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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 17:55

 

En Europe, le chômage frappe un grand nombre de salariés, particulièrement les jeunes et les femmes. De très nombreux salariés voient leur pouvoir d’achat fortement amputé. Les inégalités se creusent.

En France, la situation de l’emploi continue de se dégrader, l’augmentation de la TVA ne fera qu’aggraver les inégalités.

Face à ces situations économiques et sociales qui se dégradent et avec le durcissement de l’austérité comme seule réponse de la part des dirigeants européens, la Confédération européenne des syndicats (CES) appelle à une journée d’action européenne le 29 février, à la veille du Conseil européen. Dans ce cadre, les organisations syndicales CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA se mobiliseront partout en France pour que le travail et la justice sociale soient au centre des priorités politiques.

Les mesures d’austérité ne sont pas la réponse à la crise, au contraire, elles produisent d’énormes dégâts sociaux. On ne peut pas continuer à imposer des mesures qui ne marchent pas, qui enfoncent les pays dans la crise et appauvrissent de plus en plus de salariés, chômeurs et retraités.

Le projet de traité, élaboré sans véritable débat démocratique, qui sera à l’ordre du jour du Sommet européen de mars 2012 renforcerait l’austérité. Son principal objectif est de réduire au maximum les déficits publics quels qu’en soient les impacts sociaux. Il ne relancerait pas la croissance et ne résoudrait pas la crise de la dette souveraine.

Le besoin de gouvernance économique est utilisé dans beaucoup de pays pour justifier la mise en cause des systèmes de relations sociales et de négociations collectives, pour imposer une pression à la baisse sur les salaires, pour affaiblir la protection sociale, le droit de grève et privatiser les services publics.

Parce qu’il est contraire à l’Europe sociale que nous voulons, avec la CES, nous nous opposons à ce projet de traité. Nous avons besoin d’une nouvelle politique monétaire économique et sociale dans le cadre d’une gouvernance économique forte de la zone euro qui donne priorité aux politiques en faveur de la création d’emplois de qualité.

Pour une Europe sociale fondée sur la solidarité, la justice et la cohésion sociale, les organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires, UNSA s’engagent dans cette mobilisation en y impliquant largement tous les salariés, partout dans les entreprises et les administrations. Elles appellent à faire du 29 février une puissante journée d’actions passant notamment par des rassemblements et des manifestations interprofessionnelles.

(NB : La CFDT décidera lors de son conseil national des 14 et 15 février les modalités de son engagement dans cette mobilisation.)

Montreuil, le 9 février 2012

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 18:38

 

L’Europe est pétrifiée par le froid et déjà un bon paquet de gens sont morts.  A cette occasion, le site rebellyon.info (re)publie un article de Rosa Luxembourg, Dans l’asile de nuit, rédigé il y a 100 ans le 1er Janvier 1912 . Au lendemain de Noël, une grave intoxication alimentaire provoque la mort d’ une centaine de prolos, dans l’asile de nuit municipal de Berlin. Un empoisonnement mortel ( harengs périmés, alcools frelatés…) sur lequel les flics se hâtèrent d’enquêter, histoire de rassurer « l’opinion publique ».

 

Dans l’asile de nuit

L’atmo­sphère de fête dans laquelle bai­gnait la capi­tale du Reich vient d’être cruel­le­ment trou­blée. A peine des âmes pieu­ses avaient-elles entonné le vieux et beau can­ti­que « O gai Noël, jours pleins de grâce et de féli­cité » qu’une nou­velle se répan­dait : les pen­sion­nai­res de l’asile de nuit muni­ci­pal avaient été vic­ti­mes d’une intoxi­ca­tion mas­sive. Les vieux tout autant que les jeunes : l’employé de com­merce Joseph Geihe, vingt et un ans ; l’ouvrier Karl Melchior, qua­rante-sept ans ; Lucian Szczyptierowski, soixante-cinq ans. Chaque jour s’allon­geait la liste des sans-abri vic­ti­mes de cet empoi­son­ne­ment. La mort les a frap­pés par­tout : à l’asile de nuit, dans la prison, dans le chauf­foir public, tout sim­ple­ment dans la rue ou recro­que­villés dans quel­que grange. Juste avant que le carillon des clo­ches n’annon­çât le com­men­ce­ment de l’an nou­veau, cent cin­quante sans-abri se tor­daient dans les affres de la mort, soixante-dix avaient quitté ce monde.

Pendant plu­sieurs jours l’aus­tère bâti­ment de la Fröbel-strasse, qu’on pré­fère d’ordi­naire éviter, se trouva au centre de l’inté­rêt géné­ral. Ces intoxi­ca­tions mas­si­ves, quelle en était donc l’ori­gine ? S’agis­sait-il d’une épidémie, d’un empoi­son­ne­ment pro­vo­qué par l’inges­tion de mets ava­riés ? La police se hâta de ras­su­rer les bons citoyens : ce n’était pas une mala­die conta­gieuse ; c’est-à-dire que les gens comme il faut, les gens « bien », ne cou­raient aucun danger. Cette héca­tombe ne déborda pas le cercle des « habi­tués de l’asile de nuit », ne frap­pant que les gens qui, pour la Noël, s’étaient payé quel­ques harengs-saurs infects « très bon marché » ou quel­que tord-boyaux fre­laté. Mais ces harengs infects, où ces gens les avaient-ils pris ? Les avaient-ils ache­tés à quel­que mar­chand « à la sau­vette » ou ramas­sés aux halles, parmi les détri­tus ? Cette hypo­thèse fut écartée pour une raison péremp­toire : les déchets, aux Halles muni­ci­pa­les, ne cons­ti­tuent nul­le­ment, comme se l’ima­gi­nent des esprits super­fi­ciels et dénués de culture économique, un bien tombé en déshé­rence, que le pre­mier sans-abri venu puisse s’appro­prier. Ces déchets sont ramas­sés et vendus à de gros­ses entre­pri­ses d’engrais­sage de porcs : désin­fec­tés avec soin et broyés, ils ser­vent à nour­rir les cochons. Les vigi­lants ser­vi­ces de la police des Halles s’emploient à éviter que quel­que vaga­bond ne vienne illé­ga­le­ment sub­ti­li­ser aux cochons leur nour­ri­ture, pour l’avaler, telle quelle, non désin­fec­tée et non broyée. Impossible par consé­quent que les sans-abri, contrai­re­ment à ce que d’aucuns s’ima­gi­naient un peu légè­re­ment, soient allés pêcher leur réveillon dans les pou­bel­les des Halles. Du coup, la police recher­che le « ven­deur de pois­son à la sau­vette » ou le mas­tro­quet qui aurait vendu aux sans-abri le tord-boyaux empoi­sonné.

