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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 20:50

8 octobre :

 

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11 octobre

 

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 Reve generale

 

 

 13 octobre :

 

 

Sud élections

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 22:05

 

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C’est bientôt l’heure des mamans…C’est l’heure des mamans…

On est toutes et tous habitué(e)s  à  cette expression, à ce rituel (à 12h00, à 17h00) et personne  ne conteste l’importance de ce moment pour les enfants (pouvoir retrouver les proches, pouvoir s’amuser, pouvoir faire un break, pouvoir ne rien faire, voire même…quitter l’école). Jusqu’à présent, l’expression « l’heure des mamans » ne me posait pas vraiment de problèmes.

Je notais cependant qu’elle n’était plus employée lors du passage des élèves au CP, devenant proscrite, tabou…

Mais alors, qui vient (ou pas...) rechercher les enfants ?

Apprendre, apprendre à lire, c’est grandir, c’est apprendre à se séparer…etc. etc.

OK, jusque-là, tout fonctionnait…D’ailleurs, tout doit fonctionner…

 

Cette semaine, (dans le cadre de mon boulot) je vais dans une classe de GS (Grande Section) pour « observer » et surtout établir un contact avec un enfant…(Appelons le Lucas).

 

11h25…Laura semble ailleurs, s’ennuie peut-être,  regarde par la fenêtre…

L’enseignante (voix douce)  : « Laura…Laura, c’est pas encore l’heure des mamans… »

Lucas se tourne alors immédiatement vers moi :

« ben moi, c’est papa qui vient me chercher…

Puis…

_ Maman elle est partie »

(Depuis 3 mois, Lucas a retrouvé sa famille biologique après un placement en famille d’accueil. Effectivement, depuis 2 jours, la maman a choisi de quitter le domicile).

C’est bientôt l’heure des mamans…C’est l’heure des mamans…

                             L’heure des mamans :

Certes, les mamans sont nombreuses au moment de la sortie de l’école maternelle. J’y vois aussi des papas, des frères, des sœurs, des nounous, des assistantes familiales (que les enfants appellent alors Tata…ça, j’y reviendrai bientôt !!).

A 12h00, certains enfants mangent à la cantine. Il n’y a donc ni maman, ni papa, ni sœur, ni frère, ni nounou, ni « tata » lors de l’heure des mamans…

Qu’en pensent ces enfants lorsqu’ils entendent : « C’est l’heure des mamans »

 

Qu’en pensent ces enfants lorsqu’ils sont orphelins ?

Qu’en pensent ces enfants lorsque maman et papa sont sous la menace d’une OQTF ? (….)

 L’heure des mamans, c’est perpétrer l’idée selon laquelle les femmes ne travaillent pas. N’a-t-on d’ailleurs pas entendu que dans l’enseignement, il y avait beaucoup  -trop- de femmes ?….C’est  perpétrer l’idée selon laquelle c’est l’homme qui travaille, qui ramène l’argent à la maison, qui est LE modèle –forcément dominant-.

 

En fait, si on parlait simplement de l’heure de la sortie ?

                                 ça permettrait, peut-être, de mieux y entrer

(Source : moi)

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L'heure des mamans, c'est aussi :

 Paroles: Henri Tachan Musique: Jean-Paul Roseau / Henri Tachan Connais-tu l’heure du loup Prisonnier dans sa cage Qui tourne comme un fou Sous les yeux d’enfants sages? Connais-tu l’heure tranquille Où les lions vont boire Aux barreaux noirs des villes Au fond d’un abreuvoir? Heureusement, Heureusement, Il y a l’heure des mamans! Connais-tu l’heure de pointe Qui soudainement sonne Où montent les longues plaintes Des multitudes mornes? Connais-tu l’heure de gloire De ce dictateur vil Où ses généraux noirs Égorgent les civils? Heureusement, Heureusement, Il y a l’heure des mamans! Connais-tu l’heure d’attente Au fin fond d’un mouroir Du moribond que hante Une faucheuse en noir? Connais-tu l'heure dernière De ce musicien seul Avec un chien derrière La boîte et le linceul? Heureusement, Heureusement, Il y a l’heure des mamans! Connais-tu l’heure d’été Connais-tu l’heure d’hiver: Ce «gadget» inventé Par des cinglés pervers? Connais-tu l’heure qu’il est Garce inhospitalière Qui me fait poireauter Le zob en bandoulière?  
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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 17:17

 la-bataille-du-primaire-M58035.jpg

 

Prof stagiaire, mes trois premières semaines de cours.

 

Après plus de 3 semaines, l'heure est au bilan :

  • j'ai vraiment commencé à travailler avec mes classes,
  • les élèves et moi-même avons enfin reçu nos manuels scolaires,
  • je connais le prénom d'un tiers de mes élèves (à savoir les élèves qu'il faut toujours reprendre, et les élèves qui participent tout le temps),
  • je sais ranger mon plateau correctement au self,
  • et j'ai eu ma première journée de formation IUFM.

Parlons-en, de cette formation. Elle portait le nom « gestion de classe ». Trois semaines après la rentrée, il était donc question de nous apprendre à gerer une classe de vingt à trente élèves, chose à laquelle nous avons déjà été confrontés, en fait.

Du coup, à nouveau, la formation s'est transformée en déballages de confessions de la part des professeurs stagiaires :

  • « J'ai une élève qui ne veut pas travailler, je ne sais pas quoi faire » ;
  • « J'ai du chahut avec mes seconde »,
  • « J'ai des élèves qui ne parlent pas un mot de français »…

En salle des profs, c'est le bal des pleureuses

Notre formateur donnant des pistes pour tenter de résoudre le problème, en disant bien qu'il n'y a pas de solution universelle. Oh ! le temps que chacun parle de ses problèmes, les trois heures se sont écoulées, merci, et rendez-vous mi-octobre pour la suite.

Ce qui m'a le plus impressionné dans cette « formation », finalement, c'est de voir le formateur arriver les mains dans les poches, nous faire tous parler, donner deux ou trois pistes (des lieux communs bien souvent, qui fonctionnent en théorie mais qui sont pas évidents à appliquer), et dire au revoir au bout de trois heures. Ça donne envie d'essayer de s'en inspirer pour pas trop se fouler en cours !

Ah non ! Surtout ne pas dire ça ! Parce qu'en salle des profs, c'est le bal des pleureuses. Une étude a montré il n'y a pas longtemps que les professeurs français étaient moins bien payés que les professeurs à l'étranger. Alors ça chouigne, ça grogne, et ça m'agace, parce qu'on nage en plein dans la caricature.

