se doit impérativement d’organiser dans sa circonscription tout au long de son mandat, comme stipulé sur le site de l’Assemblée Nationale, et ce afin que la parole du citoyen puisse constamment être entendue ?
Organiser des réunions tous les … 5 ans lorsqu’on est candidat ne suffit pas. Pourquoi le député, à quelque famille politique qu’il appartienne, n’organise-t-il pas ces réunions comme, encore une fois, il y est obligé ? Craindrait-il que les électeurs l’interpellent et le mettent en position difficile ?
Car qui détient le véritable pouvoir sinon le député qui, de par la constitution, contrôle le gouvernement par des questions orales ou écrites aux ministres, ou encore qui, avec ses pairs, peut renverser ledit gouvernement par une motion de censure ?
C’est donc à chacun d’entre eux que les citoyens, dans chaque circonscription, doivent rappeler les engagements pris devant les électeurs :
- Vous, députés, qui détenez le pouvoir de faire les lois, quand allez-vous mettre un terme aux licenciements boursiers et aux restructurations sauvages ?
- Vous, Députés, pourquoi avoir permis la non -renégociation du traité Sarkozy/Merkel qui amplifie l’Europe financière et organise l'austérité comme seul avenir pour les peuples européens ?
- Vous, Députés, pourquoi avez-vous voté l’augmentation de la TVA jugée à l’époque « injuste et infondée » par le candidat François Hollande ?
-Vous Députés, pourquoi n’avez-vous pas préservé l’accès aux soins puisque les franchises médicales et le déremboursement sont maintenus favorisant ainsi la précarité des plus démunis, chose difficilement compréhensible pour un parti qui se dit « socialiste » ?
- Vous, Députés, quand allez-vous faire en sorte que la promesse d’amnistier les syndicalistes condamnés sous Sarkozy pour action syndicale et refus d’obtempérer aux lois iniques de fichage génétique des militants soit tenue ?

Nous pourrions vous interpeller sur bien d’autres questions qui touchent au coeur de la vie quotidienne de nos concitoyens. Nous espérons que cette volonté dé dialoguer à l’intérieur de la gauche, portée par le Parti de Gauche et le Front de gauche, sera partagée par vous et le PS pour, enfin, mener une politique, attendue, de progrès social, économique et écologique.

Que sonne constamment aux oreilles de tous les véritables démocrates de ce pays la célèbre répartie de Danielle Mitterrand :
«En France on élit et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu. Est-ce la démocratie quand après avoir voté nous n’avons pas la possibilité d’avoir de l’influence sur nos élus » ?

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 16:56

Les attaques à charge contre le numérique ne sont pas si courantes a fortiori quand elles se permettent peu de demi-mesures quant aux solutions à apporter. De surcroît, l’optique résolument libertaire et décroissante de l’emprise numérique, de Cedric Biagini rend ce livre précieux pour nos luttes. Cet ouvrage développe une critique radicale et documentée des nouvelles technologies.

 

Le terme de technologie, pensait Jacques Ellul, correspond à la conjonction de la technique et de l’idéologie. Car ces technologies dites nouvelles nous ont bien été imposées par ce mouvement perpétuel qui est désormais l’esprit du capitalisme. Elles opèrent ainsi selon le mode idéologique des dominants. Car la technique n’est pas neutre. Internet induit un imaginaire et des rapports sociaux spécifiques. Ainsi, à l’heure du numérique, tout n’est plus que flux de communication et d’informations, transparence, connexion, mobilité, réseaux et rien ne doit y faire obstacle. Peu importe le contenu de ce qui est transmis. «Les technologies permettent de faire plus de choses toujours plus vite, mais laissent de moins en moins de temps pour s’adonner à une seule activité dans le calme et avec une certaine profondeur, pour flâner, pour réfléchir et même pour dormir » constate l’auteur. C’est en effet au cœur de nos vies quotidiennes que le numérique pose son emprise mais «bien que l’accélération technique n’implique pas réellement (…) une augmentation du temps libre, la plupart des individus continuent à être convaincus que les nouvelles technologies vont leur en donner, alors qu’ils font systématiquement l’expérience du contraire et qu’ils souffrent de l’accélération considérable de leur rythme de vie. » Cédric Biagini voit dans ce décalage entre le point de vue et le vécu les marques d’une croyance, d’un mythe, d’une illusion voire d’une religion.

