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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 13:57

Shame on YOU

 (Shame on you, collages sur toile, 72 x 110 cm)

 

1 : Féminiser la langue française : l’expérience québécoise

 

Cet article s’appuie en grande partie sur les interventions de Claudie Baudino (directrice du centre Hubertine Auclert) et de la Canadienne Chantal Santerre lors des journées intersyndicales femmes en mars 2011.

Un peu partout, de plus en plus de femmes occupent des emplois auparavant réservés aux hommes. En France, depuis la loi relative à l’égalité professionnelle de 1984, les offres d’emplois doivent être féminisées au grand dam de l’Académie française pour qui, « en français, le genre et le sexe n’ont aucun rapport ». Dans les années 90 on nomme de plus en plus les femmes au féminin. On dira désormais « Mme la ministre ». En 1998-1999, dans Femmes, j’écris ton Nom (documentation française), il est démontré qu’il n’y a aucun obstacle à la féminisation des noms de métiers. Pourtant le masculin reste la valeur générique.

Au Québec, la réflexion est plus avancée. Il est évident dans ce pays que le français est le relais et l’allié du sexisme. Dès la fin du XIXe siècle des journalistes québécoises féminisent les noms de métiers dans Le Coin du Feu tout en se battant pour les droits civiques. Cette lutte sera reprise dans les années 70 : en 76 un guide parait sur l’actualisation des noms de professions. Aujourd’hui, on n’utilise plus l’adjonction du mot femme comme dans « femme écrivain » ; on dira forcément « écrivaine ». Mais on utilise encore la solution de facilité qui consiste à mettre une note en début de texte pour expliquer qu’on utilise le générique masculin uniquement « pour alléger le texte »…

Quelques syndromes du sexisme langagier habituel

En 2000, Louise Larivière publie « Pourquoi en finir avec la féminisation linguistique ou à la recherche des mots perdus ». Elle y met à mal les principaux arguments, qu’elle appelle des « syndromes », utilisés par les détracteurs/trices de la féminisation.

Il y a le syndrome de la place prise.

On ne pourrait mettre certains termes au féminin car le mot désigne déjà quelque chose d’autre comme « foreuse » (une machine) ou « manœuvre » (un déplacement). Pourquoi alors personne ne trouve gênant de parler d’un « secrétaire » (un meuble) ou d’un patron (un bout de papier) ?

Le syndrome de l’horreur.

Certains suffixes auraient un caractère péjoratif comme le suffixe en « euse ». Mais des mots comme « chanteuse » ou « skieuse » sont pourtant communément utilisés. D’autres substantifs seraient rejetés pour cause de « composante » péjorative. « Écrivaine », ce n’est pas beau car ça finit par « vaine ». Ah oui ! « Écrivain » finit bien par « vain ». Et pourquoi « châtelaine » ou « riveraine » ne posent-ils aucun problème ? De même le substantif « agente » (qui existe pourtant !) est massivement rejeté pour sa « soi-disant » laideur. Et « régente » ? Et « parente » ?

Le syndrome de la phrase négative.

On ne pourrait utiliser certains termes parce que « ce n’est pas dans le dictionnaire ! » C’est l’usage d’un mot qui le fait entrer dans le sacro-saint dictionnaire et non l’inverse ! Oui mais, argue-t-on souvent, « la féminisation ne va pas avec la langue française ». Pourquoi alors ne pose-t-elle pas de problème au Québec ?

Le syndrome de la haute voltige.

Vous comprenez, le terme féminin serait tellement « discriminatoire » ! C’est sûr que lorsqu’on est une femme, être désignée au masculin, c’est extrêmement valorisant, n’est-ce pas Mme le Recteur ?

Vers des termes épicènes

La féminisation telle qu’on la pratique en France en ajoutant un « E » ou un « -e- » a été abandonnée au Québec. Au-delà de la féminisation des titres on a recours le plus possible à des termes épicènes. Plutôt que d’écrire « les employéEs » ou les « employé-e-s », on écrira « le personnel ». On trouve la « fédération des personnèles » pour indiquer qu’il y a des femmes et des hommes. Au lieu d’écrire « cinquante femmes et un cochon sont morts dans la tempête » (sic), on dira : « les victimes de la tempête sont cinquante femmes et un cochon ».

Si le Québec mène une réflexion sur le sexisme véhiculé par la langue, la rédaction non-sexiste n’est toutefois pas encore généralisée dans les textes officiels de ce pays. Un peu plus d’un tiers des textes qui émanent des ministères tiennent compte des deux sexes. En revanche, certaines choses semblent acquises comme la féminisation des « titres ». Ainsi, une expression comme « le salon de l’étudiant », qui ne fait pas sourciller grand monde chez nous, serait inconcevable au Québec car elle fait abstraction des étudiantes.

Là-bas comme ici, il faudrait aborder la rédaction non-sexiste à l’école plutôt que d’asséner que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Il ne faut pas perdre de vue que les dictionnaires sont des créations idéologiques et que l’Académie française n’est pas connue pour être l’avant-garde du féminisme.

Commission fédérale droits des femmes

(Source : http://www.sudeducation.org/Feminiser-la-langue-francaise-l.html)

 Ouvrez-la-2.jpg

 

(Il est très sympa le "petit bonhomme Sud"...à quand son équivalent féminin ?)

 

 

D’autres articles, un peu plus anciens :

 

2 : Féminisation : quel sexe pour la langue de Molière et Beauvoir ?

