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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 15:32
 
Une petite revue de presse au sujet des systèmes de surveillance et de contrôle qui envahissent peu à peu notre société, le plus souvent dans l'indifférence générale.

MARQUAGE ET CONTROLE DU GENRE HUMAIN AUX USA AU NOM DE LA SANTE EN 2013 EN IMPLANTANT UNE PUCE.

Le Projet de Loi sur la santé d'Obama, rendra obligatoire l'implantation d'une puce RFID, pour tous les Américains.
Dans le Projet de Loi sur la santé, il est prévu que tous les Américains se verront implanter une micro-puce dans le but de créer un registre national d'identification, pour permettre un "meilleur suivit des patients en ayant toutes les informations relatives à leur santé".

   

Le futur permis de conduire, avec puce électronique, devra être renouvelé tous les 15 ans.
Selon un décret publié au Journal Officiel (2011), découlant d'une réglementation européenne de décembre 2006, les états membres, donc la France, devront à partir de l'année 2013 commencer à uniformiser le permis de conduire. Le nouveau permis de conduire sera équipé d'une puce éléctronique (et une bande de lecture optique), comme les passeports et les cartes d'identité il devra être renouvelé tous les 15 ans  et on parle déjà de réduire ce délai à 10 voire 5 ans par la suite. Les données dans la puce, accessibles via un système informatique, permettront aux forces de l'ordre d'accéder en temps réel au dossier d'un conducteur en cas de contrôle, ceci dans toute l'Union.

Sur la puce seront stockées des données comme l'état-civil, photo, empreintes digitales, signature électronique et même... état de santé.
  

Après l’Irak et l’Afghanistan, les drones envahissent le ciel américain

Utilisés par l’armée américaine en temps de guerre, les drones surveillent désormais aussi les citoyens, ce qui inquiète les défenseurs de la vie privée.

  

Une Crèche Française Essaie La Puce RFID

Une école secondaire du Texas oblige ses 4200 élèves à porter une puce électronique qui permet de déterminer leur position, une nouvelle politique qui soulève les critiques des groupes de défense des libertés individuelles, rapporte notre correspondant.

La puce est minuscule, plus petite que l'ongle de l'auriculaire. Insérée dans une épinglette, elle émet un signal qui permet à la direction de l'école secondaire John Jay High, à San Antonio, au Texas, de savoir où chacun de ses 4200 élèves se trouve dans le campus.
Implanté cet automne, le système est obligatoire. Plus tôt ce mois-ci, Andrea Hernandez, une élève de l'école, a été expulsée après avoir refusé de porter la puce sur elle pour des motifs religieux.

 

Un système électronique mis en place par les autorités saoudiennes avertit les familles des femmes dès qu'elles quittent le royaume.

 

Lons-le-Saunier sous l’œil des caméras.

   

Quand les caméras «envoient» des PV aux contrevenants.

·         Plusieurs villes se mettent à utiliser leurs caméras de vidéosurveillance pour lutter contre le stationnement gênant. Si elle peut surprendre, la démarche est légale.
Fini, le petit café vite fait sur le zinc en surveillant sa voiture en double file du coin de l'œil ? Finies les supplications à un contractuel qui «a déjà commencé à rédiger son procès-verbal», mais qui finit souvent- par lâcher prise ? Dans plusieurs villes de France en effet, c'est un œil beaucoup plus implacable qui surveille désormais les automobilistes mal garés : la vidéosurveillance
 
Nano Brother. La carte RFID dans les transports de la métropole lilloise
Au nom de la lutte contre les dérèglements climatiques, c’est une véritable révolution sécuritaire qu’Eric Quiquet a fait voter au Conseil Communautaire du 17 avril 2009. On le savait fan de la vidéo-surveillance, désormais il se surpasse et prépare la ville totalitaire. Nous porterons bientôt des cartes munies de puces RFID pour nous faciliter la vie. On ne lui avait rien demandé.
  
La nouvelle carte biométrique n'est-elle qu'une esbroufe, pour cacher le fait que nos cartes d'identité, sont déjà équipées de puces ?

C'est ce qu'explique Marc Cohen lors d'une émission de la radio ici et maintenant.
 
Nanotechnologies : tous cobayes de la nano-bouffe ?
Après les OGM, les nanotechnologies s’invitent dans notre assiette : les nano-aliments, traités avec des nano-pesticides et contenus dans des nano-emballages, se multiplient. A la clé : de faramineux profits financiers pour les industriels et des risques environnementaux et sanitaires aujourd’hui impossibles à évaluer. Le tout dans une totale - et incroyable - absence de règles et de contrôles.
 
15 caméras dans le plus petit village de Seine-Saint-Denis
 

Dans le Nord, on peut désormais payer avec son empreinte digitale.

Les clients de plusieurs enseignes de Villeneuve d'Ascq (Nord) peuvent payer depuis quelques jours leurs achats en passant le doigt sur un détecteur en caisse grâce à une technologie unique en France qui a vocation à être déclinée sur d'autres supports.

 
Avec les nanotechnologies, nous entrons dans une société de contrainte, totalitaire
Le développement des nanotechnologies amènera-t-il une société de surveillance totale, où le comportement de chaque être humain sera épié et analysé en permanence ? Allons-nous vers une tyrannie technologique, où l’homme-machine sera prisonnier de la société-fourmilière ? Des réflexions portées par le collectif grenoblois Pièces et main d’œuvre, qui fait partie des plus anciens et des plus farouches opposants aux nanotechnologies. Rencontre avec ces militants, critiques du « système technicien ».
Des implants électroniques qui s'éliminent d'eux-mêmes dans le corps.
Ces implants ont été testés avec succès sur des souris. Il s'agissait de greffer sous la peau des rongeurs de minuscules circuits électroniques au fonctionnement simple (ils libéraient à intervalles réguliers des doses de bactéricides sur des blessures en cours de cicatrisation). Au bout de trois semaines, les puces se dissolvaient d'elles mêmes sans laisser de trace.
Esclavage de la race humaine par la technologie de la micropuce.
En octobre 2002, Applied Digital Solutions lançait une campagne nationale pour la promotion de la VeriChip, une micropuce de la taille d’un grain de riz mais qui peut-être implantée sous la peau des humains. Une puce électronique a été injectée sous la peau de personnes choisies qui leur permet d’ouvrir automatiquement des portes, de mettre le courant électrique pour la lumière et d’exécuter d’autres petits miracles.
Le chercheur Kevin Warwick de l’Université Reading en Angleterre, est un des principaux promoteurs de l’utilisation potentielle sans limites de ces micropuces. Les médias ont beaucoup parlé de la famille Jacob, de Boca Raton, en Floride, qui s’est fait implanter la micropuce sous la peau en 2002.
Ad libitum...
 
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 20:24

La seule boulangerie autogérée d’Ile de France

Envie d’un petit Lénine pour le déjeuner? Ou d’une Louise-Michel avec du chèvre et de la crème de poivron? Rassurez-vous, nulle propagande politique derrière ces noms mais juste de délicieux sandwichs aux tarifs classiques (entre 3 € et 4,50 €) fabriqués avec du pain bio et de manière artisanale par la Conquête du pain, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), la seule boulangerie autogérée d’Ile-de-France.

Si vous avez l’appétit aventureux, vous pourrez vous laisser tenter par la formule le Communard, accompagnée d’une « baguette préhistorique ». Vendue à 1 €, cette dernière est accordée au tarif « anticrise » de 75 centimes à ceux qui en font la simple demande, en toute confiance. Mais pourquoi « préhistorique »? « « Parce qu’elle est encore plus tradition que la tradition, ce truc commercial inventé dans les années 1980 », rigole Pierre, derrière les fourneaux. La Conquête du pain met donc en place des tarifs sociaux avec une carte de fidélité, mais organise aussi des repas de quartier dans une cité et propose « la récup ». « Le soir, les gens viennent chercher le pain qui reste », glisse Pierre. Aujourd’hui, environ 350 personnes fréquentent assidûment la boutique… et 10% optent pour le tarif social.

Fondateur de cette coopérative de cinq salariés au nom tiré d’un ouvrage de Kropotkine, géographe du XIXe siècle, Pierre, trentenaire, est militant de la Fédération anarchiste. Il a monté sa boulangerie en 2010 à Montreuil après des années passées dans des enseignes plus classiques comme Poilâne. « Ici, il n’y a pas de patron. Chacun touche le même salaire, quelle que soit sa fonction », explique-t-il. Seule expérience historique du même ordre à Paris : la Fraternelle, boulangerie coopérative née au début du XXe siècle… qui a fini par péricliter dans les années 1990.

A la Conquête du pain, Pierre fait cuire le pain, tandis que Matthieu s’occupe de la comptabilité, Lou de la boutique, Théo de l’administration, et Florence des livraisons aux crèches du secteur, à une dizaine d’Amap (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) en Seine-Saint-Denis ou à la cantine d’un lycée . Et cette boulangerie frondeuse fête-t-elle les Rois pour l’Epiphanie? Des galettes frangipane et beurre salé caramel 100% maison seront en vente. Inutile de chercher le santon miniature à l’intérieur. A la Conquête du pain, les boulangers glissent dans leurs galettes au feuilletage maison de « vraies fèves ». En l’occurrence, un haricot sec.

La Conquête du pain, 47, rue de la Beaune à Montreuil (93), ouverte de 8 heures à 14 heures et de 16 heures à 20 heures, possibilité de commandes au 01.83.74.62.35.

(source texte : Pavillon noir)

Mieux qu’un centre commercial : une épicerie coopérative, culturelle et solidaire dynamise une commune

 

C’est une épicerie, bar, café concert. Un lieu multi-services que font vivre les habitants d’une commune du Morbihan : vente de produits bio, production de bière locale, livraisons pour les personnes âgées, lieu de débat... Une coopérative au service des habitants, dont tous peuvent devenir copropriétaires. Petite visite guidée à Augan, où se réinvente le vivre-ensemble.

 

Trouver une alternative au capitalisme marchand tout en créant de l’emploi et en répondant aux besoins locaux ? C’est le défi que se sont lancés en décembre 2009 les 67 associés du Champ Commun, une coopérative de services de proximité à Augan, commune morbihannaise de 1400 habitants. En janvier 2010, ils créent une société (SARL) pour l’exploitation de l’activité économique avec, à la clef, la création d’emplois. Pari réussi puisque aujourd’hui le Champ Commun emploie six salariés et compte plus de cent associés ! Alors que la lutte contre la disparition des services de proximité dans les communes rurales s’organise, le Champ Commun apporte sa pierre à l’édifice.