Il y a de fait nécessité de questionner d’un point de vue politique l’avancée technique et de critiquer les bouleversements sociaux et culturels qu’elle implique. La solution n’est pas, pour l’auteur, dans de nouvelles innovations techniques. Les mythes fondateurs de l’internet sont nés dans les universités américaines. « Liberté, gratuité, horizontalité, participation, nomadisme, connaissance, partage » le capitalisme s’est modernisé en se parant grâce au numérique des valeurs issues de la tradition émancipatrice. Et d’ailleurs, «bien que toutes les forces sociales dominantes, de l’État aux multinationales en passant par les industries culturelles participent au déferlement technologique et tentent de mettre l’ensemble de l’humanité face à un écran, les mouvements dits d’émancipation sont soit incapables de formuler un discours un tant soit peu critique quant aux évolutions récentes du capitalisme, soit continuent de penser que seules de nouvelles avancées technologiques pourront permettre de le dépasser, quand bien même la réalité invalide chaque jour leurs théories. » Nous sommes donc bien, selon Cédric Biagini, face à des croyances irrationnelles. Les cercles militants qui utilisent de plus en plus internet font l’expérience d’une agressivité accrue des échanges. Il devient de plus en plus difficile de se retrouver pour s’organiser et se réunir. Le militantisme se désincarne en quelque sorte.

Bien sûr, pour l’auteur, éviter d’utiliser certaines technologies est une forme de résistance. Seulement cette grève privée, si elle a son importance, semble difficile. D’une part, par ce qu’une résistance strictement individuelle paraît dérisoire. D’autre part, par ce qu’il est devenu impossible de faire sans ce monde-là. Nous n’avons, à bien des égards, plus le choix sauf à rentrer dans une rupture totale et donc au risque d’un isolement social. Nous sommes tous dans le monde de l’ordinateur. Cédric Biagini appelle donc à décoloniser nos imaginaires et à critiquer les nouvelles technologies socialement et politiquement en se plaçant dans une contestation plus globale de la société industrielle. Les premières critiques du capitalisme remirent directement en cause l’industrie. Le mouvement libertaire fut à la pointe de cette révolte. Il ne s’agit pas d’idéaliser un passé préindustriel mais de renouer avec cette critique à l’heure où les technologies nous menacent d’un asservissement dans lequel nous nous jetons volontairement. Mais refuser la technique n’aurait aucun sens : elle est consubstantielle à l’homo-sapiens. Il faut selon l’auteur « réenchasser la technique dans le social et le politique autrement dit resocialiser le rapport à la technique. ». Celle-ci se définissant à la fois comme un savoir-faire et un ensemble d’outils mobilisant conjointement le corps et l’esprit. La technique nous permet d’avoir une prise sur le réel, d’agir sur lui en y étant confronté. À l’inverse la technologie, par une « rationalisation scientifique » nous « déconnecte du monde de l’expérience commune ». Avec la technologie, nous perdons le sens de l’outil et du savoir-faire : nous pensons utiliser alors que nous sommes aussi utilisés par des moyens sur lesquels nous avons peu de contrôle. Il conviendrait de revenir vers « une société à la mesure de l’homme » composée de structures sociales de petites ou moyennes tailles dans lesquelles exercer un métier aurait un sens. Cela nécessite aussi pour Cédric Biagini de sortir des « ghettos militants » afin d’instaurer un rapport de forces là où les antagonismes avec le système technicien se cristallisent.

La fin du livre et de l’éducation ?

Mais que fait exactement le numérique sur notre civilisation ? L’auteur dresse un tableau assez précis de ce qui existe déjà ou menace d’arriver sous peu. C’est plutôt catastrophiste et apocalyptique. Ce n’est pas par hasard d’ailleurs que ce livre commence par parler… du livre. Car ce dernier reste encore un espace que le numérique n’a pas encore totalement colonisé. À tel point que le livre de papier constitue à bien des égards un lieu de résistance. Le fonctionnement de l’édition papier ne peut être reproduit dans le domaine du numérique. Si dans un premier temps, les nouveaux média singent leurs prédécesseurs, par la suite ils développent leurs propres formes et asservissent les anciens à celles-ci. Or ce qui caractérise le numérique est l’absence totale d’intermédiaire et de médiation : internet est le média absolu. Dans ce cadre, pour Cédric Biagini, tout ce qui constitue la chaîne du livre est appelé à disparaître. Les librairies locales et indépendantes ne pourront pas résister à la pression des grandes multinationales (Amazon, Google, la Fnac etc.) qui s’imposent sur le marché du livre numérique. Les bibliothécaires, renonçant aux principes de l’éducation populaire, creusent leur propre tombe en réduisant peu à peu leur profession à la seule sphère technologique. À quoi bon se déplacer dans une librairie ou une bibliothèque puisque tout est disponible sur le net ? Les choix éditoriaux seront et sont déjà – comme sur Wikipedia – réalisés par les internautes eux-mêmes. À quoi bon le travail d’un éditeur dès lors ?