 

De leur vie, ni Joseph Geihe, Karl Melchior ou Lucian Szczyptierowski, ni leurs modes­tes exis­ten­ces n’avaient été l’objet d’une telle atten­tion. Quel hon­neur tout d’un coup ! Des som­mi­tés médi­ca­les – des Conseillers secrets en titre – fouillaient leurs entrailles de leur propre main. Le contenu de leur esto­mac – dont le monde s’était jusqu’alors éperdument moqué -, voilà qu’on l’exa­mine minu­tieu­se­ment et qu’on en dis­cute dans la presse. Dix mes­sieurs – les jour­naux l’ont dit – sont occu­pés à isoler des cultu­res du bacille res­pon­sa­ble de la mort des pen­sion­nai­res de l’asile. Et le monde veut savoir avec pré­ci­sion où chacun des sans-abri a contracté son mal dans la grange où la police l’a trouvé mort ou bien à l’asile où il avait passé la nuit d’avant ? Lucian Szczyptierowski est brus­que­ment devenu une impor­tante per­son­na­lité : sûr qu’il enfle­rait de vanité s’il ne gisait, cada­vre nau­séa­bond, sur la table de dis­sec­tion.

Jusqu’à l’Empereur – qui, grâce aux trois mil­lions de marks ajou­tés, pour cause de vie chère, à la liste civile qu’il per­çoit en sa qua­lité de roi de Prusse, est Dieu merci à l’abri du pire – jusqu’à l’Empereur qui au pas­sage s’est informé de l’état des intoxi­qués de l’asile muni­ci­pal. Et par un mou­ve­ment bien fémi­nin, sa noble épouse a fait expri­mer ses condo­léan­ces au pre­mier bourg­mes­tre, M. Kirschner, par le tru­che­ment de M. le Chambellan von Winterfeldt. Le pre­mier bourg­mes­tre, M. Kirschner n’a pas, il est vrai, mangé de hareng pourri, malgré son prix très avan­ta­geux, et lui-même, ainsi que toute sa famille, se trouve en excel­lente santé. Il n’est pas parent non plus, que nous sachions, fût-ce par alliance, de Joseph Geihe ni de Lucian Szczyptierowski. Mais enfin à qui vou­liez-vous donc que le Chambellan von Winterfeldt expri­mât les condo­léan­ces de l’Impératrice ? Il ne pou­vait guère pré­sen­ter les salu­ta­tions de Sa Majesté aux frag­ments de corps épars sur la table de dis­sec­tion. Et « la famille éplorée » ?... Qui la connaît ? Comment la retrou­ver dans les gar­go­tes, les hos­pi­ces pour enfants trou­vés, les quar­tiers de pros­ti­tuées ou dans les usines et au fond des mines ? Or donc le pre­mier bourg­mes­tre accepta, au nom de la famille, les condo­léan­ces de l’Impératrice et cela lui donna la force de sup­por­ter stoï­que­ment la dou­leur des Szczyptierowski. A l’Hôtel de ville également, devant la catas­tro­phe qui frap­pait l’asile, on fit preuve d’un sang-froid tout à fait viril. On iden­ti­fia, véri­fia, établit des procès-ver­baux ; on noir­cit feuille sur feuille tout en gar­dant la tête haute. En assis­tant à l’agonie de ces étrangers, on fit preuve d’un cou­rage et d’une force d’âme qu’on ne voit qu’aux héros anti­ques quand ils ris­quent leur propre vie.

Et pour­tant toute l’affaire a pro­duit dans la vie publi­que une dis­so­nance criarde. D’habi­tude, notre société, en gros, à l’air de res­pec­ter les conve­nan­ces : elle prône l’hono­ra­bi­lité, l’ordre et les bonnes moeurs. Certes il y a des lacu­nes dans l’édifice de l’Etat, et tout n’est pas par­fait dans son fonc­tion­ne­ment. Mais quoi, le soleil lui aussi a ses taches ! Et la per­fec­tion n’est pas de ce monde. Les ouvriers eux-mêmes – ceux sur­tout qui per­çoi­vent les plus hauts salai­res, qui font partie d’une orga­ni­sa­tion – croient volon­tiers que, tout compte fait, l’exis­tence et la lutte du pro­lé­ta­riat se dérou­lent dans le res­pect des règles d’hon­nê­teté et de cor­rec­tion. La pau­pé­ri­sa­tion n’est-elle pas une grise théo­rie depuis long­temps réfu­tée ? Personne n’ignore qu’il existe des asiles de nuit, des men­diants, des pros­ti­tuées, une police secrète, des cri­mi­nels et des per­son­nes pré­fé­rant l’ombre à la lumière. Mais d’ordi­naire on a le sen­ti­ment qu’il s’agit là d’un monde loin­tain et étranger, situé quel­que part en dehors de la société pro­pre­ment dite. Entre les ouvriers hon­nê­tes et ces exclus, un mur se dresse et l’on ne pense que rare­ment à la misère qui se traîne dans la fange de l’autre côté de ce mur. Et brus­que­ment sur­vient un événement qui remet tout en cause : c’est comme si dans un cercle de gens bien élevés, culti­vés et gen­tils, au milieu d’un mobi­lier pré­cieux, quelqu’un décou­vrait, par hasard, les indi­ces révé­la­teurs de crimes effroya­bles, de débor­de­ments hon­teux. Brusquement le spec­tre hor­ri­ble de la misère arra­che à notre société son masque de cor­rec­tion et révèle que cette pseudo-hono­ra­bi­lité n’est que le fard d’une putain. Brusquement sous les appa­ren­ces fri­vo­les et enivran­tes de notre civi­li­sa­tion on décou­vre l’abîme béant de la bar­ba­rie et de la bes­tia­lité. On en voit surgir des tableaux dignes de l’enfer : des créa­tu­res humai­nes fouillent les pou­bel­les à la recher­che de détri­tus, d’autres se tor­dent dans les affres de l’agonie ou exha­lent en mou­rant un souf­fle pes­ti­len­tiel.

 

Et le mur qui nous sépare de ce lugu­bre royaume d’ombres s’avère brus­que­ment n’être qu’un décor de papier peint.

