Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 14:25

 

 

Hier soir en sortant du boulot, j’étais fatigué, mais il fallait que j’aille poster une lettre importante. La poste étant en centre-ville, j’ai laissé ma voiture sur un parking, j’ai payé à un horodateur puis j’ai pris le tram. J’ai acheté un billet au distributeur automatique, et ensuite je l’ai composté moi-même sur une autre machine. Je suis arrivé à la poste et là, j’ai pesé et affranchi mon courrier avant de le poster sans l’aide de personne. J’en ai aussi profité pour retirer de l’argent à un distributeur bancaire. Dans le hall de la poste il y avait un distributeur de boisson automatique, alors je me suis fait un petit café.

Lorsque j’ai récupéré mon véhicule, je suis allé faire le plein en utilisant ma carte bleue et en me servant moi-même, maintenant je fais ça très bien et j’utilise le gant mis à disposition. Comme les pompes à essence sont à proximité d’une grande surface, j’en ai profité pour faire mes courses. Grâce à un jeton j’ai récupéré un chariot que j’ai rempli avec différents produits et ensuite je suis allé à une caisse automatique où j’ai moi-même scanné mes articles que j’ai ensuite payés tout seul comme un grand. Comme il était tard j’ai diné à la cafétéria qui jouxte le magasin, c’est un self, c’est-à-dire que l’on se sert tout seul, ensuite l’on passe à la caisse et à la fin du repas, l’on débarrasse et l’on ramène son plateau à la plonge, c’est super pratique !

Pour rentrer chez moi, j’ai pris l’autoroute. Au péage, j’ai jeté quelques pièces dans une corbeille et la barrière s’est soulevée toute seule. Il faisait encore bon, je me sentais bien, j’ai appuyé un peu fort sur le champignon, et je me suis fait flasher par un radar automatique. Et merde ! Demain, le PV sera également envoyé automatiquement…. Marre de la bagnole, la prochaine fois que je « monte » à Paris, j’irais en avion, c’est pratique on fait soi-même son billet sur internet, et ensuite sur place on peut procéder à l’auto-enregistrement de ses bagages. Et le plus surprenant c’est que les navettes qui relient l’aéroport sont entièrement automatisées, il n’y a même pas de conducteur !

Le lendemain en me rasant je pensais à ma carrière professionnelle. Lorsqu’à la radio le flash spécial info a annoncé que le chômage était en hausse et que l’on devrait cotiser plus longtemps pour nos retraites. Et là, je ne sais pas pourquoi mais certain de mes gestes quotidiens se sont imposés à mon esprit. Premièrement j’ai pensé que c’était plus commode de se servir soi-même, puis je me suis dit que c’était quand même un peu comme si je travaillais gratuitement. Deuxièmement, je me suis posé la question de tous ces chômeurs remplacés par des machines qui obligent les clients à travailler en prenant la place de véritables salariés. Ensuite le problème des retraites a effleuré mon esprit : si tout est automatisé, l’on aura besoins de beaucoup moins de personnes pour fabriquer nos produits, donc plutôt que de prélever des cotisations sur les salariés, il faudrait peut-être les prélever sur les automates ou sur la richesse produite. Bon, enfin, je ne vais pas me mettre martel en tête, je suis encore jeune, j’ai le temps de voir venir… je n’ai que 35 ans !

Voilà, j’ai bientôt 53 ans, je ne travaille pas, je touche le minimum « assistanat » et je suis obligé de faire 20 heures par semaine de travail de solidarité : je nettoie les différents automates et distributeurs de mon quartier. Il y a énormément de travail car en 15 ans les machines ont envahi tous les secteurs de notre vie. Dans six mois si je ne trouve pas un travail stable, on me retirera ma carte de santé, de logement et de ravitaillement, et l’on m’emmènera dans un établissement « CQI », je ne sais pas si c’est bien, j’en connais qui y sont allés, mais je ne les ai jamais revus. Là-bas aussi, il parait que tout est automatisé…..

 

Article original publié sur "Conscience Citoyenne Responsable" http://2ccr.unblog.fr/2011/10/02/ce...

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 14:19

 

 

« Cette férocité bourgeoise s'aggravera sans mesure avec le XVIème siècle finissant, plus encore avec le XVIIème siècle. Le problème : mettre les pauvres hors d'état de nuire.

A Paris, malades et invalides sont depuis toujours dirigés sur les hôpitaux, les valides employés au dur et fastidieux travail de l'interminable nettoyage des fossés de la ville, enchaînés deux par deux. En Angleterre, dès la fin du règne d'Elisabeth, apparaissent les poor laws, en fait des lois contre les pauvres. Peu à peu, à travers tout l'Occident, se multiplient les maisons pour les pauvres et indésirables, où l'insensé est condamné au travail forcé, dans les workhouses comme dans les zuchthäuser, ou les "maisons de force", par exemple cet ensemble de semi prisons que réunit sous son administration le Grand Hôpital de Paris, fondé en 1656. Ce "grand renfermement" des pauvres, des fous, des délinquants, des fils de famille que leurs parents mettent ainsi sous surveillance est l'un des aspects psychologiques de la société raisonnable, implacable aussi dans sa raison, du XVIIème siècle. Mais elle est peu-être une réaction quasi inévitable devant la multiplication de la misère en ce siècle difficile. Fait significatif, à Dijon les autorités de la ville vont jusqu'à interdire aux citoyens, en 1656, la charité privée et l'hébergement des pauvres. "Au XVIème siècle, on soigne ou on nourrit le mendiant étranger avant de l'expulser. Au debut du XVIIème siècle on le rase. Plus tard on le fouette ; et à la fin du siècle, le dernier mot de la répression en fait un forçat. »

Extrait de Fernand Braudel. Civilisation matérielle, économie et capitalisme XVe - XVIIIè siècle.