(rue89.com,  Mouloud Akkouche, 9 mai 2011)

Adeptes d'une langue non sexiste, des pétitionnaires partent en guerre contre le vieux principe grammatical qui veut que le masculin l'emporte sur le féminin. Une règle apprise à l'école. Ils veulent abroger la règle imposée en 1676 par le père Bohours qui préconisait : « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte ».

Les signataires souhaitent un retour à l'usage en cours avant le XVIIe siècle, qui voulait « qu'un adjectif qui se rapporte à plusieurs noms s'accorde avec le nom le plus proche. »

La grammaire serait-elle sexiste ?

La lutte pour l'introduction de l'égalité des sexes dans la langue française ne date pas d'aujourd'hui. Certains taxeraient ce combat de futile par ces temps très difficiles ? A la lecture des articles et commentaires sur le sujet, on sent que ces femmes – plus nombreuses que la gent masculine – ne lâcheront pas le morceau.

Certe, la linguistique est un débat qui ne touche pas toutes les catégories sociales, et si l'on pose la question à une bénéficiaire du RSA vivant seule avec quatre enfants, forte est la probabilité qu'elle réponde que ce n'est pas sa priorité. On serait donc face à une problématique de bobos et de militants féministes, soit un faible pourcentage de la population. Cela dit, des combats très importants ont été menés par une minorité avant d'être adoptés par la majorité. Ces signataires seraient-ils avant-gardistes ?

Changer la règle pour influer sur les comportements

Après tout : pourquoi ne pas changer nos habitudes grammaticales ? Est-ce que cette nouvelle règle ferait réellement évoluer les comportements ? Difficile de penser qu'elle empêchera un éventuel endoctrinement sexiste des futures générations, mais sait-on jamais.

Si l'on féminise la grammaire, d'autres groupes vont vouloir imposer une pression sur la langue. Certains se mobiliseront encore plus pour effacer toute trace de propos colonialiste dans les livres d'histoire et les dictionnaires. Pareil pour les pourfendeurs du racisme, de l'antisémitisme et de l'homophobie. L'expression « gagner son bifteck » sera-t-elle critiquée par les végétariens salariés ? Les grammairiens et lexicographes ont du mouron à se faire.

Discours des élites : quota d'expressions populaires et accents de terroirs

Les fils de prolétaires imposeraient également leurs desiderata à l'élite des universitaires et des journalistes, comme par exemple un emploi plus large de termes de la culture populaire. On sait que les citoyens élevés dans ce milieu sont souvent obligés de mettre un mouchoir sur les codes de leur éducation pour progresser socialement.

Une discrimination liée au langage d'origine, aux us et coutumes familiaux, entre autres. Qu'en pense le quota exfiltré des ZEP et immergé à Sciences Po, en tant que gagnants du mercato des cerveaux en banlieues défavorisées ?

A une époque, on conseillait aux étudiants rouleurs de R de se soumettre à l'intonation en vigueur dans les beaux quartiers de la capitale. Les provinciaux vont aussi revendiquer la revalorisation de leurs accents. Halte à la suprématie du parisien dans l'hexagone !

La féminisation de la grammaire et d'autres luttes ont leur part de légitimité. Mais l'émergence de revendications de toutes sortes est le reflet d'une montée des communautarismes et corporatismes. Chaque groupe est attaché à sa « bonne cause ». Une revendication souvent brandie comme une carte de priorité.

 

 

 

3 : Haro sur la grammaire sexiste !

(Philippe Jacqué, 4 mai 2011)

http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2011/05/04/les-femmes-sont-des-hommes-comme-les-autres/

 

Après la création d'un « langage féministe non sexiste » (voir la fiche wikipédia), les féministes mènent une nouvelle bataille contre la « langue française sexiste ». Une pétition (attention, connexion lente) intitulée « Que les hommes et les femmes soient belles ! » vient d'être lancée pour en finir avec la règle qui veut que « le masculin l'emporte sur le féminin ».

Selon le texte de la pétition, « cette règle de grammaire apprise dès l'enfance sur les bancs de l'école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin. En 1676, le père Bouhours, l'un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : "lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte." »  

Pourtant, poursuit la pétition, « avant le XVIIIe siècle, la langue française usait d'une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s'accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité : en latin et en grec ancien, elle s'employait couramment. »

Pour la règle de la proximité

Citant la linguiste Josette Rey-Debove, le texte appelle à utiliser la « règle de la proximité", c'est-à-dire « mettre le verbe et l'adjectif au féminin quand il est après le féminin, même s'il y avait plusieurs masculins devant » afin que les hommes et les femmes apparaissent belles...

Les auteur(e)s de cette pétition déjà signée par près de 500 personnes, dont la vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France, Henriette Zoughebi, ou la chercheuse Jacqueline Costa-Lascoux, demandent à « chacun-e de révolutionner les écrits, les correcteurs d'orthographe et nos habitudes en appliquant la règle de proximité. Nous demandons à l'Académie française de considérer comme correcte cette règle qui dé-hiérarchise le masculin et le féminin et permet à la langue une plus grande de liberté créatrice ».

N’hésitez surtout pas à cliquer sur le lien ci-dessus et à lire les « commentaires » qui suivent…Très instructifs !!!

 

 

 

4 : Que les hommes et les femmes sont belles.

(Source : http://fcomme.blogspot.com/2011/05/que-les-hommes-et-les-femmes-sont.html  7 mai 2011 ; voir aussi les commentaires)

 

Commentaire perso : mon traitement de texte est très à cheval sur l’orthographe et la grammaire. A peine ai-je tapé « que les hommes et les femmes sont belles » qu’il souligne « belles » et me propose… «beaux ». CQFD.