Ces pen­sion­nai­res de l’asile, vic­ti­mes des harengs infects ou du tord-boyaux fre­laté, qui sont-ils ? Un employé de com­merce, un ouvrier du bâti­ment, un tour­neur, un méca­ni­cien : des ouvriers, des ouvriers, rien que des ouvriers. Et qui sont ces êtres sans nom que la police n’a pu iden­ti­fier ? Des ouvriers, rien que des ouvriers ou des hommes qui l’étaient, hier encore.

Et pas un ouvrier qui soit assuré contre l’asile, le hareng et l’alcool fre­la­tés. Aujourd’hui il est solide encore, consi­déré, tra­vailleur ; qu’advien­dra-t-il de lui, si demain il est ren­voyé parce qu’il aura atteint le seuil fatal des qua­rante ans, au-delà duquel le patron le déclare « inu­ti­li­sa­ble » ? Ou s’il est vic­time demain d’un acci­dent qui fasse de lui un infirme, un men­diant pen­sionné ?

On dit : échouent à la Maison des pau­vres ou en prison uni­que­ment des éléments fai­bles ou dépra­vés : vieillards débi­les, jeunes délin­quants, anor­maux à res­pon­sa­bi­lité dimi­nuée. Cela se peut. Seulement les natu­res fai­bles ou dépra­vées issues des clas­ses supé­rieu­res ne finis­sent pas à l’asile, mais sont envoyées dans des mai­sons de repos ou pren­nent du ser­vice aux colo­nies : là elles peu­vent assou­vir leurs ins­tincts sur des nègres et des négres­ses. D’ex-reines ou d’ex-duches­ses, deve­nues idio­tes, pas­sent le reste de leur vie dans des palais enclos de murs, entou­rées de luxe et d’une domes­ti­cité à leur dévo­tion. Au sultan Abd-ul-Hamid, ce vieux mons­tre devenu fou, qui a sur la cons­cience des mil­liers de vies humai­nes et dont les crimes et les débor­de­ments sexuels ont émoussé la sen­si­bi­lité, la société a donné pour retraite, au milieu de jar­dins d’agré­ment, une villa luxueuse qui abrite des cui­si­niers excel­lents et un harem de filles dans la fleur de l’âge dont la plus jeune a douze ans. Pour le jeune cri­mi­nel Prosper Arenberg  : une prison avec huî­tres et cham­pa­gne et de gais com­pa­gnons. Pour des prin­ces anor­maux : l’indul­gence des tri­bu­naux, les soins pro­di­gués par des épouses héroï­ques et la conso­la­tion muette d’une bonne cave rem­plie de vieilles bou­teilles. Pour la femme de l’offi­cier d’Allenstein, cette folle, cou­pa­ble d’un crime et d’un sui­cide une exis­tence confor­ta­ble, des toi­let­tes de soie et la sym­pa­thie dis­crète de la société. Tandis que les pro­lé­tai­res vieux, fai­bles, irres­pon­sa­bles, crè­vent dans la rue comme les chiens dans les venel­les de Constantinople, le long d’une palis­sade, dans des asiles de nuit ou des cani­veaux, et le seul bien qu’ils lais­sent, c’est la queue d’un hareng pourri que l’on trouve près d’eux. La cruelle et bru­tale bar­rière qui sépare les clas­ses ne s’arrête pas devant la folie, le crime et même la mort. Pour la racaille for­tu­née : indul­gence et plai­sir de vivre jusqu’à leur der­nier souf­fle, pour les Lazare du pro­lé­ta­riat : les tenaille­ments de la faim et les bacil­les de mort qui grouillent dans les tas d’immon­di­ces.

Ainsi est bou­clée la boucle de l’exis­tence du pro­lé­taire dans la société capi­ta­liste. Le pro­lé­taire est d’abord l’ouvrier capa­ble et cons­cien­cieux qui, dès son enfance, trime patiem­ment pour verser son tribut quo­ti­dien au capi­tal. La mois­son dorée des mil­lions s’ajou­tant aux mil­lions s’entasse dans les gran­ges des capi­ta­lis­tes ; un flot de riches­ses de plus en plus impo­sant roule dans les ban­ques et les bour­ses tandis que les ouvriers – masse grise, silen­cieuse, obs­cure – sor­tent chaque soir des usines et des ate­liers tels qu’ils y sont entrés le matin, éternels pau­vres hères, éternels ven­deurs appor­tant au marché le seul bien qu’ils pos­sè­dent : leur peau.

 

De loin en loin un acci­dent, un coup de grisou les fauche par dou­zai­nes ou par cen­tai­nes dans les pro­fon­deurs de la mine – un entre­fi­let dans les jour­naux, un chif­fre signale la catas­tro­phe ; au bout de quel­ques jours, on les a oubliés, leur der­nier soupir est étouffé par le pié­ti­ne­ment et le halè­te­ment des affai­rés avides de profit ; au bout de quel­ques jours, des dou­zai­nes ou des cen­tai­nes d’ouvriers les rem­pla­cent sous le joug du capi­tal.

De temps en temps sur­vient une crise : semai­nes et mois de chô­mage, de lutte déses­pé­rée contre la faim. Et chaque fois l’ouvrier réus­sit à péné­trer de nou­veau dans l’engre­nage, heu­reux de pou­voir de nou­veau bander ses mus­cles et ses nerfs pour le capi­tal.

Mais peu à peu ses forces le tra­his­sent. Une période de chô­mage plus longue, un acci­dent, la vieillesse qui vient – et l’un d’eux, puis un second est contraint de se pré­ci­pi­ter sur le pre­mier emploi qui se pré­sente : il aban­donne sa pro­fes­sion et glisse irré­sis­ti­ble­ment vers le bas. Les pério­des de chô­mage s’allon­gent, les emplois se font plus irré­gu­liers. L’exis­tence du pro­lé­taire est bien­tôt domi­née par le hasard ; le mal­heur s’acharne sur lui, la vie chère le touche plus dure­ment que d’autres. La ten­sion per­pé­tuelle des énergies, dans cette lutte pour un mor­ceau de pain, finit par se relâ­cher, son res­pect de soi s’ame­nuise – et le voici debout devant la porte de l’asile de nuit à moins que ce ne soit celle de la prison.

Ainsi chaque année, chez les pro­lé­tai­res, des mil­liers d’exis­ten­ces s’écartent des condi­tions de vie nor­ma­les de la classe ouvrière pour tomber dans la nuit de la misère. Ils tom­bent silen­cieu­se­ment, comme un sédi­ment qui se dépose, sur le fond de la société : éléments usés, inu­ti­les, dont le capi­tal ne peut plus tirer une goutte de plus, détri­tus humains, qu’un balai de fer éjecte. Contre eux se relaient le bras de la loi, la faim et le froid. Et pour finir la société bour­geoise tend à ses pros­crits la coupe du poison.