« On avait envie avant tout de créer un lieu où les gens du village se rencontrent », explique Mathieu Bostyn, co-gérant de la coopérative. L’endroit combine à la fois une alimentation générale et un bar-café, à la programmation musicale et culturelle variée. En plein cœur d’Augan, c’est le lieu où l’on peut se retrouver pour discuter d’un sujet de fond tous les premiers jeudis du mois avec l’association Polen, ou s’initier à la couture avec l’Atelier de Louise et Sandrine. C’est aussi une épicerie, Le Garde-Manger, qui propose des produits bio, locaux, mais pas que.

Devenir copropriétaire de l’entreprise

Les gérants veulent soutenir la production paysanne locale et promouvoir une autre manière de consommer. Pour autant, dans un esprit de service commun, l’épicerie a choisi d’être une alimentation générale ouverte à tous les habitants. Et propose une large gamme tous publics, « dans l’idée de faire une alimentation générale populaire, au sens premier du terme », précise Mathieu Bostyn. On y trouve 1 200 références de produits conventionnels, 350 produits issus de l’agriculture biologique et 200 produits locaux.

 

Quand la coopérative voit le jour, les premiers associés créent en parallèle une Société civile immobilière pour l’acquisition d’un bien immobilier destiné à accueillir les différentes activités. Ils diffusent un appel à soutien. Différentes modalités sont possibles : premier niveau, devenir copropriétaire de l’entreprise coopérative en prenant une part sociale, « pour faire appel le moins possible au système bancaire ». Mais s’associer au projet collectif peut passer par d’autres chemins, comme participer aux travaux d’aménagement des locaux, via des chantiers participatifs ouverts et orchestrés par une équipe permanente expérimentée dans les métiers du bâtiment.

Alimenter le champ des possibles

D’autres responsabilités sont partagées par le collectif : la programmation culturelle du bar, ou encore le lien avec les producteurs locaux pour alimenter les rayons de l’épicerie. Le Champ Commun prend de l’ampleur et de nouveaux projets se greffent progressivement. Toujours dans une dynamique de développement local, une micro-brasserie s’est montée et propose une bière maison au comptoir du café, des livraisons pour les personnes âgées ont lieu plusieurs fois par mois et un projet d’accueil en auberge est en train de naître… avec 101 associés. De quoi alimenter le champ des possibles !

Pour que la gestion collective soit avec et au service de la communauté, ses initiateurs ont adopté, en avril 2012, le statut de Société coopérative d’intérêt collectif  (SCIC), permettant ainsi aux salariés, bénévoles, usagers, mais aussi aux collectivités publiques, entreprises et associations, d’être sociétaires.

(source : Bastamag.net)

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:15
C'était hier, samedi, jour de paye,
Et le soleil se levait sur nos fronts
J'avais déjà vidé plus d'un' bouteille,
Si bien qu' j'm'avais jamais trouvé si rond
V'là la bourgeois' qui rappliqu' devant l' zingue:
"Feignant, qu'ell' dit, t'as donc lâché l' turbin?"
"Oui, que j' réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingu' du métropolitain!"
2. Les citoyens, dans un élan sublime,
Etaient venus guidés par la raison
A la porte, on donnait vingt-cinq centimes
Pour soutenir les grèves de Vierzon
Bref à part quatr' municipaux qui chlinguent
Et trois sergents déguisés en pékins,
J'ai jamais vu de plus chouette métingue,
Que le métingu' du métropolitain!
3. Y avait Basly, le mineur indomptable,
Camélinat, l'orgueille du pays
Ils sont grimpés tous deux sur une table,
Pour mettre la question sur le tapis
Mais, tout à coup, on entend du bastringue;
C'est un mouchard qui veut fair' le malin!
Il est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingu' du métropolitain!
4. Moi j' tomb' dessus, et pendant qu'il proteste,
D'un grand coup d' poing, j'y renfonc' son chapeau.
Il déguerpit sans demander son reste,
En faisant signe aux quatr' municipaux
A la faveur de c'que j'étais brind'zingue
On m'a conduit jusqu'au poste voisin
Et c'est comm' ça qu'a fini le métingue,
Le grand métingu' du métropolitain!

Morale:

Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z'encor des cachots pour tes fils!..
Souviens-toi des géants de quarante-huite
Qu'étaient plus grands qu' ceuss' d'au jour d'aujourd'hui
Car c'est toujours l' pauvre ouverrier qui trinque,
Mêm' qu'on le fourre au violon pour un rien,
C'était tout d' même un bien chouette métingue,
Que le métingu' du métropolitain!
(Maurice Mac-Nab, 1856-1889, poète et chansonnier français.)
 
chat noir cabaret
 
 
 
 
 
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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 17:25
 
Depuis deux décennies une certaine conception de la psychiatrie, tout comme toutes les pratiques sociales où la relation humaine est centrale, sont attaquées.
 
Cette conception de la psychiatrie a été fondée sur la prise en compte pour chaque personne de son histoire et de sa psychodynamique propre. Elle s’est nourrie de nombreux apports : ceux de la psychanalyse, de la psychothérapie institutionnelle, du désaliénisme (lutte contre les effets de l’asile, processus de ségrégation et d’exclusion), des psychotropes, des thérapies familiales et systémiques, des aides psycho-sociales, de la création et des activités culturelles comme soutien thérapeutique et facteur d’insertion dans la vie de la cité.
La psychiatrie de secteur est porteuse de la richesse de cette diversité.
Cette attaque s’est développée d’abord à partir d’une idéologie issue des neurosciences en expansion, en instrumentalisant certaines perspectives génétiques ou techniques, ainsi que la médicalisation des émotions et des souffrances sociales.
La diversité et la pluralité des approches se trouvent mises à mal au travers de cette tentative destructive. Nous n’acceptons pas de voir réduire le champ de la psychiatrie au traitement d’un symptôme qu’il faudrait à tout prix éradiquer et ne plus prendre soin d’une personne malade, dans sa globalité, abolissant toute dimension relationnelle.
La psychiatrie a été aussi attaquée au travers d’une multiplication de directives et de contraintes (ordonnances Juppé de 1996, accréditation, démarche qualité, Loi Hôpital 2007, Loi HPST, regroupement de services et secteurs en pôles, protocoles opposables,…) qui disent vouloir améliorer la qualité des soins dans un discours où « la qualité », « le patient au centre des soins », ne sont que des formules de communicants.
Ces contraintes ont pour effet d’empêcher toute créativité, assèchent la réflexion clinique et les innovations alternatives, empêchent de soigner et d’être correctement soigné.
 
Cette évolution pousse la Haute Autorité de Santé à produire des recommandations qui sont érigées comme des vérités, et mettent en danger la pluralité des modes d’approche de la souffrance psychique dans une tentative de dire la Norme et de rendre les pratiques homogènes. Or la Haute Autorité de Santé s’est soumise à la pression de plusieurs lobbys pour produire des recommandations aberrantes, voire scientifiquement illégitimes, aux antipodes des pratiques diversifiées, des effets bénéfiques de thérapeutiques anciennes, reconnues et partagées dans toute la profession. Elle a perdu là toute indépendance, une indépendance dont elle a été parée à l’origine mais qui s’est révélée être une mystification : ses recommandations médico-économiques au nom de la qualité des soins ne sont devenues que des instruments de normalisation, de « restructuration » des hôpitaux et d’annihilation de toute pensée originale et créatrice dans l’organisation des soins.
Sous la pression de l’économie néolibérale en vogue, les tenants de cette psychiatrie, considèrent qu’il faudrait choisir entre les plus malades (notamment les personnes souffrant de psychose) et les plus nombreux (dépressifs, « TOC », « Hyperactifs, »). Le choix simpliste se trouve être celui qui correspond le mieux aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques… Aussi de nombreux malades, les plus en difficulté, se retrouvent en rupture de soins, isolés, dans la rue, voire en prison essentiellement pour des délits mineurs, « jetés hors du monde ».
Dans le domaine de l’enfance et l’adolescence, un affrontement violent contre les professionnels du soin a été initié, là où la complexité des souffrances nécessite pluralité des pratiques et des recherches, mais aussi développement de lieux d’accueil et de soins, moyens réels pour l’insertion et l’intégration scolaire. Les institutions du médico-social ne sont pas en reste : le soutien soignant disparaît sous le règne de la gestion.
A cette situation, le gouvernement précédent, a instauré un dispositif de soins visant à transformer la psychiatrie en un dispositif de contrôle social et de normalisation des populations. Ainsi la loi du 5 juillet 2011 instaure une garde à vue psychiatrique de 72 heures, un fichier des antécédents médico-légaux et l’internement à domicile. Surtout cette politique sécuritaire est venue amplifier les dérives délétères, comme les enfermements, les isolements et les contentions toutes pratiques qui avaient disparu pourtant.
Nous voulons rappeler que ces directives et ces lois ont été combattues par l’ensemble des partis qui constituent la majorité gouvernementale actuelle…
Alors, les engagements doivent être tenus.
Afin de redonner aux patients les soins de qualité, respectueux de la personne, auxquels ils ont droit.
Afin de permettre à l’entourage (parents, amis) de tenir sa place sans être contraint de se substituer aux équipes soignantes défaillantes.
Afin de permettre aux soignants de retrouver la richesse clinique humaine et créatrice de leurs métiers.
Afin de soutenir la place de la folie dans la culture.
Nous réclamons la suppression (et non l’adaptation !) des dispositions liberticides de la loi du 5 juillet 2011.
Redonner à la psychiatrie comme mission essentielle de soigner des personnes en souffrance et non d’éradiquer des symptômes, ni de normaliser des populations.
La mise en chantier d’une ambitieuse Loi cadre prévoyant notamment une formation spécifique à tous les métiers de la psychiatrie, des moyens humains suffisants en qualification et en nombre, une réforme de l’évaluation en fonction de critères issus de la clinique et non de l’entreprise.
Nous, citoyens, professionnels déclarons que le changement est indispensable, pour une éthique de l’hospitalité.
    SIGNER la pétition ici
    (COLLECTIF DES 39 CONTRE LA NUIT SECURITAIRE )
 
 
 
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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 17:01
 
«On dit qu’il n’y a point de péril parce qu’il n’y a pas d’émeute. Permettez-moi, Messieurs, de vous dire que vous vous trompez. Regardez ce qui se passe au sein des classes ouvrières qui, aujourd’hui, je le reconnais, sont tranquilles. N’entendez-vous pas qu’on y répète sans cesse que tout ce qui se trouve au-dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner ; que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste ? Et ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions descendent profondément dans les masses, elles doivent amener, je ne sais quand, je ne sais comment, les révolutions les plus redoutables ?»
 
