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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 20:52

Ils font les poubelles pour pouvoir manger.

On les appelle les “ glaneurs ”. Ils font les poubelles des supermarchés pour se nourrir. Un phénomène qui traduit une aggravation de la pauvreté en ville.

Un vendredi soir devant une supérette en plein centre-ville. Huit personnes, des femmes, des hommes et un enfant, patientent depuis une vingtaine de minutes dans le froid.

Les uns sont venus en voiture ; d’autres, des jeunes, en scooter. Deux sont visiblement des SDF. Tous sont là pour « glaner », un euphémisme pour désigner pudiquement une triste réalité. Faire les poubelles pour trouver de quoi se nourrir. Vingt heures. Les employées du magasin sortent un container. Le groupe se rue dessus. Les gens fouillent sans ménagement dans les détritus. La récolte est maigre, quelques légumes, du thon en boite, une canette. Triste pitance. La scène n’a duré que quelques minutes.

“ Là, ils n’ont pas mis de salade ni de poireaux ”

Impossible de nouer le contact avec les glaneurs. - « Bonsoir, je suis journaliste»« Oh, la, la, laissez-moi tranquille, je suis une maman », répond en se retournant une femme d’une cinquantaine d’années. La dernière à tenter de récupérer quelques miettes dans le container est une retraitée. « Là, ils n’ont pas mis de salade ni de poireaux. Pendant un temps, ils en jetaient beaucoup plus mais comme les gens leur faisaient des saletés… », regrette la vieille femme. Manteau élimé, elle dit avoir 85 ans, vivre seule et avoue « faire ça depuis longtemps ». Mais pas pour elle, affirme-t-elle, sans qu’on la croie vraiment. « J’aide certaines personnes avec un handicapé, des gens que je connais […] Moi, je me débrouille avec ce que j’ai. J’ai été habituée », assure l’octogénaire en extrayant des ordures une bouteille de jus d’orange à moitié pleine qu’elle range soigneusement dans son sac. Elle rentrera chez elle à pied. Le « glanage » n’est pas nouveau mais tend à se développer. C’est un marqueur de la crise et de la pauvreté. Le gérant du magasin concerné, Jean-Charles Roy, voit ça toutes les semaines. En tout cas depuis qu’il est arrivé, il y a deux ans et demi. « Ce n’est pas récent, confirme-t-il.Nous, on suit la procédure. On met de la javel sur les produits périmés. Mais, ça ne les arrête pas ! » La misère, c’est ici et maintenant.

Le chiffre : 15

C’est en pourcentage, la part des Châtelleraudais qui vivaient en 2009 avec un revenu inférieur ou égal à 942 € par mois (source Insee). Soit 12.639 personnes. Selon les données fournies par le CCAS, le revenu moyen est aujourd’hui de 19.350 € sur la zone d’emploi, contre 20.279 € pour la moyenne départementale et 22.000 € au niveau national. « Au regard de la situation de 2009, la situation n’est pas catastrophique mais elle est problématique », analyse Françoise Braud, adjointe au maire chargée de l’action sociale.

A savoir

2.750 bénéficiaires du RSA sur la ville

Parler de pauvreté à Châtellerault, c’est d’abord essayer de dessiner une tendance dans les chiffres. Ceux du RSA (revenu de solidarité active mis en place en 2009) par exemple. Pour la ville, le nombre de bénéficiaires s’élève à 2.750 en 2012 (*), selon les statistiques fournies par le conseil général. L’augmentation est bien réelle depuis 2010 (+ 35,8 %) et par rapport à 2011 (+ 16 %). « On s’attend à une progression pour la suite, explique Brigitte Hummel, directrice de l’insertion au Département. Ce sont les effets à retardement de la crise. Les personnes qui n’ont pas retrouvé un emploi arrivent aujourd’hui en fin de droits ». La part de Châtellerault sur le nombre total des bénéficiaires du RSA dans la Vienne représente un quart. A noter que sur l’ensemble du département, 52 % des allocataires sont seuls sans enfant et 32 % en famille monoparentale. « L’isolement est un facteur de précarité », commentent les services du conseil général. Près de 58 % des gens sont dans le dispositif depuis 2 ans et 70 % dans la tranche 25-49 ans. Vu le contexte, la difficulté est grande d’assurer actuellement le volet « accompagnement » du RSA. La « concurrence » entre les différents dispositifs n’est évidemment pas favorable au public qui est le plus éloigné de l’emploi.

(*) Le chiffre comprend le RSA « socle » (seul), le RSA « socle + activité » et le RSA « activité ». Les deux premiers sont pris sur le budget du département, le 3e pris en charge par l’État.

Nouvelle République, Franck Bastard, 18 décembre 2012

Les supermarchés face au « glanage » :

Tendance en pleine explosion ou épiphénomène ? A en croire les gérants de supermarchés que nous avons interrogés, le « glanage » dérange en tout cas suffisamment pour que des mesures, parfois radicales, soient prises. Le débat est de savoir s’il faut ou pas laisser faire. « Moi, ça fait dix-huit mois que je suis là : c’était épisodique, c’est devenu systématique, assure sous couvert d’anonymat un gérant de supérette à la Plaine d’Ozon. Tous les deux jours, à sept heures et demie, quand je sors le container à poubelles, il peut y avoir jusqu’à six personnes qui attendent derrière la porte. Ils trient. Ils ne prennent pas n’importe quoi. Ils disent que c’est pour les animaux. »

“ Une fois sur deux, je mets de l’eau de javel ”

Le commerçant en question applique la politique maison : « Je sais qu’il en va de ma responsabilité s’il se passe quoi que ce soit. Une fois sur deux, je mets de l’eau de javel. Il y a un affichage dans le magasin. Les gens sont prévenus mais prennent quand même. » Chez Super U, dans la rue du Paradis, le constat sur le phénomène est peu ou prou le même : « Avant, les gens attendaient parfois pendant trois heures le matin qu’on sorte les poubelles, commente l’enseigne. Non, du chlore on n’en mettait pas. Le problème pour nous, c’est qu’ils en mettaient partout et on était obligé de nettoyer derrière. » Mais ça, c’était avant : « Depuis 4-5 mois, on attend que les rippeurs sonnent pour sortir les containers. » Auchan indique pour sa part ne pas être concerné par le problème. « Pour la bonne raison que tout ce qui est recyclage de déchets n’est pas accessible au client », comme le précise François Pulido, directeur de l’hypermarché. Le même vante au passage l’action de son enseigne contre le gaspillage alimentaire : « Quotidiennement, on fait don de nos surplus alimentaires à l’épicerie sociale de Châtellerault. Quelqu’un passe tous les jours chez nous pour récupérer des produits conditionnés dans les règles pour qu’il n’y ait pas d’accident alimentaire. » Auchan affirme ainsi fournir l’équivalent de 11.000 repas par an à l’épicerie sociale.

 (Source texte : groupe le pavillon noir,  http://fa86.noblogs.org/)

voir aussi :

BAC à poubelle, appel à soutien au procès d'une récup

Relaxe pour les 2 personnes en procès pour une récup'

 

Comparution immédiate pour une récup

C'est le froid social qui tue

 

 

 

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:37

Déclaration de la fédération SUD éducation et de l’Union syndicale Solidaires lors de la présentation de la loi d’orientation et de programmation pour l’école au Conseil Supérieur de l’Éducation du 14 décembre

 

Monsieur le ministre,

Les grands axes de votre projet de Loi laissent le chantier de la refondation de l’Ecole en devenir. Après 3 mois de concertation dans laquelle SUD éducation a porté sans illusion ses revendications puis le marathon de consultations officielles des organisations représentatives des personnels, le résultat est à la fois décevant et inquiétant.

Décevant car peu de points sont réellement réglés dans la partie législative du projet de Loi alors même que certains sont ambigus ou contestables.

Certes vous réaffirmez le principe d’une École plus juste et moins inégalitaire mais vous confirmez le principe du socle commun qui deviendra le minimum pour les classes populaires. Vous revenez à juste titre sur les dispositifs de relégation au collège tout en prévoyant des enseignements complémentaires et des stages professionnels qui pourraient rapidement s’y substituer en 3e et en maintenant la possibilité d’apprentissage à 15 ans en CFA (Centre de Formation d'Apprentis )… avec la volonté explicite d’adapter le système scolaire à une idéologie des besoins supposés du marché qui débouche plus souvent sur la déscolarisation de l’enfant que sur son insertion.

Vous promettez l’enseignement, d’ailleurs bien flou, d’une « morale laïque » mais ce contre-feu médiatique ne masquera pas l’absence d’ambition réelle pour l’école et de contenus rénovés.

Nous prenons acte de votre réaffirmation du rôle spécifique de l’école maternelle, de la priorité à la scolarisation à partir de 2 ans dans les zones d’éducation prioritaire, les territoires ruraux isolés et les DOM-TOM et il est difficile de ne pas souscrire à la déclaration faisant du primaire une priorité. Pourtant il faudra attendre des décrets pour définir les cycles et avoir une vision plus claire du nouveau cycle CM2/6ème : pour nous la coopération des équipes doit prévaloir sur les illusions d’un pilotage hiérarchique par un « super » conseil pédagogique.

Il manque également la réaffirmation de la liberté pédagogique des enseignants et du rôle des conseils de maîtres, ainsi que l’abandon des évaluations nationales et départementales déconnectées des pratiques de classe.

Les références à l’acte III de la décentralisation sont nombreuses : contractualisation des moyens par des conventions tripartites Établissement Public Local d’Enseignement-Rectorat-Collectivité Territoriale, augmentation du poids des Collectivités Territoriales dans les Conseils d’administration, prêt des locaux des Établissements à des entreprises ou des organismes formation par les collectivités…. Nous vous rappelons notre opposition sur ce sujet, comme celui de la régionalisation de l’orientation et de la carte de la formation professionnelle, cela revient à soumettre le service public d’éducation à des intérêts locaux et clientélistes.

La reprise dans le projet de loi de la notion de formation tout au long de la vie annonce une remise en cause des diplômes nationaux, surtout si on y adjoint l’enseignement par compétences.

Votre projet d’Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation réunissant formations initiale et continue des professeurs et CPE du 1er et du 2nd degré et du supérieur, semble se rapprocher d’une de nos revendications sur la formation des maitres ; mais nous trouvons dangereux que le conseil de cette école comprenne des personnalités extérieures parmi lesquelles le directeur ou la directrice est nommé-e ; n’est-ce pas là aussi organiser l’affaiblissement de la primauté de la mission pour l’Ecole publique de protection et d’éducation de l’enfant sur toute autre considération ? Enfin, il faudra encore beaucoup de précisions sur le contenu des formations pour que nous sortions en 2014 de la situation catastrophique que vous maintenez pour les enseignants stagiaires en ces 2 premières années du « changement ».

Vous avez choisi d’aborder la conception des programmes dans la Loi. Quelle déception de ne pas voir figurer dans la composition du futur CNP (Conseil National des Programmes) des enseignants de terrain et des représentants des organisations syndicales qui interviennent sur ces sujets, notamment dans le cadre du CSE (Conseil National de l’Education) !

Quant au plan numérique, l’utilisation des technologies de la communication ne comblera à lui seul ni l’évidente déficience de l’aide aux enfants en difficulté, ni les lacunes de la collaboration de l’Ecole avec les parents ; là aussi rien ne remplacera des personnels formés …statutaires assez nombreux !

Votre projet de loi nous inquiète car des questions déterminantes sont reléguées en annexe et seront soumises à des évolutions ultérieures.

Ainsi en est-il de la « programmation » des postes, que chaque loi de finance pourra modifier. Avec 54 000 postes sur le quinquennat, nous sommes encore loin de revenir sur les 80 000 supprimés sous la présidence précédente et seulement 34 000 Equivalents Temps Plein sont destinés sur 5 ans à l’enseignement scolaire. Là aussi, les choix budgétaires du gouvernement ne permettent pas de donner les moyens d’une démocratisation de notre système qui passe par une diminution drastique du nombre d’élèves par classe et des groupes qui permettent la prise en charge des apprentissages, des méthodes et de la difficulté scolaire.