« Le sys­tème public d’assis­tance aux pau­vres », dit Karl Marx, dans Le Capital, « est l’Hôtel des Invalides des ouvriers qui tra­vaillent, à quoi s’ajoute le poids mort des chô­meurs. La nais­sance du pau­pé­risme public est liée indis­so­lu­ble­ment à la nais­sance d’un volant de tra­vailleurs sans emploi ; tra­vailleurs actifs et chô­meurs sont également néces­sai­res, ces deux caté­go­ries condi­tion­nent l’exis­tence de la pro­duc­tion capi­ta­liste et le déve­lop­pe­ment de la richesse. La masse des chô­meurs est d’autant plus nom­breuse que la richesse sociale, le capi­tal en fonc­tion, l’étendue et l’énergie de son accu­mu­la­tion, par­tant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puis­sance pro­duc­tive de son tra­vail, sont plus consi­dé­ra­bles. Mais plus cette réserve de chô­meurs gros­sit com­pa­ra­ti­ve­ment à l’armée active du tra­vail, plus gros­sit la sur­po­pu­la­tion des pau­vres. Voilà la loi géné­rale abso­lue de l’accu­mu­la­tion capi­ta­liste. »

Lucian Szczyptierowski, qui finit sa vie dans la rue, empoi­sonné par un hareng pourri, fait partie du pro­lé­ta­riat au même titre que n’importe quel ouvrier qua­li­fié et bien rému­néré qui se paie des cartes de nouvel an impri­mées et une chaîne de montre plaqué or. L’asile de nuit pour sans-abri et les contrô­les de police sont les piliers de la société actuelle au même titre que le Palais du Chancelier du Reich et la Deutsche Bank . Et le ban­quet aux harengs et au tord-boyaux empoi­sonné de l’asile de nuit muni­ci­pal cons­ti­tue le sou­bas­se­ment invi­si­ble du caviar et du cham­pa­gne qu’on voit sur la table des mil­lion­nai­res. Messieurs les Conseillers médi­caux peu­vent tou­jours recher­cher au micro­scope le germe mortel dans les intes­tins des intoxi­qués et isoler leurs « cultu­res pures » : le véri­ta­ble bacille, celui qui a causé la mort des pen­sion­nai­res de l’asile ber­li­nois, c’est l’ordre social capi­ta­liste à l’état pur.

Chaque jour des sans-abri s’écroulent, ter­ras­sés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seul les men­tionne le rap­port de police. Ce qui a fait sen­sa­tion cette fois à Berlin, c’est le carac­tère massif du phé­no­mène. Le pro­lé­taire ne peut atti­rer sur lui l’atten­tion de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le der­nier d’entre eux, le vaga­bond, devient une force publi­que quand il forme masse, et ne for­me­rait-il qu’un mon­ceau de cada­vres.

D’ordi­naire un cada­vre est quel­que chose de muet et de peu remar­qua­ble. Mais il en est qui crient plus fort que des trom­pet­tes et éclairent plus que des flam­beaux. Au len­de­main des bar­ri­ca­des du 18 mars 1848, les ouvriers ber­li­nois rele­vè­rent les corps des insur­gés tués et les por­tè­rent devant le Château royal, for­çant le des­po­tisme à décou­vrir son front devant ces vic­ti­mes. A pré­sent il s’agit de hisser les corps empoi­son­nés des sans-abri de Berlin, qui sont la chair de notre chair et le sang de notre sang, sur des mil­liers de mains de pro­lé­tai­res et de les porter dans cette nou­velle année de lutte en criant : A bas l’infâme régime social qui engen­dre de pareilles hor­reurs !

Texte paru le 1er jan­vier 1912, dans le jour­nal des femmes socia­lis­tes Die Gleichheit (L’égalité), dirigé par Clara Zetkin

 

Objet de révolte

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 17:03

cri 1

 

Petit à petit, les verdicts sont rendus. La sentence des 14000 postes en moins dans l’Education Nationale se traduit sur le plan local par des fermetures de classes mais pas seulement. Au tableau d’honneur des victimes de l’extrême rigueur, les Rased ont le douloureux privilège d’avoir une place de choix. D’année en année, maitres E, maitres G et psychologues disparaissent du paysage éducatif. 1200 postes déjà comptabilisés dans la colonne suppression pour la prochaine rentrée.

Reconnaissance tardive, attachement certain ? Cette mort annoncée d’un système d’aide pour les plus désemparés des élèves, est dénoncée dans les manifestations locales de parents, d’élus et d’enseignants. Dans les écoles, les Rased, occupent (occupaient ?) une place discrète et à part, celle du soutien qui vient quand dans la classe l’élève visiblement n’a pas en main toutes les clés pour apprendre.

Maitre E pour les aides à dominante pédagogique, maître G pour les aides à dominante rééducative et psychologue scolaire, une équipe en forme de comptine dont l’école primaire connaissait le recours lorsque les instits ne savaient comment faire face aux difficultés de l’enfant. Une comptine d’un autre âge hélas. L’accompagnement éducatif, les stages de remise à niveau sont censés répondre aux problèmes d’apprentissage. Là où les Rased se penchent sur les difficultés profondes, mobilisant des techniques, des savoir-faire spécifiques, l’accompagnement revient sur des notions non acquises dans le cadre de la classe. Comme si, les difficultés d’apprentissage ne se résolvaient que dans la répétition, dans un retour à l’erreur commise, sans détour vers la cause profonde.

Car le rôle des Rased ne se résume pas à une intervention aux côtés de l’équipe pédagogique auprès d’enfants pour qui l’apprentissage se heurte à des obstacles dont le professeur ne détient pas la clé. Il est aussi de trouver un relais auprès de professionnels de santé, de dialoguer avec les parents, de favoriser l’émergence d’une réponse qui prend en compte l’enfant dans sa personne entière à l’abri d’un cloisonnement de tous les compartiments de sa vie.

 

L’extinction progressive des Rased va dans le sens d’une certaine idée de l’époque, une idée qui détermine l’avenir des élèves en difficultés dans une voie secondaire où les apprentissages de base se résument en une employabilité à des métiers que l’on suppose sans créativité, sans mobilisation de savoirs complexes. L’extinction progressive des Rased va dans une lecture comptable de l’avenir où les colonnes débitrices ne peuvent s’accroitre des faiblesses de ceux qui ne rejoignent pas le lot commun.

