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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 18:59

 Il était temps qu’on parle des victimes de viol. Elles ont à dire sur la façon dont leur moralité est encore passée au crible en 2012. Elles qui doivent être sans tâche et sans reproche et qui passent la moitié du temps des procès à en justifier.

Le propos n’est pas ici d’adhérer à la « présomption de véracité » de la parole des femmes, récemment évoquée. Force est cependant de constater que les victimes de viol doivent encore systématiquement se défendre d’avoir provoqué ce qui leur est arrivé.

Il s’agit de s’interroger ici sur l’obligation pesant sur les plaignantes d’avoir à montrer pattes blanches et culottes propres, d’avoir à faire la preuve de leurs bonnes mœurs et de leur absence d’envie d’y toucher.

Ce faisant, le débat se déplace et la question n’est plus tant de savoir si l’agresseur a exercé une contrainte ou une violence pour parvenir à ses fins sexuelles mais bien de savoir si la victime a, par son comportement, pu lui laisser penser que le champ était libre.

Des auditions détaillant leur sexualité

La violence et la contrainte ne viennent alors plus que pigmenter (pimenter ?) une situation que la plaignante aurait permis d’installer par, au choix : ses jupes trop courtes, sa facilité à coucher, sa confiance et sa naïveté à suivre un agresseur qu’elle connaissait…

C’est ainsi que le parcours d’une plaignante s’apparente à celui d’une combattante : plein d’embuches et sans gloire.

Elles sont d’abord entendues de façon musclée par les policiers sous couvert de tester leur crédibilité.

S’il est indispensable qu’elles détaillent l’agression, objet de leur accusation, pourquoi doivent-elles répondre sur leur sexualité passée, sur la périodicité de leurs menstruations, sur la date de leur première fois ?

Pourquoi n’y a-t-il pas un dossier de viol sans que soit abordé leur façon de s’habiller ? Pourquoi y a-t-il toujours autant d’auditions détaillant les habitudes de leur sexualité, et la sodomie Madame, vous pratiquez ?

Elles sont 10% à déposer plainte. Et souvent, les plaintes sont classées.

Quand elles parviennent jusqu’au juge d’instruction, leur parole est un peu moins mise en doute. Mais ne pourrait-on pas douter sans maltraiter ?

Ensuite, le juge propose souvent une « correctionnalisation » c’est-à-dire que l’affaire soit jugée devant le tribunal correctionnel car la cour d’assises est trop chère pour les femmes. Si leur affaire n’est pas classée, la voilà donc déclassée.

A l’hôtel, Georges a violé Marine

Pour celles qui maintiennent leur plainte, elles peuvent se retrouver comme Marine, soumises à l’incompréhension d’un magistrat du parquet, dans une cour d’assises de la région parisienne. Un magistrat incapable d’imaginer d’autres vies que la sienne, une vie dans laquelle les filles peuvent se retrouver en danger sans pour autant avoir voulu coucher.

Marine avait 19 ans et vivait chez sa grand-mère, dans un petit appartement dans lequel elle ne pouvait pas inviter une amie, encore moins un amant. Depuis Sarkozy, le hall d’entrée aussi lui était interdit. Alors elle allait à l’hôtel avec ses potes, pour fumer, papoter comme d’autres vont au bistrot ou au café.

Sauf que cette fois là, à l’hôtel, son copain Georges pour qui elle était « une petite sœur » s’est transformé, l’a jetée sur le lit, violée, traînée sous la douche puis a recommencé.

Il a arraché les fils du téléphone quand elle a voulu appeler, a brisé une vitre pour l’impressionner, a cassé le rideau de douche en s’y prenant les pieds. Puis il s’est endormi. Ça fatigue de violer. Alors Marine est partie, en pleurs, a parlé au réceptionniste qui l’a vue terrorisée, a appelé son petit ami et a été au commissariat déposer une main courante.

Le lendemain, elle s’est présentée aux unités médico-judiciaires de l’hôpital : le médecin a constaté dix ecchymoses sur le haut du corps, soit des preuves d’agression. Il a noté aussi une irritation au niveau de la vulve.

« Pourquoi tu m’as fait ça ? »

Georges a été interpellé dix jours plus tard. Pendant ce temps là, eux qui s’appelaient tous les jours, ne se sont plus téléphoné, juste un sms :

« Pourquoi tu m’as fait ça ? »

Un sms sans retour. Les femmes n’ont jamais la réponse à cette question là : « pourquoi moi ? » S’ils savaient pourquoi, les hommes n’en seraient d’ailleurs pas arrivés là.