 

Emelire l'a évoqué dans un paragraphe de son copinage féministe de mercredi dernier: une remise en question des règles de grammaire sexistes est nécessaire. Par pour le fun, pas pour pinailler mais parce que la langue façonne notre identité et notre manière de voir le monde. Le sujet est sérieux parce qu'il est politique. Il faut voir comment il déchaîne les passions machistes pour s'en convaincre.

A mes yeux, une grande réforme ne serait pas du luxe: féminisation des mots selon les règles d'alternance existantes (depuis le latin dont la langue est issue), refondation de la didactique de l'enseignement de la grammaire (non, le masculin ne donne pas "naissance" au féminin) ou encore révision de la règle selon laquelle le masculin l'emporte. J'en avais parlé dans un précédent billet en montrant comment notre langue androcentrée s'était établie à partir d'allégations arbitraires et iniques. Meigret, Vaugelas, Bouhours, depuis leur époque, ont universalisé, dans un accès incontrôlé de toute-puissance, leur propre vision de la langue et de la société.

Pour Bouhours, le masculin l'emportera parce qu'il est mieux. En voilà de l'assertion impartiale et fondée pour régir l'usage commun ! Une assertion qui vaut désormais éducation à coups de matraquage idéologique: il y a un système de valeurs dans la société et le masculin c'est plus, c'est mieux, définitivement. Comment ne pas finir par croire que c'est la nature qui en a décidé ainsi tant la formule est sans appel ?

Rien de naturel, donc, dans tout ça et encore moins de définitif. La société bouge, nous aspirons à l'égalité; la langue bouge, nous défendons la démocratisation de son usage. En tant que détentrices et utilisatrices de la langue, nous avons le droit, le devoir et la possibilité d'éradiquer les archaïsmes qui nous entravent. Certes les moyens sont limités et les résistances bien vivaces mais la mobilisation fait ses preuves au quotidien. Une pétition pour que les hommes et les femmes soient belles a été lancée qui demande la suppression de la règle de prévalence du masculin sur le féminin au profit d'une règle de bon sens, d'esthétique visuelle, d'harmonie auditive et d'équité: l'accord avec le substantif le plus proche.

Histoire de passer de "Il lit un article et une chronique instructifs" à "Elle écrit un ouvrage et une anthologie passionnantes".

 

                                   

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 20:38

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Cette semaine l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) et le HCE (Haut Conseil de l’Education) ont publié deux études très sévères avec la politique publique française en matière d’Education depuis 10 ans. Les orientations, les impasses et les mesures successives n’ont fait qu’empirer les choses quand elles s’améliorent ailleurs. Par ailleurs les indicateurs choisis par le gouvernement sont vivement critiqués : peu fiables, ils masquent la réalité.

Cette fois-ci, Luc Tout Va Bien Madame La Marquise Chatel et son ministère de communicants vont devoir s’échiner pour trouver un contre-feu. Il ne suffit plus de taxer les enseignants de corporatisme sourd, les syndicats d’archaïsme aveugle, et d’ignorer la gronde qui court partout en France depuis un an : les critiques ne viennent pas du sérail, mais de la très officielle et peu soupçonnable de gauchisme OCDE.

Que retenir des 533 pages de ses « Regards sur l’Education 2011 », concernant la France ?

1. La France, championne de l’inéquité est l’un des pays où le déterminisme social est le plus important dans les résultats scolaires. C’est une confirmation, la France ne sait plus former que des élites, elle ne sait plus accompagner les moins aisés dans la quête éducative, c’est la fin du fameux ascenseur social et l’écart se creuse. Autre révélateur : si le taux de scolarisation des 15-19 ans a augmenté de 9,5 % dans les pays de l’OCDE, il est passé de 89 à 84 % en France depuis 1995. Conséquence, 130 000 élèves quittent le système éducatif sans diplôme, et la moitié sera sans emploi ni activité.

2. La France a globalement cessé ses efforts en termes d’investissements dans l’Education. « Alors que la part de l’éducation dans les budgets publics est passée de 11,8% en 1995 à 12,9% en 2009, en moyenne dans l’OCDE, en France, la part dans l’éducation dans ces mêmes budgets a diminué, passant de 11,5% en 1995 à 10,6% en 2008 ». Quand Chatel dit qu’on n’a jamais autant dépensé pour l’Education, il joue donc avec les chiffres, comme souvent. A titre indicatif, le rapport de l’OCDE rappelle qu’un diplômé rapporte à son pays trois fois le coût de sa formation. Investir rapporte donc.

3. Les enseignants français figurent parmi les moins bien payés. Et pas qu’un peu : 15 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE pour un enseignant ayant 15 ans d’ancienneté ! Normal, depuis 1995, le salaire a augmenté dans les deux tiers des pays de l’OCDE, mais pas en France où il a même reculé, accusant une perte de 12 à 14 points en euros constants… Il faut toutefois noter que l’étude ne prend pas en compte les heures supplémentaires (inexistantes à l’école primaire) et la revalorisation en 2010 des jeunes enseignants (+ 4 % environ). Enfin, c’est en France que le pourcentage du PIB consacré au salaire des enseignants a le plus baissé sur cette période.

Suite à la publication de ce rapport de l’OCDE, François Jarraud parlait cette semaine dans un édito du Café Pédagogique de « décennie des abandons »: abandon de la priorité à l’Education, abandon de la lutte contre l’échec scolaire, abandon de la réussite pour tous au profit de filières d’excellence, abandon de la scolarisation avant trois ans, abandon de la revalorisation et des conditions du métier d’enseignant, abandon de toute formation professionnelle des enseignants… Jarraud termine son édito en citant Lincoln : « C’est vrai, l’éducation coûte cher, essayez donc l’ignorance ! ».