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 21:44

A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre, et en prévision du sommet du G20, les 3 et 4 novembre prochain, Amnesty International France lance une campagne pour faire pression sur Nicolas Sarkozy afin de renforcer les outils permettant de lutter efficacement contre la pauvreté.

Amnesty International participe, depuis plusieurs années, à une mobilisation mondiale pour que les « droits de deuxième génération », les droits économiques, sociaux et culturels, deviennent tout aussi justiciables que les droits civils et politiques. Le premier résultat a été, en 2008, l’adoption par les Nations Unies du Protocole facultatif au PIDESC (Protocole international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels). Reste qu’aujourd’hui ce mécanisme est inopérant, car aucun chef d’Etat du G20, la France en tête, ne l’a ratifié.

Mobilisez-vous sur www.faiteslesigner.fr

L’équipe de coordination de la campagne (((Exigeons la dignité !)))

www.amnesty.fr/dignite

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 20:26

ec724be.jpg

 

Jonathan, 34 ans, était incarcéré à la maison d'arrêt de Besançon, en attente d'un procès en Cours d'assise. Le 1er mai, il s'est pendu dans sa cellule. Jonathan était – aussi – abonné à Article11. Cet article, il ne le lira pas ; on espère qu'il l'aurait aimé. 

 

 

Une lettre comme on voudrait en recevoir mille, postée de la maison d'arrêt de Besançon. Numéros de cellule (D08) et d'écrou (29 349) en haut à gauche, petite écriture ronde, mots gentils, attachantes maladresses orthographiques[1]. La missive avait été envoyée à la mi-février, son auteur – appelons-le Jonathan[2] – immédiatement abonné.

 

« Après avoir découvert l'Article11 (N°2) ce jour, je tiens d'abord à vous félicitez ! Merci de ne pas nous oublier, nous prisonnier enfermé dans nos 'grottes'.

Merci pour l'actu que vous nous décriptez. […]

Vous cîtez d'autres presses (Z, Postillon, l'autrement, Fakir, Rezo, l'offensive, Reflex(es), Tigre, Acrimed, la Brique...) que je ne connais pas mais que j'aimerais bien découvrire.

La lecture étant ma principal activité/divertissement, si vous pouviez me faire parvenir un exemplaire de chacun ou leurs transmettre mes coordonnées, je vous en serais extremement reconnaissant.

Etant détenu mais aussi comme beaucoup, désargentés, je souhaiterais sollicité votre charité pour recevoir votre journal.

Je tiens à félicité toute l'équipe pour l'actu et la simpatie que vous m'apportez. »

Article_11_3-ab813.jpg 



Pendu dans sa cellule

 

Un peu moins quatre mois plus tard, l'enveloppe kraft postée à Jonathan, contenant le dernier numéro d'Article11, était renvoyée à l'expéditeur. Pour motif de non-distribution, une petite mention : « DCD ». Trois lettres majuscules pour dire un décès en minuscule – mort solitaire, derrière les barreaux. Trépas confidentiel, demander à en savoir plus semble malvenu : « Si c'est indiqué DCD, c'est qu'il est mort, c'est tout, aboie au téléphone le gardien préposé à la greffe de la taule. Quoi ? Vous voulez savoir comment il est mort ? Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Et d'abord, vous êtes qui ? »

 

Ce que ne dit pas l'administration pénitentiaire, l'AFP le révèle plus crûment – mode lapidaire - en une dépêche datée du 5 mai. « Un détenu de la maison d'arrêt de Besançon s'est pendu alors qu'il venait d'apprendre son renvoi devant la Cour d'assises pour des viols sur des enfants en bas-âge, a-t-on appris jeudi de source judiciaire. Le corps du détenu, âgé de 34 ans, a été retrouvé pendu dans sa cellule, dimanche vers 18 h, a indiqué le parquet du Tribunal de grande instance de Besançon. […] L'autopsie a confirmé qu'il s'agissait d'un suicide, a précisé le parquet. » Jonathan : aux abonnés (définitivement) absents. Pour les journaleux aussi : il aura fallu cinq jours pour que le suicide soit rendu public – mort le dimanche 1er mai, dépêche de l'AFP une centaine d'heures plus tard. Il faut taire ces choses-là, dehors comme dedans. « Il y a une vraie opacité, une chape de plomb. Quand il se produit un suicide en prison, son annonce ne circule à l'intérieur que par rumeur, avec des versions très divergentes, remarque un visiteur habitué des maisons d'arrêt. Rien n'est jamais dit officiellement, c'est très malsain. »

 

Selon Ban Public – association pour « la Communication sur les prisons et l'incarcération en Europe », qui se démène pour faire entendre les silencieuses morts des détenus et prévenus français -, le décès de Jonathan est le « 30e suicide ou mort suspecte connu(e) en détention en 2011 ». Macabre décompte, rappelant qu'un suicide se produit, en moyenne, tous les trois jours dans les geôles françaises[3], et qu'on s'y suicide « dix fois plus qu’en milieu libre ». Au fil des jours, cette comptabilité égrène une triste cartographie des taules : 31e suicide le 6 mai au centre pénitentiaire de Meaux, 32e le 8 mai à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, 33e le 15 mai à la maison d'arrêt de Nice, 34e le 24 mai au centre pénitentiairee de Nancy-Maxéville, 35e le 26 mai à la maison d'arrêt de Seysses, 36e le 3 juin à la maison d'arrêt de Besançon... Oui : à Besançon, derechef. « Le corps sans vie du détenu a été découvert, pendu avec une ceinture aux barreaux de sa cellule, par un agent pénitentiaire qui effectuait sa tournée de vérification samedi vers 5 heures, écrit le canard régional Le Progrès. Placé en détention provisoire il y a trois semaines, le détenu devait être jugé en comparution immédiate le 17 juin prochain par le tribunal de Besançon pour des faits de vol et de conduite sans permis commis en récidive. » Deux suicides en un peu plus d'un mois : il ne fait décidément pas bon se retrouver en détention provisoire à la maison d'arrêt de Besançon....

 corde_katyne_pendaison_enfant.jpg

« Pointeur »...