Ainsi la loi ne traite pas de l’éducation prioritaire pourtant fondamentale pour "refonder" l’École. Ce qui est dit en annexe est plutôt inquiétant. Les RASED doivent évoluer, leur renforcement n’est nulle part avancé, alors qu’il s’agit là d’un dispositif permettant de lutter efficacement contre l’échec scolaire dès le plus jeune âge, s’il est doté de moyens suffisants de façon homogène sur tout le territoire. La délabellisation semble actée et l’attribution de moyens serait contractualisée selon les caractéristiques propres de chaque établissement et, une fois encore, avec l’aval des Collectivités territoriales. Les écoles ne sont même pas évoquées. La généralisation du contrat et de l’absence de règle nationale d’attribution reviennent à remettre en cause dans les textes le droit à l’éducation, notamment pour les enfants des milieux populaires ; nous ne pourrons l’accepter. Nous attendons toujours avec les personnels l’annonce de l’abrogation du dispositif Eclair.

Ainsi la réforme des rythmes scolaires est réaffirmée dans ces grands axes. En l’état nous redisons que toute réforme des rythmes scolaires respectant les intérêts des personnels et des élèves supposerait au préalable un ensemble de mesures, dont l’abrogation de l’aide individualisée ou activités pédagogiques complémentaires, des réductions d’effectifs et des moyens humains pour la prise en charge des élèves, et un allègement des programmes socialement discriminants. Nous ne pourrons accepter une réforme qui va alourdir les conditions de travail des personnels sans baisse du temps de travail alors que les salaires de la FP sont gelés et que les enseignant-e-s français-es sont parmi les moins bien payé-e-s de l’OCDE. Qui plus est, cette organisation de la semaine rendra difficile l’organisation des heures de service disponibles pour la formation, la concertation et les activités syndicales.

Les reformes tant contestées du gouvernement précédant semble entérinées dans les grandes lignes. Le LPC (Livret Personnel de Compétences) sera maintenu mais dans une version simplifiée, les systèmes de fichage comme base élève aussi. La réforme du LP (Lycée Professionnel) avec le bac pro 3 ans est actée. Les ouvertures sur la réforme du lycée général semblent bien timides voire inexistantes pour la voie technologique, alors que c’est l’ensemble de la réforme, dont la globalisation horaire, qui doit être revue.

Où est la volonté de reprendre le chantier d’une vraie réforme démocratique du lycée ? Sur les contenus, c’est la continuité qui prévaut alors que les programmes de primaire de 2008 mais aussi du secondaire en 2010 sous Luc Châtel ont été vivement critiqués. L’externalisation par l’intermédiaire des CT, qui pourraient recourir au privé, sont possibles dans le cadre du parcours artistique et des activités périscolaires via « des fondations ».

Nous ne pouvons que nous opposer à une refondation qui n’en a que le nom. Vous l’aurez compris, SUD éducation et Solidaires ne partagent pas ce projet d’école. Si vous en changez quelques aspects, cela reste une école du tri social, de la soumission aux pouvoirs locaux et n’aboutira pas à un changement social profond.

Nous demandons le report du vote de la loi, pour que les grands absents de la « concertation », les personnels, soient réellement associés à son élaboration dans le cadre d’un vrai débat, pour que toutes les questions puissent être soulevées, et pour que les bases d’une véritable refondation soient enfin posées.

 

Nous mettrons tous nos moyens militants pour nous opposer à votre projet, nous soutenons les mobilisations des personnels qui s’organisent dès maintenant, comme en région parisienne où une manifestation contre votre refondation aura lieu le 19 décembre.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:18

Mohamed Bouazizi (محمد البوعزيزي    ), de son vrai nom Tarek Bouazizi (طارق البوعزيزي    ), né le 29 mars 1984 à Sidi Bouzid et mort le 4 janvier 2011 à Ben Arous, est un vendeur ambulant tunisien dont la tentative de suicide par immolation le 17 décembre 2010, qui conduit à son décès deux semaines plus tard, est à l'origine des émeutes qui concourent au déclenchement de la révolution tunisienne évinçant le président Ben Ali du pouvoir, et sans doute par extension aux protestations et révolutions dans d'autres pays arabes connues sous le nom de Printemps arabe.

Tarek Bouazizi est rapidement appelé Mohamed, pour le distinguer d'un homonyme, puis porte jusqu'à l'âge adulte le surnom de Besbouss donné par sa mère Manoubia.

 

Son père, Taïeb, est ouvrier agricole. Mohamed a un frère, Salem, et une sœur, Leïla. Il a trois ans lorsque son père meurt ; sa mère se remarie avec son beau-frère, avec lequel elle a quatre enfants. La famille Bouazizi connaît un revers de fortune après la perte de terres hypothéquées.

À six ans, le jeune Bouazizi participe aux travaux des champs ; à 14 ans, tout en suivant des études au lycée, il est occasionnellement maçon. Assumant le rôle de soutien de famille qui lui est confié, Mohamed Bouazizi reste à Sidi Bouzid, ville agricole de 40 000 habitants, malgré la découverte et l'attrait de Sfax, ville maritime économiquement développée. Abandonnant le lycée au niveau de la terminale, il s'inscrit dans une association de jeunes chômeurs.

Faute de mieux, à 19 ans, il devient marchand ambulant de fruits et légumes, cette activité constituant le seul revenu de la famille de sept enfants. Son rêve est de pouvoir s'acheter une camionnette pour ne plus avoir à pousser sa charette.

Ne possédant pas d'autorisation officielle, il subit une administration à laquelle il ne peut verser de pots-de-vin et qui, pendant sept ans, se sert dans sa caisse, lui applique des amendes ou lui confisque sa marchandise, voire sa balance. À sa sœur Leïla, il déclare : « Ici, le pauvre n'a pas le droit de vivre »[.

Le 17 décembre 2010, on lui confisque encore une fois son outil de travail (une charrette et une balance). Essayant de plaider sa cause et d'obtenir une autorisation et la restitution de son stock auprès de la municipalité et du gouvernoratprovincial, il y est bousculé et se fait expulser des bureaux où il est venu se plaindre. Sa sœur Leïla explique : « Ce jour-là, les agents municipaux lui avaient confisqué son outil de travail et l'un d'eux l'avait giflé. Il s'est alors rendu à la municipalité, puis au gouvernorat pour se plaindre, mais ici, à Sidi Bouzid, il n'y a personne pour nous écouter. Ils marchent à la corruption et ne travaillent que pour leurs intérêts. »

Humilié publiquement, désespéré, Mohamed Bouazizi s'immole par le feu devant le siège du gouvernorat. Il est transporté à l'hôpital local, puis à Sfax, et enfin au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous, près de Tunis.

Le décès de Mohamed Bouazizi est annoncé le 4 janvier 2011 à Ben Arous où il était hospitalisé.

Alors que les réactions à cet acte sont d'abord ignorées par le gouvernement tunisien, sa mère et sa sœur sont reçues le 28 décembre par Ben Ali, qui limoge le gouverneur de Sidi Bouzid et les agents municipaux concernés. Une auxiliaire municipale accusée d'avoir giflé Bouazizi est mise en détention provisoire sur ordre de Ben Ali ; la gifle est contestée par des témoins et la policière bénéficie d'un non-lieu le 19 avril 2011 après plusieurs mois de détention provisoire. Six mois après la mort de Bouazizi, sa famille a dû quitter Sidi Bouzid pour La Marsa, accusée de s'être enrichie, et le portrait de Mohamed Bouazizi a été décroché à Sidi Bouzid.

Plusieurs mois après les faits, le récit du suicide fait l'objet de versions divergentes, et la réalité de la gifle reçue par Bouazizi est contestée. Ainsi, Lamine al-Bouazizi, responsable syndical de Sidi Bouzid et anthropologue, raconte: « En fait, on a tout inventé moins d'une heure après sa mort. On a dit qu'il était diplômé chômeur pour toucher ce public, alors qu'il n'avait que le niveau bac et travaillait comme marchand des quatre-saisons. Pour faire bouger ceux qui ne sont pas éduqués, on a inventé la claque de Fayda Hamdi. Ici, c'est une région rurale et traditionnelle, ça choque les gens. Et de toute façon, la police, c'est comme les États-Unis avec le monde arabe : elle s'attaque aux plus faibles » ; il ajoute : « Il a suffi de quelques coups de fil pour répandre la rumeur. De toute façon, pour nous, c'était un détail, cette claque. Si Bouazizi s'est immolé, c'est parce qu'on ne voulait pas le recevoir, ni à la mairie ni au gouvernorat ».

Le 17 décembre 2011, un an après le suicide de Mohamed Bouazizi, une cérémonie de commémoration rassemble plusieurs milliers de Tunisiens à Sidi Bouzid, dont le nouveau président Moncef Marzouki.

 

L'acte désespéré de Bouazizi, qui « préfère mourir plutôt que de vivre dans la misère », provoque la colère parmi les habitants de Sidi Bouzid : des dizaines manifestent devant le siège du gouvernorat. Le mouvement social s'étend spontanément à d'autres municipalités du pays, malgré la répression. À l'appel de militants syndicaux, la révolte atteint Tunis, la capitale, le 27 décembre 2010, avec environ mille citoyens exprimant leur solidarité avec Bouazizi et les manifestants de Sidi Bouzid. Le 28 décembre, le président Ben Ali, qui s'est rendu au chevet du jeune homme, déclare à la télévision nationale : « J'ai suivi, avec inquiétude et préoccupation, les événements survenus ces derniers jours à Sidi Bouzid ». D'autres suicides ont suivi ainsi que des manifestations de grande ampleur réprimées dans le sang, dans le centre et le sud-ouest du pays.

Les manifestations insurrectionnelles vont néanmoins continuer, engendrant une révolution qui conduit au départ de Ben Ali en Arabie Saoudite le 14 janvier 2011 et à la désignation d'un nouveau président.

Kamel Morjane, ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement Ghannouchi, affirme fin janvier dans  Le Figaro : « Ça faisait un moment que les Tunisiens contenaient leur colère et avec l'immolation du jeune Bouazizi, tout a fini par lâcher, comme un élastique ! »

Selon le psychanalyste Fethi Benslema, « Bouazizi est devenu un exemple, et non un mythe, celui de chaque homme réduit par le qahr — un mot que l'on peut traduire par « impuissance totale » — et qui préfère l'anéantissement total plutôt que de vivre comme un rien ».

(source texte : wikipédia)

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 18:52

Partout en France, l’accueil des usagers des caisses d’allocations familiales (CAF) est aussi déplorable que les conditions de travail de ses agents. Politique du chiffre, réductions d’effectifs, impuissance face à l’augmentation de la pauvreté, les salariés se sentent dépossédés du sens même de leur travail. Le malaise et la souffrance se répandent, des deux côtés du guichet.

Une file d’attente, des vigiles en guise de comité d’accueil. « Ça devient vraiment n’importe quoi », lâche une femme en arrivant ce 19 novembre devant la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) du 13e arrondissement de Paris. Devant elle, une soixantaine de personnes piétinent sur le trottoir. Découragés d’avance, certains font demi-tour. « Je suis venue ce matin à l’ouverture, c’était pareil, soupire une allocataire venue retenter sa chance pendant sa pause déjeuner. Encore foutu, il faut que je retourne bosser ». La semaine dernière, elle avait trouvé porte close. « Ils ont fermé une semaine, sans prévenir. Comment fait-on dans ce cas-là pour faire nos démarches ? » Par téléphone, c’est payant, et ils sont injoignables, expliquent les allocataires. « Et puis sur Internet le service est très limité. A part télécharger un justificatif de base, vous n’avez accès à rien. »

« Si on est là, ce n’est pas par plaisir, c’est parce qu’on y est obligé », soupire un jeune homme. Il n’a plus touché d’allocations logement depuis son déménagement. « Ça fait six mois, je ne m’en sors plus. » Une autre brandit deux courriers, adressés le même jour. « Dans l’un, ils me disent que je leur dois 800 euros, dans l’autre qu’ils m’en doivent 500... » Quant à sa voisine, elle s’est vu suspendre le versement de ses allocations, alors que sa situation n’a pas changé depuis deux ans. Dans la queue, la tension est palpable. Ici, deux hommes s’accrochent pour une histoire de cigarettes, là, des bébés pleurent. Une femme perd l’équilibre, déstabilisée par un coup de poussette involontaire. Les gens soupirent, regardent l’heure. Il y a aussi une femme enceinte et des personnes âgées qui, vu l’ambiance, n’ont pas osé faire état de leur droit d’accès prioritaire.