Qui parle ainsi ?
Jean-Luc Mélenchon, pour justifier sa stratégie «révolutionnaire» ?
Olivier Besancenot, pour justifier le maintien de son parti, vraiment de gauche, vraiment anticapitaliste, vraiment révolutionnaire ?
Non, point ! Le très libéral Alexis de Tocqueville dans un discours à la Chambre des députés, le 29 janvier 1848, quelques jours seulement avant la… Révolution de février 1848.
Si le surgissement de la voix du peuple surprend toujours, c’est que le peuple, dans sa masse profonde, n’est pas extrémiste, n’est pas révolutionnaire, n’est pas insurrectionnel. Il est patient, écrit Sophie Wahnich dans son essai sur 1792 («La Longue Patience du peuple», Payot ).
Et même confiant. Il vote, pour accorder sa confiance à des représentants et, s’il en est déçu, il attend les prochaines élections pour donner sa confiance à d’autres élus. Il manifeste, pour exprimer son mécontentement, mais il demande audience à son député et au président de la République pour obtenir le maintien de la carte famille nombreuse ou de l’activité de Mittal en Lorraine. Il signe des pétitions, il saisit le juge pour faire sanctionner le contrat première embauche, interdire les OGM ou reconnaître le droit au logement. Bref, il fait confiance aux institutions «bourgeoises» et attend d’elles des réponses à ses problèmes. Et le peuple est capable d’attendre longtemps. D’attendre la politique qui fera baisser le chômage, augmenter le pouvoir d’achat, garantir les retraites, relancer l’ascenseur social…
Et puis un jour, le peuple se lasse. Il ne rentre pas encore en colère, il se lasse. Des promesses, des discours, des élections, des syndicats. Et même de l’espérance. Alors que la société valorise l’épanouissement individuel et la réalisation de soi, alors que les progrès techniques, culturels et sociaux créent les conditions de possibilité de ces projets, le peuple finit par ne plus croire dans une société qui ne l’entend plus, qui ne le respecte plus, qui se joue de sa patience.
A cette société du mépris, il oppose l’indifférence. Jusqu’à ce que, de guerre lasse, la colère surgisse. Parce qu’il est préoccupé par la hausse des prix alimentaires et du gaz, parce qu’il est choqué par la dégradation des mœurs publiques, parce qu’il est scandalisé par les avantages fiscaux accordés aux puissants et payés par la remise en cause des politiques sociales, parce qu’il est acculé, le peuple se lève. «La colère du peuple, proclame un élu du Var à la veille de l’insurrection du 10 août 1792, est la conséquence du silence des lois.» L’observation n’est pas fausse. Beaucoup de lois ont pu apaiser la colère du peuple, celles, par exemple, reconnaissant les congés payés, les sections syndicales dans les entreprises, l’avortement…
Mais, quand les élus ne transforment pas en lois les attentes et les demandes du peuple, le peuple, après avoir beaucoup attendu et espéré, se met debout et fait trembler le sol de la société.
Après son discours qu’il conclut par une mise en garde - «je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan» -, Tocqueville fut félicité par ses collègues non pour la lucidité de son analyse mais… pour ses talents d’orateur. Et la Chambre des députés passa à autre chose !
Toute ressemblance avec l’actualité de 2012 serait pur hasard.
(Source texte : liberation, via danactu-resistance) 
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 15:38

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De l’extérieur, l’endroit ne paye pas de mine, malgré des vitrines engageantes. Engoncée dans la façade d’un immeuble quelconque de la peu animée rue Voltaire, dans l’Est parisien, la petite librairie Quilombo cache bien son jeu. Une fois la porte passée, elle se révèle chaleureuse et animée. Loin de l’image un peu tristounette que se coltinent parfois les lieux militants. Des gens passent – amis, quidams du quartier, militants –, flânent entre les rayons s’arrêtent le temps de feuilleter quelques bouquins et de tailler la causette avec Bastien ou Jacques, les deux employés à mi-temps qui se partagent les jours d’ouverture. Une petite expo de graphistes inconnus au bataillon (Formes Vives ? C’est qui, ça ?) égaye les murs de ses affiches colorées, tandis que le comptoir accueille des piles de flyers en pagaille. Home sweet home, ou presque.

À l’image de la librairie Publico, Quilombo est le genre de lieux qui donne l’impression d’avoir toujours été là et d’être durablement enraciné dans le paysage. Sans doute parce qu’on a pris l’habitude d’y passer régulièrement et qu’elle dépanne régulièrement quand on cherche un bouquin politique et qu’on ne veut surtout pas passer par la FNAC ou – encore pire – par Amazon. Pourtant, la librairie fête seulement ses dix ans et sa survie reste – sur la longueur – incertaine : les temps sont durs pour les libraires indépendants et exigeants ; Quilombo ne fait pas exception à la règle.

 

Retour sur l’histoire de la librairie et ses problématiques avec Cédric – l’un des fondateurs de Quilombo – ainsi que Bastien et Jacques, libraires de choc.

quilombo2.

Comment s’est lancé Quilombo ?

« Quilombo a ouvert en octobre 2002, mais le projet avait été conçu en 1997-98 ; il nous a fallu quelques années pour réussir à le monter réellement. Nous nous sommes lancés à quatre, l’équipe a depuis changé à plusieurs reprises – des gens sont partis, d’autres sont arrivés. Au départ, tout le monde était bénévole : il a fallu attendre deux-trois ans pour que nous décrochions notre premier emploi aidé – il s’agissait de Gildas, qui a fait partie de l’aventure un bon moment.

L’idée de départ était de créer une librairie-boutique – on ne savait pas trop comment se positionner – liée au CICP, le Centre international de cultures populaires. L’endroit, aussi connu sous le nom de 21ter rue Voltaire, est un haut lieu parisien de la contestation - ça fait une trentaine d’années qu’il existe - et regroupe 80 associations, de solidarité internationale essentiellement, qui y ont leurs locaux. Il y a aussi des salles où sont organisés des débats, des discussions et des réunions. Dès la conception du projet, nous avions envie de former une sorte d’annexe publique à ce lieu, ouverte sur l’extérieur, où les gens puissent passer quand ils en ont envie.

Nous avons finalement pu loger Quilombo grâce au CICP. Nous n’avions pas assez de garanties pour pouvoir louer nous-mêmes un local et c’est seulement par le biais du centre que nous y sommes parvenus. Nous avons clairement eu de la chance. C’est là le principal obstacle se posant à qui veut monter un tel projet sur Paris : difficile de dénicher un endroit qui soit à la fois accessible financièrement et qui ne soit pas trop mal situé, histoire que le lieu tourne et trouve son équilibre. Une sacré gageure.
Aujourd’hui, une librairie qui se lance doit ainsi bénéficier de fonds propres assez importants et d’une garantie conséquente pour pouvoir louer des locaux. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle un certain nombre de librairies ferment actuellement en centre-ville : les loyers sont devenus trop lourds. Quant à ceux qui font le choix de ne pas s’implanter au centre, ils courent le risque de ne pas vendre assez de livres pour survivre. Dilemme.

Bref, ce local déniché grâce au CICP, nous l’avons aménagé entièrement, mais très modestement - en tout cas au départ. Nous avons construit tous les meubles, comptoirs, tables, avec l’aide d’un copain nommé Gilles, qui a un CAP de menuiserie. Au fil des années, on a réussi à rendre le lieu de plus en plus agréable et ouvert sur le quartier. Au début, la vitrine était assez fermée, elle donnait à la librairie un côté « ghetto militant ». À l’époque, l’endroit était très marqué politiquement et les gens du quartier n’osaient pas trop pousser notre porte ; on vendait alors bien plus de tee-shirts et de matériel militant qu’aujourd’hui.

 

Cela paraît tout bête, presque inutile à mentionner, mais notre nouvelle vitrine a vraiment bouleversé nos rapports avec l’extérieur. Depuis qu’elle a changé, les gens viennent plus facilement. Les habitants du quartier n’achètent pas forcément des livres ultra-politisés, mais plutôt des bandes dessinées, des illustrés, des romans ; ils peuvent ensuite découvrir le reste. On ne demande pas mieux : c’est tout à fait raccord avec cette idée que nous avions au départ de ne pas nous retrouver enfermés dans les ghettos ultra-militants.

Nous souhaitions ouvrir la librairie à un champ plus large, donner une visibilité à toutes les formes de critique sociale, à l’ensemble du spectre de la contestation. Des livres altermondialistes aux ouvrages anars, en passant par des bouquins de pure théorie marxiste.
On avait aussi la volonté, et on l’a toujours, de mettre en avant les revues. Ailleurs, y compris dans les librairies militantes, elles ne sont la plupart du temps pas réellement mises en valeur. On a ainsi un certain nombre de revues en vente, dont Le Monde Libertaire, Courant Alternatif, Offensive, Z, Article11, CQFD... Bref, des gens dont on se sent proches. Mais il y a aussi des publications beaucoup plus généralistes comme Altermondes, Politis, XXI, Six Mois, Feuilleton – ces revues un peu nouvelles qu’on appelle d’un vilain mot : mooks.

En dix ans d’existence, nous avons senti monter progressivement cette envie d’être davantage accessibles. Nous nous sommes d’ailleurs de plus en plus imposés comme une librairie au sens premier du terme ; dans le même temps, la quincaillerie militante (tee-shirts, broches, etc.) s’est fait plus discrète. Aujourd’hui, nous sommes considérés comme une véritable librairie. Politique et engagée, mais une librairie. Certains estiment même qu’on tend à devenir une librairie indépendante généraliste - ce n’est pas tout à fait vrai : les essais, l’histoire, les sciences humaines et sociales constituent toujours le gros de ce que nous proposons. Mais il est juste de souligner que nous avons peu à peu ouvert les rayons. D’abord à la bande dessinée, puis à la littérature. Dans ces domaines, on fonctionne au coup de cœur : quand quelque chose nous plaît, on le met en avant. »

Dans les milieux militants, certains ont dû vous reprocher cette inflexion plus « généraliste » ?