Georges, qui vient d’être acquitté d’un autre fait de viol dont il était accusé, a expliqué aux policiers avoir eu une relation sexuelle consentie avec Marine. Placé en détention provisoire, il a finalement été renvoyé devant la cour d’assises durant l’automne 2012.

Marine n’était pas tranquille en arrivant à l’audience. Les femmes violées ne sont plus jamais tranquilles, un œil devant, un œil derrière et pourtant plus un œil vivant. Ses avocates étaient plus confiantes : l’affaire de Marine ne se résume pas à « parole contre parole ».

Elle n’a pas mis des années à parler comme celles qui ont besoin de tellement de temps avant d’exposer à la justice leur corps massacré. Et puis, il n’y a pas que Marine qui parle pour elle. Son certificat médical est « parlant », la chambre d’hôtel parle comme la scène de crime qu’elle est, la téléphonie « parle » puisqu’ils ne se parlent plus, son état psychique, brutalement dégradé, parle aussi. On appelle ça des preuves.

Il suspecte Marine d’être une perverse

Cela n’a pourtant pas suffit à Monsieur l’avocat général. Il pense que Marine a consenti puis a regretté, a eu du mal à assumer et a déposé plainte pour se racheter. Il suspecte donc Marine d’être une perverse que personne d’autre n’aurait détectée.

Monsieur l’avocat général doute des femmes, de leur parole, de leur capacité de nuire si elles n’ont pas été aimées, de leur incapacité d’aimer pour une nuit seulement comme seul doit pouvoir le faire Don Juan

Il a requis l’acquittement et Marine s’est sentie démolie.

Rien ne permet de comprendre les motivations restées obscures de l’avocat général. La faute à l’aléa judiciaire diront certains. La faute, surtout, à ce qu’un représentant de la société se permette de mettre en cause la moralité d’une plaignante face à tant de preuves accumulées.

Affaire classée

Georges a été condamné. Evidemment. A dix ans. Marine a donc été entendue par la cour après avoir été maltraitée par celui qui représente la société. La société française en 2012 présuppose-t-elle que les femmes provoquent le crime et que les hommes ne puissent pas y résister ?

Ont-elles donc raison de déposer plainte ? Elles font bien. Pour nous, pour la société. Pour elles, c’est une autre histoire.

Quant à la société, plutôt que de s’interroger sur le regard qu’elle porte sur les victimes de viol, elle prend exemple sur l’institution judiciaire : elle consacre une journée à la violence faite aux femmes, chaque 25 novembre, et ensuite, « affaire classée ».

(Source texte : rue89)

 

En 2010 la lutte contre les violences faites aux femmes était déclarée grande cause nationale...

Deux ans plus tard, le constat reste amer : ces violences continuent d’exister. Le procès des viols collectifs sur deux jeunes filles dans le Val de Marne s’est conclu par la relaxe d’une majorité des prévenus et des peines légères pour les prévenus reconnus coupables.

Quelques mois plus tôt, le conseil constitutionnel (les fameux « sages ») avait abrogé la loi contre le harcèlement sexuel.

Avec comme conséquence directe d’invalider toutes les plaintes en cours...

Ainsi, tous les dossiers déposés pour des faits de harcèlement sexuel qui se sont déroulés avant mai 2012 sont classés sans suite.

Une honte !


Depuis, une nouvelle loi contre le harcèlement sexuel a été votée en août dernier, autrement plus intéressante.

Mais elle ne règle pas tout : quotidiennes, les violences faites aux femmes prennent de nombreuses et différentes formes allant du sexisme ordinaire, comme les insultes et/ou les blagues dénigrantes à répétition, aux violences qui portent directement atteintes à l’intégrité physique (mains baladeuses, gifles, coups, viols, prostitution, mutilations, meurtres…). Elles peuvent en apparence sembler différentes tant, dans nos sociétés, le sexisme ordinaire est massif et légitimé par les médias, les publicités… Ces violences sont l’une des nombreuses expressions de la domination masculine, dans sa forme la plus ultime.

Le travail est également un lieu où s’exercent les violences sexuelles.

L’enquête INSEE (Cadre de vie et sécurité, réalisée en 2007) montre que 4,7 % des viols et 25 % des agressions sexuelles dont sont victimes les femmes se produisent sur le lieu du travail.

Ces violences ont évidemment des conséquences pour les femmes salariées. _
Soit parce qu’elles se déroulent sur le lieu de travail (comme le harcèlement), soit parce qu’elles provoquent des absences au travail (violences conjugales) qui s’avèrent souvent pénalisantes : de la salariée convoquée à un entretien de licenciement pour absences injustifiées et/ou répétées (salariée battue, séquestrée...), à celle qui prend un congé longue maladie suite aux avances répétées du supérieur hiérarchique... Les entreprises et administrations doivent donc agir pour protéger, accompagner ces salariées, et prévenir contre les comportements sexistes.