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Alors, dans le flot discret des manifestations contre une école qui exclut avant de songer à intégrer, il n’est rien d’étonnant de voir sur les pancartes inscrits en gros caractères les initiales RASED. C’est une vision de l’école que l’on cherche à défendre, celle où les différences ne sont pas une perte de temps ou d’argent, où chacun trouve son chemin pour rejoindre la voie destinée à tous, celle de l’éducation.

(Source texte : Monique Royer sur cafepedagogique.net)

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 16:35

 

 

Toutes les 3 minutes, un salarié européen meurt à cause de son travail.

À l’heure où les plans d’austérité se multiplient, où le chômage partiel se banalise, où la durée de vie au travail s’allonge un peu partout, quel est l’état de santé des salariés européens ? Les inégalités sociales face à l’enjeu de la santé au travail demeurent très fortes. Pour espérer vivre vieux, mieux vaut être cadre qu’ouvrier, et ouvrier que jeune précaire. Entretien avec Laurent Vogel, de l’Institut syndical européen.

Basta ! : Comment se portent les salariés européens ?

Laurent Vogel  : Nous assistons à une détérioration de la santé au travail sur le long terme. Le problème est moins l’impact immédiat des conditions de travail sur la santé que le cumul des atteintes à la santé dans la durée. Dans le cadre de l’enquête européenne sur les conditions de travail, lorsque l’on demande aux salariés s’ils se sentent capables de travailler jusqu’à l’âge de 60 ans, les réponses négatives sont importantes. Un effet d’usure se manifeste : seulement 44 % des ouvriers non qualifiés pensent ainsi pouvoir tenir le coup jusqu’à 60 ans, et à peine la moitié des ouvriers qualifiés. Les différences sont fortes selon la place dans la hiérarchie sociale, car la proportion de ceux qui pensent pouvoir tenir le coup monte à 71 % pour les employés les plus qualifiés. Il existe ainsi un fossé entre les ouvriers les moins qualifiés et les personnes qui ont des qualifications élevées. En France, les ouvriers décèdent six ans et demi avant les cadres supérieurs. En Estonie, la différence d’espérance de vie entre un homme âgé de 25 ans possédant un diplôme universitaire et un homme du même âge possédant le niveau d’éducation le plus bas s’est accrue de 13 ans. La situation des femmes est plus favorable que celle des hommes dans des secteurs où les conséquences immédiates du travail sont moins perceptibles. Mais sur le long terme, les femmes perdent tout avantage. Elles sont notamment confrontées tout au long de leur vie à une organisation plus disciplinaire du travail.

Dans un contexte où la durée de vie au travail s’allonge...

Tout cela est effectivement inquiétant alors que dans beaucoup de pays européens l’âge de départ à la retraite et la durée du temps travaillé s’allongent. Cette logique simpliste qui vise à affirmer que l’espérance de vie augmentant, la durée du travail doit suivre, risque d’avoir des effets délétères. Les conditions de travail actuelles rendent cet objectif impossible pour une grande partie de la population.

460 personnes meurent chaque jour en Europe à la suite d’accidents et de maladies liés au travail (168 000 par an selon la Commission des affaires sociales du Parlement européen). Les décès liés au travail ont-ils tendance à se réduire ?

C’est, à mon avis, une estimation plutôt basse. Elle prend en compte les accidents du travail mais aussi les pathologies mortelles provoquées par le travail, principalement le cancer. Les accidents du travail mortels constituent une petite partie de ces décès : environ 6 000 par an. Ils ont tendance à diminuer. D’abord parce que les secteurs économiques changent : il y a moins d’emplois dans la sidérurgie ou les mines, des secteurs davantage exposés aux accidents. Ensuite, grâce à une amélioration des conditions de travail et de la prévention de la sécurité. Nous observons cependant une augmentation claire des cancers d’origine professionnelle. Cela s’explique vraisemblablement par une meilleure connaissance des différents types de cancers – nous sommes mieux en mesure de dire que tel cancer est causé par telle activité. Mais nous vivons aussi dans un modèle économique très dépendant des substances chimiques. Un point de PIB supplémentaire équivaut à une augmentation d’1 % des substances chimiques dangereuses produites par l’industrie. Selon certaines estimations, environ 28 % des travailleurs sont exposés à des substances cancérogènes Les ouvriers sont beaucoup plus exposés que les employés, et les cadres supérieurs sont ceux qui s’en tirent le mieux. Dans le cas de la souffrance mentale et des suicides pouvant être liés au travail, nous ne disposons pas de données d’ensemble crédibles. Mais le phénomène existe partout en Europe, pas seulement en France comme l’a montré le drame des suicides à France Télécom.

En matière de prévention des risques au travail, quelle est l’ampleur des inégalités en Europe ?

Cela dépend des secteurs et des types de prévention. En Allemagne, par exemple, si les pratiques de prévention sont plutôt avancées en matière d’accidents du travail, elles ne le sont pas du tout concernant les cancers professionnels. Cela s’explique par le poids de l’industrie chimique. Globalement, plus les inégalités sont fortes dans la société, plus les inégalités découlant du travail sont importantes. Le niveau de prévention dépend aussi des capacités de mobilisation collective dans tel ou tel secteur. En France, le point positif, comparé à d’autres pays européens, est la relative visibilité de cette question depuis la révélation du scandale de l’amiante. Les conditions de travail sont présentes dans le débat public. C’est un préalable pour trouver des réponses efficaces. Autre question : la place du travail et des conditions de travail dans la stratégie globale des syndicats. En Espagne, par exemple, dans le secteur de la construction, la santé au travail a été mise au centre des revendications syndicales. Et les choses bougent. En France, les syndicats sont moins forts qu’ailleurs en Europe, mais la place qu’ils accordent aux conditions de travail se situe plutôt dans une moyenne haute. Avec un obstacle : plus l’emploi est précaire, moins les mobilisations sont possibles.

À ce propos, la Commission des affaires sociales du Parlement européen note « la prolifération de formes d’emploi atypiques (travail temporaire, saisonnier, dominical, à mi-temps, télétravail) ». Ces emplois précaires ont-ils un impact sur la santé des salariés ?