Moi-même, je n'ai jamais vraiment eu de sympathie envers les profs. Quand j'étais élève, c'étaient ceux qui me donnaient du travail qui ne m'intéressait pas et m'empêchaient de gribouiller dans ma marge quand je m'ennuyais. Quand j'étais pion, c'étaient ceux (certains) qui considéraient la vie scolaire comme une poubelle à élèves difficiles.

Maintenant que je les ai comme collègues, ce sont ceux qui n'arrêtent pas de parler de leurs petits tracas et de se plaindre. Morceau choisi :

« Oui, les gens disent qu'on gagne beaucoup pour 18 heures par semaine, mais bon, personne ne parle de la préparation des cours, comme si ça se faisait instantanément. Le week-end dernier, j'ai passé plus de six heures à préparer mes cours de la semaine…. Au fond, personne ne peut nous comprendre. »

Les profs arrivent bien à faire entendre leurs tracas

J'avais certes envie de lui dire que 18 + 6 = 24 et que ça lui laissait pas mal de temps pour corriger ses copies et continuer de préparer ses cours avant d'arriver aux fameuses 35 heures. Mais bon, j'suis le p'tit nouveau, j'ai pas encore envie de me mettre tout le monde à dos.

Et c'est ça qui m'agace avec les profs, entre les horaires quand même légers, les vacances, les musées gratuits, ils trouvent quand même à penser qu'ils sont de pauvres petits Calimero. Alors certes, je ne dis pas que les conditions de travail sont toujours optimales : entre les classes surchargées, les élèves qui peuvent se montrer infects, les parents qui peuvent se montrer pires que leurs enfants, les aberrations du système…

Pour autant, chaque corps de travail connaît ses tracas du quotidien, et il se trouve que les profs ont un sacré porte-voix pour se faire entendre.

Peur de ne pas faire passer un savoir

Côté cours, c'est pas évident à créer, avec six classes de trois niveaux différents qui sont bien hétérogènes (quoi qu'on en dise, il y a bien des classes de niveau, vu que les classes sont regroupées par options. C'est pas une surprise que la classe de latiniste avance plus vite que la classe « sans option »).

Ce qui m'angoisse le plus, c'est pas la gestion de classe en fait, vu que je suis dans un collège de province où les élèves ne sont pas bien méchants. Non, ce qui me stresse, c'est l'impression de pas être à la hauteur, de pas arriver à leur faire passer un savoir, à les captiver, à être intéressant en somme. Ma plus grande frustration est de faire quelque chose que je trouve nul, faute de savoir bien préparer mes cours, faute d'expérience.

« Le titre, on le met en quelle couleur ? »

Un truc tout bête sur lequel on n'a jamais été formés, c'est la gestion du tableau et du cahier. Moi, je prends des notes au fur et à mesure au tableau, je ne souligne pas, je n'ai pas une mise en page bien précise, et je me suis rendu compte qu'à cause de cela, je paumais complètement certains élèves. Petit extrait choisi :

« Bon, on commence la première leçon, écrivez en titre : “Titre de la leçon”.

– M'sieur, on commence par la page de droite ou de gauche ?

– Euh… peu importe, disons la droite.

– M'sieur, m'sieur, j'ai commencé par la page de gauche moi !

– C'est pas grave, commence à gauche si tu veux !

– M'sieur, faut écrire à gauche alors ? »

Argh. Les cours suivants, j'ai eu de nombreuses réclamations du genre : « Le titre, on le met en quelle couleur ? », « Le vocabulaire, il faut le souligner ? ». Alors peu à peu, je m'y mets.

Le traumatisme suprême a été quand mon stylo rouge n'écrivait plus et que j'ai écrit à côté du titre « écrire en rouge » pour ne pas qu'ils oublient. Je passe entre les rangs, et vois que sur certains cahiers, certains ont écrit le titre en bleu, et à côté ont écrit : « écrire en rouge ».

Finalement, d'un côté du bureau comme de l'autre, on a pas mal de choses à apprendre.

 

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Ecole : après onze jours de stage, je suis la maîtresse de 28 enfants.

Depuis septembre, je suis la cobaye d'une nouvelle formation encensée : le master 1 « enseigner en école élémentaire et maternelle », proposé par Luc Chatel. Moi qui pensais m'approcher du métier tant désiré, je me retrouve dès le départ face à une administration kafkaïenne. Voilà mon coup de gueule, celui d'une étudiante désemparée.

Après une licence de lettres modernes, je décide de m'inscrire en master, dans l'objectif de préparer le concours de professeur des écoles. Lors de mon inscription, le site de l'IUFM propose un « master enseignement en alternance ». Peu d'informations sont données, seuls la rémunération et le nombre d'heures travaillées sont précisés : six heures par semaines pour 30 euros net par heure.

Des discussions circulent sur les bancs de la fac. Une telle rémunération n'est pas négligeable pour un étudiant mais personne, en juin, ne sait exactement comment le dispositif va se mettre en place. En juillet, je reçois la confirmation par e-mail de ma sélection à cette nouvelle filière. Avec comme unique précision le nom de l'école où je serai affectée ainsi que ma rémunération : 6 000 euros annuels.

« Bienvenue à l'Education nationale ! »

Trois jours sont consacrés à notre préparation, avant la rentrée des classes. Trois jours où nous nous retrouvons face à des formateurs et des représentants de l'académie démunis, sans plus d'informations sur le déroulement pratique de l'année. Face à notre désarroi, un adjoint de l'inspection académique nous répond : « Bienvenue à l'Education nationale ! »

La veille de la prérentrée, je rencontre le directeur de l'école où je serai affectée pour l'année, munie simplement de ma convention de stage non signée. Pas prévenu, le directeur ne semble pas tout à fait rassuré de ce nouveau dispositif. Je rencontre aussi le professeur titulaire de la classe avec qui je travaillerai : par ma venue, il a ainsi appris officieusement sa sélection à la formation hebdomadaire pour laquelle il avait postulé en juin.

Le 22 septembre, le bulletin officiel paraît : j'apprends que nous ne serons pas contractuels comme l'indiquait notre convention de stage mais vacataires. De plus, notre rémunération s'élève finalement à 20,64 euros brut horaires, soit 3 600 euros brut annuel. L'inspection académique nous explique qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation : 6 000 euros annuels correspondaient à 52 semaines travaillées, or nous travaillerons que 29 semaines.