 

« Ces personnes n'allaient pas bien, il ne s'agit pas du tout d'une négligence de l'administration », prétend, au téléphone, l'aumônier de la prison, qui poursuit : « J'ai quand même été très surpris de ces deux suicides. C'est seulement après que tout le monde se dit que c'était prévisible... » « Après » ? Au petit jeu des (rares) statistiques disponibles sur le sujet, le premier suicide, celui de Jonathan, était pourtant très « prévisible ». Voire : carrément écrit. Jonathan était jeune (la moyenne d'âge des prisonniers se suicidant était de 36 ans en 2008[4]), prévenu en attente d'un procès (60 % des suicides concernent des prisonniers qui n'ont pas encore été jugés), incarcéré dans une maison d'arrêt (c'est là que se produisent 70 % des suicides enregistrés dans les prisons françaises) et délinquant sexuel présumé[5] (32 % des suicides commis en 2008). Enfin, Jonathan ne faisait pas mystère de son intention d'en finir ; il en avait notamment fait part à d'autres détenus et à ses parents. « Il l'avait décidé », explique la mère du défunt. Alors, monsieur l'aumônier : toujours « surpris » ?

 

Pour dire une vie, il faudrait des pages et des pages, et non quelques lignes. Ici, il y aura seulement quelques infos glanées au fil de rares conversations – portrait très parcellaire de Jonathan, style télégraphique. Boulanger lorrain au chômage, n'exerçant plus. D'autant plus marqué par une rupture sentimentale que sa copine était partie avec son meilleur ami. Une certaine appétence pour l'alcool et la drogue. Goût marqué pour le jardinage et vif intérêt pour l'écologie (il s'était abonné à des revues spécialisées, et il avait même un petit plan de basilic dans sa cellule). Passion – aussi - pour l'habitat alternatif (il accumulait la documentation sur le sujet). Aimant dessiner, bricoler, créer – il avait construit dans sa geôle un petit meuble à base de briques alimentaires vides et collées les unes aux autres.

Rien de cela, pourtant, pour le définir en taule : Jonathan n'y était qu'un « pointeur » - vocable résumant son statut de délinquant sexuel et le marquant au fer rouge aux yeux des autres prisonniers. Ostracisme, injures, mépris et coups éventuels. Double peine, en somme, que l'administration pénitentiaire essaie généralement de vaguement conjurer en recommandant aux concernés de mentir sur les motifs de leur incarcération et de détruire tous les papiers officiels y faisant allusion. Un camouflage inutile, tout se sait en prison. « Les 'pointeurs' peuvent subir des pressions, des violences, résume Marc Dellom, visiteur de prison à Besançon. Un détenu de cette maison d'arrêt, visité par une connaissance, avait ainsi eu l'œil crevé par d'autres détenus, parce qu'il avait été condamné pour des faits de nature sexuelle. » Ceux que la société traite en sous-hommes, relégués derrière les barreaux, en dénichent d'encore plus (censément) méprisables. Définir la lie de la lie permet de s'en extraire.

« Une bonne partie des détenus refusaient de serrer la main à Jonathan ou de participer à nos ateliers parce qu'il en était, explique Quentin Pardonnet, membre de l'antenne bisontine[6] de l'association Genepi. Dans les faits, les 'pointeurs' se trouvent mis complètement à l'écart, par les autres détenus et par l'administration, et vivent dans un état de peur permanent : en moins de deux ans, Jonathan n'a pas dû sortir plus de trois fois en promenade. Il craignait tellement les autres détenus qu'il avait menacé de se suicider si l'administration pénitentiaire lui imposait la compagnie d'un prisonnier dans sa cellule. » Jonathan est finalement resté seul dans « sa grotte ». Mais s'est suicidé quand même, une fois la pression devenue trop forte. «Il n'avait pas les moyens de recourir aux services d'un bon avocat, et nous n'avions pas assez d'argent pour l'aider, détaille sa mère. Il disait qu'il lui fallait 11 000 euros pour payer cet avocat, personne ne les avait. Quand les mauvaises nouvelles se sont accumulées – obligation de recourir à un avocat d'office, incriminations pénales plus lourdes que ce dont il reconnaissait la responsabilité  -, il a choisi la mort. »

 

05b8818410d0fb8739d5a207a8598833.jpg

Espace de liberté

 

Le jeune homme n'était pas tombé sur Article11 par hasard. « C'est Genepi qui m'a fait découvrir votre journal, ainsi que CQFD », écrivait-il dans sa lettre. Genepi :  Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées. Un bien long acronyme, pour une réalité différente de celle qu'il donne à entendre : la plupart du temps, il n'est guère question d'enseignement – mais seulement de discussion libre et d'écoute[7]. Les étudiants faisant partie de l'association se rendent régulièrement en maison d'arrêt, tenant des ateliers hebdomadaires comme autant de prétextes pour faire entrer un peu d'air de l'extérieur. Simplement : ils parlent. Ou laissent parler. Jonathan participait ainsi à l'atelier « journal » du lundi, animé par Quentin, étudiant de 21 ans, en rupture de ban avec la fac de physique et sur le point de se réorienter vers l'action sociale. « L'atelier n'est qu'un prétexte, explique ce dernier, dans un bar de Besançon. Au début, je n'avais pas compris, je m'angoissais de ces séances passées sans qu'un mot n'ait été écrit. J'essayais de les motiver : 'Allez, on a un journal à faire, vous pouvez parler de tout ce qui vous tient à cœur !' Et puis, j'ai saisi que l'activité n'était pas un but en soi, que l'essentiel était de leur offrir un espace de liberté, où ils puissent se retrouver, discuter tranquillement, casser la routine. »

Un journal nommé La Taule Ondulée, est pourtant né de cet atelier ; un exemplaire a même été distribué à chacun des (peu ou prou) 300 personnes incarcérées[8] à la maison d'arrêt de Besançon. Édito, sommaire, images, courrier des lecteurs et dossier, il n'y manque rien pour en faire un « vrai » canard, sinon qu'il est lui aussi prisonnier : les vingt pages, en noir et blanc, ne doivent (théoriquement) pas être lues à l'extérieur. Mots en cage.