Remplir un formulaire à quatre pattes sur le trottoir

Des cris poussés devant la porte viennent ajouter encore au malaise. « Vous n’avez pas le droit de nous traiter comme des chiens », s’emporte une retraitée. A l’origine de l’altercation, le refus de l’agent de la CAF de la laisser entrer, même pour remplir un formulaire. « Il faut bien que je m’assois pour écrire ! Vous voulez que je me mette à quatre pattes sur le trottoir ? » L’agent se montre intransigeant. « Il y a 200 personnes à l’intérieur. C’est la capacité maximale. Pour des raisons de sécurité, on ne peut pas faire entrer davantage de monde. » Un rebord de fenêtre fera finalement l’affaire, mais, prévient la dame, ils auront de ses nouvelles. « C’est normal qu’on pète les plombs, soit vous êtes fermés, soit vous êtes débordés, plaide un homme, pour sa défense. On est tous en train de devenir fous. »

Le calvaire ne s’arrête pas là. Une fois entré, il faut refaire la queue pour accéder aux guichets. « C’est comme ça depuis 8h30. En temps normal, on reçoit mille personnes par jour, aujourd’hui ce sera au moins le double », estime l’agent, qui s’est vu confier la tâche ingrate de réguler les entrées au compte-goutte. « Les gens sont énervés, mais il faut se mettre à leur place. » Bien qu’en première ligne pour essuyer les mécontentements, il ne se considère pas comme le plus mal loti. « Je plains surtout les techniciens au guichet. Comment voulez-vous qu’ils fassent bien leur boulot ? »

163 000 dossiers en souffrance dans le Nord

Loin d’être exceptionnelle, cette situation n’est que la déclinaison locale d’un problème d’ampleur nationale. Sur tout le territoire, les fermetures des CAF au public sont devenus monnaie courante pour tenter de rattraper les retards. Dans les tiroirs des agents croupissent des documents parfois vieux de plusieurs mois. A Paris, près de 200 000 lettres, dossiers et documents seraient en attente de traitement selon une source syndicale. Les centres de gestion sont forcés de baisser régulièrement leur rideau.

Même scénario dans l’Aude, où l’accueil est fermé une semaine par mois. Dans les Bouches-du-Rhône, où le retard avoisine les 76 000 courriers. Ou encore dans les Yvelines ou dans la Vienne, où l’accueil est suspendu un jour par semaine. Avec 163 000 dossiers en souffrance, les huit antennes du Nord étaient inaccessibles au public du 19 au 23 novembre. En temps normal, ce sont 3 000 personnes qui fréquentent quotidiennement les accueils. Radicales, ces mesures n’en demeurent pas moins insuffisantes. Dans ce département, la précédente mise en sommeil de la CAF pendant dix jours n’avait permis de traiter que 52 000 dossiers, soit un tiers du stock accumulé.

Réduction des coûts et externalisations

Crise oblige, la demande sociale explose. Dans le Nord, les caisses enregistrent une hausse de 10 % de leur charge de travail. Même tendance au niveau national, où le nombre de pièces à traiter par les CAF a augmenté de 15,5 % entre 2008 et 2011. Les caisses ne sont pas armées pour faire face à cette augmentation d’activité. C’est même plutôt l’inverse. Soumises, comme tout service public, à la règle du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux, elles accusent la suppression d’un millier de postes sur trois ans. « Il y a une inadéquation totale entre la charge de travail et les moyens mis en regard. On ne peut plus répondre aux besoins », observe Isabelle Lerat, secrétaire générale CGT des personnels de la CAF du Nord.

« Les CAF sont les grandes oubliées à un moment où elles se retrouvent en première ligne face aux effets de la crise », souligne Mohamed Lounas, responsable à la CGT. Pour « faire plus avec moins », le fonctionnement des CAF a dû s’inscrire dans une logique de productivité et de rentabilité. « Dans une optique de réduction des coûts, on n’entend plus parler que d’externalisation, de départementalisation, de mutualisation et de tout un tas de méthode qui nous permettrait soi-disant d’arriver à une "efficience des services". Mais sur le terrain, on ne voit que les dysfonctionnements », poursuit Isabelle Lerat.

 

Le service public, qui se veut de proximité, est en déliquescence. « Dans le Var, dix permanences d’accueil ont été fermées, contraignant les allocataires à des déplacements longs et coûteux », indique Frédéric Cotrone, élu au Comité d’entreprise et délégué syndical CGT de la CAF du Var. Dans les Alpes-Maritimes, le Vaucluse ou encore les Bouches-du-Rhône, les syndicats conduisent depuis plusieurs mois un mouvement social pour tenter de stopper l’hémorragie. « Les fermetures des accueils se banalisent, ce qui dans des territoires économiquement et socialement sinistrés est une véritable catastrophe », insiste Mohamed Lounas.

« On gère des humains, pas des boîtes de conserve ! »

Dans le cahier des charges des CAF, « l’efficience du service » passe aussi par la politique du chiffre. Les Caisses sont légalement obligées de respecter des délais dans le traitement des dossiers et l’accueil du public, via une Convention d’objectif et d’orientation (COG) signée avec l’État. Ainsi, la COG 2009-2012 impose, par exemple, que l’accueil des allocataires dans les agences n’excèdent pas 20 minutes, et que les demandes de minima sociaux soient traitées en moins de 15 jours. Des injonctions louables sur le papier, mais qui s’avèrent dans les conditions actuelles totalement intenables.

Aux fermetures ponctuelles, s’ajoute un recours massif aux contrats précaires et aux heures supplémentaires. A tous les niveaux, le personnel est soumis à une pression du chiffre et du rendement, parfois poussée jusqu’à l’absurde. « On nous impose un rythme de travail totalement incompatible avec l’aspect social de nos missions. On gère de l’humain, pas des boîtes de conserve ! Pourtant, on nous fait bosser à la chaîne, comme à l’usine », s’indigne une technicienne de la CAF de Lille. La performance des salariés ne se mesure plus qu’au chronomètre, quitte à devoir bâcler pour satisfaire aux exigences de productivité.

Des erreurs qui s’élèvent à 1,6 milliard d’euros

« Mieux vaut régler un appel en deux minutes sans apporter de réponse, en obligeant l’allocataire à se déplacer en agence ou à faire un courrier, que de prendre le temps de répondre », témoigne un conseiller de la plateforme téléphonique du Nord. « A l’accueil, on va considérer comme un bon point le fait de renseigner les allocataires en moins de 7 minutes. Mais c’est désolant, c’est le signe qu’au guichet, les salariés sont dans l’obligation de mal travailler », remarque Patrick Grèze, représentant CGT des caisses de la sécurité sociale de l’Aude.

« Avant, on avait le souci de bien ficeler les dossiers, avec une vraie conscience du travail social et de la qualité du service rendu, aujourd’hui on fait de l’abattage », se désole une agent de la CAF des Pyrénées Orientales, en poste depuis 20 ans. « Ils ont fait le choix de la quantité au mépris de la qualité du service, confirme un salarié de la CAF de Paris. L’essentiel, c’est d’augmenter les cadences pour continuer à tenir des objectifs devenus inaccessibles. Et tant pis si ça génère des erreurs. »

Mal travail et perte de sens

En juin 2012, la Cour des comptes a refusé de certifier les comptes de la CAF, chiffrant à 1,6 milliard d’euros le montant des erreurs dans les versements. Dans 17 % des cas, les agents sont jugés fautifs. « La Cour des comptes ne travaille pas dans les mêmes conditions que les agents, s’agace Jean-Louis Deroussen (CFTC), président du conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF). Le problème, c’est qu’on a complexifié les règles de calcul des droits au point de rendre le risque d’erreurs trop important. Ça pénalise l’agent qui a dû travailler trop vite pour remettre un dossier qui n’est pas abouti, et à l’autre bout de la chaîne, l’allocataire, bien sûr, qui est obligé de rembourser, de téléphoner ou d’écrire pour régulariser sa situation. »

Contraints de mal travailler, dépossédés du sens social de leur mission, les personnels souffrent de ne plus se reconnaître dans les valeurs de l’organisme. Une employée de la CAF du Nord se souvient de la gratification que pouvait apporter « une campagne d’appels sortants, où on contactait les gens qui ne bénéficiaient pas de l’intégralité des prestations auxquelles ils avaient droit. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le même état d’esprit, on lutte contre la fraude... » Le cadre de la CAF de Paris se rappelle lui aussi avec amertume de l’époque où les agents avaient le temps et les moyens d’aller « au-devant des besoins de l’allocataire ». Une période révolue. Pas étonnant que dans L’Envers de la fraude (éditions La Découverte), un collectif de chercheurs vienne de mettre en évidence que chaque année, 5,3 milliards d’euros de RSA et 4,7 milliards d’euros de prestations familiales et de logement ne sont pas versés à leurs destinataires. Cette stratégie vise-t-elle, sans l’avouer, à décourager les gens de faire valoir leurs droits ?

Un allocataire s’immole par le feu

Avec le retard dans le traitement des dossiers et la multiplication des erreurs, le mécontentement s’exprime de plus en plus souvent au guichet. « Les incivilités et les agressions se multiplient. La police est régulièrement appelée, des plaintes sont déposées. Dans les agences de Paris, les effectifs des agents de sécurité ont doublé, c’est un signe », note un cadre du département. « Le plus difficile à gérer, ce sont les appels d’allocataires en détresse, en très nette augmentation, estime le conseiller téléphonique de la CAF du Nord. Ce sont des situations bouleversantes, mais quand on n’a pas de solutions, il faut vite enchaîner avec la personne suivante ».

Même ressenti et même aveu d’impuissance du côté du personnel d’accueil. « Faut voir comme les gens sont malheureux et dépendants de leurs allocations. Quand vous n’avez que les ressources de la CAF pour survivre, une irrégularité dans le paiement peut avoir des conséquences catastrophiques », souligne Nicole Gennatiempo (CGT), à la CAF des Bouches-du Rhône. Ce n’est pas le drame survenu en août dernier qui va la contredire. Privé de son RSA depuis mai, un homme de 51 ans, à qui on réclamait pour la quatrième fois des pièces justificatives complémentaires, s’est immolé par le feu à l’accueil de la CAF de Mantes-la-Jolie dans les Yvelines.

« Je me surprends à ne plus rien ressentir »

« Parfois, quand je rentre le soir chez moi, je repense à ma journée, à la détresse des gens, à leur misère et je me surprends à ne plus rien ressentir. J’ai l’impression de devenir une machine », confie un employé de la CAF de Lille. « La souffrance est là, mais elle est très difficile à exprimer. Les agents encaissent en silence, parce qu’ils ont conscience qu’au bout, c’est l’allocataire qui risque d’être pénalisé », observe Isabelle Lerat.

Aux dires des syndicats, les arrêts maladie et les dépressions se multiplient. Selon FO, l’absentéisme concernerait 15 % des personnels d’accueil cette année, contre 3 % pour l’ensemble du personnel. Dans l’Aude, une lettre anonyme envoyée fin octobre à la presse locale dénonce la dégradation des conditions de travail et le mal-être qui en découle. La conclusion est sans appel. « Si, dans les mois qui viennent, un membre du personnel se suicide, vous penserez à ce courrier. »

2 000 suppressions de postes envisagées

Partout en France, les CAF sont « au bord de l’explosion », résument les fédérations CGT, FO, CFE/CGC dans le communiqué appelant à la grève du 22 novembre, suivie par un quart du personnel. Venus manifester à Marseille, plus d’une centaine de grévistes ont envahi le palais des Congrès où s’étaient rassemblés les dirigeants des CAF pour aborder les futures orientations de la convention d’objectifs et de gestion (COG), qui doit préfigurer l’avenir de l’organisme jusqu’en 2016.