« Pas l’évolution en elle-même. Par contre, une petite minorité a pu nous reprocher dès le début – et on l’entend encore aujourd’hui – d’être des « sociaux-traîtres » parce qu’on vend les livres au lieu de les donner. Sur ce point, il n’y a pas grand-chose à répondre... Cela dure depuis que les librairies politiques existent, il suffit de lire ce qu’écrit Maspero pour se rendre compte de la bêtise de tels propos et... des vols qui en découlent.
De toute façon, c’est habituel : dès qu’on essaye de faire vivre un lieu, un espace, les reproches ne tardent pas. Logique. Certains peuvent par exemple regretter qu’on vende tel ou tel livre. D’ailleurs, les membres de Quilombo ont tous un droit de veto à ce niveau – chacun de nous peut refuser qu’un livre particulier soit en rayon.

Ce que nous défendons dans le métier de libraire, et auquel nous restons très attachés, c’est justement la revendication d’une forme de subjectivité. Nous n’appartenons pas à une organisation politique et nous ne défendons pas non plus une ligne politique, même si évidemment nous avons des affinités avec certaines, notamment avec tout ce qui est critique anti-industrielle. Mais nous tenons à notre liberté, celle d’avoir en rayons des livres qui n’auraient pas forcément leur place dans un lieu strictement militant. Nous mettons ainsi en avant des éditeurs de bande dessinée indépendants, comme l’Association ou les Requins Marteaux, parce que leur manière de faire des ouvrages, de les penser, nous semble parfois beaucoup plus radicale que certaines pratiques s’affichant comme politiquement puristes. Il s’agit de défendre une certaine vision du livre et de l’édition, des savoir-faire, un état d’esprit.

Nous avons aussi eu envie de nous ouvrir à la littérature, qui est finalement une composante importante de la résistance. Au regard de la numérisation de toutes les sphères de nos vies, elle s’affirme de plus en plus subversive, en elle-même, indépendamment même de ses contenus. Elle joue sur la sensibilité, sur des formes fictionnelles à contre-courant de la multiplication des informations et des données, sur des formes d’écriture complexes et avancées. C’est aussi une manière de se sortir de la société capitaliste dans laquelle nous vivons.
C’est pour les mêmes raisons que nous avons ensuite eu envie de nous intéresser à la littérature jeunesse. Là-aussi, il se passe des choses très intéressantes. Au départ, nous avons sélectionné des ouvrages dont les thématiques portaient sur la remise en cause des discriminations, sur la sexualité ou le racisme. Puis, le spectre s’est élargi. Nous nous sommes alors intéressés à la créativité, à l’inventivité, aux manières de raconter un récit, à la fabrication.

En littérature, BD ou littérature jeunesse, notre sélection est forcément un peu « serrée », limitée quantitativement ; ce n’est pas un problème. Alors que l’idéologie numérique envahit tout, et que s’impose cette idée que tout doit être immédiatement disponible, chacun devant avoir accès à un maximum de données, nous pensons que la subjectivité est une façon d’aller à rebours. Faire confiance dit beaucoup sur le rapport humain : une société où chacun se sent libre et égal est aussi une société où chacun doit être capable de faire confiance à l’autre, à des gens ayant les compétences, le temps de lire, la formation adéquate, pour opérer une sélection, des choix. C’est le modèle inverse d’Amazon, le rejet de la réduction du commerce à sa dimension la plus utilitariste et la plus capitaliste. Nous regrettons parfois que nos locaux soient si petits, mais cela nous permet de faire des choix qu’on assume et qu’on est capables de défendre. »

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Et l’aspect économique des choses ?

« Dès le départ, nous portions une envie de professionnalisation : quand on avait imaginé le projet, en 1998, l’un de ceux qui l’a porté, Philippe, était au chômage, et on voulait qu’il puisse en vivre. Cela nous distingue d’autres librairies très politiques – à Lyon, par exemple, la Gryffe, un très beau projet, ne tient que sur des bénévoles ; le danger, c’est que les gens s’essoufflent forcément un peu à la longue.
Aujourd’hui, la librairie fonctionne sur deux emplois aidés à mi-temps, qui arrivent à terme, ainsi que sur l’investissement de deux bénévoles. Depuis le début, la librairie a tourné surtout grâce à des emplois aidés ; les choses se compliquent actuellement, notamment pour Jacques dont le poste, un CUI-CAE, est arrivé à échéance le 31 octobre.

Au départ, nous avions calculé qu’il nous fallait 30 000 euros – 200 000 francs de l’époque – pour ouvrir Quilombo. Nous avions donc lancé une souscription, récoltant finalement 4 000 euros. Beaucoup moins que ce dont nous pensions avoir besoin.
Bref, on a ouvert avec très peu d’argent. Et les copains, les aides, les coups de main se sont révélés essentiels pour nous permettre de tenir. C’est la magie du système D : nous avons mis la main à la pâte, nous avons fabriqué les meubles, nous nous sommes contentés d’un éclairage au néon tout pourri pendant très longtemps et nous avons au départ fonctionné en dépôt avec les éditeurs. Tout ça s’est finalement construit très progressivement ; nous avons par exemple mis trois-quatre ans à ouvrir des comptes chez les diffuseurs. Au final, il nous a fallu dix ans pour avoir un lieu agréable et dans lequel on se sente bien. »

 

Quilombo sort chaque année un catalogue fourni et détaillé, qui est un excellent outil militant...

« Il représente pour nous un gros boulot : le catalogue fait 80 pages et compte autour de mille références. Nous commençons à bosser dessus en juin et il sort en novembre. C’est du travail, mais cela relève aussi de notre quotidien de libraires, notamment quand il s’agit de repérer les sorties chez tel ou tel éditeur. Dans le cas des petits distributeurs, c’est beaucoup plus facile ; nous sommes par exemple habitués à travailler avec Les Belles Lettres, ils nous connaissent bien et on les connaît bien. Chez les gros distributeurs, c’est plus délicat : c’est à nous de surveiller leur catalogue et de sélectionner les ouvrages qui auront leur place dans notre librairie. Une fois le travail de repérage mené à terme, nous effectuons un choix ; il est alors temps de s’atteler à la rédaction des présentations qui seront insérées dans le catalogue.

Ce projet s’est construit progressivement. L’idée au départ était de faire un catalogue de vente par correspondance. Mais quand nous avons commencé à l’étoffer, nous nous sommes rendu compte que cela allait bien au-delà de l’aspect commercial. Aujourd’hui, il s’agit de présenter une bibliographie – assez large mais pas exhaustive – de ce qui est paru sur l’année écoulée en matière de critique sociale et politique, à la fois chez des gros et des petits éditeurs. Dans le même temps, nous conservons dans le catalogue les bouquins de référence pour quelqu’un s’intéressant à un thème en particulier, par exemple l’histoire du mouvement libertaire, la Commune de Paris ou la Révolution espagnole. Il s’agit au final d’un mélange de nouveautés et de classiques. Chaque année, nous renouvelons un tiers des entrées.

Nous ne lisons évidemment pas tous les ouvrages en question, nous ne poussons pas le stakhanovisme jusque-là. Mais nous les connaissons tous d’une certaine manière. Nous arrivons à peu près à les situer, nous en connaissons le thème, le point de vue, l’auteur, l’éditeur... bref, nous savons où nous mettons les pieds.
C’est d’ailleurs quelque chose qu’on a toujours eu en tête au cours de ces dix ans : le rôle de l’éditeur. Nous accordons une grande confiance à certaines maisons. Nous nous reposons donc sur un certain nombre d’éditeurs que nous allons suivre, parce que nous considérons qu’ils font un travail de qualité ; a contrario, il y a d’autres éditeurs dont on estime qu’ils ne font pas toujours ce travail de sélection de manière rigoureuse. Ce rapport de confiance établi avec certaines maisons s’est concrétisé par une rubrique qu’on a lancé sur notre site : « l’éditeur du mois » – qui est en fait plutôt l’éditeur du trimestre, vu qu’on est souvent débordés [rires]. On le choisit, on le contacte et on lui envoie un questionnaire qui va nous servir à rédiger un texte de présentation sur lui, sa maison, les parutions, sa ligne éditoriale, etc. On publie le texte en question sur le site et on met cet éditeur à l’honneur dans la librairie, avec une table réservée à ses publications. Enfin, on organise un apéro avec lui – même s’il faut avouer que ces rendez-vous n’ont pas toujours un grand succès et ne mobilisent pas des masses les lecteurs. »

 

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Ces rendez-vous, les débats organisés, les apéros... C’est important pour votre survie, non ? Cela vous différencie justement des lieux sans âme ou de la vente en ligne...

« Bien sûr. Mais cela n’a rien d’extraordinaire : une grande partie des libraires sont désormais dans le même cas. À part les très grosses échoppes, tous les libraires indépendantes sont désormais obligés de faire « vivre » un lieu. C’est une très bonne chose, parce que c’est aussi la vocation de la librairie, mais il faut en avoir la force : c’est épuisant. Pour compenser les baisses de ventes, de plus en plus de libraires ferment ainsi plus tard et ouvrent le dimanche ; et ils sont obligés de multiplier les activités pour faire venir les gens. Aujourd’hui, le libraire indépendant qui se contente de faire ses heures et de ne rien organiser ne peut plus s’en tirer.

De toute façon, et indépendamment de la situation des autres librairies, il nous semblait évident d’animer le lieu en mettant en place des débats ou des projections de films, puisque nous étions militants et politiques. Depuis notre création, nous en organisons environ un toutes les trois semaines, et ils ont parfois un certain succès : quand Howard Zinn est venu, il y avait de 150 à 200 personnes ; un débat « moyen » rassemble de 50 à 80 personnes, dont une bonne part de fidèles. Enfin, nous organisons aussi des expositions – nous devons en être à la cinquième ou sixième. La première s’est tenue autour du livre Marge(s), paru chez Libertalia. Nous avons ensuite fait quelque chose avec Le Passager Clandestin autour du travail photographique de Rogerio Ferrari sur les Sahraouis. Il y a eu ensuite un retour sur le travail de Jean-Marc Dumont, avec les Braolleurs, puis une exposition autour du film « Tous au Larzac ». Et enfin, place à Formes Vives, que vous connaissez bien et qui expose en ce moment une sélection de ses travaux – le vernissage est prévu pour le 6 décembre. Cela permet aussi de faire vivre le lieu, d’attirer des gens qui sont davantage séduits par le côté graphique et n’ont pas forcément l’habitude de se rendre dans des lieux politiques militants. Encore cette logique d’ouverture. »

   

Les librairies politiques ou indépendantes sont-elles confrontées aujourd’hui à de grosses difficultés ?