Les mauvaises nouvelles arrivant souvent par paire, Luc Chatel a été invité à tendre l’autre joue en milieu de semaine, avec la publication par le Haut Conseil de l’Education d’un rapport sur « Les indicateurs relatifs aux acquis des élèves ». Sont ici visés les systèmes d’évaluations mis en place et utilisés par le gouvernement. Le seul sommaire du rapport en est une condamnation définitive : « Les indicateurs annuels fournis au Parlement ne sont pas satisfaisants ». « Les indicateurs concernant les compétences de base en français et en mathématiques sont partiels, peu exigeants et donc trompeurs ». « Les indicateurs tirés des évaluations nationales ne sont pas fiables pour des raisons de méthode ». « La confusion entre deux types d’évaluations prive les indicateurs de la rigueur nécessaire ». « La fiabilité des indicateurs n’est pas assurée ». « Le champ des indicateurs existants ne permet pas d’évaluer avec précision la maîtrise du socle commun ».

N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Que dit le rapport (44 pages, c’est abordable), notamment pour l’école primaire ? Il dit ce que l’on a déjà écrit ici même il y a quelques mois. Les évaluations nationales de CE1 et de CM2, principaux outils d’analyse utilisés par le gouvernement, ne sont absolument pas fiables, particulièrement pour le CE1. Citons pour exemple :

- la forme de l’évaluation, par QCM, « ne permet pas de prendre en compte des capacités essentielles » telle l’expression écrite ou orale ;

- la diversité des pratiques dans les classes invalide de fait ce type d’évaluation : certains enseignants, en laissant plus de temps que prévu à leurs élèves, ou préparant les élèves avec les exercices des années précédentes faussent les résultats ; les écarts de notation (subjectivité de l’enseignant) sont aussi pointés comme source d’inéquité, de même que le « flou de certaines consignes de l’institution (…) qui se traduit sur le terrain par des pratiques variables » ;

- la confusion est entretenue par le ministère entre les évaluations nationales et les évaluations faites par l’enseignant pour adapter son enseignement aux élèves : « cette confusion tend à déformer la perception que les différents acteurs ont de l’évaluation ». Soit l’exact contraire du but recherché.

- etc.

Pour les évaluations de CE1, la conclusion du HCE est très claire : « Etant donné son caractère très partiel et son niveau d’exigence très insuffisant, cet indicateur devrait être rapidement supprimé ».

Dans une deuxième partie, le HCE invite à utiliser une autre méthode fondée sur la prise en compte d’échantillons sur l’ensemble du territoire à la fin de moments-clés de la scolarité : la fin du primaire et la fin du collège.

Le rapport s’achève sur une incitation à utiliser les indicateurs internationaux « devenus un outil de pilotage indispensable aux politiques éducatives » (suivez mon regard vers l’OCDE) et sur une préconisation : « renoncer aux indicateurs actuels (…) et créer un dispositif nouveau ».

Les dernières phrases du rapport sont lourdes de sens concernant la méthode du gouvernement : « Le moment est venu de confier à une agence d’évaluation indépendante la mise en œuvre d’un tel programme (…). Il est essentiel en effet que, dans notre démocratie, les données concernant les résultats de notre système éducatif soient objectives, donc incontestables ».

Si on m’avait demandé de dire avec diplomatie que le ministère manipule les chiffres à son avantage, j’aurai probablement écrit une phrase comme celle-ci.

 

Résumons-nous.

OCDE et HCE ont démontré cette semaine ce que les enseignants et le monde de l’éducation savent déjà, parce qu’ils en subissent les conséquences au quotidien sur le terrain : la politique des derniers gouvernements est non seulement inefficace, mais, inadaptée et contre-productive, n’a fait qu’aggraver les problèmes. Principalement préoccupés par la RGPP (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, qui devrait ne pas pouvoir s’appliquer partout en termes équivalents), la communication / désinformation à outrance (indispensables pour discréditer les discours contestataires) pouvant aller jusqu’à la manipulation des chiffres, les ministères successifs ont totalement négligé l’Education dans ce pays depuis 10 ans.

Accessoirement, l’OCDE et le HCE enlèvent un peu de pression des épaules des enseignants : non, ils ne sont pas les seuls responsables du fiasco terrible dont on commence à percevoir les contours.

Le réveil est difficile et cruel. Pourtant nombreux sont ceux qui crient dans la nuit depuis des mois, des années. Dérangés par le bruit de ces gêneurs, les bonnes gens n’ouvraient leurs volets que pour dénoncer le corporatisme, pour moquer des « fonctionnaires » éternellement insatisfaits, pour vilipender, pour railler, pour gueuler inconsidérément et disons-le, connement.

Nous continuerons à crier, pourtant.

Et lundi matin, nous serons dans nos classes à travailler d’arrache-pied, vent de face, pour et avec nos élèves.

 

 (sur le salaire des enseignants, interview sur le Monde.fr de Luc Rouban, chercheur au CNRS)

 

(Source : http://blogs.lexpress.fr/l-instit-humeurs/2011/09/17/deux-rapports-tres-critiques-pour-la-politique-d%E2%80%99education-francaise/)

 

 

9 juillet bis 004

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 16:01

Intersyndicale : La CFDT saborde la journée d'action du 11 octobre !

Les négociations de l'intersyndicale, en vue d'une journée d'action interprofessionnelle, le 11 octobre contre le plan anti déficit du gouvernement, sont un échec. La CFDT et l'UNSA s'opposant à toute action nationale concertée !