 

Jonathan s'était investi dans la rédaction de La Taule Ondulée, réalisant une bonne part du journal. Sous sa signature, un article sur « la yourte » - reflet de la passion du jeune homme pour l'habitat alternatif –, ainsi que la responsabilité du dossier intitulé « Des prisons modèles ». Page 5, justement, un article sur la prison corse de Casabianda, taule ouverte située en bord de mer et où les 200 détenus – à plus de 80 % délinquants sexuels – peuvent vaquer librement en journée. « Pas de murs d'enceinte, pas de mitard ni de barreaux aux fenêtres, mais seulement des moustiquaires, précise le journal. […] Les détenus ont la clé de leur cellule autour du cou et doivent répondre de leur présence lors de six appels quotidiens. Les bâtiments d'habitation sont fermés la nuit de 21 heures à six heures du matin. » De quoi faire rêver, vu d'une cellule de la maison d'arrêt de Besançon. Encore plus quand on se passionne pour la nature et le jardinage : l'article mentionne « l'entretien [par les détenus] de 1 800 hectares de terre », l'existence de « vaches, cochons et brebis, et [de] 640 hectares de culture céréalière et fourragère ». Mirage lointain, vague espoir – celui d'une incarcération plus humaine. Ou d'autres petits « riens » qui auraient pu lui sauver la vie. « Il n'aurait pas fallu grand-chose pour que Jonathan vive, enrage Quentin. Il me disait qu'une correspondance avec l'extérieur pourrait le faire tenir, mais ne pouvait accepter que celle-ci soit lue par l'administration pénitentiaire[9]. Il rêvait d'un petit coin de la cour de la prison, où il pourrait cultiver quelques plantes. Ou de la création d'une association de jardinage avec des gens de l'extérieur, sans se soucier de ne pouvoir participer à ses activités. Il voulait juste être acteur de quelque chose ; mais la prison – justement – ne te laisse aucune marge de manœuvre pour être acteur. »

 

Peur du suicide

 

Il est fascinant, Quentin. Grand sourire confiant, mèche folle à la Tintin, yeux pétillants, parole posée. Il ne paraît pas plus que ses 21 ans, sinon quand il parle : les mots se parent alors de maturité et de gravité. Jonathan et lui étaient amis. « On se voyait toutes les semaines, on a beaucoup parlé. Ça casse évidemment l'image du monstre pédophile forgée par la société. Le monstre, c'est juste quelqu'un avec qui tu rigoles en jouant aux cartes, quelqu'un de sensible et ouvert, qui attend que tu lui racontes un peu l'extérieur pour ne pas craquer. Lui dire comment sont les bords du Doubs au printemps ou ce que c'est de voir le ciel sans filins[10] ni barreaux. » Et encore : « Pour les besoins de l'enquête, il avait été quelquefois extrait de la maison d'arrêt, menotté et entouré d'uniformes. Il m'avait dit ensuite : 'Tu ne peux pas imaginer le plaisir que c'est de marcher dehors. Je ferais bien quinze jours de plus pour dix mètres de trottoir...' » Courte promenade encadrée au très lointain goût de liberté. Dernier trajet à l'extérieur avant la mort – inhumation dans le cimetière d'un petit village lorrain. 

 

Pour les familles, pour les proches soutenant un détenu, le suicide est hantise permanente. « Quand une ambulance rentre en prison, les familles s'inquiètent. C'est logique, explique François Lacaille, président de l'association gérant l'Accueil Familles Pergaud, jolie petite maison faisant face à la maison d'arrêt et où les personnes en attente d'un parloir peuvent prendre un café et patienter. Si c'est jour de visite et qu'elles attendent devant la porte, elles s'angoissent, se demandent : 'Est-ce que ça ne serait pas le mien ?' Les familles vivent à l'extérieur, mais la prison est en permanence dans leurs têtes : elles ne pensent qu'aux visites, organisent leur semaine en fonction des parloirs. Et tremblent pour leurs proches détenus. » Peur diffuse, permanente – qui se lit entre les mots ou s'affiche clairement chez celles et ceux attendant, devant la prison, de pouvoir rendre visite à un prisonnier. Entre les murs, le suicide rôde. « Quand nous venions le voir, Jonathan expliquait penser à la mort et nous disait : 'Peut-être à la semaine prochaine, je vais essayer de tenir le coup pour vous'. Et puis, il n'a finalement pas tenu le coup. Dans la lettre laissée à son suicide, il s'en excusait, nous demandant pardon pour son geste, raconte la mère de Jonathan. C'était notre fils, nous voulions qu'il s'en sorte, nous faisions tout pour ça. Nous l'avons aidé jusqu'au bout, mais ça n'a pas été suffisant. »

 2428849785_1.jpg

Cahier de doléances

 