Les syndicats ont toutes les raisons de penser que la prochaine feuille de route va les envoyer dans le mur. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS ), encore confidentiel, indique qu’une nouvelle réduction de 2 000 postes serait envisagée sur les quatre prochaines années. « On ne peut pas supprimer de nouveaux emplois sans mettre en péril le service des CAF. Le traitement des dossiers et le paiement des minimas sociaux dans les délais ne sera plus possible. On est à la limite de la rupture. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités », avertit Jean-Louis Deroussen, le président de la CNAF.

« Il est où le changement ? »

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, a proposé aux dirigeants des CAF de puiser dans les emplois d’avenir (CDD de trois ans maximum destinés aux jeunes peu ou pas qualifiés) pour pallier les manques d’effectifs. Pas vraiment du goût des syndicats qui y voient « un cautère sur une jambe de bois ». « Ce n’est pas de ça dont les caisses ont besoin , souligne un cadre. Les techniciens conseils se recrutent aujourd’hui à Bac+2 et il faut compter au moins deux ans pour qu’ils soient véritablement opérationnels. » Pour les syndicats, recourir ainsi aux contrats aidés, c’est « scier la branche sur laquelle on est assis. On est encore sur des exonérations de cotisations sociales, donc toujours moins de moyens pour la sécurité sociale et pour les CAF. » Le gouvernement semble n’avoir pas entendu les appels au secours. Les syndicats envisagent de durcir leur mouvement pour faire entendre la voix des salariés avant la signature de la prochaine COG, prévue d’ici mars 2013.

Dans les files d’attente, les allocataires n’ont aucun mal à désigner le responsable des dysfonctionnements des Caisses. « Tout ça c’est de la faute de l’État. Les politiques, ils sont tous pareils. Regardez-nous ! On n’a plus de boulot, on n’arrive plus à nourrir nos familles. Il est où le changement ? On file des milliards aux banques, aux entreprises, et pour les pauvres, rien du tout, on nous laisse dans la misère », s’énerve une femme. Et son voisin de prévenir. « S’il continue comme ça, un jour où l’autre, il va y avoir une révolution. Il faut qu’il fasse attention. » Un accident est si vite arrivé lorsqu’on casse un amortisseur social.

(source texte : batamag.net)

 

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 18:43

Des moyens en baisse et des sanctions à l’égard des associations trop bavardes… ou trop critiques. Le ministère de l’intérieur vient de publier le nouvel appel d’offres organisant la présence des associations de défense des droits des étrangers dans les centres de rétention administrative (CRA), où sont enfermés les sans-papiers en instance d’expulsion. Paru au Bulletin officiel de annonces des marchés publics du 8 décembre 2012, ce texte négociable, d’après son statut, n’est connu dans son détail que par les structures candidates. Mediapart a pu y avoir accès dans son intégralité.

Dans trois documents distincts, d’une dizaine à une vingtaine de pages chacun, l’État liste les conditions applicables à l’intervention juridique des associations auprès des sans-papiers dans ce lieu de privation de liberté. Cet accompagnement est déterminant puisqu’il constitue souvent l’unique recours des 51 000 personnes “retenues” chaque année en France métropolitaine et en outre-mer, avant leur possible renvoi du territoire.

Plusieurs éléments ont sauté aux yeux des cinq associations, la Cimade, France terre d’asile, l’Ordre de Malte, Forum réfugiés et l’Assfam, auxquelles incombe ce suivi personnalisé en rétention depuis le 1° janvier 2010.

La mission reste la même que précédemment puisqu’il s’agit, selon la formulation administrative, d’assurer « la fourniture de prestations d’accueil, d’information et de soutien des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative pour permettre l’exercice effectif de leurs droits ». Mais, différence de taille, les moyens financiers alloués à cette tâche sont en baisse, ce qui conduit les intervenants à s’interroger sur la qualité de l’aide qu’ils vont pouvoir apporter.

À la Cimade, présente dans les CRA depuis leur création en 1984 par un gouvernement socialiste, on s’inquiète de cette diminution. À France terre d’asile (FTDA) aussi. Responsable de cette association, Pierre Henry estime le recul à « plus de 20 % ». « Cela correspond à un recul drastique. Nous allons négocier cet aspect des choses car il n’est pas question de réduire notre action auprès des étrangers », indique-t-il. D’autant que la demande du gouvernement va en sens inverse : le ministère propose de restreindre le budget tout en formulant des exigences supplémentaires. Les horaires de présence, variant d’un CRA à l’autre en fonction du nombre de “retenus”, sont par exemple élargis. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée en soi, mais cela suppose une prise en compte financière.

Comme ses collègues, Christian Laruelle, directeur de l’Assfam, admet n’avoir pu jeter qu’un « coup d’œil » sur le texte, mais il a calculé que l’administration a prévu deux heures de présence associative par “retenu” entrant en rétention. « Cela revient à un prix de 53 à 54 euros de l’heure », poursuit-il. Selon lui, son association perdrait plusieurs milliers d’euros par rapport à son allocation précédente sur la même période.

 

 « Une pénalité de 500 euro pour non-respect de l’obligation de discrétion »

« On observe une diminution significative des moyens, mais une augmentation des charges à effectuer », résume de son côté Alain de Tonquedec de l’Ordre de Malte, qui relève, par ailleurs, un durcissement « inquiétant » du pouvoir administratif dans ses fonctions de contrôle. Il regrette ainsi qu’il faille prévenir le chef du CRA le jour même du dépôt d’un recours, qu’il faille lui demander l’autorisation pour afficher tel ou tel document aux murs du bureau de l’association et qu’il soit interdit de recevoir plusieurs personnes en même temps, ce qui pouvait avoir son utilité dans un souci de communication. « Quand l’un des retenus parle bien français, il peut aider à traduire pour ses compatriotes », indique-t-il. « Tous ces éléments constituent une accumulation de petites choses, qui au final vont nous compliquer grandement la vie », ajoute-t-il.

Baisse des moyens, tracasseries administratives, et ce n’est pas tout. Les uns et les autres s’étonnent d’une disposition introduite dans l’appel d’offres consistant à instaurer une amende pour les associations trop bavardes. « Une pénalité de 500 euros sera appliquée pour chaque manquement aux obligations contractuelles », telles que « le non-respect du principe de réserve et de l’obligation de discrétion », peut-on lire dans le texte. « Il faut espérer qu’il s’agit d’une formule malheureuse. Ou alors que ce soit un reste malencontreux de l’ancienne version de l’appel d’offres, celle qu’avait élaborée l’administration du temps du quinquennat précédent », ironise Pierre Henry.

« On se demande quel fonctionnaire a pu avoir une idée pareille. Cette clause de confidentialité ne tient pas. C’est absurde et ridicule. Le ministre de l’intérieur n’a pas dû la voir », veut-il croire. Cet appel d’offres correspond, selon lui, à une « étape intermédiaire de discussion, à partir de laquelle il faut négocier pour expurger un certain nombre de miasmes venant de la période passée ». « C’est incompréhensible, cette amende de 500 euros, on peut espérer qu’il ne s’agit pas d’une innovation du nouveau gouvernement ! » lance Christian Laruelle. « De toutes façons, si on a quelque chose à dire, on le dira », prévient-il.

Applicable à partir du 1er mars 2013, l’appel d’offres donne aux postulants jusqu’au 3 janvier pour se faire connaître – valable jusqu’au 31 décembre, le précédent contrat, entré en vigueur au 1+ janvier 2010, a fait l’objet d’un avenant de deux mois.

Issu des services techniques du ministère de l’intérieur, il augure d’un nouveau bras de fer entre l’État et les associations concernées. Au risque de donner lieu à un épisode tel que celui qui avait mis en émoi le secteur associatif entre 2008 et 2010 quand les ministres de l’immigration successifs, de Brice Hortefeux à Éric Besson, avaient voulu limiter la présence de la Cimade, jusque-là présente partout, en divisant la mission d’assistance aux étrangers entre plusieurs « prestataires », répartissant les 25 centres, comportant 1 711 places, en huit « lots » distincts.

Dans leur dernier rapport annuel, paru en novembre, les associations, seuls contre-pouvoirs en rétention, avaient conjointement fustigé des « situations de droits bafouées, d’éloignements expéditifs, d’interpellations abusives et d’enfermements inutiles », notamment à propos des Tunisiens, venus en nombre après le printemps arabe, et des Roumains d'origine rom, envers lesquels Manuel Valls poursuit une politique semblable à celle de ses prédécesseurs de droite.

(source texte : médiapart)

 

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 18:29

La centaine de sans-papiers qui occupait depuis une dizaine de jours l’église réformée de Fives en a été expulsé le 4 décembre par un dispositif policier écrasant. Ce faisant, le préfet du Nord et Manuel Valls s’inscrivent parfaitement dans la continuité de la politique sarkoziste. Les sans-papiers réclament des régularisations et la réadmission du CSP59 aux commissions mensuelles d’argumentation des dossiers en préfecture.

L’opération aura duré trois heures. Trois heures pendant lesquelles le quartier est resté bouclé, verrouillé par plus d’une centaine de policiers en tout genre : BAC, CRS, RG, etc. (Une vingtaine de cars ont été comptés, sans parler des véhicules de services, des voitures banalisées...) C’est le GIPN qui ouvre le bal. Dans leurs habits noirs, derrière leurs lunettes de protection, sous leur casque militaire et leur cagoule de lâcheté, fusil d’assaut à la main pour certain, pied-de-biche et bélier pour d’autres, les superflics, au pas de course, apportent d’entrée une touche de violence disproportionnée face à des personnes en grève de la faim depuis trente-trois jours. Motif de leur venue relayé par « la presse » locale : l’éventualité de barricades montées aux abords ou à l’intérieur de l’église pour empêcher l’expulsion... Une fois de plus, un crédit accordé facilement par la connivence des journalistes de Nord Éclair et de La Voix du Nord avec leurs camarades policiers. Les presbytériens du temple occupé par les sans-papiers sont restés en contact permanent avec les grévistes et s’il y avait eu des barricades, ils les auraient vues.

Les sans-papiers sont d’abord triés : les valides, les invalides. Les premiers sont sommés de quitter les lieux, sinon la police les sortira manu militari et procèdera à des arrestations. Les seconds sont pris en charge par les services de secours des pompiers et du SAMU, les deux services étant mobilisés toute la soirée pour l’occasion. C’est dans la rue et sous la pluie, au sol, enroulés dans leurs couvertures épaisses, que les sans-papiers attendront que tou-tes leurs camarades soient sortis indemnes du temple. On peut lire la fatigue sur leurs visages amaigris. Certaines personnes sont méconnaissables. Les traits sont tirés. À bout de force, certains pleurent. D’autres s’évanouissent. Ces hommes et ces femmes sont prêts à mourir pour des papiers, socialistes et préfecture leur demandent de bien vouloir aller mourir ailleurs. Il faudra bien sur remercier l’église réformée de Fives pour qui l’intervention des forces de l’ordre est « un soulagement ». Un soulagement qui sied parfaitement à l’indifférence et à l’obstination des pouvoirs publics.

Les sans-papiers n’étaient pas seul-es hier soir face à la police. Plus d’une centaine de personnes était venue les soutenir avec des chants et des slogans ; des encouragements adressés pour ne jamais perdre espoir. Leur présence leur vaudra d’être filmé encore et encore par toutes les polices en présence. Tous ces petits films viendront alimenter les fiches et le travail innocent de la police politique locale. Lorsque les sans-papiers sortent de l’église, ils se placent derrière les soutiens qui font tampon face à la police. Police dont le travail, dans ces circonstances dangereuses de solidarité, consiste à séparer les grévistes de leurs soutiens. Tout le monde est repoussé vers une rue annexe et isolée, afin de dégager la rue Pierre Legrand. Les grévistes, trop faibles pour marcher ou rester debout, s’allongent ou s’assoient une nouvelle fois sur le bitume froid et trempé. Un homme perd connaissance. Il faudra les huées des grévistes et des soutiens pour que des flics l’évacuent, en tenant chacun un de ses membre et manquant de peu de le laisser tomber par terre. Après cela, les soutiens sont écartés sous une marche déterminée de CRS dans leur traditionnelle tenue de Noël : bouclier et matraque à la main.