Les militantes et militants de l’Union syndicale Solidaires seront vigilants et actifs pour que cessent ces violences, en soutenant les victimes et en intervenant auprès des hiérarchiques.

La journée du 25 novembre permet de mettre en avant violences et inégalités auxquelles sont confrontées les femmes. Mais pour y mettre fin, la lutte pour une véritable égalité des droits entre les femmes et les hommes se doit d’être quotidienne.

Parce que la honte doit changer de camp, l’Union syndicale Solidaires appelle à manifester le 25 novembre partout où des cortèges sont organisés.

(Communiqué de SOLIDAIRES)

 

Shame on YOU

 (Shame on you. Collage sur toile, 80 x 120 cm)

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 19:15
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L'ambassadeur d'Espagne Manuel Carlos Valls fait les frais du dernier des poètes révolutionnaires encore en vie et ceci pour notre plus grand bonheur.
Comme à son habitude, Georges Moustaki est encore le premier artiste à s'engager publiquement contre l'injustice dont est victime Aurore Martin. L'artiste est sorti de son silence pour s'exprimer dans les colonnes du Huffington Post :
 
Le cas Aurore Martin a été brièvement évoqué le 13 novembre à la conférence de presse de François Hollande à l'Élysée. De la manière la plus sèchement bureaucratique.

Quand j'ai appris la nouvelle de l'extradition expéditive d'Aurore Martin, je réfrénais un"salaud!" à l'adresse du ministre de l'Intérieur, sachant que le sort d'Aurore était déjà plié. J'attendais cependant une réaction un peu plus vive de la part des gens de gauche. Mais il n'en est rien.

Valls-Pilate s'est débarrassé de la gêneuse en grande hâte. Et tout est rentré dans l'ordre. La majorité est-elle devenue silencieuse ?

Résumons, l'affaire a été traitée à la va-vite et la réaction a été quasi nulle.

Je n'ai pas de motivations personnelles pour en reparler, nonobstant une empathie pour ceux qu'on livre à la "justice" espagnole que j'avais combattus au temps du franquisme.

Je dois avouer être aussi très choqué qu'un Catalan socialiste n’ait pas la mémoire du traitement infligé naguère aux prisonniers politiques dans son pays d'origine. Et par la "naïveté" des propos de Hollande qui prétendait qu'on pourrait lui restituer Aurore après examen du dossier.
L'ambassadeur d'Espagne Manuel Carlos Valls fait les frais du dernier des poètes révolutionnaires encore en vie et ceci pour notre plus grand bonheur.
 (Source : comité pour une nouvelle résistance CNR, via danactu-resistance)
 
 
 
 
 
 
 
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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 18:27

 

Freinet, Montessori, Steiner : ces écoles qui changent la vie des élèves et des profs

Développer son autonomie et son esprit critique, apprendre à apprendre : c’est le credo des écoles alternatives. En France, 20 000 élèves expérimentent les pédagogies alternatives – Freinet, Montessori ou Steiner – dans une centaine d’établissements. Des méthodes d’apprentissage qui ont fait leur preuves depuis plus d’un siècle, mais peinent à se diffuser dans l’Éducation Nationale. Vincent Peillon saura-t-il s’en inspirer pour son projet de refondation de l’école ? Petit tour d’horizon de ces pédagogies qui pourraient ré-enchanter l’école.

Dans la classe de Nina, enseignante à l’école Steiner de Vern-sur-Seiche, au sud de Rennes, il n’y a pas de notes, ni d’évaluation. « Quand on fait une dictée, on la corrige ensemble. Cela m’est égal de leur mettre une note ensuite, explique l’institutrice. Que vont-ils apprendre de plus ? Ils découvrent en corrigeant ce qu’ils peuvent améliorer. Cela leur donne confiance en eux. » Ici, pas de tension ni de compétition liées aux notes. Pas de pression. Juste le plaisir d’apprendre et de progresser.

L’abandon des systèmes de notation-sanction, une spécialité très française, fait partie des pistes évoquées par le ministre de l’Education, Vincent Peillon, dans son rapport sur la refondation de l’école. « Les notes organisent le bonheur de quelques élèves et le malheur de beaucoup d’autres, et c’est tout », résume, lapidaire, Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE et défenseur convaincu des méthodes d’apprentissage « alternatives ». « Il faut transformer ce qui se passe en classe, en finir avec cette relation frontale entre élèves et enseignants. On veut qu’ils soient attentifs, polis et qu’ils ne bougent surtout pas. Ce n’est pas comme ça qu’ils vont réussir !, poursuit-il. Et si on veut faire fonctionner l’école autrement, ce n’est pas avec des pédagogues traditionnels que l’on va y arriver ».