Le lundi, je me retrouve donc devant ma classe de 28 élèves sans aucune signature ni aucune protection de l'Education nationale en cas de problème. Après onze jours en stage d'observation, nous sommes selon le ministre prêts à gérer une classe et toutes ses problématiques : des élèves parfois pas faciles, en difficultés scolaires et conscients eux-mêmes de notre inexpérience. Il faut apprendre vite : tenir une classe ne s'improvise pas.

Délicat de vivre avec 200 à 400 euros par mois

Aujourd'hui, je me pose encore la question de savoir si je poursuis ou non cette formation. Lors de notre inscription, les formateurs nous ont prévenus que la masse de travail demandée cette année ne permettra pas de travailler à côté. Or, vivre avec un salaire de 200 à 400 euros par mois semble assez délicat.

De plus, les professeurs titulaires en formation ont été prévenus : si nous, étudiants en alternance, démissionnons, leur formation s'arrêtera. La sensation de s'être fait prendre au piège traverse mon esprit… En route vers une précarité à vie ? L'Etat forme ses futurs vacataires, serviles et toujours disponibles.

Alors qu'en penser ? Ce n'est pas une grande nouvelle que de dénoncer encore une fois les lourdes maladresses de l'Education nationale, mais en tant qu'étudiante, je me demande aujourd'hui : faut-il être maso pour vouloir enseigner dans l'école publique républicaine ?

 (Source : rue89)

 

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 20:05

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Le 5 octobre 1839, naissance d'Eugène VARLIN à Claye Souilly, près de Paris.
Relieur, militant ouvrier, internationaliste, communard et libertaire.
En 1865, il participe à la fondation d'une société d'épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs. A la création de "l'A.I.T" (l'Internationale), il adhère à l'organisation et devient un des secrétaires du bureau parisien. Il sera délégué au congrès de l'A.I.T à Genève en 1868, et de Bâle en 1869. Il s'y prononce pour l'égalité des sexes ou encore pour "la collectivisation de la terre par les communes solidarisées". Il est aussi, en 1868, à l'origine de coopératives de consommation. Lorsque la répression s'abattra sur l'A.I.T, Varlin sera condamné une première fois à 3 mois de prison, puis contraint de s'exiler en Belgique pour se soustraire à une nouvelle condamnation en 1870. Il rentre en France à la chute de l'empire, devient le commandant d'un bataillon de la garde nationale, participe aux élections du 8 février 1871 puis, à partir du 18 mars, jour de l'insurrection, il fait partie du Comité central de la garde nationale.
Le 26 mars, il est élu membre de la Commune de Paris. Il participe aux derniers combats de la semaine sanglante. Arrêté le 28 mai 1871, il est roué de coups, puis fusillé par les versaillais, après avoir crié "Vive la République, vive la Commune"!

".C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la Patrie, ses malheurs et ses désastres". Eugène Varlin, pendant la commune.

(source : http://epheman.perso.neuf.fr/)

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 19:12

Depuis lundi après-midi, Samia Hamadou se trouve au CH lens dans un état très sérieux après une tentative de suicide aux médicaments.

 

Cette femme, enceinte de 8, 5 mois de son troisième enfant (elle doit accoucher au mois d'octobre) est sous le coup d'un arrêté d'expulsion vers l'Algérie au même titre que son mari, Ahmed.

La date de l'expulsion a été fixée au 23 octobre. Au cours des mois qui viennent de s'écouler, plusieurs recours on été entrepris par Jan-Pierre Kucheida, député-mare de Liévin, ville dans laquelle le couple s'est fixé depuis 2009, où les deux premiers enfants (Alicia et Serena) sont scolarisés.

Ahmed Hamadou avait quitté l'Algérie courant 2007 en demandant le statut de réfugié politique. Il occupait un rang d'officier dans la marine nationale. Depuis son arrivée dans le Nord - Pas-de-Calais, il a demandé et obtenu la possibilité d'aider les associations locales où sa spécialité en maintenance informatique et électronique est appréciée notamment auprès d'un office d'HLM.

En revanche, aucune de ses demandes de régularisation n'ont été prises en compte notamment par l'OFPRA qui a rendu un avis défavorable courant 2011.

Le cabinet de Brice Hortefeux, alerté, a laissé le soin au préfet du Pas-de-Calais de régler le dossier. A Arras, on explique que la décision d'expulsion fait suite aux conclusions des rapports. Chose troublante tout de même, il semble que dans les raisons règlementaires susceptibles d'éviter l'expulsion, la famille Hamadou devrait pouvoir compter sur un, voire plusieurs, articles pour la sauver d'un retour en Algérie. Peut-être un examen appronfondi de la question, en urgence, permettait de trouver une solution différente. En attendant, Samia et son bébé sont en observation à l'hôpital de Lens.

 

(Voix du Nord, 3/10/2011)

 

 

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 18:25

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La semaine dernière, Georgios, un anarchiste grec de 31 ans vivant en France, est condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier à un mois de prison avec sursis (non portée au casier judiciaire) pour refus de prélèvement ADN. En octobre 2010, il avait été interpellé lors des manifestations contre la réforme des retraites mais a obtenu un non-lieu pour les dégradations dont il était accusé. Comme il avait été arrêté avec un petit couteau dans sa poche, la police lui avait également demandé son ADN, ce qu’il a refusé.

La jurisprudence en la matière n’est pas encore unifiée. En quelques mois, nous avons déjà croisé plusieurs cas de figures : en juillet à Boulogne-sur-Mer, le tribunal correctionnel a décidé de ne pas condamner des militants du réseau No Border pour leur refus de prélèvement, puisque les prévenus ont été relaxés du délit principal. En août 2010 à Paris, une présidente a estimé que des policiers avaient demandé abusivement l’ADN d’un homme jugé pour « attroupement armé ». Enfin à plusieurs reprises dans le cas de faucheurs d’OGM, la justice a estimé que le prélèvement ne se justifiait pas pour ce type d’actions.

Une semaine après sa condamnation, Georgios explique pourquoi il n’a pas souhaité obtempérer et fournir son ADN aux policiers qui l’ont arrêté.

1. J’ai refusé de donner mon ADN parce que je considère que c’est une atteinte à ma vie privée. La seule idée de donner une partie de mon corps aux services judiciaires et policiers m’effraie encore.