« Beaucoup de librairies ferment en ce moment – une quarantaine ont tiré le rideau l’année dernière – mais d’autres ouvrent – plus ou moins une trentaine l’an passé. Le truc, c’est que celles qui ferment sont les librairies de taille moyenne, tandis que ce sont de plus petites structures qui ouvrent. C’est une logique propre au capitalisme : il y a de la place pour des structures gigantesques, type Amazon ou Google, et pour des niches – affinitaires, groupusculaires, etc... Mais les structures qui sont très largement malmenées – à tous les niveaux, au-delà de la librairie – sont celles de taille moyenne.
Les travailleurs indépendants peuvent actuellement réussir à s’en sortir, les multinationales aussi, mais les PME-PMI souffrent largement. Le problème, c’est qu’une société dans laquelle on peut s’épanouir, vivre de façon agréable, doit essentiellement compter des structures de taille moyenne. Or, ce sont justement celles-ci qui se retrouvent fragilisées. Cela vaut aussi pour les librairies – il faut d’ailleurs noter que les grosses chaînes types Fnac, si elles vont moins bien, tentent de se repositionner aujourd’hui sur la vente de tablettes, de matériel informatique et de contenus numériques.

Dans ce mouvement d’ouvertures-fermetures, il faut aussi souligner qu’un certain nombre de librairies ont ouvert en banlieue ces dix dernières années. Ainsi que dans des villages. C’est une bonne nouvelle, évidement. Mais les gens qui s’en occupent sont souvent dans des situations très précaires et passent par les emplois aidés ; bref, ils ne vont malheureusement pas tous réussir à tenir, il faudra faire un bilan dans quelques années.
Dans le même esprit, notons que le milieu libertaire se montre très dynamique : ces dernières années, beaucoup de lieux dédiés au livre ont ouvert, des infokiosques, des bibliothèques, et les salons du livre libertaire ou indépendant se sont multipliés. C’est bien évidemment un phénomène intéressant, même s’il faut se poser la question de la niche et du ghetto : est-ce que les gens qui lancent ces lieux sont dans une perspective d’ouverture vers un quartier ou vers un village, ou bien s’adressent-ils surtout à un petit noyau militant ?

Dans tous les cas, cela s’inscrit dans un mouvement plus large. Celui d’un net regain politique ou militant par rapport aux années 1980 et 1990, qui ont quand même été assez difficiles. A l’orée des années 2000, en parallèle à l’essor du mouvement altermondialiste, s’est affirmé un net intérêt pour les littératures critiques. On a même vu les gros éditeurs s’emparer de ces thématiques – les éditions Mille et une Nuits ont créé leur collection autour d’Attac, Fayard a publié nombre de bouquins altermondialistes... Bref, un dynamisme certain. Dans lequel se sont engouffrés un certain nombre de gens aimant les livres, qui ont créé leurs structures et maisons d’édition. D’une certaine manière, Quilombo fait partie de cette vague.

Cette dernière commence à la fin des années 1990 – entre autres avec la création des éditions Agone, en 1998. Quand nous avons ouvert Quilombo, il y avait d’ailleurs deux éditeurs qui se vendaient très bien et que les gens nous demandaient en permanence : Agone et l’Insomniaque. Au fil des années, de nouvelles maisons sont alors apparues : Aden, L’Échappée en 2005, Libertalia, Les Prairies Ordinaires, Amsterdam, etc... Parmi celles-ci, certaines ont choisi des distributeurs compétents, ce qui a permis à leurs livres d’être présents dans des librairies plus traditionnelles. Ça a changé pas mal de choses. Il y a quinze ans, les Parisiens devaient aller à Publico, la librairie anarchiste, pour dénicher des livres engagés introuvables ailleurs ; aujourd’hui, la plupart de ces ouvrages sont disponibles chez tous les libraires indépendants. Ces éditeurs sont à l’évidence mieux diffusés et sont beaucoup plus présents. »

Ce dynamisme des années 2000 s’est-il essoufflé ?

« Il a au moins évolué. Ces derniers temps s’est par exemple faite jour une dynamique autour des revues ; la presse militante a évolué, votre version papier en est une illustration, tout autant que Z, Offensive, CQFD. La presse militante s’est ainsi largement améliorée. Pour un temps, du moins, puisque nous nous trouvons peut-être déjà à la fin de ce cycle : au niveau de la presse, on sent que ça fatigue, les gens qui y participent disent un peu partout que c’est dur. Article11 est en pause prolongée, CQFD tire de plus en plus la langue, Z paraît épisodiquement. Reste Offensive, qui ne marche pas trop mal.

Côté édition, par contre, il n’y a pas eu grand-chose ces derniers temps. Entremonde est sans doute la maison la plus récente et a l’air très sérieuse. Mais les éditeurs qui se sont lancés au cours des années 2000 ne se portent pour la plupart pas très bien ; la situation est délicate. Et même les maisons qui s’en tiraient le mieux souffrent.

Se pose enfin la question du livre numérique. Avec un réel manque de résistance et de discours critique au regard des enjeux. Pour les grandes enseignes, qui sont dans une logique d’industrialisation, c’est finalement normal : elles basculent toujours dans le sens du vent. De même pour certaines grosses librairies – par exemple, Dialogue à Brest – qui s’éloignent de plus en plus de leur métier originel pour devenir de vraies entreprises ; elles aussi prennent le train du numérique et comptent se positionner dans ce secteur. Elles pensent aller dans le sens de l’innovation et y voient une source de profits.
Enfin, un certain nombre de libraires, dubitatifs au départ, ont fait l’autruche, tablant sur l’idée que le numérique allait mettre des dizaines d’années à s’installer et se berçant de l’illusion qu’il n’y avait pas d’inquiétude à avoir. C’était complétement négliger les forces en présence : les grands de l’internet, Google et Amazon notamment, et les autres géants de l’électronique rêvent de faire passer tout le monde sur tablette. Ils en ont les moyens, à la fois opérationnels et financiers.
Dans le monde, le mouvement a été très rapide ; en France, pour ces thuriféraires, cela ne va pas assez vite, d’où la multiplication des discours à la « la France est en retard sur le numérique ». Et certains de ces libraires qui ont fait l’autruche se réveillent aujourd’hui, se disant qu’ils vont vendre des tablettes et des fichiers pour compléter leurs revenus.

Sur ce point, nous nous plaçons évidemment dans une culture de résistance ; d’ailleurs, Quilombo participe au collectif Livres de Papier qui regroupe des professionnels du livre (éditeurs, libraires, correcteurs, graphistes, bibliothécaire...) réfractaires au nouvel ordre numérique. On nous dit, à propos du numérique : « C’est le sens de l’histoire. » Peut-être qu’en effet, c’est là que l’histoire va aller. Sauf que l’histoire est impulsée par des forces politiques, économiques et idéologiques auxquelles nous comptons bien nous opposer. Nous n’avons pas l’intention de nous adapter au monde que leurs laboratoires nous préparent ! »

 (source texte : article 11)

drapeau pochoir

 Catalogue 2013

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 19:42

à effeuiller avec persévérance...

 

2013 année de braise

 

 2013 fin des fadaises

 

 

 2013 fraises

 

 

 

 2013 foutaises

 

 

 

 

 2013 année de braise 2

 

 

2013 mauvaise

 

 

 

 

 2013 pèze

 

 

2013 place au peuple

 

 2013 punaises

 

 

 2013 révolution française

 

 2013 seule la lutte

 

2013 silences

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 19:01

Annick Coupé, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires, dénonce la politique libérale du gouvernement. Alors que les « partenaires sociaux » achèvent des négociations à froid porteuses de plus de précarité encore pour les salariés, elle plaide pour un syndicalisme de combat « capable de faire bouger les lignes ». Interview.

 

La montagne ne va pas accoucher d'une souris. Lancée le 4 octobre par le gouvernement, la négociation marathon entre patronat et syndicats « pour une meilleure sécurisation de l'emploi » doit s'achever cette fin de semaine, voire au début de 2013. Mais, quoiqu'il en soit, que la CFDT décide ou non de signer le « compromis historique » intimé par François Hollande (condition sinequanone pour légitimer un accord), on sait déjà que, de cette mascarade, les salariés seront les souffre-douleurs.

Une « négociation » emblématique de la dynamique antisociale qui prévaut actuellement et symptomatique de l'incapacité du syndicalisme français à être à la hauteur des enjeux. Car quand les exigences du patronat ont à ce point le vent en poupe, on sait que ce sont tous les salariés, toute la société, qui risquent de trinquer.

 

Selon l'ACOSS (organisme collecteur des cotisations sociales des URSAFF), hors intérim, sur les 21 millions de contrats de travail signés en 2011, 17,3 millions étaient des CDD (82,4%), et que, sur ce nombre, 9,5 millions étaient inférieurs ou égaux à une semaine (54,9%), voire d'un jour seulement (31% des CDD signés).

Comme le résume la CGT, avec le projet patronal : « les droits liés au CDI seraient contournés par l’instauration d’un nouveau type de contrat de travail, le contrat intermittent ; possibilité pour l’employeur de licencier sans avoir de justification à présenter ; réduction des recours en justice et des peines encourues par les employeurs. Le patronat va jusqu’à exercer un chantage en suggérant une hypothétique complémentaire santé pour tous les salariés contre des procédures de licenciement accélérées ! » Et, oh surprise !, le Medef ne veut pas entendre parler de la revendication des syndicats d' « une modulation des cotisations d'assurance-chômage pour décourager les contrats précaires ».

À jouer le jeu de la « concertation sociale », c'est-à-dire de la négociation à froid sans rapport de forces, comme le dénonce dans l'interview ci-après Annick Coupé de l'Union syndicale Solidaires, les deux principales confédérations, la CGT et la CFDT, se retrouvent, une fois de plus, Gros-Jean comme devant face à un patronat qui se croit d'autant plus tout permis qu'il a affaire à des organisations qui sont, à mesure que le temps passe, de plus en plus divisées.