 

« Qui ne dit mot consent » dit le proverbe. En clair qui reste silencieux ou peu revendicatif face à une situation ne pourra en aucun cas nier par la suite son adhésion à celle-ci !

C'est ce que le gouvernement pourrait arguer aux syndicats de salariés qui ont décidé à l'issue de la dernière réunion de l'intersyndicale de ne lancer : « Aucun appel à la grève ou à des arrêts de travail pour manifester contre le plan anti déficit du gouvernement »

En effet, selon Les Echos, la CFDT soutenue par l'UNSA a réitéré : « (...) son opposition à un appel à des manifestations et des grèves, jugeant que « ce n'est pas la réponse adaptée à la situation et à l'attente des salariés » Conclusion : « Il reviendra donc aux troupes de décider au cas par cas des actions »

Car selon la CFDT : « le principal souci des salariés est actuellement le risque d'éclatement de la zone euro, pas le plan Fillon »

Donc, exit la mobilisation nationale portant sur des revendications pourtant approuvées le 1er septembre 2011, par la CFDT et l'UNSA. Et qui devait être défendue lors de la journée du 11 octobre prochain :

« (...) Abandonner la taxation des complémentaires santé ; supprimer les exonérations et la défiscalisation des heures supplémentaires ; conditionner toute aide publique à son efficacité sociale et économique, aux politiques sociales dans les entreprises.
• Mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières.
• Faire de l’emploi, en particulier celui des jeunes, une priorité. Stopper les suppressions d’emplois dans la Fonction publique.
• Soutenir le pouvoir d’achat notamment des plus bas revenus et réouvrir les négociations salariales dans les entreprises et la Fonction publique pour réduire les inégalités notamment entre les femmes et les hommes (...) »

Ce qui n'empêche pas Marcel Grignard, secrétaire général adjoint, et négociateur de la CFDT, de souhaiter que la journée du 11 octobre soit réussie, tout en proposant comme moyen d'action : « D'aller à la rencontre des salariés pour leur expliquer la position de la CFDT » !

 

Aller à la rencontre des salariés pour leur dire quoi ?

 

Que le gouvernement et le Medef n'ont pas cédé un pouce de terrain aux demandes de la CFDT ?

 

Car, que reste-t-il de la main tendue de François Chérèque à Laurence Parisot lors des grèves et manifestations sur les retraites ? ou de la réunion ( qui a remplacé le « sommet social » réclamé par la CFDT) avec François Fillon ?

 

Ou tout simplement leur expliquer à la façon Coluche, que la CFDT : « C'est celui qui fait le moins grève ... donc, on gagne plus »

 

Ou plus plus prosaïquement, que la CFDT, dont le réformisme n'a pas fait ses preuves ces quatre dernières années, préfère ne pas mettre la pression de la rue sur le gouvernement, dans l'attente du résultat incertain des élections de 2012 ?

Et pour finir, leur expliquer, le plus sérieusement du monde, qu'en fin de compte, leur principal souci est : « le risque d'éclatement de la zone euro, pas le plan Fillon » ?

Succès assuré !

(Source : http://www.marianne2.fr/SlovarMarianne/Intersyndicale-La-CFDT-saborde-la-journee-d-action-du-11-octobre-_a331.html.  Y figure également une vidéo : Conférence de presse de l’intersyndicale du 15 septembre 2011. N’hésitez pas à jeter un œil sur les commentaires)

 

= = = = = =

 

Rappels :

 

(1) SUD éducation 59/62 appelle à la grève le 27/092011 dans l’ensemble du service public d’éducation.

Rendez-vous à la manifestation intersyndicale régionale à Lille, 14h30, porte de Paris à Lille.

Ce n’est pas à nous de payer leurs crises !

L’’école n’est pas une entreprise et l’éducation pas une marchandise,

pour une autre école, dans une autre société,

mobilisons-nous !

 (Voir : http://rased-en-lutte.net/)

 

 ouvrez-la

 

Du 13 au 20 octobre 2011,

 

des élections professionnelles

 

décisives pour l’avenir du syndicalisme (de lutte !!)

 

Sud élections

 

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 20:20

 

Communiqué de presse de la F.C.P.E.

 

Remplacements : un délai de carence peut en cacher un autre !

   C’est avec consternation que les parents d’élèves du Tarn ont appris cette semaine que leur inspecteur d’académie met dorénavant en place un délai de carence de 48 heures avant de procéder au remplacement des enseignants dans le 1er degré.

L’inspection académique du Tarn est la première à avouer qu’elle n’assurera pas les remplacements : une des conséquences de la suppression de 6000 postes de remplaçants dans le 1er degré à cette rentrée, ce qui ne permet pas de scolariser les élèves dès qu’un enseignant est absent !

La FCPE demande au ministre de l’Education nationale de revenir sur la décision de l’Inspecteur d’académie du Tarn et de garantir, sur l’ensemble du territoire, le remplacement des enseignants, dès le premier jour d’absence, par des enseignants formés.

La FCPE est d’autant plus étonnée que le ministre de l’Education nationale a lui-même annoncé l’an passé la suppression du délai de carence imposé dans le second degré pour « rendre le système plus réactif ».

Les conséquences de cette décision sont prévisibles pour les enfants et leurs parents. Les élèves ne pouvant pas bénéficier de remplaçant seront tout simplement renvoyés chez eux car les autres classes sont déjà surchargées.

L’inspecteur d’académie institutionnalise ici l’ « école buissonnière » alors même que le gouvernement choisit de suspendre les allocations familiales des élèves absentéistes !