Une idée qui revient en permanence chez ceux qui ont l'un des leurs derrière les barreaux : l'aider à tenir. « Je ne vais pas le laisser seul. S'il n'a pas de visite, il s'enfonce. Et s'il s'enfonce, il peut y avoir le suicide au bout. Je connais ça : mon frère est mort en prison... », résume, avec un sourire fatigué, Latifa, 45 ans – qui vient voir, deux fois par semaine, un fils ayant écopé de six mois fermes. « C'est surtout pour lui que les visites sont importantes, ça lui permet de garder le moral. Ça l'aide à tenir, c'est primordial », précise plus tard Sonia, la vingtaine pimpante, ici pour son petit frère. Elle aussi sait de quoi elle parle : « Mon cousin a été incarcéré à Fleury-Mérogis. Au bout de quelques mois, il a pété les plombs et s'est pendu dans sa cellule. »

Toutes deux – Sonia et Latifa – portent à la main un grand sac plastique, contenant du linge propre et impeccablement plié. Soit la seule chose que les proches peuvent ramener aux prisonniers, linge qu'il est possible de remettre directement en parloir sans autorisation préalable. Un soutien affectif - « On voit des serviettes et des habits bien repassés, et même parfumés : cela relève de l'intime, souligne François Lacaille. C'est pour ça que les femmes détestent que les gardiens regardent ou fouillent dans le sac de linge ». Et une aide financière : le service de buanderie de la maison d'arrêt de Besançon affiche des tarifs prohibitifs. 0,65 euro par mouchoir, 0,90 par caleçon, 1,90 le tee-shirt, 3,80 la chemise et 4,35 euros le pantalon. Derrière les barreaux, même la propreté se paye.

 

Les plus chanceux des prisonniers reçoivent un peu d'argent de l'extérieur : entre cent ou deux cents euros[11], souvent envoyés par leur mère, sœur ou compagne – en majorité, ce sont les femmes qui soutiennent les engeôlés, ce sont elles qui se saignent pour leur faire parvenir des sous, et encore elles qui, au petit matin, attendent d'être avalées par la grande porte verte pour une demi-heure de parloir. « Je viens voir mon fils deux fois par semaine. Entre les aller-retours, depuis Lyon, et les mandats, c'est très difficile de m'en sortir, poursuit Latifa. Ça me coûte énormément, mais je lui envoie tout ce que je peux. Pour qu'il puisse cantiner[12], avoir la télé. » Même la télévision se monnaye, forfait variable selon les maisons d'arrêt. À Besançon : 16 euros par mois, un coût jugé d'autant plus élevé par les prisonniers qu'ils ne bénéficient que d'un nombre de chaînes réduit. La télé occupe ainsi deux lignes sur les 22 remplies par quelques détenus bisontins à qui un visiteur régulier[13] demanda, très récemment, de remplir un informel cahier de doléances. « Pourquoi doit-on payer la TV 16 euros sachant que nous n'avons pas toutes les chaînes de la TNT, et que les prisonniers des autres maisons d'arrêt ou centres de détention ne payent que huit euros ? Pourquoi ne pas diviser la somme de la TV quand nous sommes deux détenus par cellule ? » Parmi les autres revendications : « Ne pas couper l'eau chaude sous prétexte qu'il fait chaud dehors. […] Ouvrir une activité théâtre. […] Avoir la possibilité d'avoir promenade le matin ET l'après-midi. […] Avoir la possibilité de posséder un instrument de musique. […] Avoir la possibilité de cantiner des bains de bouche pour nos dentitions. […] Pourquoi doit-on attendre un délai de trois mois pour avoir un rendez-vous auprès du dentiste, sachant que plusieurs personnes ont des rages de dent ou des caries ? »

Aucune de ces revendications ne porte sur la surpopulation, traditionnellement montrée du doigt quand les suicides de détenus se font plus nombreux (par exemple en 2009, avec 121 suicides dans les prisons françaises) et quand les médias daignent s'intéresser au monde carcéral. Et pour cause : avec un taux d'occupation de 120 %, la maison d'arrêt de Besançon fait presque figure de privilégiée. Un comble. « Cette prison a compté jusqu'à 400 détenus il y a un an et demi, souligne Marc Dellom, mais une réorganisation des régions pénitentiaires a désormais fait redescendre le nombre de personnes incarcérées autour de 300. » Un mieux qui n'a en rien empêché le suicide de deux détenus, à un mois d'intervalle.

 suicides_en_prison1.jpg

Enfin libres !

 

Grand soleil, un samedi matin : c'est jour de sortie. Pascal, la quarantaine vient de terminer ses neuf mois d'emprisonnement. Personne pour l'attendre, il s'éloigne de la maison d'arrêt sans un regard en arrière. Il marche dans les faubourgs de Besançon, direction la gare, un sac rouge à l'épaule, avec une grosse étiquette dessus – son nom et son numéro d'écrou écrit au gros feutre rouge. Il ne saute pas partout, n'exulte pas avec des yeux rieurs ; plutôt, il semble un peu déboussolé et paumé. « Je sors sans rien, je n'ai pas de boulot. Je ne sais pas ce que je vais faire. » À la gare, il met un bout de temps à trouver son train, direction Lons-le-Saunier. Son sac, il l'a posé au pied d'un panneau publicitaire vantant les (coûteux) mérites de l'ESC, école de commerce un brin réputée. Sur le panneau, un jeune homme, toutes dents dehors et élégant costume cravate, un sourire comme s'il allait bouffer le monde ; pour slogan, « Donnez à vos talents le plus solide des tremplins » ; au sol, le sac, numéro d'écrou en évidence. 

 

La parole à Quentin, pour finir : « Un jour, Jonathan m'attendait avec un grand sourire. Et il m'a raconté : 'Hier, j'ai passé un très bon moment. À cause de l'usage conjugué des 'totos'[14] dans toute la prison, les plombs ont sauté : il y a eu une panne de courant dans  le bâtiment. Tous les détenus se sont mis à tambouriner sur les portes, et nous frappions sur les barreaux avec nos gamelles. Cela a causé un bordel monstre et, en même temps, c'était beau, comme si toute la prison était en rythme. Tu aurais senti toute cette tension... Impressionnant !' » Voilà : il faut faire du bruit.