Les soutiens sont rabattus comme un troupeau de chèvres vers la place De Geyter. Une rapide pensée pour le compositeur de l’Internationale plus tard, ils sont entourés par un cordon de flics prêts à en découdre. Ils resteront là, à encercler les soutiens sans intervenir. Leur rôle est d’empêcher les soutiens d’être aux côtés des grévistes. Quel beau métier. Ils ne procéderont en fin de compte à aucune arrestation lors de cette soirée. Les pompiers évacuent les grévistes de la faim vers leur local, à quelques rues de là, où ils vont continuer à chanter et décider de la suite de leur mouvement. « Courage ! Gréviste ! La lutte continue ! »

 

 

Valenciennes, Dunkerque, Saint-Omer, Lens, Arras, Douai, Maubeuge, Calais, Fourmies... Depuis l’intervention de la police et du GIPN pour évacuer les sans-papiers du temple de Lille-Fives, les grévistes de la faim se sont dispersé-es dans les hôpitaux de la région. Au regard de leur état de santé, ils demandent à être hospitalisé-es. À défaut, certain-es sont placé-es en centre d’hébergement d’urgence ou dans des hôtels « sociaux » (parfois réquisitionnés par la préfecture, les mairies ou payées par les associations locales). Entre les mains du préfet, ils attendent que celui-ci prenne enfin ses responsabilités.

 

La bataille des hôpitaux

Cette situation d’éclatement géographique est la conséquence du refus du CHR de Lille d’hospitaliser durablement les grévistes de la faim. Aux services d’urgence de l’hôpital Salengro ou de l’hôpital Saint-Vincent, les mêmes scènes se répètent chaque jour : si les grévistes ne sont pas admis ils sont jetés dehors. Épuisé-es, ils se retrouvent parfois même à passer la nuit sur le trottoir, par -4°c. Pour eux et leurs soutiens, il faut alors bricoler de quoi affronter ce mois de décembre glacial, en attendant de se faire réadmettre.

Ce mardi 11 décembre par exemple, ils sont expulsés à 8h30 de l’hôpital Salengro avant d’être rabattus de force vers la station de métro Calmette par le service de sécurité de l’hôpital. Ils y seront cueillis en milieu de journée par la police nationale qui les amène au commissariat central. Quelques heures plus tard, on apprend que l’un d’entre eux (sans doute choisi à cause de son fort caractère) a été transféré vers le Centre de rétention de Lesquin et qu’il risque l’expulsion.

 

Si tous les grévistes éparpillés dans la région ne semblent pas tou-tes exposé-es aux mêmes genres de traitements, les jours passent et les témoignages édifiants se multiplient.

À l’hôpital Salengro de Lille, un médecin demande à un gréviste pourquoi « il ne se suicide pas ». À Hazebrouck, un gréviste perfusé de force se retrouve le bras couvert de sang après que l’infirmier lui ai retiré sans ménagement l’intraveineuse...

Mensonge et indifférence

Le Comité des Sans-Papiers dénonce les effets pervers de cette situation de dispersion qui a pour effet « d’invisibiliser la grève de la faim en traitant les sans-papiers non pas comme des grévistes de la faim nécessitant une surveillance médicale, mais comme des SDF avec difficultés sociales […] Le message implicite : la grève de la faim n’existe pas ». Au vue de la couverture médiatique, on ne peut pas réellement donner tort au comité. Alors, que le dernier sujet proposé par France 3 Nord-Pas-de-Calais (et remontant déjà au 6 décembre) titre sans honte : « les sans-papiers grévistes de la faim ont tenté d’envahir le service des urgences », Grand Lille TV de son côté, déclare ce mercredi 12 décembre que « Les grévistes squattent les trottoirs de l’hôpital Saint-Vincent ». On se demande si c’est la préfecture qui donne des ordres ou si ce sont les journalistes qui se comportent eux-mêmes comme de vulgaires flics.

 

Faut-il mourir pour avoir des papiers ?

 

En attendant que les journalistes fassent réellement leur boulot, les grévistes écopent et les organismes trinquent. Certain-es vomissent du sang, d’autres sont contraint-es d’arrêter la lutte pour ménager leurs reins. Pour les autres, la détermination demeure, mais les risques d’accident se font de plus en plus importants. Le préfet, dans sa grande mansuétude, promet de recevoir le CSP dans cinq jours (cinq jours !) pour étudier la liste des grévistes. En attendant, sa stratégie d’intimidation se poursuit, par -4°c dehors et jusque dans les centres de rétention : dans la matinée de ce jeudi 13 décembre, deux autres grévistes étaient embarqués par la police devant le CHR Calmette. L’un d’eux, placé en centre de rétention, s’y trouve toujours (tandis qu’un autre a été libéré par le tribunal administratif ce vendredi).

Le préfet, seul responsable de cette situation dangereuse qui dure déjà depuis trop longtemps, fait payer aux grévistes le prix de sa surdité ; mais les sans-papiers ont manifesté – et manifestent encore –, les sans-papiers ont occupé – et occuperont encore. Ils poursuivront leur grève de la faim, mobilisés avec leur soutien, pour la régularisation.

 

 

source textes : la brique 2 


 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 20:16
 
Ils ont 3, 4 ou 10 ans et regardent le monde au travers d’un Ipad, doudou glacé qui fleure bon la « modernité ». Pour l’industrie technologique, l’enfance se pense à l’ombre des machines, innovations qualifiées de nécessaires par la bien-pensance scientiste et introduites sans recul sur le marché des marmots.
Retour sur l’apparition du numérique dans l’aire du jeu et de l’apprentissage.