Classes coopératives

La solution ? Des pédagogies modernes, actives, qui « suscitent le plaisir, l’intérêt, la curiosité ». En France, une centaine d’écoles expérimentent ces pédagogies innovantes. Environ 20 000 élèves y sont inscrits. Inspirés notamment par les pédagogues Steiner, Freinet ou Montessori, les enseignants accordent une place aussi importante aux maths et au français qu’aux activités artistiques, physiques, manuelles et sociales. Tout en utilisant des méthodes d’apprentissage différentes.

« Ces écoles ne mettent pas les savoirs savants au-dessus des autres, explique Marie-Laure Viaud, maître de conférence en Sciences de l’éducation et auteure de plusieurs livres sur l’éducation nouvelle. Toutes accordent une grande confiance aux ressources propres de chaque élève. Leur credo : on apprend mieux en faisant qu’en écoutant.

 

Freinet : favoriser « l’auto-apprentissage » de l’enfant

Les techniques pédagogiques de Célestin Freinet, instituteur français du début du 20ème siècle, sont utilisées dans une vingtaine d’écoles publiques en France. Mais environ 10 000 enseignants sont formés à cette pédagogie. « Pour Freinet, ce qui motive un enfant, c’est de construire des projets qui s’adressent au monde extérieur », souligne Marie-Laure Viaud. Écrire un journal, monter une exposition, mettre en scène une pièce de théâtre... Une vraie mise en situation – qui donne plus envie de réussir – est préférée à la situation scolaire : « Si on fait un journal pour l’extérieur, on soigne l’écriture, on soigne la grammaire, on dessine de belles illustrations. En calculant le prix, on fait des maths... »

 

L’apprentissage de la confiance en soi est aussi un principe fort de cette pédagogie. C’est ce qu’apprécie Marianne, maman de Nello, scolarisé à l’école Freinet de Rennes depuis 4 ans. « Les enseignants valorisent toujours ce qui a été réussi, même si c’est minime, pour reprendre ensuite avec l’élève ce qui peut être amélioré. Il y a un vrai apprentissage de la confiance en soi, un encouragement à comprendre comment on travaille, pourquoi on le fait et comment on s’organise pour réussir. » À l’école Freinet, les enfants travaillent aussi beaucoup sur la coopération. Ils sont dans des classes multi-niveaux, installés par petits groupes, au sein desquels les grands aident les petits. « Les enfants se font réciter mutuellement. L’absence totale d’esprit de compétition est un vrai confort », raconte Marianne.

 

Montessori : transformer la relation entre enseignant et élève

Maria Montessori, médecin italien, est une contemporaine de Célestin Freinet. Elle est à l’origine d’une autre méthode pédagogique novatrice, selon laquelle chaque enfant apprend à un rythme différent qu’il convient de respecter. « Elle a théorisé la notion de périodes sensibles au cours desquelles l’enfant est mieux à même d’apprendre telle ou telle chose », décrit Germaine Jallot, présidente du Centre de recherche d’études et de liaison des activités montessoriennes (CRELAM).

L’adulte est un « accompagnant », qui doit créer un environnement permettant à l’enfant de développer ses potentiels. Et lui laisser le temps de faire les choses lui-même. Maria Montessori a créé du matériel pédagogique pour favoriser cet « auto-apprentissage » de l’enfant : pour empiler, pour compter... « Pour elle, il est primordial de laisser à l’enfant le temps de se construire. Respecter son rythme et ses besoins permet de susciter son intérêt », résume Germaine Jallot. Une trentaine d’écoles françaises appliquent la méthode Montessori.

 

Steiner : une éducation ouverte sur le monde

Quant aux écoles Steiner, basées sur la pédagogie de ce philosophe autrichien de la fin du 19ème siècle, elles accueillent environ 2000 élèves en France, dans 20 établissements scolaires et jardins d’enfants. « Pour résumer, j’aime dire que l’on s’adresse à la tête mais aussi au cœur et au corps, décrit Nina, enseignante. Quand on étudie la grammaire, on parle du pays des mots où vivent les chevaliers du nom, qui ne sortent jamais sans leurs écuyers déterminants. » Quand arrive le temps des maths, Nina invite ses élèves à former des petits groupes, qui vont et viennent selon qu’ils étudient les soustractions, les additions ou les divisions. « Les enfants ont besoin d’incarner les notions pour mieux les appréhender », explique Nina.