2. J’ai refusé de donner mon ADN car je m’oppose à la conception du monde selon laquelle ce qui est inné prédomine sur ce qui est acquis. Un seul exemple : en mars 2007, l’actuel président de la République avait déclaré :

« Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés. Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. »

Le fichage ADN ouvre la porte à une politique sécuritaire basé sur le caractère génétique : connaître l’ADN de l’ensemble de la population permettrait d’identifier les futurs suicidés ou les futurs criminels. Dans ce sens, le fichage généralisé de la population est un outil pour ceux et celles qui sont au pouvoir et qui se sentent libres de déterminer qui correspond aux normes et qui est déviant-e. Je n’accepte pas que notre identité soit réduite à ces informations génétiques, que ce bout de tissu biologique prédomine sur mon histoire, mon éducation, le contexte affectif, social et économique dans lequel j’ai grandi et dans lequel je vis.

3. J’ai refusé de donner mon ADN car je résiste au fichage de la population. Depuis des années l’État multiplie les fichiers qui comptent actuellement des millions des personnes ou plutôt des millions de codes : à titre d’exemple (et selon la CNIL) je mentionne :
- le fichier FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques, 1’300’000 fiches début 2010)
- le fichier STIC (Système de Traitement des Infractions Constatées, 5 millions de « suspects » et 28 millions de victimes répertoriées)
- le fichier Base élèves
Parmi les promoteurs du fichage, nombreux sont qui ne cachent pas leur projet : le député UDF Jean-Christophe Lagarde, a souhaité que « le gouvernement réfléchisse à un fichier qui concerne l’ensemble de la population ».

[ voir le site de la  LDH ]

Sous prétexte de lutte contre l’insécurité et au nom d’un intérêt général qui n’existe pas, les gouvernements successifs ont multiplié les fichiers. Le fichage de la population entre dans le cadre de politiques de contrôle social, de surveillance continue et de répression. Depuis quinze ans, plus de 50 textes de lois ont affaire avec la sécurité. Mais peut-on croire que des mesures répressives et de fichage vont résoudre les problèmes sociaux ? Même si les mesures de contrôle se multiplient (vidéosurveillance, bornes biométriques dans les écoles, prélèvements ADN), elles ne sont pas parvenues à donner un sentiment de sécurité à la population.

4. J’ai refusé de donner mon ADN car je n’accepte pas le fichage de militant-e-s sociaux-les et politiques. Depuis la Loi sur la sécurité intérieure de 2003, le fichage ADN concerne la quasi-totalité de des crimes et des délits (sauf crime financier…). Il n’est pas un hasard, selon moi, que le fichage ADN vise également les militant-e-s politiques et sociaux-les. Dans une société de plus en plus inégalitaire, où les riches deviennent plus riches et les pauvres se voient même criminalisé-e-s, dans une société où prédomine le dogme du « chacun pour soi », le fichage ADN est un outil de pression contre les personnes qui s’opposent aux injustices sociales.

5. J’ai refusé de donner mon ADN car je proteste contre les énormes intérêts financiers des industriels qui se cachent derrière ces politiques de la peur. Le marché de la “sécurité” représente plusieurs milliards d’euros, très souvent payés par les impôts de la population. Le cas du fichage ADN illustre bien la façon dont collaborent les patron-ne-s et les actionnaires des grandes entreprises investissant de l’argent pour notre « sécurité » et les défenseurs politiques du dogme « ordre et sécurité ». Je lutte contre ces politiques sécuritaires qui veulent faire de notre société un champ de surveillance, d’isolement des individus, de punition. Avec mes compagnes et compagnons, nous luttons pour que la peur soit remplacée par la solidarité, la soumission par la résistance, la résignation par l’auto-organisation.

6. J’ai refusé de donner mon ADN car c’est juridiquement absurde. En donnant aux enquêteurs le pouvoir de faire des prélèvements d’ADN et de les conserver, même sans condamnation ultérieure, le principe de présomption d’innocence est bafoué, remplacé par une présomption de culpabilité.

Courrier des lecteurs – Les Inrocks, 30 septembre 2011 et mis en ligne sur http://juralib.noblogs.org/

 

  

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 20:31

 

Après l'hommage à Guy Moquet, l'hommage à Jean Ferrat

 

 

 

 

Pour poursuivre le calvaire, lisez les commentaires publiés sur Youtube....

mais, jetez également un oeil à ceux publiés sur Bellaciao

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article120885 )

 

Un CD complet sort aujourd'hui....

 

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:55

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Deux jeunes filles de 14 ans ont volé deux vélos dans un jardin privatif, dont l'entrée, en travaux, était libre. Inconnues des services de police, elles reconnaissent immédiatement les faits. Les vélos sont restitués et le propriétaire, ne constatant aucune dégradation, ne souhaite pas déposer plainte. Les mineures sont placées en garde à vue – et réduites à ce statut.

Seulement, quand on ne discerne pas les individus, on ne discerne pas non plus les mesures à leur appliquer. Traquant les objets dangereux que le gardé à vue ne peut conserver, les policiers se sont acharnés sur l'une des jeunes filles pour lui ôter son piercing nasal.

Après tout, si un homme a pu cacher des explosifs dans ses chaussures, on doit bien pouvoir en mettre dans un piercing. On imagine aisément la violence de la scène mais il est difficile de la qualifier juridiquement : la tentative de retrait d'un piercing est-elle une atteinte aux biens ou une atteinte aux personnes ?

Prélèvement d'ADN

Les policiers effectuent ensuite un prélèvement biologique afin d'inscrire les jeunes filles au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) sur lequel elles seront désormais connues pour vol en réunion.

En effet, l’article 706-55 du code de procédure pénale permet de prélever l'ADN des présumés innocents dans les cas suivants :

  • les infractions de nature sexuelle,
  • les crimes contre l'humanité,
  • les crimes et délits d'atteinte à la vie,
  • les actes de torture et de barbarie.

Jusqu'à ce moment de la liste, même si l'on est idéologiquement contre la constitution d'un tel fichier, on peut en percevoir la justification au regard du caractère exceptionnel du trouble à l'ordre public.

Du crime contre l'humanité au vol de vélo

Néanmoins, la liste de l'article 706-55 se poursuit : les infractions de violences volontaires, de menaces, de trafic de stupéfiant, d'atteinte aux libertés […], de vols, d'extorsions, d'escroquerie, de destructions, de dégradations, de détérioration ( ! ), de menaces d'atteintes aux biens […] !

Voilà comment on passe en quelques lignes du crime contre l'humanité au vol de vélo. On sait que la politique pénale actuelle demande aux juges de s'affranchir de l'individu (peines planchers, suppression de l'excuse de minorité, rétention de sûreté) pour juger uniquement en raison des qualifications juridiques.