À propos d’éducation immatérielle et de délires matérialistes

« Parce que notre monde vit une mutation de nature comparable à ce qui s’est passé avec l’imprimerie, parce que toute la société, les sciences, la vie quotidienne et économique sont aujourd’hui conditionnées par ces bouleversements, l’École doit aujourd’hui pleinement entrer dans l’ère du numérique. »
Refondons l’école de la République », rapport remis au président de la République le 9 octobre 2011).
« Mieux vaut laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. »
(Montaigne, Essais).
.
Nous sommes en 2004. Des hommes se lèvent, mûrs, aux joues granitées. Grattage de nez, sifflotements, fée électricité – une nouvelle journée. Se rasent, enfilent leur costume de Grands responsables, cravate en option, douche, café, emails, cellulaire, taxi, pensées fugitives, travail. Ils s’appellent Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent. Tous sont présidents ou directeurs d’entreprises du secteur micro-électronique et participent au Groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques, le Gixel. Le plus naturellement du monde, ils veulent faire prospérer les quelque 32 000 emplois et 4 milliards de chiffre d’affaires qu’ils représentent en France. Pour cela, et parce qu’ils ne se sentent pas les coudées assez franches, ils écrivent un Livre bleu, consistant en une série de recommandations à l’adresse du gouvernement pour développer le marché des circuits imprimés, composants d’interconnexion et autres cartes à puce. Parmi leurs propositions, l’une fit grand bruit, et reste bien connue chez celles et ceux qui s’interrogent sur la portée politique des nouvelles technologies :
« Acceptation par la population : La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes :
– Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants.– Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo – Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet, ...
La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche. »
Des hommes qui se lèvent donc le matin pour « faire accepter » leurs produits de surveillance high-tech, par un dressage organisé des enfants dès le plus jeune âge – si l’on peut parfois imaginer un tel cynisme de la part des industriels, on en voit rarement la trace écrite. Suite aux remous occasionnés par la diffusion de ce texte dans l’espace public, il fut retiré du site du Gixel. En s’autocensurant, Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent ont-ils pensé que leur conception de l’enfance manquait de sensibilité ou que leur stratégie de communication avait foiré, nous ne le saurons jamais.
En 2012, des femmes se lèvent, modernes, aux joues satinées. Grattage de nez, fredonnements, fée électricité – une journée de septembre. Se maquillent, enfilent leur costume de Grandes responsables, tailleur en option, douche, café, emails, smartphone, taxi, pensées vagabondes, travail. Elles s’appellent Françoise, Loumia, Marie-Louise ou Isabelle. Elles sont présidentes, journalistes ou directrices dans de grands groupes et participent ensemble à un site d’actualité pour les femmes : Terrafemina
5. Cette plateforme internet a été créée par Véronique, qui participe par ailleurs au Forum des femmes pour l’économie et la société, surnommé le « Davos des femmes », en référence au Forum économique mondial, rendez-vous annuel des décideurs du monde entier pour faire avancer le libéralisme du XXIe siècle.
Que ce soit avec l’Agence France presse (AFP), ou avec le géant des télécoms Orange, elles ont mis en place un « Observatoire » des tendances, sorte de benchmarking à la française. Une veille stratégique pour ne pas finir dans les placards de l’économie : rester updated, c’est vital de nos jours. Parfois, elles partagent un bon repas, servies par une flopée de domestiques dans un bel appartement parisien, et diffusent leurs discussions sous forme de vidéo-clips sur le site Terrafemina .
Sur le thème du numérique, on voit par exemple Hélène, directrice exécutive de Mediapart et Nathalie, de Tendances institut, papotant avec d’autres copines de « l’intelligence féminine » développée sur internet, et des nouveaux services qui facilitent la vie, comme commander ses surgelés bio en ligne : « Ça rationalise complètement la productivité en entreprise, on peut faire nos courses, rentrer le soir, elles sont livrées. (…) Les femmes s’approprient cet univers-là, parce que ça nous donne une liberté incroyable et puis surtout ça nous fait gagner un temps fou. » Elles sourient, c’est frais, ça sonne comme un renouveau de l’émancipation des femmes, enfin libérées de la corvée des courses par Intermarché.com.
Autre tâche dont les nouvelles technologies peuvent affranchir les femmes : l’éducation des enfants. Comprenez que lorsqu’on veut diriger le monde et être maman, la vie n’est pas facile. Les papas refusent toujours de s’en occuper7, affairés qu’ils sont à boursicoter ou à jouer à la PSP ; et depuis qu’on répond à ses mails sur son iPhone en même temps qu’on fourre le biberon au micro-ondes, il devient difficile de concilier flexibilité professionnelle et devoirs familiaux. Pour remédier aux affres de la modernité, Orange et Terrafemina proposent des solutions, qu’ils déroulent dans une enquête réalisée en partenariat avec l’institut de sondages CSA et le Treize Articles Weblab : « Tablette tactile : la nouvelle nounou ?».
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Le document de synthèse s’adresse aux « Super parents », et leur présente des « applis pour parents parfaits » que l’on peut aujourd’hui télécharger sur sa tablette – type Ipad. Le « Traducteur de pleurs », par exemple, analyse et identifie les larmes du chérubin, puis donne des conseils pour le faire cesser. D’autres applications permettent à la famille d’être « virtuellement unie », en étant « présents à distance » : on peut ainsi « numériser sa vie de famille », éviter de « parler à son ex-mari » grâce à un planning interactif, « raconter une histoire sans être présent », découvrir les joies du « e-câlin », programmer une image de réveil qui signale à l’enfant qu’il peut sortir du lit, etc. Grâce à ces applications téléchargées sur une tablette tactile moyennant quelques euros, on peut offrir aux petits un « environnement très dématérialisé », où le « doudou n’est plus si doux » et la « Barbie n’a plus le goût de plastique » puisqu’ils s’animent sur écran. Françoise, Loumia, Marie-Louise ou Isabelle de Terrafemina aiment leurs enfants. Elles leur collent un Ipad dans les pattes, pour qu’ils étreignent leur doudou virtuel et s’en vont affronter la jungle du marché, le cœur léger, sûres de n’être importunées par leur lourdaud d’ex-mari que par tablette interposée.
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Un enfant en couche-culotte absorbé par un Ipad : Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste mort en 1971, serait sûrement resté dubitatif devant la scène. Dans son livre le plus connu, Jeu et réalité, il étudie comment le nourrisson passe par une phase essentielle pour la constitution de sa subjectivité : suite au rapport fusionnel qu’il entretient dès la naissance avec sa mère, le bébé crée un « espace transitionnel » en portant son attention sur des « objets » (le pouce, le nounours ou le doudou), qui introduisent une distance et un jeu avec l’extérieur, c’est-à-dire avec autre chose que lui-même. Ici se jouent donc la fabrique de l’altérité, du fantasme ou encore du sentiment d’indépendance. Que cet espace soit rempli par une machine programmée par Apple et Orange n’inquiète pourtant pas Hélène et Nathalie, ce sont des mères sereines. Comme le dit le document de Terrafemina, leurs enfants sont « sous contrôle », ils « n’auront plus de secrets » puisque « Big Brother, c’est vous ! » Leur bébé est « sous surveillance standard » ou « sous surveillance premium » grâce au « super baby phone connecté » qui leur permet de « conserver l’historique du sommeil de bébé ». Quand leur enfant grandit, elles bénéficient d’un « suivi scolaire au bout des doigts », grâce au cahier de textes numérique et leur ado sera « enfin (géo) localisé » grâce à un GPS installé dans son smartphone et la possibilité de « surveiller le contenu de ses SMS ». Ainsi, elles ont la certitude d’avoir des enfants qui « sur-performent », avec des applis qui « coachent [leurs] champions ».
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Défilent ainsi les pages du document de ce benchmarking jusqu’à l’apothéose de la conclusion, dévoilant la sève éthique de telles recherches en marketing – à méditer :
« Grâce à des applications multiples et variées destinées à la fois à faciliter la vie et à combler toutes les lacunes des parents, le numérique ouvre le chemin de l’hyper parentalité :
– omniscients, super compétents et hyper performants… les parents numériques disposent d’une multitude de solutions pour assurer leur rôle,
– ils peuvent ainsi offrir à leurs enfants hyper sollicités et archi stimulés toutes les chances de réussite…
La tablette concrétise et incarne via ses applications, les obsessions de perfection de l’époque déjà à l’œuvre dans les injonctions des magazines féminins, dans l’explosion de la littérature self-help ou des émissions de coaching à la TV... »
Le Gixel, Orange, Terrafemina ou l’AFP ne sont pas les seuls à batailler pour que les enfants soient nourris au numérique. Parmi d’autres consortiums, on peut citer l’Association française des éditeurs de logiciels et solutions internet (Afdel), Le Conseil national du numérique (CNNum, où l’on retrouve pêle-mêle Pierre, directeur exécutif d’Orange, ou Nicolas, fondateur du site d’information « engagé » Owni.fr), le Groupement des éditeurs et diffuseurs d’éducatif multimédia (Gedem) ou Cap Digital. Ce dernier se présente comme un « pôle de compétitivité de la filière des contenus et services numériques. Ses 9 communautés de domaine regroupent plus de 700 adhérents : 620 PME, 20 grands groupes, 50 établissements publics, écoles, et universités... » Lors des Assises nationales de l’éducation et de la formation numériques en 2010, le bilan que tirait Cap digital se résumait ainsi : « Les derniers travaux en sciences de l’éducation montrent le potentiel du numérique quand il est bien utilisé. (…) La place des jeunes natifs du numérique doit aussi être repensée dans ce nouveau paysage. Nous nous devons de donner une vraie réponse à leurs attentes dans ce que pourrait être “la nouvelle éducation” et à intégrer des dispositifs très tôt dans les cursus scolaires (école primaire), jusqu’aux cursus universitaires les plus poussés par la création de formations de niveau master et doctorat centrés sur le numérique afin de former dès maintenant la génération qui inventera les outils et les pédagogies innovantes de demain. » Un énoncé prophétique à comparer deux ans plus tard avec le discours de Vincent Peillon, actuel ministre de l’Éducation nationale, après sa prise de fonction : « Préparer les jeunes, travailleurs de demain, citoyens de demain, hommes et femmes complets de demain, à la société dans laquelle ils vont vivre, qui est considérablement modifiée et qui peut être considérablement améliorée, du point de vue même des valeurs républicaines, par le numérique et par l’internet. Il appartient donc à l’école de se saisir pleinement de cette révolution, dont je considère qu’elle est aussi importante que la révolution du livre ou la révolution industrielle. (...) On peut dématérialiser, on le fait d’ailleurs déjà pour une partie des relations et des apprentissages. Notre École n’est plus définie uniquement par l’enceinte matérielle qui est la sienne. »
Faire une étude comparative des discours industriels et gouvernementaux des quinze dernières années au sujet de l’économie numérique montre un parallèle saisissant, où le politique se contente d’appliquer les propositions émanant du secteur économique, avec un simple enrobage de notions morales et de valorisation républicaine par-ci par-là. Il suffit de parcourir le site actuel de l’Éducation nationale au volet Technologies de l’information et de la communication (TIC) : tout ce qui existe officiellement aujourd’hui dans l’école correspond point par point au programme de relance économique des lobbies numériques énoncés depuis le début des années 2000. Plus de 4000 collèges et lycées disposent d’un Environnement numérique de travail (ENT), le cahier de textes numérique est devenu obligatoire en 2011, les manuels scolaires numériques sont expérimentés dans presque la moitié des académies, les classes qui utilisent des tablettes numériques Ipad ou autres se multiplient à vitesse grand V, les « serious games » sont vendus à grand renfort de slogans pédagogiques pour aider ludiquement les professeurs dans leur austère mission, etc. Par ailleurs, on peut se demander comment résister à l’ordinateur en classe lorsqu’on regarde les arguments délivrés par exemple par la région Languedoc Roussillon : non seulement l’informatique supprime l’ennui des élèves, mais il permet en outre de draguer entre deux cours virtuels :
Cette numérisation de l’école a son héraut : François Hollande, qui, avant d’être Président de la République, dirigeait le conseil général de Corrèze, où tous les élèves de 5e, 4e et 3e et tous les enseignants ont été pourvus d’un ordinateur portable sous son mandat. Depuis 2010, des Ipad sont distribués gratuitement aux élèves de 6e. Sur le site de la région, on peut lire les arguments qui ont poussé à un tel choix : « L’iPad a été choisi car il présente plusieurs avantages par rapport à l’ordinateur portable : il mesure 13,4 mm d’épaisseur pour un poids de 680 grammes — ce qui le rend plus fin et plus léger que n’importe quel ordinateur portable ou netbook. L’écran haute résolution et très réactif de l’iPad... », etc. Une plaquette de pub en guise de philosophie de la pédagogie, qui permet de mieux comprendre les enjeux du discours emphatique du nouveau Président en octobre 2012 : « L’école du futur ça commence par les nouvelles technologies. (...) Donc nous devrons, vous devrez adapter vos façons de faire et utiliser ces technologies comme un levier de changement, d’ouverture. (...) Je demande au Gouvernement de prendre rapidement les initiatives pour donner à ce que l’on appelle l’e-éducation, la dimension qui doit être la sienne. Le Gouvernement donnera tous les moyens pour déployer ces ressources et réussir à relever ce beau défi du numérique. Nous ne manquerons pas le rendez-vous. Et nous devrons inscrire la devise de la République, présente sur les frontons de toutes nos écoles, dans les territoires numériques éducatifs du XXIe siècle. »
C’est éloquent, c’est moderne. Apple aime. Orange aussi. Le Gixel jubile. Terrafemina en redemande. Après de nombreuses années passées à rédiger des rapports, des recommandations, et à créer des observatoires et des instituts public/privé pour la promotion du numérique, le travail de sape a payé. En 2012, un président de gauche fraîchement élu a une priorité et une seule pour l’école : sa dématérialisation. Finies les lamentations liées à la suppression de postes dans l’Éducation nationale, aux fermetures de classes en zones rurales, à l’illettrisme, ou aux pompeux concepts bourdieusiens de reproduction sociale. Au XXIe siècle, à l’école, il faut mettre le paquet sur les Ipads.
Pourtant, certaines études élaborées par l’Institut français de l’Éducation sont extrêmement sévères quant à l’introduction des Technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) : « Un faisceau d’indices suggère que la volonté de divulguer les nouvelles technologies dans l’éducation provient essentiellement des sphères économiques, puis par le relais du politique transite jusqu’aux collectivités, avant d’être prescrite aux sphères éducatives. (…) Il semble donc, a fortiori, que l’argument d’une “plus-value” pédagogique mécaniquement liée à l’introduction des TICE soit un postulat fragile. » Mais il est trop tard pour de telles appréciations critiques, le train du progrès n’attend pas. Depuis quelques années, les élèves sont sanctionnés par un Brevet informatique et internet (B2i) et les profs par un Certificat informatique et internet de niveau 2 enseignant (C2i2e). Les ENT encadrent l’éducation et font sortir l’école de ses murs : le professeur qui corrige ses copies le week-end poste ses notes et appréciations sur Pronote le dimanche, aussitôt consulté par les parents. Bref, le gamin d’aujourd’hui peut avoir sa claque avant même d’avoir sa copie corrigée entre les mains. Dans chaîne humaine élève-professeur-parents, les technologies de l’information jouent dorénavant un rôle de médiation, articulé par un langage binaire. Cela ne permet guère les sourires encourageants ou les « On passera pour cette fois ». Le culte de l’instantanéité véhiculé par les TIC dépossède surtout les enfants de l’inventivité et des ruses qu’ils pourraient développer pour retarder une sanction ou une situation de crise familiale. Exit également l’apprentissage de la responsabilité face à un échec, ou la chance de se refaire...
Peu importe, selon une autre étude menée par l’Observatoire Orange/Terrafemina auprès de professeurs, ceux-ci sont globalement « résignés face à la révolution numérique », malgré la fronde de certains réfractaires à l’éducation 2.0, protégeant leur corporation, qualifiée par nos observateurs aiguisés de « nouvelle révolte des Canuts ». Une rébellion matée en interne comme en témoigne cet enseignant interrogé dans l’étude : « On a une grille avec chaque matière qui doit valider des items du B2i. On a forcé quelques profs à s’y mettre. » Que veux-tu, mon vieux, on ne va tout de même pas s’attarder sur d’éparses jacqueries d’arrière-garde ! En ces temps de crise, l’éducation des enfants se doit d’être indexée à une optique de croissance, et leur éveil se calquer sur les besoins du marché.
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Quelques professeurs freinent du pied, certes, mais dans cette numérisation programmée de l’école, avons-nous vraiment besoin de professeurs ? Ne pourrions-nous pas remplacer les enseignants par des machines ? Car la différence entre un robot et un humain, c’est que le robot produit de la valeur en étant fabriqué, tandis qu’un humain n’en produit qu’une fois formé. Vingt ans d’investissement public en formation scolaire et universitaire pour obtenir un fonctionnaire fainéant, même pas fichu d’inculquer un programme scolaire formaté pour garantir la reproduction des valeurs de la classe dirigeante. On hurle à la gabegie ! La biométrie à la cantine devenant monnaie courante, on pourrait désormais, comme en Californie, remplacer les surveillants par des puces électroniques installées sur les gamins . Puis, après avoir calqué son programme éducatif sur les recommandations de Cap Digital (ENT, cahiers de textes numériques, distribution d’Ipad, etc.), notre bon gouvernement de gauche pourrait continuer de suivre les conseils de l’ingénieux lobby :
« En juin 2010, l’Université de Tokyo achète 30 robots français Nao afin de les utiliser à des fins éducatives. Une grande université américaine de renom, au nord de la NY City est dans la même démarche (encore confidentiel). Le programme coréen R-learning prévoit d’introduire des robots dans 8000 écoles maternelles d’ici 2013. Les robots assistent les professeurs, par exemple en lisant des histoires aux enfants, les parents peuvent également déjà interagir en se connectant aux robots à distance. Si les résultats sont convaincants, le programme pourra s’étendre aux écoles primaires. Le budget alloué s’élève à 9 M USD en 2011, 36 M USD en 2012. (...) Le Japon, la Corée et les États-Unis, ayant identifié le potentiel des robots et des technologies issus de la robotique pour l’éducation, investissent d’une manière importante dans ce domaine. Les enjeux économiques et sociétaux s’annonçant colossaux, il est temps pour la France de déployer tous ses moyens pour avancer dans ce domaine. »
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Nao, le gentil professeur.
Les attaques du marché à l’encontre de l’école ne datent pas d’hier. Après de nombreuses résistances pour tenter de prémunir l’éducation des enfants de la déferlante du marketing, le numérique avec ses tablettes, ses ordinateurs connectés à internet ou ses mignons robots semble constituer le cheval de Troie idéal. Il est vrai que les profs témoignent de leur difficulté à faire cours depuis l’apparition des nouvelles technologies à l’école. Happés par Facebook, les mails ou les forums, dans les salles de cours, les gamins ont vite fait leur choix entre le divertissement excitant de leurs smartphones et le vieux croulant qui s’escrime à rendre le Roman courtois sexy. Les confiscations et les punitions liées au divertissement 2.0 allant crescendo, on peut comprendre la « résignation » des profs dont aiment à parler Terrafemina et Orange. À l’usure, et face à l’enchaînement des réformes du système scolaire plus inconsistantes les unes que les autres, on finit par céder : il devient naturel de poser des problèmes de physique avec des exercices virtuels sur écran tactile, d’apprendre l’histoire avec des péplums hollywoodiens, et de faire la classe avec des hiboux en 3D souriants sur un Ipad et des applications Orange. Bien entendu, l’implantation de ces nouvelles technologies dans les écoles n’est pas neutre, comme le rappellent les sociologues de l’éducation Maurice Tardif et Joséphine Mukamurera : « L’introduction des TIC se traduit simultanément par la pénétration des entreprises privées dans l’école et les classes, entreprises qui non seulement fournissent des infrastructures techniques, mais aussi des contenus et des valeurs : compétition, consommation, “marketisation”, “clientélisme”, “marchandisation” des savoirs scolaires. Ces valeurs et contenus sont la plupart du temps conformes aux idéologies “managériales” néo-libérales qui souhaitent restructurer l’école pour qu’elle corresponde aux nouvelles formes organisationnelles de l’industrie et de la finance, marquées par la flexibilité, la primauté de la compétence sur la qualification, le travail en équipe, l’empowerment du travailleur autonome et responsable, la mobilité, etc.. » Avec l’e-éducation, on n’éduque pas un enfant, mais on prépare le travailleur de demain, en le rendant compatible aux nouveaux moteurs de l’économie. Pour cela, le numérique promet le nirvāṇa, et l’école, comme tous les services publics, apparaît comme un client rêvé. Imaginez-vous un instant patron d’une boîte de logiciels ou de tablettes électroniques face au marché des enfants et de l’éducation : ce serait comme donner les clés de l’Inra à un faucheur volontaire. Le saccage joyeux.
Pour Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent du Gixel, tout comme pour Françoise, Loumia, Marie-Louise ou Isabelle de Terrafemina, l’idée de confier leurs enfants de 3 ans à Nao le robot, pour qu’il leur raconte des histoires sera-t-elle aussi évidente à accepter qu’aujourd’hui celle d’installer des contrôles biométriques dans les maternelles ou bien de traduire les pleurs de bébé avec un iPhone ? Quelle conception ces personnes ont-elles de l’enfance et de l’éducation, ou plus simplement de leur rôle de parent ? Ignorent-elles la « vérité élémentaire [qui] est à la base même de cette réalité anthropologique fondamentale qu’est l’activité éducative : l’être humain est un être qui a besoin des autres pour devenir humain, et c’est par la médiation avec les autres humains que sa propre humanité est rendue possible. »
À moins que ces mêmes personnes qui discourent sur la robotisation et l’e-éducation n’appliquent pas, dans leur quotidien, leurs propres recommandations au gouvernement pour la croissance de l’économie numérique. Peut-être que Pierre, Olivier, Loumia et Marie-Louise ont compris qu’à l’ère du déferlement technologique, il n’est pas bon de saturer l’espace mental d’un enfant avec les stimulations de l’informatique. On sent la contradiction qui les anime : d’un côté vendre des tablettes au nom du sacro-saint principe de croissance, et de l’autre prendre soin de ses enfants, être présent, tendre et leur parler. Bref, les aimer comme un robot ne pourra jamais le faire. Pierre, Olivier, Loumia et Marie-Louise savent sûrement cela, comme tout parent, mais préfèrent se comporter en salauds 2.0 et vanter les mérites de gadgets high-tech dont la seule raison d’être se trouve dans l’économie de marché et le culte du progrès technique. Un précieux article du Monde dévoilait d’ailleurs le double jeu mené par les élites de l’économie numérique dans leur rapport à l’éducation de leurs enfants :
« Pas un ordinateur, pas une télé, pas le moindre petit ou grand écran à la Waldorf School of the Peninsula. En revanche, on a trouvé un four à pain dans le jardin, que les petites classes utilisent chaque semaine, des chaussettes faites main – les cours de tricot, pour filles comme pour garçons, commencent en CP –, des tableaux noirs et des craies de couleur. (…) Cette école privée – environ 20 000 dollars de frais de scolarité annuels – de la Silicon Valley recommande aux parents de limiter l’exposition aux écrans jusqu’à l’équivalent de la sixième et n’introduit l’outil informatique qu’en quatrième. Un comble pour un établissement qui compte dans son voisinage Google, Apple et une pléiade de start-ups hyperconnectées. Surtout quand on sait que les trois quarts des parents d’élèves de cette école travaillent dans les nouvelles technologies. »
Les fabricants de camelote numérique savent que ce que l’on appelle la « dématérialisation » de l’éducation provient d’un phénomène hypermatériel : l’informatisation du monde repose non seulement sur un système d’objets aussi polluant qu’énergivore et sur une économie capitaliste débridée, mais surtout sur une conception matérialiste de la société. L’imagination, la sensibilité ou l’attention aux autres s’atrophient au profit d’échanges de type cybernétique. L’article du Monde cite ainsi les paroles de Pierre Laurent, l’un de ces parents qui ont choisi de préserver ses enfants de ce qu’il fabrique par ailleurs, en les mettant dans une école sans ordinateur : « Pour apprendre à écrire, il est important de pouvoir effectuer de grands gestes. Les maths, ça passe par la visualisation dans l’espace. L’écran gêne l’enseignement. Il diminue les expériences physiques et émotionnelles. » En bon père, Pierre Laurent ne souhaite sûrement pas qu’à cause de son gagne-pain immatériel, ses enfants développent ce qu’il est devenu commode d’appeler des « Troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité (TDA/H) », comme l’ont démontré des chercheurs de l’université de l’Iowa. Pierre Laurent n’a sûrement pas envie de gaver ses bambins de comprimés de Ritaline pour trouver un peu de paix.
Comprendre ce jeu de dupes peut nous aider à regarder nos enfants dans les yeux. Les abandonnerons-nous à cet ersatz d’éveil au monde proposé par les excitations du numérique ? Les trahirons-nous en refusant la responsabilité que nous avons de les accompagner dans la découverte sensible de ce qui les entoure ? Le système scolaire actuel n’est pas parfait, de même qu’aucun parent ne l’est dans l’éducation qu’il offre à ses enfants. La question n’est pas de sacraliser l’ancien temps, mais d’inventer de nouvelles formes de rapports humains qui nous permettent de déjouer les agressions industrielles – nous avons autre chose à transmettre qu’un devenir cyborg. Des gens s’organisent pour résister à l’invasion des nouvelles technologies dans notre intimité et nos formes de vie les plus élémentaires. De nombreux collectifs en France s’opposent au quotidien au fichage informatique des enfants (Base-élèves) dans les écoles. Un groupe se constitue actuellement autour des métiers du livre pour dénoncer le remplacement prophétisé du livre par les tablettes numériques, la disparition des imprimeries, des éditions ou des librairies à échelle humaine, au profit d’Amazon et Google. Des bergers se mobilisent pour refuser le puçage électronique de leurs brebis. Des assistantes sociales lancent des mouvements de grève pour protester contre les statistiques informatiques que l’État leur impose d’effectuer sur les pauvres. Bref, sur le terrain, des luttes contre l’informatique et le numérique sont menées avec une puissance qu’il devient difficile d’ignorer. L’offensive des industriels de l’informatique ou du numérique donne lieu à des résistances positives qui en profitent pour remettre en question l’ordre établi, avec ses logiques capitalistes, ses injustices sociales, et ses effets de domination. S’opposer au numérique à l’école revient alors à poser la question des valeurs que nous voulons transmettre à nos enfants et des expériences que nous désirons partager avec eux : pour vivre avec les autres, explorer les matières et les couleurs du monde, l’écran est la chose la plus accessoire.
(Source : article 11.info)
 