 

Du côté de la CFDT « pour l'instant, ce n'est pas signable, confie au Monde Laurent Berger, nouveau secrétaire général de la CFDT. Le 14 décembre, j'ai élevé le ton et j'ai signifié au Medef que la signature de la CFDT n'est pas acquise. Si le patronat pense que je ne pourrais pas faire autrement que de signer pour marquer mon entrée en fonctions, il se trompe lourdement. Si le patronat ne fait pas des pas importants avec des garanties effectives pour les salariés, il portera la responsabilité de l'échec.» Pour la CGT, il n'est jamais trop tard pour bien faire : « La Commission Exécutive de la CGT a décidé d’une campagne d’information et de mobilisation des salariés dès les premiers jours de janvier » (communiqué du 18 décembre ).

Et si, finalement, d'accord « historique » entre les « partenaires sociaux » il n'y a point, on peut compter sur ce gouvernement (qui a d'emblée prévenu, qu'en cas d'échec des négociations, il légiférerait) pour appliquer le vieil adage de la lutte des classes selon lequel « la loi du plus fort est toujours la meilleure ».Au moins peut-on espérer que, dans ce cas, les confédérations syndicales se retrouveront unies dans la rue, même à contrecœur, pour peser sur les choix des parlementaires et du gouvernement. Qui sait ?

 

Annick Coupé, 59 ans, est porte-parole depuis 2001 de l'Union syndicale Solidaires. Celle-ci, qui regroupe en particulier les syndicats Sud (Solidaires Unitaires et Démocratiques), revendique 100 000 adhérent-e-s, également réparti-e-s dans le public et le privé dont elle touche environ 20% des salarié-e-s.

 

Est-ce que l'Union Solidaires fait partie des « partenaires sociaux » ?

On ne se considère pas comme des « partenaires sociaux ». C'est une manipulation des mots : on dit « partenaires sociaux » plutôt que syndicats. Et puis, qui dit « partenaires » dit intérêts communs et je pense que l'on n'a pas forcément des intérêts communs avec le patronat.

En 2007, François Hollande, alors Premier secrétaire du Parti socialiste, se félicitait dans le journal Sud-Ouest de « l'évolution réformiste de la CGT », « à encourager » et affirmait : « Le syndicalisme que l'on doit combattre, c'est celui de Sud. »

On avait trouvé un peu fort de café que le premier secrétaire d'un parti fasse le tri entre les « bonnes » et les « mauvaises » organisations syndicales. On l'avait rencontré quelques temps après et on s'en était expliqués. Il nous a dit alors qu'il n'avait jamais dit ça, affirmant qu'il n'avait « pas d'ennemi dans le syndicalisme ».

Manifestation de Solidaires, à Paris, lors du mouvement social contre la réforme des retraites par Sarkozy, en 2010

(Manifestation de Solidaires, à Paris, lors du mouvement social contre la réforme des retraites par Sarkozy, en 2010)

Solidaires n'a pas participé aux négociations nationales sur « la sécurisation de l'emploi et la flexibilité du marché du travail »... Et si vous y aviez été invités, y seriez-vous allés ?

À priori, on y aurait été au moins une fois, mais comme on se serait rapidement heurté au Medef, on se serait posé aussi la question de la construction d'un rapport de forces et d'une mobilisation face à un patronat qui sort l'artillerie lourde et ne vise qu'à casser les droits sociaux.

Actuellement, on a un gouvernement qui fixe un impératif, un « compromis historique », un patronat à l'offensive et des organisations syndicales, semble-t-il divisées, dont pas une qui ne fasse de vraie proposition de mobilisation, pour l'instant.

La participation à ce genre de négociation n'est pas en soi un problème, le problème est de négocier à froid sans tentative de mobilisation sociale. On y serait allés, mais peut-être qu'on se serait trouvés devant la nécessité de claquer la porte !

Sur quelles revendications aurait dû porter cette négociation ?

Nous sommes pour un encadrement strict du recours aux contrats à durée déterminée, avec notamment une taxation forte et dissuasive des embauches en CDD. Si on veut vraiment lutter contre la précarité, il faut des mesures très contraignantes : pas plus de 5% de contrats précaires, par exemple !

On est aussi porteurs de l'idée d'un nouveau statut des salariés. Nous nous battons pour une continuité des droits de tous (quelle que soit leur entreprise, grande, petite, entreprise donneuse d'ordre ou sous-traitante), avec le maintien du salaire, des droits acquis à la formation, l'ancienneté...

Le patronat doit être collectivement responsable, avec un fond patronal mutualisé (comme pour les accidents du travail) permettant de garantir les droits des salariés, quoiqu'il advienne de l'entreprise. On est aussi pour le droit de véto des comités d'entreprises sur les plans de licenciements. Les salariés ne sont pas responsables des réorganisations capitalistes.

Syndicalistes de l'Union Solidaire industrie à l'entrée du Mondial de l'automobile, en octobre 2012

(Syndicalistes de l'Union Solidaire industrie à l'entrée du Mondial de l'automobile, en octobre 2012)

Quelle est votre appréciation de la gestion du dossier ArcelorMittal par le gouvernement et en particulier de l'idée de « nationalisation » qui a été un moment avancée ?

On pense que l'idée de nationalisation rentre bien dans la responsabilité de l'État comme outil économique et social et on ne comprend pas bien pourquoi ça a suscité ce « débat », où les partisans d'une nationalisation d'ArcelorMittal étaient présentés par les médias comme des «ringards », comme si le mot « nationalisation » était tabou, comme si c'était un gros mot !

Sur le fond, la question est celle des politiques menées sur ce secteur depuis vingt ou trente ans, c'est la question des cadeaux fait à une multinationale, sans garantie ni contrôle. La manière dont les choses se sont passées est scandaleuse.

L'autre question essentielle est celle de l'avenir de la production d'aluminium en France et au niveau européen. Aujourd'hui, la politique européenne est basée sur le dogme de la « concurrence libre et non faussée », c'est à dire sur la guerre économique, alors qu'elle devrait s'appuyer sur la puissance publique afin de sauvegarder l'emploi et développer la filière en prenant en compte les contraintes écologiques.

Il n'en est pas ainsi parce que la seule réponse c'est le marché, qui doit tout décider, le sort des salariés et celui d'une région ne pèsent rien. Au bout du compte, les promesses de Hollande ne sont pas tenues et on a un accord qui discrédite le gouvernement et la parole politique.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement ?

On n'espérait pas beaucoup et ils trouvent le moyen de nous décevoir encore... Ce gouvernement donne le sentiment qu'il n'a aucune vision un peu globale de ce que pourrait être un changement de politique. C'est un gouvernement social libéral ou libéral social, un gouvernement qui reste sur une politique libérale.

Si on prend les dossiers de ces dernières semaines —Arcelor, TVA, SMIC...— ce gouvernement fait le contraire de ce qu'il a dit. Il fait le choix de continuer la même politique sur le fond que celle de Sarkozy, il ne tente même pas de l'infléchir, comme l'illustre notamment son ralliement au pacte budgétaire européen.

Il n'y a pas d'inflexion non plus sur la question des sans-papiers. La nouvelle circulaire reste sur la même mauvaise idée, celle des quotas. Cette vision politique des sans-papiers s'inscrit dans la continuité, et le fait même que ce soit le ministre de l'Intérieur qui en ait la charge en est le symbole.

Autre exemple, celui du jour de carence pour maladie dans la Fonction publique imposé par Sarkozy, une mesure unanimement condamnée par toutes les organisations syndicales qui en demandent l'abrogation et qui ont essuyé un refus du gouvernement. De même, il n'y a ni rupture ni changement sur le SMIC...

Même sur l'égalité des droits avec le mariage pour tous, la déclaration de Hollande (sur la « liberté de conscience » des maires) illustre le flottement du gouvernement, alors même que cela ne coûte rien économiquement.

 

À la première conférence sociale qui s'est tenue début juillet, on a eu droit à un grand discours sur la méthode mais à aucun choix d'orientation ; le dialogue c'est bien, mais de quel côté va la maison ?

On a eu la réponse depuis, avec le choix gouvernemental de faire des cadeaux aux entreprises (20 milliards d'un côté, la TVA de l’autre côté) qui ne va faire qu'accentuer les problèmes ; le chômage va continuer à augmenter, la récession à s'accroître.

C'est le même train que celui de la Grèce et de l'Europe de l'austérité. Je ne vois pas comment on s'en sortira mieux. Certes, c'est moins violent ici qu'en Grèce, qui est le laboratoire européen de l'austérité, mais c'est la même logique, celle qui diminue les droits des salariés, détruit les services publics, l'accès à la santé, augmente le chômage et la précarité.

En Europe, en Espagne en particulier mais aussi ailleurs dans le monde, aux États-Unis notamment avec Occupy, on a vu émerger des mouvements sociaux qui ont flanqué un « coup de vieux » au syndicalisme institutionnel. Qu'en pense la syndicaliste ?

Une des raisons de la différence entre la France et l'Espagne, où le mouvement des Indignés est très engagé dans la remise en cause de l'austérité néolibérale, est que malgré tout, ici, globalement, les syndicats ont été capables de faire des mobilisations, ce qui n'était pas le cas en Espagne, où les principaux syndicats, ces dernières années, ont validé des accords de régression sociale largement à « droite » des positions de la CFDT.

 

C'est un des éléments qui peut expliquer que le mouvement des indignés en France n'a pas vraiment pris. L'institutionnalisation des syndicats, avec le fossé qui sépare leurs responsables des salariés et de la population, est une réalité, mais elle n'est pas absolue. Le syndicalisme français n'est pas figé, il est traversé par des tensions, des contradictions et en son sein, la question des mobilisations sociales, des rapports de forces à construire est débattue.

Mais c'est vrai, que le mouvement syndical est trop souvent à l'écart des luttes menées par les mouvements sociaux, comme par exemple à Notre-Dame-des-Landes qui touche des paysans et des très jeunes militants. À part Solidaires et la Confédération paysanne, aucune autre organisation de salariés ne s'est impliquée dans ce combat.

Quelles sont les bonnes raisons qui peuvent motiver un salarié à adhérer, ou à créer, un syndicat Sud ou Solidaires ?

Il y a d'abord une raison classique : les gens ne se syndiquent pas pour des raisons idéologiques mais pour répondre à une question : comment on fait pour ne pas se laisser faire ?

Et après, il y a ce qu'on leur dit et ce qu'on leur propose. À Solidaires on leur dit deux choses : on va vous aider mais il faut que vous comptiez aussi sur vos propres forces ; ce que vous pouvez faire dans votre boite n'est pas suffisant pour que ça change vraiment, il faut aussi que vous vous inscriviez dans le mouvement général de la société.