Les jeunes générations sont principalement concernées par la multiplication de ces formes d’emploi. Chez les jeunes qui ont entre 20 et 30 ans, les facteurs de précarité juridiques sont deux, voire trois fois plus importants que chez leurs aînés. Et ce, partout en Europe. Quel sera leur état de santé dans deux ou trois décennies ? Si chacun subit cinq ans de précarité avant de trouver une forme d’emploi stable, ce n’est pas trop lourd. Le problème est que la durée de ces emplois précaires s’allonge. Pour certaines catégories, ces emplois atypiques tendent à devenir la règle ! Aux Pays-Bas, les trois quarts des femmes travaillent à temps partiel. Cette proportion est de l’ordre d’un tiers pour l’ensemble de l’Union européenne. Les données fournies par le Secours catholique, et qui sont disponibles aussi ailleurs en Europe, montrent la corrélation entre la précarité en termes d’emploi et l’augmentation des tentatives de suicide. Il existe aussi une précarité que l’on peut décrire et quantifier – le nombre de CDD, d’intérimaires, de saisonniers… – et une précarité de fait, plus difficile à mesurer statistiquement. Elle est liée aux situations de sous-traitance : des personnes en CDI sont cependant précaires car leur emploi peut être remis en cause à tout moment, du fait, par exemple, d’un donneur d’ordre qui va changer de sous-traitant pour des raisons de coûts plus faibles. Ce sont des situations courantes dans le secteur du nettoyage, où la forme du contrat n’a finalement aucune incidence sur le niveau de précarité.

François Hollande propose de mettre en place « un dispositif de notation sociale obligeant les entreprises de plus de 500 salariés à faire certifier annuellement la gestion de leurs ressources humaines au regard de critères de qualité de l’emploi et de conditions de travail ». Pensez-vous que cela peut être utile ?

Déléguer à des experts extérieurs à l’entreprise le soin d’élaborer des critères n’est pas, selon moi, une priorité. Toutes sortes de cabinets d’experts sont prêts à délivrer toutes sortes de certifications, avec tel ou tel « label social ». Mais bien des aspects des conditions de travail ne pourront jamais entrer dans leurs grilles d’évaluation. Saint-Gobain au Brésil, par exemple, avait obtenu toutes les certifications possibles et inimaginables… alors que l’entreprise utilisait de l’amiante. Les évaluations externes étudient les procédures : existe-t-il un comité pour l’égalité salariale ? Y a-t-il un médecin du travail en interne ? Des formations sont-elles mises en place ? Le problème, c’est que les procédures, en elles-mêmes, ne donnent pas forcément de résultats efficaces. Le respect de telle ou telle procédure ne fournit aucune garantie sur les conditions de travail.

Quelle serait alors la priorité ?

Le point important serait de renforcer le contrôle collectif : la possibilité pour les travailleurs d’être représentés, avec des droits associés à cette représentation. C’est tout l’enjeu de la démocratisation du travail : mettre en débat, avec les travailleurs de l’entreprise, ce qui se passe. Ensuite, ce débat ne doit pas se limiter aux seuls salariés de l’entreprise. Des acteurs, en dehors, doivent pouvoir intervenir. La population concernée par une activité – consommateurs, riverains… – doit également avoir son mot à dire.

Pensez-vous que la santé des travailleurs passe après celle des consommateurs ?

Il existe effectivement un décalage. Il est plus facile de mobiliser sur la protection de l’environnement que sur les inégalités sociales, qui passent souvent au second plan. Les règles et législations concernant la protection de la population, des riverains, des consommateurs vont souvent être plus efficaces que celles concernant la prévention de la santé des travailleurs. Le bisphénol A est un épisode révélateur. Tant mieux si cette molécule dangereuse est interdite dans les biberons. Le problème est que l’on oublie de s’interroger sur les travailleurs qui manipulent des produits contenant du bisphénol. C’est logique : parler de la santé des enfants provoque une réaction plus rapide que si l’on évoque le sort des travailleuses des entreprises de nettoyage. Cela alimente le débat sur ce que doit être une écologie politique qui intègre l’enjeu des inégalités sociales.

En France, dans le cas de scandale comme les prothèses PIP, ou certains accidents industriels, on n’entend quasiment pas le point de vue des salariés qui travaillent pourtant au sein de ces entreprises. Comment expliquez-vous cette « omerta » ?

Quand les travailleurs fabriquent des produits contenant des substances dangereuses, eux-mêmes ne le savent pas forcément. En France, l’affaire Adisseo, une entreprise qui a connu un grand nombre de cas de cancer parmi ses employés, est emblématique de ces situations. Dans l’affaire des prothèses PIP, il semble que ce soit aussi le cas. C’est d’abord de la responsabilité des industriels. Il faut leur imposer une évaluation préalable des risques, avant qu’un produit soit lancé et que l’on soit obligé de rectifier le tir dix ans plus tard à cause de sa dangerosité. Autre élément : le chantage à l’emploi. Ce ne sont pas les travailleurs qui décident des composants d’un produit ! D’autre part, ce n’est pas nécessairement dans la production initiale que le risque est le plus dangereux, mais dans sa dispersion. Fabriquer un produit nettoyant, par exemple, peut ne pas être trop dangereux, mais l’utiliser entraînera de graves dégâts sur la santé. Sans oublier ce qui se passe lors de son recyclage… Cela pose la question de la solidarité interprofessionnelle.

(source texte : bastamag.net)

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 16:02

Rassemblement contre la convention du Front National à Lille

 

Rassemblement anti-fasciste le 18 février à Lille à l’occasion de la « convention nationale » du FN

                                                                                          

 

Les 18 et 19 février, le FN tiendra à Lille sa « convention nationale », véritable lancement de sa campagne présidentielle. Comme il y a 5 ans, le choix du Nord-Pas de Calais n’est pas anodin. Le FN vient en effet dans une région à tradition ouvrière pour marquer sa volonté de draguer l’électorat populaire avec son programme, véritable imposture sociale. Nous ne pouvons pas rester sans réaction face à cet affront !

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 22:59

 

300 agents de l'inspection du travail manifestent à Paris

Romain Lecoustre, 32 ans, a mis fin à ses jours, le 18 janvier. Huit mois plus tôt, Luc Beal Rainaldy, 52 ans, en avait fait de même. Tous deux travaillaient pour l'inspection du travail. C'est pour leur rendre hommage qu'environ trois cents agents de contrôle de l'inspection du travail – sur une administration qui en compte 2 200 – se sont réunis, mardi 7 février, devant le cabinet de leur ministre, dans le 7e arrondissement de Paris. Ils ont ensuite manifesté jusqu'aux locaux de la Direction de l'administration générale et de la modernisation des services (Dagemo), où se déroulait un comité d'hygiène et de sécurité ministériel (CHSM) consacré au suicide de Romain Lecoustre.