La pédagogie Steiner mise aussi sur l’ouverture sur le monde, avec l’apprentissage de deux langues vivantes dès le cours préparatoire, et des stages dans les secteurs agricole, industriel et social, au collège et lycée. Plus de 250 000 élèves dans le monde fréquentent ces écoles. Les dérives sectaires de certains établissements étaient pointées du doigt par un rapport parlementaire en 1999, mais les écoles Steiner ont finalement été dédouanées de cette accusation.

 

Des écoles pour privilégiés ?

Ces pédagogies alternatives ne sont pas similaires. « Il y a des différences pédagogiques, bien sûr, mais aussi politiques », remarque Marie-Laure Viaud. « En proposant une autre façon d’apprendre, qui permette aux enfants de développer leur esprit critique et d’agir collectivement, Freinet avait comme idée d’émanciper les classes populaires. » De nombreuses écoles Freinet (toujours publiques) sont encore aujourd’hui implantées dans des quartiers populaires. A la différence des écoles Montessori et Steiner : « Elles ont un statut d’écoles privées : seuls les enfants des classes privilégiées peuvent les fréquenter », précise l’universitaire.

Car le prix est parfois prohibitif. En région parisienne, les parents doivent débourser environ 600 euros par mois et par enfant. En province, les tarifs sont généralement moins élevés. Il faut compter de 85 à 276 euros par mois (en fonction des revenus de la famille) à l’école Montessori de Rennes, et entre 200 et 610 euros par mois pour l’école Steiner de Vern-sur-Seiche. « Mais, au-delà de ces questions de prix, il n’y a pas cette idée d’émancipation politique chez Steiner et Montessori. On est plus sur de l’épanouissement personnel », ajoute Marie-Laure Viaud.

 

Les devoirs, obstacles au plaisir d’apprendre

Un épanouissement qui peut aussi passer par une absence de « devoirs » à faire à la maison. Plutôt très bien vécue par les enfants et parents des écoles alternatives, cette absence de travail à emmener à la maison, est l’une des propositions amenées par le rapport de Vincent Peillon. « Les devoirs ne servent à rien d’autre qu’à abrutir les mômes et se fâcher avec eux tous les soirs », lâche Jean-Jacques Hazan, de la FCPE. « Ce dont la société a besoin, c’est de gens autonomes, qui savent travailler avec les autres. Or, les devoirs à la maison, c’est chacun dans son coin. Ce n’est pas la bonne méthode. »

 

Le rapport sur la refondation de l’école ne pose pas la question de ce qu’est un devoir, regrette Catherine Chabrun, rédactrice en chef du Nouvel éducateur, la revue des pédagogues Freinet. « C’est important qu’un enfant puisse travailler sur ses apprentissages avec un peu de recul. Mais ce temps d’autonomie doit être inclus dans le temps scolaire. Et pas assimilé à une aide aux devoirs qui viendrait après l’école. Nous sommes de toute façon pour la suppression de ce terme de devoirs, qui n’inclut pas du tout le plaisir d’apprendre. »

Supprimer les devoirs ne signifie pas ne rien faire avec ses enfants, ou ne plus les aider. Les activités éducatives et intellectuelles que l’on peut assurer à la maison ne manquent pas : « On peut lire un livre ensemble, regarder le cahier d’école pour voir ce qui a été fait. Apprendre à se servir des proportions et des règles de trois en faisant la cuisine. Bref, il n’y a pas que la page 73 du livre de grammaire ou de maths », illustre Jean-Jacques Hazan. On peut aussi discuter de ce qui était bien à l’école pour avoir envie d’y retourner.

 

Une autre place pour les parents

Les parents doivent aussi trouver leur place dans l’école. Il est très important, pour les enfants, de se savoir encadrés par une communauté éducative qui ne s’arrête pas aux portes de leur établissement scolaire. A l’école Freinet de Rennes, les parents ont une salle réservée, dans laquelle ils peuvent venir à n’importe quel moment de la journée. « Quand Nello était en CP, se souvient Marianne, l’enseignante nous demandait de rester un peu pour lire des histoires aux élèves. Et si on a des compétences en boulangerie, en roller ou tout autre domaine, on est toujours les bienvenus pour venir les partager avec les enfants. »

Autre moment apprécié par la maman de Nello : « L’heure des parents », qui se tient tous les deux mois et au cours de laquelle les enfants choisissent de parler d’un de leurs travaux. « Ils détaillent leur démarche, nous disent là où ils se sont trompés, pourquoi, etc. On est vraiment dans le pourquoi et le comment de l’apprentissage, c’est passionnant. » Nina confie de son côté ne pas compter le temps qu’elle passe avec les parents de ses élèves à échanger sur les journées des enfants.