La lecture, elle même n’en est plus une. Selon les partisans de la lecture numérique, les livres sont appelés à se dissoudre dans le réseau lui-même – le téléchargement de fichiers sur des liseuses n’étant qu’une étape. À terme, la lecture se fera directement par flux depuis des terminaux reliés au web. Elle devient navigation donc discontinue. Elle est scrutation, purement utilitariste et informative. Elle incite à une consommation instantanée du contenu sans appropriation du contenant qui n’existe plus matériellement – en apparence. Elle se dissout dans la communication. Il devient difficile cognitivement de faire une lecture longue et approfondie. Alors que la lecture sur papier apaise, l’écran excite – ce qui est peut-être à la source même de son effet addictif – et trouble la concentration. Celle-ci est sans cesse captée par des signaux visant à empêcher la réflexion. Dans cette économie de l’attention, le contenu n’est que simple distraction et détournement. Le tout est de ramener le lecteur, après l’avoir baladé, vers le seul but : s’abandonner à l’oubli dans la consommation – vieux procédé de rhétorique. Prêt à tout accepter du moment que c’est gratuit, le lecteur se verra peut-être proposé des publicités au milieu de la lecture de son e-book. La lecture numérique trouble également les repères et la mémorisation car celle-ci est assurée par la machine elle-même : puisque tout est enregistré quelque part, il devient inutile de se souvenir. La mémoire étant au fondement même de notre identité, on voit à quel point le numérique et son savoir absolu bouleversent nos façons d’être. Silence, solitude, lenteur et ennui sont à proscrire dans ce nouvel environnement. Le lecteur lit de plus en plus comme une machine.

De son côté, l’écriture, elle aussi, s’en trouve bouleversée. Déjà, certains articles de journaux en ligne – cf. la revue financière Forbes – sont écrits automatiquement. Il faut écrire court pour capter l’attention. La collecte des informations personnelles sur les façons de lire permet d’ajuster l’offre à la demande : l’uniformisation sur mesure de la culture. Le langage lui-même devient un marché – cf. Google AdWords –, les mots se transformant en marchandises.

La numérisation transforme également l’éducation. Un enseignement se résumant à donner accès, à transformer les enseignants en simple accompagnateurs du monde numérique voire à les faire disparaître. Avec la dématérialisation, on voit advenir une école sans école. La saturation en informations empêche la connaissance et on ne peut réduire l’enseignement à la simple capacité à se débrouiller dans cette jungle de données. Les cadres d’Amazon, Apple, Google ou Ebay trop conscients des nuisances qu’ils créent envoient leurs enfants dans des écoles très coûteuses… dépourvues d’écran et de connexion internet. Le numérique : c’est pour le bas-peuple !

 

Réseaux, flux, informations, communication

Les réseaux sociaux contribuent au « contrôle de tous par tous ». L’intériorité disparaît au profit d’une « intimité surexposée, creuse et uniformisée » et d’un être qui « fabrique en permanence des images de lui-même, auxquelles d’autres images répondent ». Aussi « le vécu ne prend réellement de sens que lorsqu’il est enregistré » puis communiqué. Ainsi, «le présent se vit comme un souvenir ». Si réel et virtuel interagissent encore, c’est ce dernier qui semble de plus en plus prendre le dessus. Chaque individu est encouragé à devenir sa propre entreprise, sa propre marque. L’amitié devient une affaire comptable, une simple technique de relations humaines, une imitation. Les réseaux sociaux se développent sur la disparition des liens de solidarités ou de sociabilités anciens ; chacun n’étant plus qu’un atome, un simple nœud relié à d’autres à travers le réseau. Le lien social est en quelque sorte recréé artificiellement et industriellement après avoir été détruit ou altéré dans sa forme traditionnelle. Il se réduit désormais à sa dimension informationnelle et communicationnelle. L’individu se résume de plus en plus à être un simple émetteur-récepteur d’informations. Ces technologies de la communication qu’il s’agisse des réseaux sociaux, des ordinateurs, des mobiles, des tablettes ou des smartphones créent une addiction. Nous sommes de plus en plus dépendants d’objets de communication que l’on touche pour se rassurer comme des doudous et nous sommes de moins en moins autonomes.