"Nous sommes les fonctionnaires d'un ministère qui devrait donner l'exemple à toute la France. Pourtant notre situation professionnelle est aujourd'hui pire que dans le privé, c'est inadmissible. Nous sommes ici pour exprimer notre colère et notre écœurement au premier ministre et à notre ministre, Xavier Bertrand. Justice pour Romain !", hurle un manifestant dans un porte-voix.

Romain Lecoustre avait déjà fait une tentative de suicide au cours de l'été 2011. Il avait parlé à ses proches des raisons de ce premier appel à l'aide : une agression verbale lors d'un contrôle sur le terrain et des relations tendues avec sa hiérarchie.

Les familles, les collègues et les manifestants demandent la reconnaissance de ces deux suicides en accident de service, l'équivalent pour les fonctionnaires de l'accident du travail. D'abord pour que soit établi le lien entre la dégradation de leurs conditions de travail et ces actes désespérés, et ensuite pour ouvrir la voie à une indemnisation des familles.

Pour l'intersyndicale (CFDT-CGT-FO-SNU-TEF/FSU-SUD-UNSA) du ministère du travail, qui a appelé à la grève nationale, ces deux suicides (auxquels s'ajouteraient au moins deux autres sur les trois dernières années) symbolisent les dysfonctionnements d'une administration qui pâtit des réformes en cours dans le cadre de la révision générale des politiques publiques.

 

"Jusqu'à quand le bulldozer de la réforme de l'Etat va-t-il continuer et rallonger la liste des victimes ? Ça suffit !", crient les manifestants. Venus de différentes régions, ils ont manifesté derrière une banderole noire sur laquelle on pouvait lire : "Suicides au ministère du travail. Administration coupable."

Les syndicats, qui dénoncent l'arrivée imminente de la prime de fonction et de résultats, réclament l'arrêt des suppressions de postes, l'abandon immédiat de tous les objectifs chiffrés fixés annuellement aux agents et l'arrêt de la dévalorisation et de la déstabilisation des agents comme mode de relations hiérarchiques.

La mobilisation a en tout cas été forte au sein de l'inspection du travail, avec un agent sur quatre en grève selon les chiffres du ministère. A Marseille, ils étaient plusieurs dizaines de grévistes venus accompagner une délégation à la préfecture, certains arborant un brassard "en deuil".

(source texte : lemonde.fr)

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 18:59

 

La boîte aux lettres rurale, espèce (de service public) en danger

 

Ulrich et Gabrielle habitent une ferme perdue dans les collines de l'Ariège. Pour éviter de se déplacer jusqu'à la boîte postale la plus proche, à 5 km, ils ont trouvé l'astuce :

« Nous accrochons une pince à linge au clapet de notre boîte aux lettres, avec le courrier à l'intérieur. C'est une sorte de code : quand le facteur passe pour sa tournée quotidienne, il sait qu'il a une lettre à ramasser. Parfois, on laisse un peu de monnaie dans la boîte et c'est lui qui pose le timbre. »

La Poste, après avoir fermé ses bureaux de poste dans les campagnes, y fait disparaître les boîtes postales. Dans certains hameaux isolés, adieu les sorties pour mettre le courrier dans la boîte jaune de la place du village.

« C'est la rentabilité avant tout »

Jacques Drouhin, maire de Flagy et président de l'Association des maires ruraux de Seine-et-Marne, tente de voir le bon côté des choses :

« Heureusement, il existe encore un esprit d'entraide dans les villages. Pour aller poster le courrier, on peut encore compter sur son voisin ou sur la secrétaire de mairie ! »

Mais il dénonce « une véritable dégradation du service public dans le milieu rural » :

« Mauvaise distribution du courrier, moins de boîtes aux lettres, fin des cabines téléphoniques... c'est la rentabilité avant tout. Conséquence : les habitants se retournent vers le maire qui doit trouver des solutions. »

La Poste nie vouloir supprimer les boîtes aux lettres, et parle d'un « redéploiement » :

« Nous mettons les boîtes aux lettres là où les gens en ont l'utilité. Le chiffre de 130 000 boîtes postales en France reste stable. On a environ une boîte pour 500 habitants, c'est le ratio le plus élevé d'Europe. Alors quand on constate que la boîte n'est pas suffisamment remplie, nous décidons de la supprimer. »

L'entreprise de service public explique que la décision de suppression d'une boîte se fait dans les bureaux de poste, après « plusieurs instances de concertations entre La Poste et les élus locaux ».

La Poste faut sauter les boîtes, on attend le facteur

Une affirmation contestée par plusieurs élus. A Villeneuve-le-Comte, un village de Seine-et-Marne, la boîte aux lettres a été retirée sans aucune concertation avec la commune.

Les arguments avancés au maire sont confus : d'abord, la boîte est dite en « réparation », puis, contactée par la mairie, La Poste évoque un « risque routier » à l'endroit où elle est implantée, avant d'expliquer que la boîte n'était « pas rentable ». Le courrier se conclut par une phrase digne d'une entreprise privée :

« En tant qu'entreprise responsable, La Poste se devait de maintenir une rentabilité économique afin de conserver son modèle social et la pérennité de son activité. »

Pourtant, la loi française rend obligatoire l'implantation d'une boîte aux lettres à moins de dix kilomètres de toute habitation. Les personnes âgées et à mobilité réduite seront-elles obligées de parcourir plusieurs kilomètres pour poster leur déclaration d'impôts ? Au service communication de La Poste, on a une parade :

« Les habitants isolés des zones rurales pourront toujours donner leur courrier au facteur, lors de sa distribution. »

Autrement dit : si vous n'avez rien à faire de votre journée, attendez le passage du facteur...

(source texte : rue89)

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 18:50

 

Le choix de la gestion de l'eau potable en régie publique plutôt qu'en DSP( Délégation de Service Publique à une société multinationale privée ) se situe au niveau de l'intérêt général des citoyens, le registre est celui de la conviction argumentée et non de la polémique.

A l'égal de l'air, l'eau n'est pas une marchandise car elle conditionne la vie des êtres humains.

Partout dans le monde , la question du mode de gestion de l'eau est posée: de nombreux pays et de nombreuses collectivités ont choisi de renoncer à la DSP.

En France, L'eau paye l'eau, c.à.d. que son prix se retrouve uniquement dans la facture ( rien dans les impôts locaux ). Un délégataire reverse à la collectivité une part de ce qu'il reçoit , celle qui correspond aux investissements que la collectivité a en charge.