 

De bons résultats scolaires

Ces pédagogies réussissent-elles mieux que celles qui dominent l’Éducation nationale ? Quel bilan dresser de la trentaine d’écoles Montessori, des vingt écoles Steiner et Freinet, ou de la demi-douzaine d’écoles « éducation nouvelle » ? « Les travaux existants montrent que dans l’enseignement primaire, la majorité de ces écoles réussissent au moins aussi bien, voire mieux, que les écoles standards en ce qui concerne les acquis scolaires », observe Marie-Laure Viaud. Surtout dans les milieux réputés « difficiles ». Ces écoles parviennent à susciter le plaisir d’apprendre. De la maternelle au lycée, les élèves disent y venir avec plaisir.

Leur réinsertion dans le circuit scolaire « traditionnel » se passe plutôt bien, même s’ils ont besoin d’un temps d’adaptation. « Entre 15 et 45 % des élèves ressentent des difficultés, explique Marie-Laure Viaud. Mais tous les travaux montrent aussi que ces difficultés sont transitoires : au bout de quelques mois, elles sont dépassées. » Une étude de 2006 publiée dans la revue Sciencea montré que des enfants de classes sociales défavorisées envoyés à l’école Montessori sont mieux préparés que leurs « collègues » en lecture et en maths. A long terme, les élèves des écoles différentes peuvent même s’adapter mieux que les autres à leur nouvel environnement. Et leurs résultats scolaires sont bons. Un an après avoir quitté la classe de Première des écoles Steiner-Waldorf, les élèves ont un taux de succès au Bac de 85% .

 

Très peu d’incivilités

De quoi faire rêver l’école française : entre 2000 et 2009, selon l’OCDE, la proportion d’élèves de 15 ans en échec scolaire est passé de 15 à 20%. Et l’écart de niveau entre le groupe des meilleurs et celui des plus faibles s’est accru. Pire : la France est aujourd’hui l’un des pays où les inégalités sociales pèsent le plus dans la réussite scolaire.

Autre atout de ces écoles alternatives : le climat, plus serein que dans le système classique. « Partout, l’ambiance est très calme : pas de violence, très peu d’incivilités et de dégradations », note Marie-Laure Viaud. « Cela fait un siècle qu’on sait que ça marche mieux. » Ces expériences pédagogiques essaimeront-elles un peu plus à l’avenir dans l’Éducation nationale ? « C’est quand même un gros chantier », prévient Jean-Jacques Hazan. « Il faut transformer les pratiques et les mentalités de centaines de milliers de personnes. » Un bouleversement du quotidien. « Tant qu’on sera, au collège, sur le modèle une heure, un prof, une discipline, on ne pourra pas changer grand chose », avance Catherine Chabrun, du Nouvel éducateur. Pour le moment, les collèges et lycées différents se comptent d’ailleurs sur les doigts des deux mains. « Les syndicats butent là dessus », regrette-t-elle. Contactée par Basta !, la FSU, principal syndicat enseignant, n’a pas répondu. L’enjeu est pourtant de taille : il s’agit, selon Catherine Chabrun, de « ré-enchanter les profs avec une autre manière de faire ».

 (source texte : bastamag.net)

 

Quelques liens :

 

Freinet

 

ICEM

 

Montessori

 

Steiner

 

N'autre école

 

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:27

tout est politique détail 5

 

12 (et une) propositions

Réorganisation des temps de vie des enfants et des jeunes

En tant que personne dite « qualifiée », (c’est ainsi que j’ai été invitée à participer à ces ateliers), je m’autorise à déposer des propositions, à débattre, pour l’atelier intitulé « rythmes éducatifs adaptés ».

1ère proposition : abandonner la terminologie Rythmes scolaires (et même rythmes éducatifs).

Argumentaire : Ce terme n’existe dans aucun document officiel, même dans le plus récent, à savoir la circulaire N°2008-082 du 5-6-2008, il y est question de « l’aménagement du temps scolaire » et plus particulièrement de l’organisation du temps d’enseignement scolaire et de l’aide personnalisée, dans le premier degré. Pour être honnête, il apparaît dans l’annexe au projet de loi de finance, pour les projets annuels de performance, concernant l’enseignement scolaire, en 2011, dans lequel il est dit : « S’ouvre également le grand chantier des rythmes scolaires. La conférence nationale dont le comité de pilotage a été ins-tallé en juin disposera de toute l’année pour consulter et élaborer des propositions adaptées aussi bien au système éducatif qu’à son inscription dans la société française. Parallèlement se mettra en place l’expérimentation "Cours le matin, sport l’après-midi" dans 124 établissements, 83 collèges et 41 lycées. Plusieurs classes de ces établissements bénéficieront d’un nouvel emploi du temps. ». Y tient-on vraiment ?