Contact presse : Laurence Guillermou, tél 01 43 57 16 16

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 17:00

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 21:26

J’ai reçu dans ma boite aux lettres 2 documents m’expliquant que pour les primaires socialistes (rebaptisées « primaires citoyennes ») c’est moi qui décide !!

 

Je découvre d’abord un feuillet, avec plein de photos,  destiné à être accroché à une poignée de porte…Je me suis d’abord demandé à quel hôtel new-yorkais il était destiné…

Sur le A4, on m’indique que pour voter je dois m’acquitter d’1 euro (au minimum…) et signer la charte d’adhésion aux valeurs de (la) gauche…

Tout béotien que je suis, une question me transperce : « C’est quoi les valeurs de la gauche ? »…

Gogol me renvoie à un blog qui commence par parti et fini par socialiste et j’y trouve ceci :

 Cette charte, la voici. Elle tient en une phrase : "Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d'une société de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire." 

Je découvre que cette charte est à l’étude depuis…mai 2010 ; qu’elle répond à un souci de faire le plus simple et le plus synthétique possible afin que la lecture du texte ne soit pas rédhibitoire pour les électeurs les moins favorisés.

Une volonté pédagogique, sans doute…

J’apprends également que  « l'Europe  était présente dans la première mouture du texte mais apparemment cela ne faisait pas assez consensus »

(Le 29 mai 2005, à la question « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? », 55 % des électeurs s'étant exprimés ont répondu « non ! ».)

Où voter ?

On m’explique (le 15 septembre) qu’un important dispositif d’information sera mis en place, et, que pour trouver mon lieu de vote, un site spécial sera mis en ligne…

Mais alors, si je suis béotien, faisant partie des …électeurs les moins favorisés et sans Internet…je fais comment ?

Je découvre aussi que si ma mère était soudain habitée par les valeurs de la charte de gauche, elle devrait faire 15 km pour aller voter…

Jean Rumain.

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 21:13

Quelques photos tirées du site boston.com/bigpicture où on trouve un chapitre :

France on strike

(merci Franck)

 

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(oui, je sais, cette photo là, elle figure déjà un peu plus haut...mais...j'avais envie)

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 20:49

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Management et formatage à l’école.

Dans l’Education Nationale, on achève actuellement la mise en œuvre de la version numérique du livret personnel de compétences (LPC). Derrière cette terminologue branchée se cache une arme de guerre.

L’objectif pour la hiérarchie de l’Education Nationale est double : maîtriser en temps réel les savoirs enseignés en terme de contenus et de méthode pour mettre fin à la liberté pédagogique des enseignant(e)s et gérer au plus près les élèves afin de fournir une main d’œuvre docile et taillée sur mesure au patronat européen. Cette caricature d’éducation bourgeoise est en passe de se concrétiser par l’imposition conjuguée de « l’approche par compétences » et management assisté par ordinateur.

On trouvera le terme « d’approche par compétences » dans le vocabulaire de la pédagogie nouvelle du mouvement Freinet et des sciences de l’éducation où les compétences désignent des savoirs construits par et pour l’action dabs une visée libératrice. Mais dans le verbiage des gestionnaires en « ressources humaines, si ce terme a aujourd’hui envahit l’ensemble des sphères de la formation et de la production, c’est dans une intention de « rationalisation » du « capital humain » comme source de compétitivité (1). C’est évidemment cette version qui est retenue pour le « socle commun des compétences » élaboré au niveau européen par l’OCDE et l’ERT(2) dès 1997 et qui sert de base à l’ensemble des programmes scolaires des systèmes éducatifs des pays européens.

Le LPC est un ensemble de compétences qui concernent à la fois des savoirs déclaratifs abstraits (connaissances), des savoirs mis en œuvre (savoir-faire ou compétences) et des comportements sociaux (savoir être).

On notera, pour cette dernière catégorie de « compétences », qu’il s’agit bien d’évaluer, donc d’enseigner, des formes d’acceptables de profils sociaux et qu’in entre ainsi, sans l’ombre d’un doute, dans le façonnement de la personnalité.  Rien d’étonnant toutefois quand on connait les ressorts d’un mangement moderne qui consiste à enrôler la globalité de l’individu(e) dans le processus de production en s’appuyant, notamment, sur ses motivations intimes(3).

Une fois évaluées et validées de façon binaire pour les besoins du support numérique, les compétences sont stockées ad vitam dans les bases de données de l’institution. Le système permet donc d’englober totalement le profil d’une personne et de consigner l’ensemble de son parcours d’apprentissage et de transformation.

Si l’éducation a pour but d’armer et de favoriser l’expression de la personnalité, elle n’a pas pour objectif de la façonner.

Si l’éducation est un processus constant de transformation, elle ne peut être conçue sans un droit à l’oubli de la part de l’institution, corolaire du droit au changement de l’individu(e).

La hiérarchie de l’Education Nationale exige la remontée informatique des résultats aux évaluations nationales et la transmission des étapes de validation du LPC, interdisant désormais tout aménagement pédagogique réel.

Il s’agit d’enseigner, dans un ordre déterminé, à un rythme prédéfini, des « compétences » précisément établies au moyen d’exercices stéréotypés.

Les profs, autrefois artisans de leur métier, adaptant leurs outils pédagogiques à leurs élèves, leurs contextes de classes (4), leurs personnalités, deviennent ainsi les exécutants étaient de fins de procédures de conditionnement scolaire. Les programmes DARCOS (2008) furent les plus massivement critiqués, ils sont aujourd’hui les plus unanimement appliqués.