Les média occidentaux suivant en cela leur propre fantasme de connexion permanente ont surestimé l’importance des réseaux sociaux dans les printemps arabes. Même si, selon l’auteur, ces réseaux ont joué un rôle dans ces mouvements, les révolutions n’ont pas attendu Twitter pour exister. Et le nombre de foyers connectés à internet dans le monde arabe est encore relativement restreint. Ceci étant, si les régimes autoritaires arabes ont été lâchés si facilement par les États-Unis, c’est aussi probablement que leur oligarchie monopolistique entravait la fluidité du vaste réseau que doit être le capitalisme aujourd’hui. De toute façon, internet facilite aussi la collecte d’informations sur les groupes militants par des dictatures ou des démocraties. La technologie est ambivalente, elle libère d’un côté quand elle aliène de l’autre.

Une utopie libertarienne ?

Le fait de rendre public des documents secrets sans aucun traitement intellectuel comme le fait Wikileaks ne change pas grand chose puisque ces informations viennent pour la plupart confirmer ce que l’on savait déjà. Surtout ce n’est pas par ce qu’on est informé que nécessairement on agit. Il faut que cette information entre en résonance avec nos expériences sensibles et nos conditions d’existence. Saturer le peuple d’informations lui donne l’impression d’un mouvement permanent mais en réalité l’anesthésie et l’immobilise. Cédric Biagini pointe également les ambiguïtés du mouvement Anonymousdont les militants, gavés de produits de l’industrie culturelle, prétendent lutter contre ces entreprises qui les nourrissent et qui pour des raisons juridiques essaient de limiter les potentialités techniques de copies permises par la technologie. L’anticapitalisme de façade des Anonymous n’est pas cohérent : la financiarisation accrue du monde est en grande partie le fait des nouvelles technologies. Les décisions sur les marchés qui gouvernent nos vies sont partiellement gérées par des machines. La démocratie participative qu’on nous vend avec internet est celle de l’idéal libertarien. Elle ne remet pas en cause l’ordre social et économique établi. Au contraire, elle le sophistique. Jimmy Wales cofondateur deWikipedia se revendique d’Ayn Rand, papesse du libertarianisme. « L’utopie aurait-elle changé de camp ? » s’interroge l’auteur.

La gratuité, un des mythes fondateur d’internet est toute relative : abonnements et équipements ont, sur un plan individuel, un coût. De plus, cette gratuité est autorisée par la publicité qui est le moteur du web au point que l’on assiste à une fusion entre marketing et culture. L’internaute participe volontairement ou non à la promotion et à l’amélioration de tel ou tel produit. La publicité conduit à une infantilisation croissante des individus. Alors que l’innovation est sans cesse célébrée, l’excès documentaire contribue à paralyser la création et l’imagination. L’accès à un océan d’informations sans limite génère une insatiabilité, une frustration : nous ne pouvons plus nous contenter de peu, il nous en faut toujours plus sans pouvoir apprécier. L’immatérialité des nouvelles technologies est aussi une grande illusion : des biens matériels sont produits – dans des conditions de travail honteuses faut-il ajouter – dont les nuisances en termes énergétiques, d’extraction de minerais et de recyclage des déchets sont bien réels. Sans compter l’obsolescence programmée de ces gadgets qui pousse à la surconsommation et au gaspillage.

En dernière analyse, c’est le corps lui-même qui se trouve transformé. L’obsolescence de l’homme de Gunther Anders n’est pas loin lorsque les êtres humains, affublés de leurs prothèses numériques, ressemblent de plus en plus à des cyborgs. Nous faisons de moins en moins confiance à nos sens et aux modes de sociabilités traditionnels. La combinaison des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives amène l’espèce humaine à vouloir ressembler de plus en plus à ce qu’elle produit. La cybernétique, idéologie du Bien, visant à faire disparaître tout risque de totalitarisme par la communication et l’effacement du secret est en train de triompher. De là, soit nous restons simplement (trop) humains avec nos faiblesses et nos limites mais aussi avec nos capacités de résister, de réfléchir, d’agir et de socialiser, soit nous consentons à devenir des machines…