Que reste-t-il quand, comme dans cet article, toutes les qualifications se confondent ? Il ne reste de la justice qu'un fichier qui serait mieux nommé automatique qu'automatisé.

Elle mériterait une bonne paire de baffes

On notera quand même que, probablement par pure omission du législateur, n'entrent pas dans la liste exhaustive de l'article 706-55 ces délits dont pourtant l'actualité regorge :

  • abus de biens sociaux,
  • abus de confiance,
  • financement occulte,
  • fraude électorale,
  • ou atteinte au secret des correspondances.

Les puissants ne donnent pas leur argent, ils ne donnent pas leur ADN non plus.

L'une des jeunes filles en garde à vue s'énerve (devant la démesure ? devant la justice à deux vitesses ? ) et, selon le procès-verbal de police :

« Les insultes pleuvent. Expliquons à la demoiselle qu'un tel comportement ne pouvait lui être que préjudiciable et qu'elle mériterait une bonne paire de baffes et un bon coup de pied au cul eu égard à l'attitude qu'elle adoptait vis-à-vis de toute autorité qui lui était imposée. »

Menace de coup de pied au cul : voilà qui justifie une inscription au Fnaeg.

 (source : rue89)

 

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 22:01

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 Maison flamande : un courrier du ministre, des débats entre élus

Opstaan, l'association de jeunes de la Maison flamande, installée à Lambersart, est à l'initiative d'une manifestation d'extrême droite prévue le 8 octobre à Lille (lire nos deux pages en Région du 15 septembre). Du coup, l'opposition de gauche a, de nouveau, interpellé le député-maire UMP de Lambersart sur ce sujet, lors du conseil municipal de jeudi. Marc-Philippe Daubresse a brandi un courrier du ministre de l'Intérieur pour justifier « l'impossibilité de fermer » la Maison.

C'est Pierre-Yves Pira (liste « Vraiment à gauche ») qui a lancé le débat, au moment des questions diverses, jeudi, à quelques jours de la manifestation lilloise annoncée dans la presse. « Nous vous avions interpellé l'an dernier au sujet de la Maison flamande de Lambersart », a d'abord rappelé l'élu d'opposition. Avant de demander si le maire, qui avait sollicité une enquête du ministère de l'Intérieur sur les activités de Vlaams Huis (l'autre nom de la maison située au 144 de la rue Flament-Reboux), avait enfin obtenu une réponse... Marc-Philippe Daubresse n'en avait, apparemment, pas eu de Brice Hortefeux. C'est son successeur, Claude Guéant, qui lui a répondu le 9 août dernier.

Mais avant de résumer la teneur de ce courrier ministériel, le maire de Lambersart a rappelé que la préfecture n'avait toujours pas été saisie d'une demande d'autorisation. « J'avais dit à Roger Vicot (l'adjoint à la sécurité de Lille) que j'étais d'accord pour qu'on discute de la manifestation. Et puis, j'ai vu que la ville de Lille et la préfecture s'étaient rencontrées (...) ils n'ont pas jugé bon de nous associer !».

 Ceci dit, a précisé l'élu UMP, « nous sommes évidemment en contact avec la préfecture, un dispositif préventif a été mis sur pied, au cas où... » Mais pour lui, comme pour le ministre de l'Intérieur, tant que « le trouble à l'ordre public » n'est pas établi, impossible de fermer la Maison flamande : « Sur quelle base juridique je pourrais la fermer ? Claude Guéant indique clairement qu'il ne dispose pas d'éléments en ce sens, pour l'instant (1) ... On est en France, c'est un pays de liberté. » Là-dessus, c'est Jérôme Roussel qui s'est étranglé. Lui aussi a, à plusieurs reprises, interpellé le maire de Lambersart sur ce lieu que certains voient comme un « repaire de fascistes ». « Personne ne voit de trouble à l'ordre public ? Si les services de M. Guéant ne savent pas faire de copies d'écran, je vais lui en envoyer, il suffit de lire le site internet de la Maison flamande pour comprendre ! » a lancé l'élu socialiste. Pour lui, c'est clair, comme il le dira en aparté, le ministère de l'Intérieur aura besoin « de ratisser large » au moment de l'élection présidentielle et n'a donc pas intérêt à se fâcher avant la frange la plus à droite de son électorat.

De leur côté, les responsables de la Maison flamande organisent, mardi, une conférence de presse... On reparlera, donc. •

(1) Marc-Philippe Daubresse n'a pas souhaité communiquer à la presse une copie de la lettre du ministre de l'Intérieur.

 

Voix du nord (1° oct. , Lomme – Lambersart)

 

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 15:33

L'avis du sociologue André Robert  (source : cafepedagogique.net )

 

Du 13 au 20 octobre prochain les élections

professionnelles auront lieu sur un mode totalement renouvelé (le vote électronique) et elles alimenteront des instances nouvelles. Le vote électronique va-t-il modifier la participation ? Les nouvelles instances administratives vont-elles faire évoluer le syndicalisme ? Spécialiste du syndicalisme enseignant, André Robert, université Lyon 2, auteur de "Miroirs du syndicalisme enseignant" (Syllepse, 2006) évalue pour nous les effets de la réforme syndicale. Le risque de baisse de la participation aux élections professionnelles et d'éclatement renforcé existent bien.

 

Quelle est, selon vous, l’importance des élections professionnelles qui doivent avoir lieu du 13 au 20 octobre prochains ?

 

A.R. : Les premières commissions paritaires ont été mises en place en 1947. Les élections ont, comme on le sait, lieu tous les trois ans. Elles ont pour objet d’élire les représentants des enseignants aux comités techniques et commissions paritaires. Celles-ci sont une conquête démocratique – précédée de luttes antérieures- actée à la Libération, l’idée de participation des travailleurs, via leurs délégués, à la détermination collective de leurs conditions de travail étant alors inscrite dans le préambule de la Constitution de 1946. Concernant les fonctionnaires, les commissions paritaires - qui constituent le droit à l’expression et au contrôle par les personnels eux-mêmes des décisions relatives à leur carrière et à leurs conditions de travail – résultent de la loi du 19 octobre 1946 portant statut de la Fonction publique. Les textes ont été révisés depuis à plusieurs reprises (notamment en 1982 et 1983) et plus près de nous en 2010. Certes ces commissions sont consultatives et n’émettent qu’un avis, le représentant de l’autorité administrative (IA, recteur ou ministre) prenant en dernière instance les décisions, mais, composées paritairement de représentants élus des personnels et de représentants de l’administration, elles constituent un progrès indéniable sur la situation antérieure où l’administration intervenait seule (d’où les luttes de la première moitié du 20e siècle contre l’arbitraire administratif). Par exemple en matière de gestion de carrière, d’avancement, de mutation, les représentants syndicaux aux commissions ont le pouvoir de vérifier et de contrôler la transparence et la validité des critères utilisés par l’administration ; s’appuyant sur la mémoire et les compétences accumulées par les organisations syndicales démocratiques, ils ont acquis et – nouvellement élus – acquièrent, une expertise qui fait qu’ils sont écoutés par l’administration. Il en découle l’importance pour les personnels, soucieux de leur intérêt et de la gestion démocratique de certaines questions professionnelles, de confier un mandat à ceux et celles qu’ils estiment les plus compétents pour siéger dans ces commissions.