A noter: Propriétaire ou pas, l'usager paie la construction des infrastructures et usines qui permettent le captage, parfois le traitement, et la distribution de l'eau.

Alors pourquoi l'eau peut-elle être moins chère en régie?

– parce qu'il n'y a pas de dividende à distribuer aux actionnaires

– parce qu'il n'y a pas de frais attachés à l'existence de siège ou maison-mère internationale

– parce qu'il n'y a pas de concurrence entre filiales ou multinationales

– parce que les salaires des hauts responsables ne sont pas définis par la concurrence

– parce que le privé doit payer l'impôt sur les sociétés

– parce qu'il peut y avoir spéculation avec l'argent public qui leur est confié ( anticipation sur la facturation par exemple )

_ Dans une DSP, les tarifs de l'eau peuvent être évolutifs au long de l'année si une clause de revalorisation existe dans le contrat de DSP.

 

 

L'expérience et l'observation des factures ou rapports divers montre que 15 à 20% % du prix de l'eau facturée selon les communes correspond au bénéfice du délégataire

Il faut noter également que l'eau captée et traitée mais non distribuée est facturée à l'usager. Ceci résulte des fuites sur le réseau ( Certaines d'entre-elles sont notamment dues aux carences d'entretien ou de renouvellement pourtant budgétisées )

Les réseaux et infrastructures ont des durées de vie différentes. En moyenne, les réseaux ont une durée de vie maximale de 100ans: il est à noter que le provisionnement pour remplacement est rarement suffisant dans le cas d'une DSP , Et cependant selon les contrats en cours, l'argent provisionné est rarement entièrement utilisé.

Comment peut se faire le changement de gestion?

Le changement de régime peut se faire progressivement... Rien ne s'y oppose, ni financièrement, ni techniquement. Ceci permet une réappropriation progressive des savoir-faire nécessaires à la gestion en ce domaine, de créer pour une collectivité une culture de fonctionnement en régie.

Faire la démonstration du possible pour ensuite aller au bout de la démarche est un choix politique.

Il n'existe pas de masse critique pour assurer la gestion de l'eau en régie: l'importance des communes ou communautés n'est pas un obstacle . Par contre , l'association de collectivités permet de déterminer les domaines pris en responsabilité en régie, la rapidité éventuelle du retour, les économies d'échelle réalisables.

Les maires ou présidents de collectivité intercommunale gardent la responsabilité juridique de l'accès à l'eau potable, ils restent ceux qui décident de l'intervention de tel ou tel acteur sur les sources d'eau ( nappes, rivières, etc.) .

La mise à disposition de l'eau nécessaire à la vie des collectivités est obligatoire: En cas de besoin , le préfet peut réquisitionner les sociétés compétentes pour cela, les “ capteurs d'eau ” sont tenus de vendre de l'eau aux communes ( c'est une obligation légale ). L'interconnexion est rendue obligatoire entre les différents réseaux : des solutions existent donc en cas de pb grave sur l'un d'entre eux. La spécificité liée à la nature des sols, des bassins, des réseaux n'est en rien un obstacle insurmontable pour un retour en régie. Le recours à des spécialistes hydrogéologues indépendants peut faciliter la connaissance et l'anticipation des difficultés.

Le choix d'une gestion en régie a des incidences d'ordre environnemental, social, démocratique...

Cette gestion permet une approche transversale de diverses problématiques, elle rend davantage possible de faire du “ préventif ”.

En régie , le contrôle est plus aisé qu'en DSP où il y a “ naturellement ”décharge de responsabilité vers le délégataire qui s'intéresse au court terme ( le temps de la délégation ) ainsi qu'au chiffre d'affaire et à sa marge, et donc se situe dans “ du curatif qui rapporte ”.

Important à savoir: La situation des employés :

Lors d'un retour en régie, les employés d'une société multinationale ont le droit d'être réemployés en gardant le statut de droit privé ( conventions collectives inchangées au moins pendant une durée légale supérieure à un an )...Ils peuvent aussi refuser l'offre de réemploi.

Il faut noter cependant qu'une régie qui n'a pas tous les services d'une société privée n'est pas tenue de reprendre le personnel de ces services inutiles pour elle.

Par contre, les fonctionnaires ne peuvent travailler dans une régie publique que s'ils obtiennent un détachement.

Les personnels qui travaillent dans une société privée ou dans une société publique ont les mêmes qualifications...ils ont fréquenté d'ailleurs les mêmes écoles de formation.

La fin d'un contrat est donc une opportunité juridique pour changer de régime.

Il faut noter que l'anticipation est également possible ( cf la décision de la communauté de pays de Montbéliard ). Le fonctionnement en régie peut faciliter la mise en place d'une gratuité pour les premiers litres d'eau journaliers ( besoin essentiel à la vie ) d'une tarification plus forte pour des besoins de luxe ( arrosage automatique de pelouses, de terrain de golf, eau des piscines, etc. ), d'une tarification différente et de traitements différents pour les besoins d'eau potable ( cuisine, boisson ) et pour des besoins autres ( WC, nettoyage, etc. ), d'une tarification spécifique aux utilisations industrielles.

le 30..09.2011

(source texte : www.eausecours62.org)

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 18:44

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 20:10

 

 

 

Le 7 février 1899, naissance de Louis LOUVET, à Paris.
Anarchiste et anarcho-syndicaliste très actif, dans le Syndicat des Correcteurs d'imprimerie, dès 1937. Il éditera de nombreuses publications anarchistes : "Le Libertaire" (1924),

"L'Eveil des jeunes libertaires" (1925) "L'Anarchie" (1925)

"La Revue anarchiste" (1925)

"Controverse" (1932),

revue controverse

"Ce Qu'il Faut Dire" (1944-45).

cqfd

"Les Nouvelles pacifistes" (1949), "Contre courant" (1951). Il sera également membre de la rédaction du "Monde Libertaire" (1957).


Par ailleurs, il animera avec sa compagne, Simone LARCHER, "Les Causeries Populaires", poursuivant ainsi l'action de Libertad. Il participera aussi à la fondation de l'A.F.A (Association des Fédérations Anarchistes) en 1928, puis à la reconstruction de la Fédération anarchiste en 1945, ainsi qu'à la C.N.T en 1946. La pensée libre, l'anticléricalisme et le néomalthusianisme feront partie de ses combats jusqu'à sa mort, le 15 mars 1971. "Louvet reste un exemple de fidélité aux idées libertaires". Louis Simon.

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