Le cri Galerie photo
notes :

[1]Conservées telles quelles dans la lettre ci-dessous.

[2]Le prénom a été modifié.

[3]Les prisons françaises affichent l'un des plus hauts taux de suicide au monde. Des données de 2005 faisaient ainsi apparaître une proportion de 21,2 suicides pour 10 000 détenus dans les geôles de l'hexagone ; soit beaucoup plus qu'en Espagne (6,6), Suède (9,9), Angleterre (10,2) ou Allemagne (10,3).   

[4]Toutes les statistiques données dans les lignes qui suivent sont issues du rapport Albrand sur le suicide en prison, rendu public fin janvier 2009. Les chiffres portent sur l'année 2008.

[5]Jonathan n'a pas été condamné, il est donc présumé innocent. Signalons toutefois qu'il reconnaissait une partie des charges qui lui étaient reprochées.

[6]Bisontin : se dit d'un résident de Besançon.

[7]C'est le cas à Besançon. Il en va autrement dans d'autres régions, certains bénévoles pouvant se laisser aller à un moralisme de la réinsertion plus ou moins malvenu. 

[8]Dont un tiers de prévenus (en attente d'un jugement) et deux tiers de détenus (déjà condamnés). En théorie, prévenus et détenus ne doivent pas être mélangés ; en pratique, cette règle n'est pas respectée.

[9]Il n'y a pas de secret de la correspondance pour les personnes incarcérées : tout courrier peut être ouvert par l'administration pénitentiaire. Seuls exceptions (théoriques) : les lettres envoyées à un parlementaire, au contrôleur général des lieux de privation de liberté et à un avocat. 

[10]Au-dessus des cours des maisons d'arrêts sont tendus des filins et filets, notamment destinés à empêcher les évasions par la voie des airs.

[11]Cet argent n'est pas touché directement par les prisonniers : il vient alimenter un petit pécule géré par l'administration pénitentiaire.

[12]En prison, tout ce qui ne relève pas du plus strict ordinaire se cantine – c'est-à-dire s'achète auprès d'un service dépendant de l'administration pénitentiaire. Les produits – nourriture, nécessaires à toilette, etc... - sont vendus plus cher qu'à l'extérieur ; il n'y a pas de petits profits. Pour exemples des tarifs pratiqués par la maison d'arrêt de Besançon : chorizo fort, 1,85 € ; Kellogs extra, 3,80 € ; lames de rasoir Mach III, 10 € ; saucisse turc, 4,7 € ; raviolis en conserve, 2,65 € ; ventilateur, 18 € ; saucisse halal, 2,60 €.

[13]Pour ne pas risquer de perdre son droit de visite, que l'administration pénitentiaire peut accorder ou sucrer comme elle le souhaite, il préfère rester anonyme.

[14]En prison, les plaques électriques sont interdites dans les cellules. Les prisonniers désirant cuisiner ce qu'ils ont cantiné ont ainsi recours à des thermoplongeurs, qui sont – eux – autorisés : un peu de bricolage permet d'en détourner l'usage et de confectionner une plaque chauffante de bric et de broc.

 

S: Jean-Baptiste Bernard.

 



 

Source : n° 5 d' Article 11 (avec leur accord)  

 

 

 

( R)appel :

article 11 est un journal alternatif PAPIER !!!

 

Avec de l’encre, du papier, de la sueur…

pas franchement dans la lignée de de la voix d’son maître

pas franchement financé par des pub’s papier glacé pass’ke tu l’veux bien

Le n° 6 est en vente depuis le 1° octobre

Je n’y ai -forcément- pas d’actions…

c’est pourquoi je vous le recommande (malgré la couleur de l’encre J  )

Article11-N6-couv_1_2_-c8540.jpg

 

http://www.article11.info/spip/index.php

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 21:04

Je souhaitais mettre en ligne mes 3 meilleures chansons de Georges, mais je n'ai jamais su trop bien compter 

--

 

 

--
--
--
--
--
--
--
BONUS :
 
--
Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 20:47
video_player_embed_code_text
Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 21:00

INVITATION Par les Unions Locales CGT Auchel-Béthune-Bruay-Lillers-Isbergues Commémoration du souvenir Le 22 OCTOBRE 17h00 Monument aux Morts d’Auchel (62)

 

 

Le 22 octobre 1941, Guy MOQUET, jeune communiste de 17 ans et fils d’un cheminot délégué syndical CGT, est assassiné avec 26 autres otages des nazis, à Chateaubriant (44)

Il y a des moments de l’histoire que certains voudraient faire oublier mais qu’il ne faut jamais oublier, surtout quand le tragique destin de dizaines de milliers de nos camarades est dû à la folie meurtrière d’une idéologie basée sur la race, la xénophobie et le nationalisme.

 

Guy MOQUET venait d’avoir 17 ans quand les balles nazies l’ont frappé !

Le samedi 22 octobre à 17h00 à Auchel, nous commémorerons au travers de la mémoire de Guy MOQUET et de ses camarades, cette résistance antifasciste d’une classe ouvrière héroïque, qui avait débutée quelques mois plus tôt dans les puits de mines du Nord-Pas de Calais à l’appel de la CGT.

 

 

C’est une première à Auchel, mais quand la bête immonde ressurgit de ses cendres et entend parader pour défendre une idéologie barbare qui a causé la mort de plus de 50 millions de personnes dont 75 000 camarades de la CGT, la mémoire aux héros et les honneurs aux camarades sont une arme pacifique mais redoutable.

 

Rendez-vous à 17h00 : discours : dépôt de gerbe(s) : lecture de « la lettre à mes parents » écrite par Guy Moquet la veille de son assassinat. Cet hommage sera suivi du pot de l’amitié, des libertés et du souvenir.