La résistance passive et éclairée des profs vis-à-vis du pouvoir politique n’est plus qu’un souvenir, la puissance du contrôle numérique consacre le pouvoir absolu de l’Etat sur ses agents.

L’orientation précoce des élèves, véritable tri social et la traçabilité des parcours trouvent leurs prolongements dans l’interconnexion des fichiers qui suivent les individu(e)s à chaque étape de leur vie. Le LPC est relayé, en fin de lycée, par le « passeport orientation et formation » qui suivra l’étudiant, puis le salarié (5). Au moyen de ce véritable « livret ouvrier » du XXI° siècle (6), l’individualisation des parcours de formation permettra, à terme, le remplacement des diplômes par le CV numérique constitué des compétences et des expériences recensées pour chacun(e).

Aux diplômes sont attachées des qualifications, aux qualifications sont liées les conventions collectives qui constituent un corpus de droits sociaux qui vient compléter le droit du travail. Voilà qui simplifiera quelque peu le « dialogue social » quand il s’agira d’aller « se vendre » au patronat sur un « marché du travail » totalement libéralisé par la disparition des droits collectifs devenus opportunément obsolètes(7).

La convergence des profs les moins aliéné(e)s, des syndicalistes authentiques, des désobéissant(e)s pédagogiques, des parents d’élèves ou des militant(e)s lucides pourrait pourtant donner quelques difficultés au meilleur des mondes.

Guillaume (Instituteur CNT Education 38).

 

artcile publié sur : OFFENSIVE. Septembre 2011 (http://atheles.org/offensive/numeros/offensiven31/index.html)

(1)    : Angélique del Rey « l’école des compétences », L’émancipation est N’autre école.

(2)    : Organisation de coopération et de développement économique European Round Table (table ronde des industriels européens) principal lobby patronal européen. Cf. ; Nico Hirt. Les nouveaux maîtres de l’école. ADEN, Bruxelles, 2005.

(3)    : Paul Ariès, Harcèlement moral : ou nouveau management, Ed° Golias, 2002.

(4)    : François Le Ménahèze. « Valoriser l’échange de savoirs pour construire les savoirs de tous », L’émancipation est N’autre école.

5) : Philippe Dubacq, « ce n’est qu’un début…le contrôle continu(e) ». L’émancipation est N’autre école.

(6) : Au 19°, chaque ouvrier devait porte un livret officiel sur lequel étaient consignés ses emplois successifs et les appréciations patronales correspondantes. Il n’avait pas le droit de se déplacer sans livret (délit de vagabondage).

(7) : Hélène Bertrand. «Les compétences contre les acquis collectifs » L’émancipation est N’autre école.

 

 

 

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 20:29

 

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   Pour que l’école soit définitivement régie par des logiques patronales et libérales, la numérisation de l’enseignement est primordiale. Elle n’est malheureusement pas discutée et critiquée dans les salles des profs.

 

Depuis une vingtaine d’années que l’école française subit la déferlante des réformes inspirées par les lobbies patronaux européens (1), ceux qui ont voulu les contester ont parlé de marchandisation, de privatisation, d’adaptation aux besoins de l’entreprise et d’importation des méthodes managériales dans l’institution scolaire. On s’est beaucoup moins préoccupé de la place grandissante qu’y prenaient l’informatique et les nouvelles technologies. Il est vrai que, depuis l’arrivée des ordinateurs dans les établissements à partir de la fin des années 1970, le mouvement a été assez progressif jusqu’à l’accélération de ces dernières années.

Aujourd’hui, à l’école, les écrans sont partout. Dans les sections administratives bien sûr, mais aussi dans les salles des profs puisque ceux et celles-ci rentrent depuis plusieurs années les notes et appréciations sur le logiciel à partir duquel sont édités les bulletins. Dans le secondaire, l’homogénéisation de ces logiciels est en cours afin que toutes les informations soient stockées sur un serveur académique ou national. Beaucoup d’établissements utilisent aussi un cahier de texte numérique rendu obligatoire par décret pour la rentrée 2011.

Le cahier de textes numérique, qui facilite l'individualisation des activités demandées aux élèves, devra être généralisé dans tous les établissements à la rentrée 2010. L'utilisation du cahier de textes numérique au lieu du cahier de textes papier devra être effective à la rentrée 2011 dans tous les établissements (http://www.education.gouv.fr/cid50863/mene1006812c.html)

Les devoirs et les résumés des cours sont ainsi mis à disposition via le site de l’établissement, sur lequel certain(e)s enseignant(e)s placent déjà des exercices que les élèves récupèrent et renvoient électroniquement. Le brevet informatique et Internet (B2i) oblige beaucoup d’enseignant(e)s à mettre les élèves devant des ordinateurs pour pouvoir cocher les cases correspondant aux pseudo-compétences ainsi développées.  Mais cela n’est rien à côté des moyens mis en œuvre pour que l’informatique pénètre dans chaque classe : les établissements investissent dans des « classes nomades » (en fait une dizaine d’ordinateurs portables reliés par Wifi) et dans des tableaux interactifs (c’est-à-dire de grands écrans tactiles reliés à un ordinateur qui permettent de modifier le contenu des données qu’ils affichent). Tant d’efforts pour s’assurer que les élèves durant la trentaine d’heures qui pourraient encore échapper à la machine.