 
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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 19:04

 

Cyril s’est fait condamner en comparution immédiate fin novembre après s’être fait arrêter sur la zad par des gendarmes infiltrés sur une barricade (’y a déjà eu des articles publiés là-dessus).

Il nous répond et nous envoie une chanson qu’il nous demande de publier.

Pour lui écrire :

Centre pénitentiaire / quartier maison d’arrêt / Cyril n° d’écrou 57360 / rue de la Mainguais / 44300 Nantes

Mes chers camarades,

Un très grand merci pour votre soutien et celui des autres camarades zadistes. Pas une journée ne se passe sans que je pense à vous tous. Merci pour ces infos non muselées que tu m’apportes, cela renforce encore plus mes convictions déjà fortes et ne me désespère pas pour notre cause qui est juste, elle. Nous ne sommes peut-être qu’une épine dans le pied de ce gouvernement mais elle est assez profonde pour qu’il puisse la retirer. Remplie d’un venin qui se nourrit d’amour et de solidarité, elle envenime ceux qui sont pour la destruction, la répression violente et les constructions capitalistes inutiles pour une population pacifiste mais résistante qui ne demande que de vivre en paix et en harmonie avec la mère nature. Ils ne sont pas à leur premier coup d’essai. Mais la résistance est toujours là. Nous faisons partie de la nouvelle et de l’ancienne génération qui lutte depuis tant d’années contre ces multiples projets inutiles. Ils dépassent les bornes. Ces souffrances qu’ils infligent à nous et à la mère nature sont malheureusement irréversibles et nous ne les oublieront jamais. Qui sont-ils pour penser que la valeur de l’argent est plus importante que celle de l’être humain et de son environnement. Pour moi c’est un devoir envers les miens de crier mon opposition à tout cela. La destruction massive de notre mère la terre doit cesser car les conséquences en sont désastreuses. Que laisserons-nous à nos enfants ? Une chose est sûre, nous ne sommes pas des lâches. Nous nous battons pour des valeurs sûres, justes et ils en seront fiers. L’Etat ne peut en dire autant, car il n’en est pas à sa première erreur. Mes grands-parents et mon père ont subis les mêmes erreurs à une échelle différente et leur était reproché à l’époque le simple fait d’être juifs et de vouloir protéger cette terre qui est la nôtre. Refusant de partir de leur terre pendant la guerre, ils en ont payé le prix fort. Fusillés par les collabos de l’époque devant mon père qui n’avait que 5 ans. Certaines choses ont changés mais le gouvernement lâche et hypocrite reste ferme devant les cris et les pleurs de ses enfants qu’il dit capricieux. Je pense que le caprice vient d’eux et que la Raison vient de notre passion et de notre amour pour ces nombreuses causes justes et défendables. Ils ne l’entendent pas de même et nous poussent dans l’illégalité et la rébellion. Ma peine est celle d’un être humain qui ne se soumet pas. Comme la vôtre. Faut-il pourtant subir ? Ma réponse est Non. Nous ne lâcherons rien. Car peu importe le temps, ce qui compte ce sont les messages et le résultat ainsi que les erreurs flagrantes que le peuple voit. Ne changez rien, reste comme vous êtes, libres ! Mes bottes me manquent, vous me manquez camarades et ami-e-s et je continue la lutte d’une autre manière. Grace à vous j’ai assez de contacts à l’extérieur pour me faire entendre. Cela fait plus de dix ans que je me bats pour différents causes. Je suis originaire de cette région et je le resterais malgré mon interdiction de séjourner dans le 44 pendant 2 ans. Sauf Avessac où j’ai acheté un petit corps de ferme que je rénove pour tous ceux qui aiment la nature et la liberté. Je suis tailleur de pierre et cela me plait. Ma lutte se fait aussi dans la musique depuis 12 années et passera ces messages grâce à l’aide extérieure, étant à l’heure actuelle prisonnier. Je suis sur le projet d’un nouveau CD destiné à notre cause. Car il me semble nécessaire de faire passer ces messages. Je vous fais donc part du premier jet de la première chanson que je vous offre en espérant votre participation future d’une vérité qu’on nous demande de cacher. J’aimerais si possible que cette lettre ainsi que cette chanson soient mises sur Indymedia. Merci. Je compte sur vous et vous remercie tous pour le soutient que vous m’apportez et surtout pour cette cause juste. La terre de nos parents est la future terre de nos enfants, ne l’oublions pas. V.D.R et S

Je vous embrasse,

Cyril n° écrou 57360 prison de Nantes

Cette chanson se fredonne comme un chant de pirate

ZAD PACIFISTE MAIS RESISTANTE

Refrain :

Nous ne sommes pas des criminelles, nous sommes des enfants

Nous nous battons pour la terre et non pour l’argent

Que laisserons-nous derrière pour tous ces enfants ?