 

Les commissions paritaires et les comités techniques constituent – ainsi que les conseils supérieurs - les principales instances, dont le fonctionnement est désormais subordonné aux dispositions législatives présidant au nouveau type de dialogue social voulu dans la Fonction publique (loi du 5 juillet 2010).

 

Les nouvelles modalités de vote électronique vous semblent-elles de nature à modifier la participation à ces élections professionnelles ? En quoi ?

 

A.R. : Jusqu’aux dernières élections de 2008, les votes se faisaient de manière classique dans les établissements à l’aide de bulletins papier et d’urnes, ce qui pouvait constituer un travail de mise en place et de manipulation assez lourd pour les directeurs-trices et chefs d’établissement et leurs adjoints, mais créait une sorte d’effervescence autour de ce moment démocratique, permettant aussi aux militant-e-s d’attirer l’attention des plus jeunes ou des moins mobilisés sur l’importance du vote. D’ailleurs, depuis de nombreuses années, le taux moyen de participation à ces élections s’est avéré constant et relativement élevé puisque se situant aux environs de 60%, alors que – dans d’autres secteurs professionnels – les élections prud’homales ne réunissent péniblement que 30% d’électeurs. On peut donc dire que les élections professionnelles aux commissions paritaires constituent un gage de confiance maintenu des enseignants dans leurs organisations syndicales pour les questions touchant au plus près à leurs intérêts, et cela même si lesdites organisations (tout en gardant un taux d’adhésion assez soutenu, comparativement aux autres syndicats français des secteurs public et privé) ont aujourd’hui quelque difficulté à faire adhérer les nouveaux arrivants dans le métier, et à conserver les taux d’adhésion des décennies antérieures. En tout état de cause, ces élections ont – par delà la question de l’adhésion – toujours représenté une bonne mesure de la confiance placée par les enseignants dans leurs syndicats.

 

 

Le passage au vote électronique risque d’abord d’atomiser l’acte électif lui-même, de lui ôter son caractère de liaison à un environnement collectif. Certes, les syndicats vont s’employer, comme par le passé, à alerter les personnels et à faire valoir leurs différents arguments par voie d’affiches, de tracts et autres matériels, créant ainsi ce climat collectif sans négliger bien sûr la voie individualisée des messages électroniques. Certes, dans l’enseignement supérieur, il y a longtemps que les votes se font individuellement et ont revêtu cette caractéristique, notamment encore cette année pour les élections aux sections CNU (Conseil National des Universités, constitué de sections par discipline, chargées de traiter les questions d’entrée et d’avancement dans la carrière), mais le vote se faisant par voie postale traditionnelle, l’opération prend quelques minutes (choix du bulletin, cachetage des enveloppes, envoi). Or – beaucoup plus grave à mes yeux - le vote électronique institué à partir de cette année dans les premier et second degrés se révèle, au lieu de simplifier les choses, paradoxalement d’une assez grande complexité et risque de faire baisser sensiblement le taux de participation, antérieurement remarquable. On ose espérer que cela ne résulte pas d’une volonté délibérée et que cette prophétie ne se réalisera pas, mais il est permis de s’interroger.

 

En effet l’enseignant se voit d’abord remettre une notice de vote (« à conserver, indispensable pour voter ») sur laquelle se trouve une case à gratter (sic et chic ! une chance au grattage) dévoilant un identifiant de vote (8 caractères) et le Numen. Il doit ensuite se connecter à : www.education.gouv.fr/electionspro2011, puis cliquer sur : « obtenir mon mot de passe » (notons qu’à ce jour, 25 septembre, cette procédure ne fonctionne pas encore, le site n’étant pas prêt) et ensuite : saisir son identifiant + son Numen + sélectionner les 6e et 7e caractères de son numéro de sécurité sociale (sic ! on croit rêver) + valider. Alors son mot de passe lui sera envoyé dans la messagerie de son choix. Si les enseignants sont certes au moins autant sinon plus équipés en matériel informatique que les autres catégories professionnelles, il reste un nombre non négligeable d’entre eux qui n’ont pas d’ordinateur et qui devront recourir aux kiosques de vote mis à leur disposition dans les établissements les 14, 18 et 20 octobre (encore faudra-t-il qu’ils aient songé à demander une adresse de réception de leur mot de passe, si – non familiers de ces choses - ils n’ont pas été découragés avant !). Le vote se fera du 13 octobre à 10 h jusqu’au 20 octobre à 17 h selon une procédure que je précise aussi, ne serait-ce que pour y familiariser l’éventuel lecteur enseignant de cette interview : cliquer sur « accéder à mon espace électeur », saisir le Numen + sélectionner les 6e et 7e caractères de son numéro de sécurité sociale + saisir son identifiant et son mot de passe. C’est alors que le sésame du vote devrait s’ouvrir !

 

On voit que le parcours du votant s’apparente à un vrai parcours du combattant électronique, il y a donc risque de découragement d’un nombre non négligeable d’électeurs, sans compter sur les possibles défaillances techniques et encombrement du serveur, comme cela s’est déjà vu dans d’autres contextes.

 

Quel regard portez-vous sur les relations sociales dans l'Education Nationale ? Les nouvelles dispositions sur la représentativité vont-elles avoir un impact dans ce secteur ?

 

A.R. : Il est de notoriété publique que le ministère Châtel n’est pas un ministère particulièrement bien disposé à l’égard de la représentation syndicale actuelle, qu’il juge les organisations syndicales majoritaires « conservatrices », arcboutées sur des conceptions anciennes et trop préoccupées de quantitatif et de moyens (à un moment où, rappelons-le, 60 000 postes ont été supprimés en quatre ans prétendument pour « améliorer la qualité de l’enseignement »). Il n’est donc pas étonnant que les principaux syndicats se plaignent non seulement de ne pas être beaucoup reçus mais surtout pas écoutés, et encore moins entendus, même si officiellement la rénovation du dialogue social est à l’ordre du jour.