En fait, en 1976 le Professeur Thomazi reprenait les conclusions de Alain Reinberg, dans son ouvrage Les rythmes biologiques, qui disaient : « le temps scolaire quotidien ou annuel doit s’adapter aux rythmes biologiques et physiologiques de l’enfant ». Deux enquêtes successives furent alors adressées au Conseil Économique et Social, le premier ayant comme rapporteur le recteur Pierre Magnin, le second le professeur Émile Lévy. Le JO n°11 du 27 mars 1979, publie les avis et rapports adoptés par le CES, sous l’intitulé « Organisation des rythmes scolaires et aménagement général du temps ». C’est le professeur Lévy, médecin et donc sensibilisé aux rythmes biologiques, qui rapporte sur la séance du 14 mai 1980 (JO n° 9 du 3 juillet 1980) intitulée « les rythmes scolaires ». Pour information c’est ce rapport qui préconise un allongement de l’année scolaire de 35 à 36 semaines.

Néanmoins les avis rendus sont de souhaiter que soit tenu compte « de l’intérêt prioritaire de l’enfant, que la fatigue scolaire soit évitée et que les divers éléments de classe soient mieux équilibrés ou plutôt répartis de « manière harmonieuse » ».

Si je tenais à faire ce rappel c’est bien pour insister sur le fait que les « rythmes scolaires » ne s’intéressent qu’aux emplois du temps au sein de l’école, est-ce cela que l’on veut encore aujourd’hui ?

En revanche la loi d’orientation du 14 juillet 1989 rappelle que « l’organisation du temps scolaire comporte des insuffisances persistantes ». Elle souligne que « la modernisation du système éducatif français passe par une politique du temps scolaire qui respecte les besoins des enfants et des adolescents tout en étant attentive aux intérêts légitimes du personnel, des familles, des collectivités locales et de la vie économique ».

Enfin puisque sur le site de la concertation a été mis (à juste titre) un texte sur les comparaisons internationales, que les français ont intitulé : rythmes scolaires, on ne peut que constater que ce texte se réfère à la publication transversale d’Eurydice, Organisation of school time in Europe : Primary and général secondary éducation, 2010-2011 school year. Or il apparaît que les données mobilisées permettent d’appréhender trois caractéristiques des rythmes scolaires :

- la quantité totale du temps scolaire, selon l’âge des élèves et le cycle scolaire, mesurée en nombre d’heures par an ;

- l’étalement de ce temps sur le calendrier annuel, à travers le nombre de semaines et de jours scolaires par an, mais aussi la fréquence et la durée des périodes de congés ;

- la charge hebdomadaire et quotidienne : nombre de jours d’école par semaine, durée moyenne de la semaine scolaire et de la journée d’école, et durée des séquences d’ensei-gnement.

Où donc est-il question de rythmes ?

Nous sommes au Ministère de l’Éducation nationale, en train de réfléchir à la refondation de l’école, il me semble qu’on ne peut ignorer que les mots ont du sens. S’obstiner à ne parler que de rythmes scolaires, même élargis aux rythmes éducatifs, ferme presque automatiquement la porte aux réflexions à mener autour du partenariat nécessaire à installer pour réfléchir sur l’organisation des temps de vie de l’enfant et du jeune.

Si nous refondons, abandonnons ce terme inadapté et réducteur.

2ème proposition : Une organisation des temps de vie de l’enfant et du jeune suppose que soient généralisés les Projets Éducatifs de Territoire.

Argumentaire : Il ne peut être question de modifier les emplois du temps scolaire pour faire que l’école française ressemble à l’école allemande. Si l’école finit plus tôt qu’elle ne le fait actuellement, les temps ainsi libérés ne doivent en aucun cas être obligatoirement des temps libres. Toute famille ne pouvant reprendre l’enfant à la sortie de l’école doit pouvoir compter sur son accompagnement par la collectivité au sein de temps éducatifs aménagés, à charge pour le Territoire, accompagné pour ce faire par l’état (en particulier en interministériel), d’aménager au mieux ces temps afin qu’ils participent au développement harmonieux de l’enfant. Cela ne peut s’entendre qu’avec des activités de qualité encadrées par des animateurs de qualité, formés et/ou experts. Des recrutements permettant une résorption du chômage des jeunes peuvent ainsi être prévus.

Il ne faut pas non plus oublier tous les Projets Éducatifs Locaux ou Globaux qui ont déjà fait leurs preuves dans de nombreuses collectivités et qui pourraient servir de modèles de base en vue de généralisations et d’appuis pour s’ouvrir à un partenariat avec l’Éducation nationale.