Surement pas une terre meurtrie depuis trop longtemps.

Nous ne pouvons plus nous taire car l’erreur est flagrante.

 L’Etat reflète notre misère et en est conscient.

Pousse l’humain à bout de nerf à cause des dirigeants.

 Dans une atmosphère austère et si méprisante.

Nous nous battons pour cette terre que nous aimons tant.

Pour combattre cette misère nous restons devants. L’égalité sur cette terre n’est pas si flagrante.

Regarder autour mes frères l’ampleur est dégradante.

Pour nos sœurs et pour nos frères même pour nos enfants.

Le reflet d’une misère crée par tous ces gens.

De finance et de guerre nous ’nous ne laisserons pas faire. En avant tous ensemble.

Refrain

Que laisserons-nous derrière si ce n’est le temps de réparer cette terre qui nous offre tant. Nous ne sommes pas des criminels nous sommes des enfants tous issus de la même terre celle de nos parents.

N’ayons plus peur de nous taire devant toute cette violence.

Envers nous envers la mère qui nous rend vivant.

Des cultures si différentes et enrichissantes.

Pour combattre la misère qui est juste devant.

Allons marchons mes frères unis tous ensemble.

Montrons leur ni peur ni souffrance car nous nous sommes fiers.

De combattre vacillement mais pas pour la guerre.

Pour un futur rayonnant résistons mes frères.

Que laisserons-nous à nos enfants sûrement pas la misère.

Que le ministère comprenne que l’on ne peut se taire devant toute cette violence gratuite et volontaire nous ne pouvons nous taire.

Merci pour tout et continuez à vivre

(source texte : zad.nadir.org)

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 18:47

Communiqué de l’Union Syndicale Solidaires

Mardi 18 décembre 2012 : Journée internationale des migrant-es


Manifestation 18 décembre

Une Europe solidaire pour les droits des migrants-es

Communiqué de l’Union syndicale Solidaires

La journée internationale des migrants-es demeure une initiative indispensable compte tenu des politiques migratoires européennes et nationales.

Le gouvernement Hollande, avec son premier flic de France M. Valls, poursuit sur le fond la même politique que le gouvernement précédent. De l’expulsion des Roms aux critères arbitraires de régularisation en passant par les tergiversations sur le droit de vote des étrangers, ce gouvernement cède aux pressions idéologiques de la droite et de l’extrême droite.

Cette politique s’inscrit dans la défense d’une Europe forteresse qui conduit chaque jour à la mort des milliers de migrants-es. Entre 1988 et 2012, 13 000 personnes sont mortes noyées en Méditerranée.

Après des siècles de pillage colonial, les pays occidentaux bafouent les droits élémentaires de libre circulation et d’installation des personnes qui fuient la misère, la guerre, les violences.

Ce monde là n’est pas le nôtre ! La richesse de l ‘humanité c’est sa diversité !
Liberté de circulation et d’installation des migrants-es.
Egalité de tous les droits, sociaux et civiques.
Respect des conventions internationales pour les migrants-es et leur famille.
Arrêt des expulsions et fermeture des centres de rétention.
Régularisation de tous les sans papiers et carte unique de 10 ans de plein droit.

L’union syndicale Solidaires, avec l’ensemble des organisations et associations de défense des droits des étrangers, appelle à la manifestation du 18 décembre pour l’égalité des droits et une Europe solidaire.

(Paris, rendez-vous le 18 décembre au métro Belleville à 18h30)

10 décembre 2012

Mardi 18 décembre 2012

Journée internationale des migrant-es

Uni(e)s contre une immigration jetable

Manifestons contre une politique européenne homicide et en faveur de profondes réformes en France.

Un peu plus de six mois après l’élection d’une majorité parlementaire et d’un président de la République a priori supposés moins conservateurs que leurs prédécesseurs, que reste-t-il des espoirs de changements progressistes en matière de politique à l’égard des étrangers ? A dire vrai, le bilan est consternant. Et, sans fortes pressions populaires, il y a fort a parier que, pour l’essentiel, le gouvernement ne modifiera rien ou presque de la réglementation nationale xénophobe peaufinée par la droite au cours des dix dernières années et que, à l’échelle de l’Union européenne, il s’accommode sans sourciller d’une stratégie homicide de fermeture des frontières qui a déjà tué de l’ordre de 13 000 personnes entre 1988 et 2012 dans la seule Méditerranée. De même que l’obsession de « scores » présentés comme flatteurs dans le domaine des expulsions et des enfermements, ces milliers de vies perdues donnent la mesure du cynisme des États de l’Europe qui, pour éviter tout partage de leur richesse et de droits fondamentaux en principe moins bafoués qu’ailleurs, mènent désormais une véritable guerre aux migrants, avec les conséquences liées à toute guerre : des milliers de morts et de blessés.

Dans un pareil contexte, la Journée internationale des migrants, ce 18 décembre 2012, peut être l’occasion de secouer l’immobilisme et, à travers l’expression massive d’une indignation contre cette tuerie, exiger des changements enfin fondamentaux des politiques migratoires, à commencer par celle de la France.

Défendre le respect de la vie des migrantes et des migrants entraîne, en effet, quantité d’exigences supplémentaires qui, elles, touchent aux conditions d’existence et aux droits de celles et de ceux qui vivent parmi nous :

·         les sans-papiers en attente de régularisations à ce points aléatoires qu’elles relèvent de la loterie ;

·         les gagnant·e·s à cette loterie après paiement d’une taxe démesurée de près de 700 € héritée de la droite ;

·         les familles condamnées à d’interminables séparations ou à des vies d’angoisses et de misère ;

·         les femmes, les hommes et les enfants, en instance d’expulsion, qui subissent toujours un régime d’exception sans garantie d’accès à un juge avant leur éloignement ;

·         les mineurs isolés étrangers souvent abandonnés à la rue alors que l’aide sociale à l’enfance a l’obligation de les protéger, ainsi que quantité de jeunes majeurs voués, par la même négligence, à rejoindre les rangs des sans-papiers ;

·         les malades, auxquels des titres de séjour sont refusés sans considération des conditions de soin dans leur pays d’origine ;

·         les demandeurs d’asile éjectés par la « mécanique du soupçon » ;

·         toutes celles et tous ceux pour lesquels la non-signature de la Convention pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille facilite le déni de certains de leurs droits fondamentaux ;

·         les étrangers en situation régulière qui, en dépit d’une promesse de plus de trente ans, demeurent loin d’obtenir le droit de voter là où ils résident ;

·         les personnes naturalisées et leurs enfants qui, en dépit de leur qualité de Français, subissent quantité de discriminations légitimées par le soupçon qui caractérise l’ensemble de la politique migratoire ;

·         les milliers de Françaises, de Français, d’étrangères et d’étrangers parfaitement réguliers que la couleur de leur peau ou leur « faciès » expose à des violences et à des contrôles discriminatoires incessants auxquels le ministre de l’intérieur n’entend pas mettre fin ;

·         celles et ceux que leur religion désigne, plus que jamais, à la vindicte publique, quelle que soit leur nationalité ;

·         les Roms, les Tsiganes, et toutes celles et ceux que la France, comme d’autres pays, continue de chasser de leurs campements, d’exclure de tous les droits fondamentaux et de stigmatiser comme indésirables ;

·         et puis tous ces migrants et migrantes sur la route de l’exil, que des contrôles policiers aux frontières de Europe et toujours plus loin de son territoire, par le biais d’accords de sous-traitance avec des États tiers, condamnent à risquer jusqu’à leur vie. Ces discriminations et ces violences forment un tout, que la Journée internationale des migrants doit contribuer à combattre. Elle peut être l’occasion d’un appel déterminé et massif à des réformes en profondeur soucieuses d’une égalité des droits effective et fondée sur le respect d’une liberté de circulation sans laquelle elle sera illusoire. Pour ce changement de regard sur l’immigration et pour ces réformes urgentes.

PREMIERS SIGNATAIRES

Associations : Acort (Assemblée citoyenne des originaires de Turquie) - ADTF (Association démocratique des Tunisiens en France) - ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France) - Association des Marocains de France (AMF) - Attac France (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) - Collectif de vigilance Paris 12 pour les droits des étrangers - Droits Devant !! - Les efFRONTé-e-s - Fasti (Fédération des associations de solidarité avec les travailleur.euse.s immigré.e.s) - Femmes Egalité - Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s) - Mouvement du Christianisme Social - Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) - RESF (Réseau Education sans frontières)

Organisations syndicales : Fédération SUD Education - Union syndicale Solidaires

Formations politiques : Les Alternatifs - Convergences et Alternatives - FASE (Fédération pour une Alternative sociale et écologique) - Front de Gauche - Gauche anticapitaliste - Gauche unitaire - NPA (Nouveau parti anticapitaliste) - PCF (Parti communiste français) - PCOF (Parti communiste des ouvriers de France) - Parti de Gauche - République et Socialisme

A Paris, manifestation du métro Belleville à Saint-Bernard mardi 18 décembre à 18h30

·         contre des politiques migratoires homicides

·         pour de profondes réformes du droit des étrangers Apportez vos lumières : lampes, lampions, torches, flambeaux, etc.

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 18:44

Voilà une information qui devrait déplaire aux tenants de la « compétitivité » : entre 1999 et 2011, la productivité des salariés dans le monde a progressé trois fois plus vite que les salaires moyens.

« Pour le dire simplement, davantage du gâteau national est allé aux profits, et moins aux salariés », résume l’Organisation internationale du travail (OIT), suite à la publication de son rapport mondial sur les salaires, ce 7 décembre.

« La part des salariés dans le revenu national s’est rétrécie dans la plupart des pays, provoquant un mécontentement populaire et augmentant le risque de troubles sociaux », souligne l’OIT. Dans les économies développées, la part de la rétribution du travail est passée de 75% du revenu national, à 65%. A l’échelle de la France, cela signifie qu’aujourd’hui environ 200 milliards d’euros (soit 10% du revenu national brut de 2011 ) ont été transférés de la rémunération du travail vers la rémunération du capital et les marchés financiers. En trente ans, la part des dividendes dans les revenus distribués a été multipliée par trois , passant de 4% à 13%. Vous avez dit compétitivité ?

Pire : désormais, au prétexte de l’austérité, les salaires au sein des économies développées commencent à baisser. En Grèce, le revenu minimum a ainsi été amputé de 22%. Résultat : « Les travailleurs pauvres représentent plus de 7% de l’ensemble des travailleurs aux États-Unis et 8% en Europe », ajoute l’OIT. Au sein des pays émergents, si les salaires continuent de croître, ils subissent la même pression de la part de la finance. « Même en Chine, où les salaires ont triplé au cours de la décennie écoulée, la part du revenu national qui revient aux salariés a baissé », pointe l’organisation. Les disparités entre salariés restent très fortes : un ouvrier grec du secteur manufacturier (13 dollars de l’heure) gagne dix fois plus que son homologue philippin (1,40 dollar), mais presque trois fois moins que son camarade danois (35 dollars).

(source : bastamag.net)

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