 

 luter plus

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 19:47

 

Le 13 octobre, Le Monde révélait le lancement d'un protocole d'évaluation élaboré par le ministère de l'éducation, qui classait les enfants de grande section de maternelle "à risques" ou non et se proposait d'établir une "norme nationale". Le ministre, Luc Chatel, qui réfute le terme d'"évaluation", fait aussi marche arrière sur la notion d'enfants "à risques". Il maintient en revanche la nécessité d'un repérage précoce des enfants les plus fragiles.

 

Le ministère souhaite-t-il effectivement évaluer les enfants de grande section de maternelle sur leurs acquis scolaires et leur comportement ?

 

Je suis en colère parce que la polémique autour des évaluations est une fausse polémique née de la diffusion d'un document de travail qui n'avait aucune vocation à être publié. Mais oui, nous travaillons sur le repérage précoce de la difficulté scolaire. On ne peut pas passer ses journées à déplorer que notre école primaire laisse sortir 15 % d'enfants qui ne maîtrisent pas la lecture et refuser l'idée d'un repérage précoce de lacunes qui entacheront les apprentissages.

 

 

 

Vous souhaitez donc bien mettre en place un dispositif complet d'évaluation à l'âge de 5 ans ?

Non, ce n'est pas une évaluation.

 

 

C'est pourtant le terme qui figure sur le document que Le Monde s'est procuré…

Je ne voudrais pas qu'il y ait confusion entre ce repérage qui peut être fait en grande section et les évaluations que l'on pratique en CE1 et en CM2. Une évaluation est un test que passe l'ensemble des élèves. Ce test permet une analyse de la situation globale du pays. Il donne une indication des performances de notre système éducatif. Aux enseignants de maternelle, nous voulons proposer des outils de repérage qui ne seront pas des tests et qui ne classeront pas les enfants.

 

 

On n'y conclura pas que certains enfants sont "à risques" ou à "hauts risques" ?

Non. Je reconnais là qu'il y a une maladresse dans le choix des termes.

 

 

Est-il stratégique de mêler le comportement des enfants avec la maîtrise de la langue ?

 

Je ne sais pas encore si nous maintiendrons des observations sur le comportement dans la version finale. Quoi qu'il en soit, cet outil sera d'abord à visée pédagogique. Il y a dix-huit mois, j'ai reçu les plus éminents spécialistes du langage. Tous m'ont expliqué que tout se joue à la maternelle. Un enfant qui maîtrise un vocabulaire trop limité, parce qu'il grandit dans un environnement défavorisé, aura du mal à apprendre à lire. Il est très important, au nom de la justice sociale, que ce diagnostic soit fait, et qu'on offre à cet enfant du soutien avant son entrée au CP. C'est-à-dire avant l'apprentissage de techniques de lecture.

 

Concrètement, vous conservez trois temps dans l'évaluation, alors que le projet initial ne comportait pas de bilan de fin d'année…

Le dispositif  prévoit, pour les enseignants qui le souhaitent, un repérage en novembre ou décembre des enfants qui présentent des lacunes dans la conscience phonologique, ou dans l'étendue du vocabulaire maîtrisé. Ensuite se met en place une période d'entraînement pour combler ces lacunes. En mai ou en juin, l'enseignant peut mesurer les progrès accomplis par ses élèves.

 

 

Quel est l'intérêt du bilan de juin ?

L'école doit être capable d'évaluer ses performances. Les enseignants ont besoin de ce retour sur leur travail. Mais, je le répète, ce dispositif est facultatif et restera dans les classes. Il n'y aura pas de remontée nationale sur le niveau de chaque établissement.

 

 

L'échec en primaire devait être divisé par trois au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy, ce n'est pas le cas…

C'est un travail de longue haleine. Le temps de l'école est un temps long. Nous avons donné un cap. Mais la première cohorte qui bénéficie de cette réforme des programmes du primaire est en CE2 aujourd'hui et sera évaluée dans le PISA 2018 [évaluation des acquis à l'âge de 15 ans].

 

 

Cet épisode jette un nouveau discrédit sur l'évaluation, après la mise en cause par le Haut Conseil de l'école de la fiabilité des évaluations du primaire…

Pendant des années, l'éducation nationale n'a pas suffisamment accepté l'évaluation comme appréciation de sa performance. Je ne voudrais pas que, pour des questions de méthodologie, on jette sur elle un nouveau discrédit. Il faut peut-être revoir le fait que ce sont les mêmes services du ministère qui élaborent les évaluations, les prescrivent et en synthétisent les résultats.

Propos recueillis par Maryline Baumard (lemonde.fr)

 

 

 

 

 

Bientôt un listing de « décrocheurs »

 

« Est-ce normal que des jeunes entre 16 et 18 ans disparaissent de nos écrans radars ? » La question est signée Nicolas Sarkozy. En visite hier à Nice (Alpes-Maritimes) pour parler formation et insertion professionnelle des jeunes, le Président est revenu sur la question du décrochage scolaire. Une problématique qu'il avait déjà abordée lors de son discours d'Avignon (Vaucluse), le 29 septembre 2009, annonçant son plan « Agir pour la jeunesse ».
Deux ans plus tard, le chef de l'Etat a voulu démontrer que sa promesse d'assurer un meilleur repérage et un suivi plus conséquent des décrocheurs n'était pas restée lettre morte. Pour quantifier le phénomène, le gouvernement présentera donc bientôt une liste d'élèves ayant quitté le système éducatif. « D'ici à la fin du mois d'octobre, nous aurons ainsi le détail des 120 000 à 150 000 jeunes qui nous ont quittés cette année », détaillait hier le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel. Elaboré avec le concours, entre autres, des missions locales, des centres de formation d'apprentis (CFA) et de l'Education nationale, ce listing devrait être fourni dès novembre aux préfets de département, chargés « de proposer à ces décrocheurs des solutions pour s'insérer », dixit Luc Chatel. Ces jeunes seront ensuite accompagnés par des missions locales, Pôle emploi ou des chambres de métiers, vers une formation (apprentissage, école de la deuxième chance…) ou un emploi.