Que peut-on attendre de cette mise à jour technologique de l’école ? D’abord une augmentation des risques sanitaires encore mal connus de l’exposition aux écrans et aux ondes Wifi ainsi que celle des modifications du rapport au temps et à l’espace que nous expérimentons déjà dans nos sociétés branchées. Ensuite l’aggravation de phénomènes déjà constatés dans beaucoup de classes : sérieux problèmes d’expression orale et écrite, incapacité à suivre et mener un raisonnement logique, perte d’autonomie avec celle des savoir-faire que l’on ne peut plus accomplir sans la machine (écrire, se souvenir…).

La redéfinition nécessaire du rôle de l’enseignant(e) et de ce qu’est le savoir est en cours. Les occasions pour les professeurs de se retrouver en position de simple médiateur entre l’élève et sa machine se multiplient. Un plan pour assurer la « continuité pédagogique », au cas où un certain niveau d’extension de la pandémie grippale (H1N1) aurait été atteint fin 2009, prévoyait d’ailleurs des solutions pour assurer un pseudo-enseignement à domicile via la télévision et Internet, le tout pouvant fonctionner avec un minimum d’enseignant(e)s appelé(e)s (à l’oral seulement) les « indispensables » 2. On se familiarise avec l’idée que le savoir se réduit à la capacité de pouvoir techniquement se procurer une information sur le modèle de l’utilisation d’Internet. Enfin, les « référentiels de compétences » qui guident désormais l’évaluation en primaire (et le feront en secondaire à la rentrée 2011), ainsi que les discours de l’inspection ou des formateurs, associent constamment  la maîtrise des « technologies de l’information et de la communication» au développement de l’autonomie, la redéfinissant ainsi de manière orwellienne comme la capacité de s’adapter à une norme(3)…

Les TICE (4) sont donc actuellement un puissant moyen de transformation de l’école. Elles procèdent à sa mise à jour en contribuant à réorienter  son projet vers un « enseignement de l’ignorance » (5), c’est-à-dire une préparation au travail sur écran et au divertissement techniquement assisté. La grande familiarité avec le numérique que le quotidien impose aux enseignant(e)s comme aux autres les empêche de prendre la réelle mesure des problèmes posés par les TICE, parce qu’isl demandent une prise de distance que l’état de l’institution ne favorise guère. Le dégraissage de l’Education Nationale menace en effet maintenant suffisamment les titulaires pour que les suppressions de postes soient l’unique objet des rares discussions politiques entre enseignant(e)s. L’invasion numérique constitue pourtant un élément indispensable pour comprendre pourquoi le ministère ne se plie pas à une logique folle, comme aiment à le clamer les syndicats, et à le soupirer les enseignant(e)s ; si le but est d’adapter l’école à la réalité façonnée par la société numérique, nous allons dans le bon sens.

Florent GOUJET. Revue OFFENSIVE. Septembre 2011 (http://atheles.org/offensive/numeros/offensiven31/index.html)

1 : cf. Nico Hirtt : les nouveaux maîtres de l’école ; l’enseignement européen sous la coupe des marchés. Aden. 2005

2 : circulaire 2009-115 du 1° sept. 2009, MEN.

3 : rapport de mission parlementaire Réussir l’école numérique, sous la direction de Jean Michel Fourgousse, P. 168.

4 : Les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement, dans le langage technocratique qui s’impose comme partout.

5 : Défini par JC Michéa dans l’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Climats, 1999.

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 22:52

L’accueil des enfants de moins de trois ans en structure collective propose 12 places pour 100 enfants au niveau national, mais varie de 3 à 33 selon les départements. 

La France comptait 350 000 places d’accueil en structure collective pour les moins de trois ans fin 2009, soit 10 000 places de plus qu’en 2008, indique une étude du ministère de l’emploi. Entre 2005 et 2009, on a enregistré 34 000 places de plus, soit une hausse de 10 %. Au cours de cette période, le nombre d’enfants de moins de trois ans a augmenté de 90 000 du fait de la hausse de la fécondité. De son côté, la baisse du taux de scolarisation à deux ans a entraîné une diminution de 70 000 élèves de cet âge à l’école maternelle. C’est donc 160 000 places qu’il aurait fallu créer pour ne faire que stabiliser les besoins, et le réseau des assistantes maternelles n’a pas pu répondre à lui seul. Au total, selon la Caisse nationale d’allocations familiales, seul un enfant sur deux (soit 1,1 million) peut être accueilli sous une forme ou une autre.

 

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Alors que le nombre de places en « mono-accueil » (crèches traditionnelles qui ne proposent qu’un mode de prise en charge) a baissé, celui des crèches « multi-accueil » (plusieurs modes de prise en charge, régulier ou occasionnel) a nettement augmenté, en partie parce que certaines crèches ont fait évoluer leur offre. Le nombre de places en crèches collectives mono-accueil a baissé de 84 à 75 000 au cours de la période.

Au total, notre pays compte 12 places en accueil collectif pour 100 enfants de moins de trois ans, avec des taux qui évoluent entre 3 et 33 pour 100 enfants selon les départements. Dans certains départements de l’Ouest (Côtes d’Armor, Morbihan, Manche, etc.) et du Nord de la France, il est quasiment impossible aux parents d’opter pour ce mode de garde, tant le nombre de structures est réduit.

 

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Mais la réponse globale aux besoins des parents dépend aussi d’autres paramètres, comme le nombre d’assistantes maternelles ou le taux d’enfants scolarisés à deux ans. Tous types d’accueil confondus, les écarts entre départements vont de 28 à 94 places pour 100 enfants de moins de trois ans. L’ensemble du pourtour méditerranéen est le plus en déficit, avec entre 28 et 46 places. Les parties Ouest et Est sont les plus en avance avec entre 72 et 94 places pour 100 enfants.


 

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(Source : inegalites.fr)

 


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