Ce n'est pas très différent de ce que propose la CGT...

C'est aussi une question de pratique : l'appui dont les salariés vont bénéficier quand ils créent une section syndicale, pour défendre leurs droits, la solidarité interprofessionnelle...

La grande différence est dans les choix stratégiques : par exemple, au moment des retraites, nous avons eu de grosses divergences avec la CFDT, en particulier sur la nécessité d'une grève générale, et aussi avec la CGT qui n'a jamais rien fait pour tenter de la développer à cause de ses relations difficiles avec la CFDT.

BD de l'Union Solidaires étudiants d'Orléans

BD de l'Union Solidaires étudiants d'Orléans

Il fut un temps — je pense en particulier aux années soixante-dix où la CFDT, dans la foulée de mai 68, était alors porteuse d'un projet de société, le « socialisme autogestionnaire » — où le syndicalisme n'était pas seulement « combatif », comme aujourd'hui Solidaires le revendique, mais où il était aussi capable d'offrir un horizon, un imaginaire porteur d'avenir, des perspectives de transformation qui donnaient un sens à l'action au jour le jour. Où en êtes-vous ?

Nous sommes dans la contradiction suivante : d'un côté l'idée de transformation sociale renvoie pour nous à l'idée de rupture avec le capitalisme, de l'autre il y a le bilan catastrophique de la mise en œuvre de l'idée de socialisme au XXe siècle (le socialisme « réel » ou les différentes idéologies liées à cette idée). Ce qui veut dire qu'il faut retravailler l'idée de transformation sociale en prenant en compte des questions comme l'écologie ou le féminisme, la démocratie aussi… La question du socialisme autogestionnaire devrait être repensée avec ces différents éléments.

Mais il y a une autre réflexion à avoir : la question n'est pas tant d'avoir un projet de société « clefs en main » que de construire des réponses dans les luttes sociales articulant mesures immédiates d'urgences sociales, propositions alternatives supposant des ruptures et mise en œuvre dans les mouvements sociaux de nouvelles pratiques liées aux enjeux de démocratie, de lutte contre toutes les formes de discrimination ou aux enjeux environnementaux.

D'où l'importance de lieux de réflexion ouvert mêlant « intellectuels », syndicalistes, militant-e-s du mouvement social pour se poser dans « un intellectuel collectif » ces questions sur lesquelles aucun mouvement n'aura à lui tout seul la réponse. Il s'agit rien moins que d'inventer les voies de l'émancipation individuelle et collective au XXIe siècle !

Pour conclure sur une question plus terre à terre, est-ce que Solidaires n'a pas perdu un peu de sa visibilité en privilégiant l'unité syndicale avec les cinq confédérations dites représentatives ?

La visibilité, la notoriété, on les a acquis beaucoup dans les manifestations sur les retraites, à Paris et en province, avec des cortèges Solidaires où s'exprimaient une combativité et des positions qui ont donné une certaine audience à nos idées. Et puis Solidaires est une réalité dans nombre de boites.

« Il ne suffit pas d'avoir des bonnes idées, il faut aussi être plus nombreux pour les porter » A. Coupé

« Il ne suffit pas d'avoir des bonnes idées, il faut aussi être plus nombreux pour les porter » A. Coupé

Nous pensons que l'unité syndicale a été un des éléments clé de la mobilisation de 2010. Il ne faut pas la lâcher, même si ce n'est pas très confortable pour Solidaires d'être dans l'intersyndicale. On sait ce qu'on pèse... mais ça ne nous empêche pas d'exprimer publiquement nos désaccords. On a jusqu'ici essayé de tenir sur la question de l'unité sans pour autant tout accepter.

Pour nous, le meilleur moyen de dépasser cette contradiction est de la poser au plan local, de faire en sorte que le débat sur les stratégies syndicales, les revendications, les négociations… ait lieu directement avec les salariés, dans les entreprises, au plus près des salariés.

Peut-être que le mouvement syndical français serait plus tiré vers un syndicalisme d'accompagnement si Solidaires n'existait pas. Pour autant, nous ne sommes pas les « chevaliers blancs » du syndicalisme, nous ne voulons pas d'un syndicalisme de posture, nous nous battons pour un syndicalisme qui fasse bouger les lignes, y compris dans le mouvement social.

Mais face au gouvernement, face patronat et aux autres syndicats. Plus que jamais, il y a besoin du syndicalisme de combat qu'on essaie de porter.

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 18:57
J'me sens coupable d'avoir assassiné mon double dans le ventre de ma mère et de l'avoir mangé
J'me sens coupable d'avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté de me pendre avec mon cordon ombilical

J'me sens coupable d'avoir offensé et souillé la lumière du jour en essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes yeux la première fois où j'ai voulu voir où j'en étais

J'me sens coupable d'avoir méprisé tous ces petits barbares débiles insensibles, insipides et minables qui couraient en culottes courtes derrière un ballon dans les cours de récréation

Et j'me sens coupable d'avoir continué à les mépriser beaucoup plus tard encore alors qu'ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges, des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des évêques ou des chimpanzés névropathes

J'me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte et par les ricanements cyniques et confus de mes cellules nerveuses Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'avoir été dans une vie antérieure l'une de ces charmantes petites créatures que l'on rencontre au fond des bouteilles de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu

J'me sens coupable d'être tombé d'un tabouret de bar dans un palace pour vieilles dames déguisées en rock-star, après avoir éclusé sept bouteilles de Dom Pé 67 dans le seul but d'obtenir des notes de frais à déduire de mes impôts

J'me sens coupable d'avoir arrêté de picoler alors qu'il y a des milliers d'envapés qui continuent chaque année à souffrir d'une cirrhose ou d'un cancer du foie ou des conséquences d'accidents provoqués par l'alcool

De même que j'me sens coupable d'avoir arrêté de fumer alors qu'il y a des milliers d'embrumés qui continuent chaque année à souffrir pour les mêmes raisons à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés

Et j'me sens aussi coupable d'être tombé de cénobite en anachorète et d'avoir arrêté de partouzer alors qu'il y a des milliers d'obsédés qui continuent chaque année à souffrir d'un claquage de la bite, d'un durillon au clitoris, d'un anthrax max aux roubignolles, d'une overdose de chagatte folle, d'un lent pourrissement scrofuleux du scrotum et du gland, de gono, de blenno, de tréponèmes, de chancres mous, d'HIV ou de salpingite Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'être né français, de parents français, d'arrière-arrière... etc. grands-parents français, dans un pays où les indigènes pendant l'occupation allemande écrivirent un si grand nombre de lettres de dénonciation que les nazis les plus compétents et les mieux expérimentés en matière de cruauté et de crimes contre l'humanité en furent stupéfaits et même un peu jaloux
J'me sens coupable de pouvoir affirmer qu'aujourd'hui ce genre de pratique de délation typiquement française est toujours en usage et je prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers écœurés, certains fonctionnaires de certaines administrations particulièrement troublés et choqués par ce genre de pratique
J'me sens coupable d'imaginer la tête laborieuse de certains de mes voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux et dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef-d’œuvre de l'anonymat J'me sens coupable d'avoir une gueule à être dénoncé Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter c'est la turlutte finale
J'me sens coupable de remettre de jour en jour l'idée de me retirer chez mes Nibelungen intimes et privés, dans la partie la plus sombre de mon inconscient afin de m'y repaître de ma haine contre la race humaine et même contre certaines espèces animales particulièrement sordides, serviles et domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux, les chè-è-vres, les Tamagochis et les poissons rouges
J'me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955, un peu après 17 heures 40, au volant du spyder Porsche 550 qui percuta le coupé Ford de monsieur Donald Turnupseed
J'me sens coupable d'avoir commencé d'arrêter de respirer alors qu'il y a quelque six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de se battre entre eux et de s'accrocher à leur triste petite part de néant cafardeux

Je me sens coupable, coupable
 
 
 

Merci au site danactu-resistance.over-blog.com pour avoir mis cet artiste en valeur...merci à eux pour la convergence des luttes !!!

 
 
 
 
 

 
 
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 20:52

 

L’Union européenne finance plus de 190 programmes de recherche sur la sécurité et la surveillance

2013 : comment l’Europe se prépare à espionner ses citoyens

Biométrie, vidéosurveillance, drones, détection des comportements anormaux, modèles mathématiques pour identifier des suspects… L’Union européenne finance plus de 190 programmes de recherche sur la sécurité et la surveillance. Au grand bénéfice des industriels, qui recyclent les technologies militaires pour surveiller les populations. Alors qu’un nouveau programme de recherche est en cours de discussion à Bruxelles, l’Europe continuera-t-elle à céder aux lobbys industriels et à investir des milliards dans le marché de la sécurité ?

Ils portent des noms étranges : Tiramisu, Pandora, Lotus, Emphasis, Fidelity, Virtuoso… En apparence, ce sont d’inoffensifs acronymes. En réalité, ils cachent 195 projets européens de recherche dans le domaine de la sécurité et de la surveillance. Des projets relativement inquiétants pour nos libertés. Et financés par l’Europe dans le cadre de partenariats public-privé.

Exemple le plus emblématique : le projet Indect (« Système d’information intelligent soutenant l’observation, la recherche et la détection pour la sécurité des citoyens en milieu urbain »), lancé il y a quatre ans, dénoncé fin octobre par des manifestations dans toute l’Europe. Indect vise à permettre une « détection automatique » des menaces et des situations dangereuses – comme les cambriolages – ou « l’usage d’objets dangereux » – couteaux ou armes à feu. Tout est bon pour combattre « le terrorisme et d’autres activités criminelles comme le trafic d’êtres humains ou la pornographie pédophile ». Et assurer la sécurité des citoyens… Sauf qu’il s’agit aussi avec Indect de détecter « automatiquement » (sic) les comportements suspects, à partir d’images de vidéosurveillance, de données audio ou échangées sur le net. Bienvenue dans Minority Report !

Détecter les comportements « anormaux »

Concrètement, Indect est un système de surveillance, qui, à partir d’images et de sons captés dans l’espace public et d’informations glanées sur Internet, alerterait les services de police en cas de situation jugée dangereuse : des personnes immobiles dans une rue passante, un mouvement de foule, des véhicules qui roulent au ralenti, un appel louche sur un réseau social. Ces critères « d’anormalité » seront définis par les forces de sécurité… Le tout alimentera un moteur de recherche. En plus d’espionner l’espace public, Indect assurera « la surveillance automatique et en continu de ressources publiques, comme les sites web, forums de discussion, réseaux P2P ou systèmes informatiques individuels ». Mais rassurez-vous : des outils pour masquer certaines données privées, comme les visages ou les plaques d’immatriculation sur les images vidéos, sont prévus. Les informations doivent être cryptées avant leur transmission aux services autorisés. Ouf !