(Aurélie Selvi, et Delphine Bancaud ; 20minutes.fr)

 

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 19:11

 No-border-affiche-anglaise.jpg

 

 

Se dressent les murs

De bétons et de décrets

Altérant l’espace

D’Est en Ouest du Nord au Sud

Coup de hache dans la Terre

 

Sous l’ombre massive

S’éploie la séparation

Entre sons et mots

Sorgue recouvrant un peuple

De son silence de pierres

 

Combien de hauteurs

Enfantent des frontières

Artificielles

Enceintes autoritaires

Entravant l’Identité

 

Des parois bâties

Par vésanie structurelle

De ces hautes sphères

Les Papiers taillent les veines

Des fleuves émasculés

 

Au bas des murailles

La vie aux pieds cisaillés

Fixe la galerne

Glisser de chaque côté

Comme défi aux cloisons

Des lignes factices

Aux façades incertaines

Des voix emmurées

Extirpent chaque caillou

De chaque côté du MUR

 

 

(source ; Christophe Bregaint)

 

Poésie,

 

éducation civique,

 

géographie,

 

histoire...

 

 

Plusieurs pistes d'apprentissages

 

au lieu des apprentis sages ??

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 21:23

 

Dans une circulaire du 20 septembre 2011, l’inspecteur d’académie de la Vendée a demandé aux enseignants de grande section de maternelle de repérer les difficultés d’apprentissage des enfants dans leur sixième année. Une mesure pour pallier la pénurie de médecins scolaires dans ce département.


Pénurie de médecins scolaires en Vendée

La Vendée, déjà confrontée au manque de médecins généralistes, tire la sonnette d'alarme sur la pénurie de médecins scolaires. Conséquence : la visite médicale, généralement effectuée en fin de grande section ou en début de CP, ne pourra plus être assurée pour tous les élèves de 6 ans, peut-on lire dans la circulaire de l'Inspection académique.

Un repérage précoce

Ce sont désormais les enseignants qui devront effectuer un "repérage précoce des difficultés d'apprentissage", stipule le document. Les enfants désignés feront ensuite l'objet d'une visite médicale tandis que ceux qui n'en ont pas bénéficié rencontreront l'infirmière scolaire en CP pour un bilan sensoriel.

Cette visite consiste en un contrôle de la vue, de l'audition, du poids, de la taille et enfin du carnet de vaccination. Si un problème est détecté, l'enfant devrait pouvoir être vu par le médecin.

Cette détection précoce a pour objectif "de contrecarrer l'absence de médecins dans le département, cela part d'un bon sentiment", explique-t-on au ministère de l'Education nationale.
Un avis partagé par le Dr Corinne Vaillant, médecin de l'Education nationale et secrétaire général du
Syndicat national des médecins scolaires et universitaires (SNMSU). "Ce dispositif n'est selon moi pas isolé. Il a pour vocation d'apporter une solution à un problème. Plutôt qu'un enfant ne soit pas vu du tout, il est préférable que les enseignants, la famille, l'infirmière scolaire donnent l'alerte."

Ce médecin explique aussi que les difficultés de langage, d'apprentissage sont repérables, c'est même déjà le cas : "Quand nous, médecins scolaires, nous venons effectuer une visite, nous demandons déjà aux enseignants s'ils ont quelque chose à nous signaler."

"Inacceptable"

Les enseignants, eux, considèrent cette circulaire comme inacceptable. Dans son communiqué de presse, le SNUipp-FSU Vendée dénonce un texte "contraire au code de l'éducation dans lequel est écrit qu'un bilan de leur état de santé physique et psychologique est réalisé par le médecin de l'Education nationale (article L541-1)." Le syndicat estime aussi que "les enseignants ne sont pas des médecins" et ne "sont pas responsables des postes de médecins non pourvus".

L'Inspection académique fait machine arrière

Face à ces réactions, nous avons joint par téléphone l'inspecteur d'académie de Vendée, qui a fait machine arrière : "Il ne s'agit pas de répondre à une pénurie de médecins, mais de réorganiser leur travail pour ne pas tout concentrer sur une seule année (la sixième année)".

L'inspecteur explique que "dès l'âge de 5 ans, les enseignants qui voient les enfants au quotidien, qui voient leur famille peuvent détecter des troubles, visuels par exemple". Ils pourront ainsi alerter les médecins qui pourront agir en priorité auprès des enfants qui en ont besoin dès l'année de grande section. Il ajoute : "loin de nous l'idée de demander aux enseignants d'être médecin".

Pour modifier ce texte qu'il explique avoir signé sans bien le lire et apaiser les esprits, l'inspecteur d'académie devrait apporter un rectificatif d'ici à la fin de semaine et parler de ce malentendu avec tous les partenaires.

 

(source : bonjour-docteur.com et Magazine de la santé sur France 5)

 

Après les enseignant(e)s remplaçant-e-s des RASED, remplaçant-e-s des remplaçant-e-s, détecteurs de délinquant-e-s, d’inadapté-e-s, les enseignant(e)s assistantes sociales, les enseignant(e)s ficheurs voici les enseignant(e)s médecins et infirmières…

A quand les enseignant(e)s juges, garagistes, plombiers, maçons, boulangers, éboueurs, facteurs, pharmaciens, notaires, agriculteurs, microbiologistes, cosmonautes, marchands de frites, opticiens, ébénistes, maîtres d’armes, commissaires-priseurs, œnologues, typographes ?

 

A quand les enseignant(e)s… enseignant(e)s ??? !!!

Objet de révolte

 

Repost 0
Published by jean-rumain
commenter cet article