Sur la forme de ce livre, il est assez surprenant de trouver en en tête de chaque chapitre une suite de mots-clés faisant penser assez ironiquement aux tags que l’on trouve sur les blogs. Sur le fond, rallier la pensée situationniste derrière la bannière de l’anti-progressisme, via les éditions de l’Encyclopédie des Nuisances – qui ne présentent qu’une interprétation parmi d’autres des situationnistes – est peut-être discutable. Surtout, si on comprend fort aisément que l’auteur n’assume pas le qualificatif de réactionnaire ou de technophobe, il est plus difficile de saisir sa réfutation du conservatisme. Sa critique du progrès implique peut-être d’assumer que l’on veut conserver anthropologiquement un certain nombre de choses contre ce que le Capital détruit. Cela n’enlève rien à la portée révolutionnaire et radicale de son analyse, bien au contraire. La conclusion est habile. Le piège est en effet de s’enfermer dans une réfutation obscurantiste de toute technique. Si celle-ci est le produit des rapports sociaux, c’est d’abord ceux-ci qu’il faut changer radicalement. Mais dans cette perspective, pourrait-on encore utiliser l’informatique en réseau, en tant que simple outil avec le savoir-faire qu’elle requiert et toute la distanciation critique nécessaire ?

 

Source : Groupe Orwell de Martigues (Fédération Anarchiste), 16 janvier 2013

En attendant une hypothétique publication papier dans le Monde Libertaire ou ailleurs, cet article est publié… en numérique.


 


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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 16:19

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Institutrice, militante révolutionnaire et libertaire française.
Née au château de Vroncourt en Haut-Marne, Louise Michel est la fille née hors mariage du fils du châtelain, Laurent Demahis, et de la servante Marianne Michel. Elevée par ses grands-parents, elle reçoit une bonne instruction et une éducation libérale, elle lit Voltaire et Rousseau et étudie la musique. Mais en 1850, après la mort de son père et de ses grands-parents, Louise Michel est chassée du château et devient institutrice. Elle fonde une école libre où elle enseigne pendant trois ans selon les principes républicains. 

Louise Michel s'installe à Paris pour enseigner dans l'institution de madame Voillier. Pour satisfaire sa soif de connaissance, elle suit les cours du soir dans les domaines les plus modernes du savoir. A Paris, Louise Michel fait la connaissance de Jules Vallès, Eugène Varlin, Rigault, Eudes, et surtout Théophile Ferré, qu'elle aime avec passion. Elle écrit pour des journaux d'opposition et rédige des poèmes qu'elle adresse à Victor Hugo. Elle entretient avec l’auteur des Misérables une longue correspondance de 1850 à 1879. Secrétaire de la Société démocratique de moralisation, dont le but est d'aider les femmes à vivre par le travail, Louise Michel mène également une activité politique, qu'elle poursuivra jusqu'à sa mort. 

En 1870, elle est élue présidente du Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIe arrondissement de Paris. Très active pendant la Commune, Louise Michel fait partie de la frange révolutionnaire la plus radicale et se porte même volontaire pour aller seule à Versailles tuer Adolphe Thiers. Sa mère ayant été arrêtée et menacée d’être exécutée pour faire pression sur elle, Louise Michel se rend pour la faire libérer. Surnommée la Vierge Rouge, elle est condamnée à la déportation à vie et envoyée en Nouvelle Calédonie où elle reste jusqu'en 1880. C'est sans doute au contact de Nathalie Lemel, une des animatrices de la Commune, déportée avec elle, que Louise Michel devient anarchiste. 

Accueillie par la foule à Paris, Louise Michel reprend son activité militante. Elle donne des conférences, intervient dans des meetings, défend l'abolition de la peine de mort, les ouvriers et les chômeurs. En 1888, Pierre Lucas, un extrémiste, attente à sa vie en la blessant à la tête, mais elle témoigne au procès de celui-ci pour qu’il n’aille pas en prison. Lassée par les calomnies et le manque de liberté d’expression, elle s’installe à Londres en 1890 où elle gère une école libertaire. A la demande de Sébastien Faure, elle revient en France en 1895. Arrêtée à plusieurs reprises lors de manifestations, elle est emprisonnée pendant trois ans avant d'être libérée sur l'intervention de Clemenceau. Elle meurt d’une pneumonie à Marseille au cours d’une tournée de conférences dans le sud de la France. Une foule de 120 000 personnes l’accompagne lors de ses funérailles jusqu’au cimetière de Levallois.