 

Les nouvelles dispositions sur la représentativité ne peuvent en effet manquer d’avoir un impact. Indiquons-les. La loi sur la rénovation du dialogue social dans la Fonction publique a été adoptée en juin 2010, promulguée le 5 juillet de la même année. Les accords préalables à la promulgation de la loi ont été signés par 6 fédérations sur 8 (CGT, FSU, CFDT, UNSA, solidaires, CFE-CGC), c’est donc que le contenu des nouvelles dispositions a été globalement considéré comme positif. Trois principes sont censés aller vers plus de démocratie et plus de légitimité syndicale dans l’ensemble de la Fonction publique : liberté de candidature aux élections pour tout syndicat légalement constitué, certains en étant jusque là empêchés dans certains ministères autres que l’Education nationale (parce que déclarés a priori non représentatifs) ; composition des conseils supérieurs fondée uniquement sur le vote des personnels ; principe d’accords majoritaires en voix.

 

Parmi les nouveautés, les comités techniques (de deux niveaux, l’un ministériel, les autres « de proximité ») perdent leur qualité de « paritaires » et y sont désormais électeurs et éligibles les personnels titulaires et non titulaires. Les élus seront seuls à émettre un avis sur les textes qui leur seront soumis et – bien qu’on reste dans une perspective consultative – en cas de rejet unanime d’un texte, celui-ci devra faire l’objet d’un réexamen. Les compétences de ces CT sont élargies : organisation et fonctionnement des administrations, établissements, services ; gestion des effectifs ; règles relatives à l’échelonnement indiciaire ; évolutions des méthodes de travail ; orientations en matière de politique indemnitaire ; formation et développement des compétences professionnelles ; égalité, lutte contre les discriminations ; hygiène, sécurité. On comprend que le rôle de ces comités prend une importance considérable. Là où antérieurement (CT paritaires) les syndicats pouvaient avoir un réflexe de rassemblement face à l’administration, c’est éventuellement entre eux que s’exercera dorénavant (CT homogènes) une compétition.

 

 

Les CAP, commissions administratives paritaires, (et les CCP) ont pour mission de contrôler les décisions de l’administration concernant les promotions, titularisations, changements de grade, révisions de notes administratives. Les CAP concernent les personnels titulaires. Elles représentent la garantie d’une gestion collective et transparente des personnels par leurs pairs élus et un moyen de défense individuelle et collective, également une caisse de résonance des revendications. Dans le premier degré, le transfert des CAP « de proximité » (compétentes en gestion du personnel, mouvement, promotions, formation continue, formations spécialisées) de l’échelon départemental à l’échelon académique constitue un problème, le premier étant par tradition historique le mieux identifié par les enseignants qui risquent de ne plus s’y retrouver. Les CCP, commissions consultatives paritaires, sont destinées aux personnels non titulaires, dont antérieurement les situations n’étaient pas examinées par les commissions paritaires (elles sont maintenant obligatoirement consultées sur les décisions relatives aux licenciements et aux sanctions disciplinaires, ainsi que sur toute question individuelle relevant de leur champ de compétences).

 

Ces différents changements intervenant lors des élections du mois prochain auront forcément un impact. Sur la participation peut-être, je l’ai indiqué. Cela dit, je ne pense pas que les équilibres entre organisations seront grandement bousculés. Plus en profondeur, avec la nouvelle loi, le centre de gravité de la représentation risque de passer des commissions paritaires aux comités techniques non paritaires (consultés sur beaucoup de décisions collectives importantes) dans le vase clos des élus (alors qu’antérieurement les IA et l’administration pouvaient être interpellés directement dans ces instances). Par ailleurs, on peut déceler dans la nouvelle configuration un glissement consistant à déconnecter la représentativité de la polarité dominante « statut » (national) vers la polarité « territoire » (local). D’où l’importance d’un syndicalisme de proximité, actif sur les terrains.

 

Pensez-vous que les organisations syndicales de l'Education Nationale ont des défis à relever ? Pour quelles raisons ? Quels vous semblent les indices qui montrent des évolutions dans les pratiques et priorités syndicales ?

 

A.R. : Dans le cadre général de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), quatre axes de transformation sont énoncés au niveau de l’Education nationale : réformer l’école primaire afin de réduire l’échec scolaire ; réorganiser l’offre dans le second degré pour réduire les sorties sans qualification et mieux préparer les élèves à la poursuite des études dans l’enseignement supérieur ; offrir de nouveaux services aux familles pour mieux accompagner la scolarité des élèves ; rationaliser l’action administrative et optimiser la qualité du service offert aux familles. Le défi que doivent relever les organisations syndicales, contestant à juste titre la RGPP, est de ne pas se laisser enfermer dans cette logique présentée prioritairement comme logique d’efficacité ou plutôt d’efficience (avec une dimension budgétaire manifeste, sans cesse martelée par le ministre et ses représentants) et comme logique d’obligation de résultats (conforme aux orientations des organismes internationaux, tels l’OCDE et la Commission européenne), tout en prenant au sérieux certains des objectifs affichés et en proposant des solutions pour donner à ceux-ci leur véritable contenu démocratique. Cela suppose aussi pour elles de ne pas donner l’impression que ce qui est de l’ordre du refus de certaines mesures réformatrices n’est pas motivé par les seuls intérêts corporatifs des enseignants mais est justifié en profondeur par la prise en compte de l’intérêt général. Par exemple, et les syndicalistes en sont conscients, il n’est plus possible aujourd’hui de raisonner en ignorant l’idée de ‘service offert aux familles’ ; la difficulté vient de ce que les syndicats, attachés à un véritable service public d’éducation, ne peuvent accréditer les visions purement consuméristes de l’école, tout en devant reconnaître que les familles, et notamment les plus démunies, nécessitent des informations ciblées, comme les élèves ont besoin d’une aide véritable et de pratiques de différenciation (supposant des maîtres disponibles pour travailler avec des petits groupes). La difficulté consiste donc à gérer des positions nécessairement complexes, sans induire l’idée de pur et simple immobilisme, en montrant que les exigences qualitatives ne peuvent pas être raisonnablement déconnectées de revendications quantitatives (contrairement à ce qu’argumente le ministère). Les syndicalistes prouvent en général sur le terrain leur dynamisme et leur implication pédagogique, leurs dispositions à s’emparer activement des questionnements pédagogiques, et donc d’actions réformatrices favorables aux élèves, notamment les plus en difficultés.