Parmi les instituts de recherche qui participent au projet, aux côtés de plusieurs polices et entreprises, celui de l’université de Wuppertal en Allemagne est spécialisé en sécurité des transports et en protection civile contre les catastrophes. L’université vante les effets positifs que pourraient avoir ces techniques pour prévenir une situation comme celle de la Love Parade de Duisbourg, en 2010, où 21 personnes sont mortes dans un mouvement de foule.

Dans le cadre d’Indect, il développe des modèles mathématiques pour évaluer, à partir d’images de vidéosurveillance, la vitesse des objets, ou « pour détecter le mouvement dans un domaine dangereux, comme les voies dans une gare », explique le porte-parole de l’université, Johannes Bunsch – le seul officiellement autorisé à parler du projet. Courir pour attraper un train, réagir avec un geste brusque, et vous voilà dans le moteur de recherche auquel se connectent les services de police. « Le système peut très bien détecter une personne nouant ses lacets dans un magasin ou prenant des photos dans un hall d’aéroport, et considérer cela comme un comportement “anormal”. En réalité, le système ne sait pas s’il s’agit d’un comportement indésirable. Il détecte simplement un comportement qui s’écarte des comportements normaux que nous lui avons appris », illustre le professeur Dariu Gavrila (cité par le site Owni) qui, au sein de l’université d’Amsterdam, travaille sur des algorithmes pour détecter les comportements agressifs.

Car le but affirmé d’Indect est bien de lutter contre la criminalité et le terrorisme, non pas d’éviter les carambolages sur les autoroutes ou les mouvements de panique tragiques. Et ce, grâce à l’Union européenne qui finance 75% du projet (15 millions d’euros au total). « Nous ne développons que des procédés techniques, se défend prudemment le porte-parole. La compétence de décider comment utiliser la technologie revient aux politiques ». C’est bien là le problème : qui contrôle ces programmes de recherche et à qui bénéficieront-ils ?

Police et entreprises dans le comité d’éthique

Pour répondre aux critiques, Indect s’est doté d’un comité d’éthique. Sa composition laisse songeur : parmi les neuf membres, on retrouve deux chefs des services de police impliqués et un industriel d’une des entreprises participantes… Son principe semble pour le moins ambigu : « La maxime “si vous n’avez rien fait de mal, alors vous n’avez rien à craindre” n’est valable que si tous les aspects de la justice criminelle fonctionnent parfaitement, dans toutes les occasions. » Faut-il comprendre qu’un citoyen qui tombe par erreur dans les mailles sécuritaires d’Indect n’aura que peu de chance de s’en sortir !? « Les comités d’éthique qui accompagnent les projets comme celui d’Indect sont plutôt des alibis, estime l’eurodéputé allemand Jan Phillip Albrecht (Vert), qui a fait partie du comité d’éthique du projet Addpriv, qui vise à créer des outils pour limiter le stockage de données jugées inutiles et rendre les systèmes de vidéosurveillance « plus compatibles » avec le droit à la vie privée des citoyens.

Indect est loin d’être le seul programme espion généreusement financé par l’UE. Arena vise à créer un système mobile de surveillance, et est subventionné à hauteur de 3 millions d’euros. Subito repère les propriétaires de bagages non identifiés. Samurai signifie « surveillance des comportements suspects et anormaux à l’aide d’un réseau de caméras et de capteurs pour une meilleure connaissance des situations », dans les aéroports et les espaces publics. Il s’agit d’un système de vidéosurveillance avec caméras fixes et mobiles – sur des agents de police en patrouille par exemple –, équipées de capteurs permettant de suivre une personne, de retrouver le propriétaire d’un bagage abandonné ou celui d’un véhicule garé dans un lieu public. Des essais se sont déroulés en 2009 dans l’aéroport londonien d’Heathrow. Bruxelles lui a accordé 2,5 millions d’euros.

L’enveloppe européenne pour ces dispositifs s’élève à 1,4 milliards d’euros sur cinq ans. Cette future surveillance généralisée se décline dans les transports ferroviaires, les aéroports, et sur les mers, avec des projets notamment conçus pour refouler les migrants. Ce programme soulève de nombreuses questions, d’autant qu’il échappe à tout contrôle démocratique et toute objection de la société civile. « Les représentants de la société civile, les parlementaires, tout comme les organisations en charge des libertés civiles et des libertés fondamentales, dont les autorités de protection des données, ont largement été mis de côté », alerte un rapport commandé par le Parlement européen en 2010. Vive l’Europe des citoyens !

Une politique de surveillance façonnée par les industriels

Pas d’élus ni d’organisations non gouvernementales, mais une omniprésence des grandes entreprises du secteur de la sécurité et de la défense ! En particulier les Français : le groupe aéronautique franco-allemand EADS, et ses filiales Cassidian et Astrium, participent à près de 20 projets différents. Thales France en suit 22 projets et en coordonne cinq. Sagem et Morpho, deux filiales du groupe français Safran, participent à 17 projets, qui incluent la mise au point de drones de surveillance, ou la conception de passeports et de fichiers biométriques. Chacun avec des millions d’euros de subventions. Des recherches qui assureront sans nul doute de nombreux débouchés pour ces technologies sécuritaires, en Europe et au-delà.

Pourquoi une telle présence ? « Ce sont en majorité de grandes sociétés de défense, les mêmes qui ont participé à la définition du Programme de recherche européen en matière de sécurité, qui sont les principaux bénéficiaires des fonds », pointe l’étude du Parlement européen. Plusieurs multinationales – dont, côté français EADS, Thales, ou Sagem – ont étroitement participé à la définition du programme de recherche lui-même. Depuis 2003, leurs représentants et PDG conseillent la Commission européenne sur le sujet, via différents groupes de travail et comités, qui ont pour mission d’établir les priorités de la politique européenne de recherche en sécurité. A se demander qui, des multinationales ou des institutions élues, définit la politique de sécurité européenne ! « Ce qui intéresse les entreprises du secteur, ce n’est pas tant de surveiller les populations que de faire de l’argent », analyse Jean-Claude Vitran, de la Ligue des droits de l’homme.

Recycler les technologies militaires

C’est que le marché européen de la sécurité vaut de l’or. Entre 26 et 36 milliards d’euros. Et 180 000 emplois, selon la Commission européenne, qui estime qu’au cours des dix dernières années, la taille du marché mondial de la sécurité « a quasiment décuplé, passant de quelque 10 milliards d’euros à environ 100 milliards d’euros en 2011. ». Mais Bruxelles craint pour la compétitivité des firmes européennes. La solution ? Développer « un véritable marché intérieur des technologies de la sécurité », explique Antonio Tajani, vice-président de la Commission en charge des entreprises. Un marché essentiel pour consolider la position des entreprises du secteur. Pour y parvenir, Bruxelles veut exploiter les synergies « entre la recherche en matière de sécurité (civile) et la recherche dans le domaine de la défense ». Une stratégie duale : les technologies développées à des fins militaires peuvent aussi se vendre sur le marché intérieur de la sécurité civile, pour la surveillance des migrants, des citoyens, des transports et des espaces publics.

« Les industriels de la défense sont conscients que le marché militaire peut s’appliquer à la sécurité civile. Et qu’ils peuvent en faire leurs choux gras », ajoute Jean-Claude Vitran. Les entreprises du secteur profitent des fonds de soutien à la recherche, à tous les niveaux. En plus du volet sécurité du programme de recherche européen, au moins sept pays européens ont lancé depuis des programmes nationaux, dont la France, avec le programme « Concepts, systèmes et outils pour la sécurité globale » de l’Agence nationale de la recherche. Le secteur n’est visiblement pas soumis à l’austérité.

Vers un contrôle plus grand du Parlement ?

Et ce n’est pas terminé ! Ce septième programme-cadre européen prendra fin en 2013. Mais l’industrie de la sécurité n’a pas de souci à se faire. Le budget du prochain programme, Horizon 2020, valable pour la période 2014-2020, devrait augmenter. La commission de la recherche et de l’industrie du Parlement européen a adopté le 28 novembre une première proposition. Le montant global alloué à la recherche dépendra des discussions entre chefs de gouvernement des pays membres. Une chose est sûre : un volet entier sera de nouveau dédié à la sécurité civile, qui devrait recevoir 2,1% du montant global du programme-cadre. Soit 1,6 milliard d’euros. L’industrie de la sécurité dispose d’un allié au cœur du processus législatif européen. L’un des rapporteurs du texte Horizon 2020, le député conservateur allemand Christian Ehler, est président du conseil d’administration de la German european security association (GESA)), une organisation lobbyiste qui regroupe des représentants de l’industrie allemande de la sécurité, de la recherche et des politiques.

« 2 % du paquet recherche, c’est beaucoup trop. Si ça n’avait tenu qu’à nous, il n’y aurait pas eu de chapitre « sécurité » dans ce programme, souligne Philippe Lamberts, eurodéputé belge (Vert), autre rapporteur du projet Horizon 2020. Le budget européen de recherche n’est pas énorme. Il faut choisir ses priorités. Il y a d’autres domaines de recherche qui sont plus brûlants pour la sécurité européenne, comme l’indépendance en énergie ou en ressources. »

Les élus verts du Parlement européen ont réussi à introduire des critères d’impact social dans le programme. Tous les appels à projets dans le domaine de la sécurité devront être soumis à une évaluation préalable de leurs conséquences, sur les droits fondamentaux par exemple. « Auparavant, le facteur principal pour choisir les projets, c’était la croissance potentielle de la branche, rappelle le député vert Jan Philipp Albrecht. Il faut des lignes directrices, liées au respect des libertés. Nous avons des restrictions éthiques similaires dans le domaine de la recherche sur les cellules souches. Il faut que soit clairement établi dans quel cadre on a le droit de chercher pour recevoir les fonds européens, et dans quelle limite. » Et surtout permettre aux citoyens de garder le contrôle sur un ensemble de projets qui peuvent remettre sérieusement en cause les libertés publiques. A moins que la « compétitivité » des grands groupes du secteur de la sécurité ne prenne, une fois de plus, le dessus.

(source texte : pavillon noir)

 

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