Anticléricale et antireligieuse résolue, Louise Michel a été confortée par les travaux de Darwin dans un matérialisme niant l'immortalité après la mort. Elle a appartenu à un atelier maçonnique dissident du rite écossais et fut soeur au Droit Humain (une loge porte son nom à Paris 13).

Bibliographie : Le livre du jour de l'an : historiettes, contes et légendes pour les enfants (1872), Le Gars Yvon (1882), La Misère (1882), Mémoires (1886), Les Microbes humains (1886), L'ère nouvelle - Pensée dernière - Souvenirs de Calédonie (chant des captifs) (1887), Le Monde nouveau (1888), A travers la vie (poésies, 1894), La Commune (1898).

 

Citations de Louise Michel :

"Je vous remercie Madame, mais votre Dieu est vraiment trop du côté des versaillais."
(Louise Michel / 1830-1905 / à une femme lui apportant les secours de Dieu dans sa prison à Versailles)

"Sans l'autorité d'un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L'autorité d'un seul, c'est un crime."
(Louise Michel / 1830-1905 / Extrait d'une Plaidoirie - 22 Juin 1883)

"Dans les couvents où [la femme] se cache, l'ignorance l'étreint, les règlements la prennent dans leur engrenage, broyant son coeur et son cerveau."
(Louise Michel / 1830-1905 / Mémoires / 1886)

"La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter."
(Louise Michel / 1830-1905 / Mémoires / 1886)

"Les religions se dissipent au souffle du vent et nous sommes désormais les seuls maîtres de nos destinées."
(Louise Michel / 1830-1905 / Mémoires / 1886)

"Tant que les études n'auront pas une méthode encyclopédique de manière à élargir l'horizon au lieu de le restreindre, il se joindra à tous les obstacles de la pauvreté qui entravèrent le vieux maître d'école, les obstacles du préjugé qui fait craindre ce qui ne fait pas partie du coin exploré."
(Louise Michel / 1830-1905 / Mémoires / 1886)

"Ce n'est pas une miette de pain, c'est la moisson du monde entier qu'il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité."
(Louise Michel / 1830-1905 / Mémoires / 1886)

"Vous cherchez le bonheur, pauvres fous ? Passez votre chemin : le bonheur n'est nulle part."
(Louise Michel / 1830-1905 / Mémoires / 1886)

"Ce n'est pas pour le reconstituer sur la terre qu'on a détruit l'enfer d'outre-vie ; détruit, le jour où l'on a eu conscience qu'il serait monstrueux, ce Dieu éternellement bourreau, qui, pouvant mettre partout la justice, laisserait le monde se débattre à jamais dans tous les désespoirs, dans toutes les horreurs ; et en même temps que l'enfer des religions s'écroulent les enfers terrestres avec les amorces de récompenses égoïstes qui n'engendrent que corruption."
(Louise Michel / 1830-1905 / L'ère nouvelle - Pensée dernière - Souvenirs de Calédonie (chant des captifs) / 1887)

"Toujours ceux qui s'attaquèrent aux dieux et aux rois furent brisés dans la lutte ; pourtant les dieux sont tombés, les rois tombent, et bientôt se vérifieront les paroles de Blanqui : "Ni Dieu ni maître !""
(Louise Michel / 1830-1905 / L'ère nouvelle - Pensée dernière - Souvenirs de Calédonie (chant des captifs) / 1887)

"Le laurier du poète est souvent un cyprès."
(Louise Michel / 1830-1905 / A travers la vie et la mort)

"On ne peut pas tuer l'idée à coup de canon ni lui mettre les poucettes [menottes]."
(Louise Michel / 1830-1905)

"Je suis ambitieuse pour l'humanité ; moi je voudrais que tout le monde fût artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût."
(Louise Michel / 1830-1905)

"Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l'égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux."
(Louise Michel / 1830-1905)

"Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c'était bien la Commune composée d'hommes d'intelligence, de courage, d'une incroyable honnêteté et qui avaient donné d'incontestables preuves de dévouement et d'énergie. Le pouvoir les annihila, ne leur laissant plus d'implacable volonté que pour le sacrifice. C'est que le pouvoir est maudit et c'est pour cela que je suis anarchiste".
(Louise Michel / 1830-1905).

 

 (Source : danactu-resistance)

 

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