 

Autres défis : la syndicalisation comme nécessité civique d’expression de la parole et des propositions des salariés. Le contexte idéologique et l'apparition de nouvelles mentalités, le reflux général de l'idée syndicale, le vieillissement constaté des enseignants syndiqués (tant adhérents que militants), tous ces facteurs exigent de toute façon des adaptations par rapport aux anciennes modalités de l’engagement. Des militants d'un type nouveau peuvent accepter aujourd'hui de participer aux affaires syndicales au niveau local sans ambitionner automatiquement d'être aspirés vers des responsabilités plus importantes à un échelon supérieur. Moins politiques, leurs motivations ont un caractère plus spécifiquement professionnel, ce qui les anime, c'est peut-être un goût plus prononcé pour le débat et l'action, action dont les résultats concrets peuvent être constatés rapidement, ce qui s'avère peut-être plus aisé à l'échelon local précisément. Leur mentalité apparaît en prise sur le cours actuel des choses (volonté de préservation de son identité propre allant de pair avec une acceptation de l'expression des divers "je" au sein du groupe, refus du bureaucratisme d'appareil, contrôle strict de ce que peut impliquer l'engagement) sans pour autant renier les valeurs syndicales traditionnelles (affirmation de la nécessaire solidarité à l'intérieur du groupe professionnel). La caractéristique dominante des nouvelles pratiques paraît pour une part être celle du pragmatisme, sans que celles-ci soient pour autant dépourvues d’une association avec un certain idéalisme (l’idée que des choses doivent et peuvent changer. Tout ce qui concerne le ‘métier’ rencontre l’intérêt des jeunes collègues et certaines équipes militantes, notamment aux échelons départemental et académique, ont incorporé cet intérêt des enseignants pour l'intégration à la culture syndicale des problématiques professionnelles déclinables en termes de pratiques. Ces initiatives locales prises par un certain nombre d'organisations au niveau départemental ou académique dans le domaine pédagogique sont mobilisatrices.

En matière revendicative, il y a un grand désir d’unité, et les organisations syndicales ont bien raison de ne pas se couper des coordinations et autres collectifs lorsque ceux-ci se forment à l’occasion de mouvements protestataires (comme par exemple au printemps 2003) tout en tenant à ce qui fait leur spécificité et leur supériorité organisationnelle (continuité et mémoire historique, prise en compte des intérêts de l’ensemble d’une profession, expertise, liens aux fédérations et confédérations, représentativité, etc.).

 

On a beaucoup parlé de recompositions syndicales dans les dix dernières années, mais finalement pensez-vous que les grandes lignes de clivage entre organisations soient toujours présentes ?

 

A.R. : Les principales organisations enseignantes françaises, après l’échec de la recomposition « réformiste » et la crise au sein de la FEN au début des années 1990, se retrouvent généralement dans l’opposition aux restrictions induites par la RGPP et les politiques d’inspiration néolibérale. La grève de ce 27 septembre en est un exemple, comme l’ont été les grèves sur les retraites à l’automne 2010. Ces organisations siègent désormais ensemble au sein du CSEE (Comité syndical européen de l’éducation) et de l’IE (Internationale de l’Education).

 

On note toutefois des sensibilités distinctes, voire des clivages, sur certaines questions. C’est d’ailleurs ce qui devrait permettre aux électeurs de se déterminer aux prochaines élections professionnelles ! Et cela bien que la volonté d’unité soit une revendication au moins diffuse du corps enseignant, notamment des jeunes qui ne connaissent pas ou ne désirent pas connaître le background idéologico-politique compliqué des positions syndicales.

 

A partir d’une dénonciation commune des suppressions de postes présentées comme la conséquence de la RGPP, les syndicats déclinent plusieurs axes argumentatifs quelque peu différents, par exemple autour de l’accompagnement personnalisé dans la réforme du lycée. On peut noter ainsi deux conceptions distinctes bien que non totalement opposées. Dans un premier cas, on assiste à une opposition au principe même de l’accompagnement personnalisé. Dans l’autre cas, un intérêt est manifesté pour le principe, bien que la mesure soit mise en cause car ne disposant pas des moyens permettant une intervention de qualité de l’équipe éducative.

 

Ainsi le SNES (FSU) voit dans cette mesure un moyen de gérer la pénurie entretenue des postes. « Comment faire passer un levier puissant de suppressions de postes pour de l’attention aux plus fragiles ? En appelant « accompagnement personnalisé » des heures au contenu indéterminé, financées en supprimant des heures de cours où tous les personnels peuvent intervenir …». Cette remise en cause s’appuie sur la dénonciation du caractère particulièrement flou des objectifs et du contenu de l’accompagnement. Pour SUD-éducation, la mesure s’inscrit dans une logique plus large tendant à accorder une place considérable à la notion de compétence, tendance qui est dénoncée par le syndicat. L’UNSA-Education et le SGEN-CFDT admettent le principe de l’accompagnement personnalisé mais estiment que les équipes enseignantes ne disposent pas des moyens permettant la mise en place d’une prestation de qualité. L’UNSA comme le SGEN-CFDT ayant affirmé leur intérêt pour la démarche revendiquent donc des heures de concertation, des dédoublements de classe et surtout des formations à l’accompagnement. Ce sont ainsi des nuances, voire des différences sensibles, qui apparaissent entre organisations syndicales.

 

Les syndicats sont sans doute à l’heure actuelle dans une situation délicate, à une croisée des chemins. Les enjeux liés à l’évolution du service public d’éducation et de ses fondements peut conduire à l’expression d’un front syndical uni et fort … ou à un éclatement renforcé du syndicalisme enseignant. La participation massive des enseignants aux actions et aux prochaines élections professionnelles constituent de bons moyens de renforcer la nécessité sociale d’un syndicalisme moderne et fort dans un contexte socio-économique particulièrement dangereux.

André Robert

Propos recueillis par Marcel Brun

 

Liens :

La nouvelle procédure électorale (document officiel)

http://www.education.gouv.fr/cid22613/elections-professi[...]

Les élections telles qu'elles sont présentées dans une académie

http://www.ac-grenoble.fr/admin/spip/s[...]

La réforme électorale critiquée par un syndicat (SUD)

http://www.sudeducation.org/Elections-professi[...]

 

Sud élections

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