Sans préjuger de la finalité des travaux et des décisions qui seront rendus par le Ministre, les collectivités, communes et départements, durablement impliqués sur leurs territoires au titre des projets éducatifs locaux militent pour une réforme ambitieuse dans laquelle elles pourraient prendre une place plus importante au-delà des expérimentations menées ici ou là. Ils ont l’ambition d’un dispositif éducatif (comprenant le temps scolaire et l’ensemble des actions éducatives réalisées sur les temps péri et extra scolaires) visant à traiter de manière égale les enfants, qu’ils vivent en zone urbaine ou rurale, avec ressources financières importantes ou non. Pour ce faire des aides permettant une égale mise en œuvre de cette politique sont attendues. Les dispositifs de financement des actions péri et extra scolaires peuvent être adaptées à la situation nouvelle (comme les Contrats Enfance Jeunesse de la CNAF par exemple). Les communes devront en contrepartie s’engager en garantissant contractuellement :

- un projet concerté articulant les différents temps de l’enfant

- un dispositif de pilotage et d’évaluation de la démarche et des actions éducatives

- un travail conjoint de conception des projets par les différents acteurs éducatifs

- une qualification des acteurs associatifs.

3ème proposition : Imposer un cadrage national permettant un pilotage territorial.

Argumentaire : Il faut impérativement préserver l’Éducation nationale, c’est donc au niveau du cadrage à respecter que cette préservation sera assurée.

Mais on ne peut ignorer l’existence de différences importantes dans les territoires, en particulier au niveau des besoins de la population, mais également au niveau des ressources disponibles sans oublier les différences géographiques. Il faut donc que ces territoires puissent avoir l’opportunité de proposer un aménagement le mieux à même de répondre à ces besoins différents. Ce sont des décisions qui devront être prises en commun entre l’Éducation nationale et les collectivités locales, ainsi qu’avec les représentants de parents d’élèves. Il serait bon que ces décisions soient prises après qu’un diagnostic et un bilan aient été menés au niveau de la collectivité, diagnostic s’intéressant aux attentes et aux besoins de la population, sans oublier d’y intégrer les enfants et les jeunes, mais aussi un diagnostic et un bilan concernant les ressources possibles à mettre à disposition de tout nouvel aménagement des temps de vie des enfants. À la fois il faut faire accepter le fait que les moyens financiers mis en place dans les collectivités pour subventionner toute association sont des moyens qui doivent servir à tous les enfants de la commune, pas uniquement à ceux qui se sont inscrits à l’association, ce qui nécessite une réflexion sur les mutualisations possibles à mettre en œuvre. Mais il faut également un engagement de l’état (interministériel ?) garantissant à toutes les communes un minimum vital pour faire fonctionner, à identité de qualité, un projet d’aménagement des temps de l’enfant. On doit penser là principalement aux moyens permettant le recrutement de personnels qualifiés disponibles pour intervenir sur les temps libérés par l’école. La définition d’un cadre national réformant l’organisation des temps éducatifs devra nécessairement prendre en compte l’enjeu des politiques éducatives locales alors que la problématique de leur financement a été maintes fois relevée, inquiétant parents et organisations syndicales sur les risques d’une école à plusieurs vitesses. Dans ce cadre il ne faudra pas oublier que tout aménagement des temps doit s’accompagner d’aménagement des espaces.

Ainsi un cadrage qui imposerait une semaine de classe d’au moins cinq jours éducatifs, chacun de ces jours comprenant des temps éducatifs scolaires et des temps éducatifs non scolaires, laisserait cette souplesse indispensable aux collectivités pour aménager au mieux de leurs concitoyens les temps de vie de tous les enfants et adolescents mais aussi celui des familles.

Cadrer l’organisation autour des jours permet de casser l’idée de demi-journées équivalentes entre elles, nous y reviendrons dans la proposition concernant la journée scolaire et éducative. Mais cela permet aussi, et c’est particulièrement important dans le cadre de la refondation de l’école, de pointer l’importance d’une continuité éducative dans le temps de l’enfant, d’éviter de saucissonner ses temps journaliers en ne leur donnant jamais la cohérence nécessaire pour le développement harmonieux de l’enfant.

Remarque : un enfant a obligation d’instruction scolaire pour 864 heures annuelles (au mieux !). Celui qui mange tous les jours à la cantine et doit rester une heure environ en périscolaire chaque soir avant le retour de ses parents, (soit 3h/jour), qui doit aller tous les mercredi au centre de loisirs (9h-18h pendant 36 semaines), six semaines par an (soit 30 jours) pendant les vacances dans ce même centre, ce sont 1026 heures que l’enfant a passé en « périscolaire », soit en dehors du temps strictement scolaire et en dehors de sa famille. Si de plus l’enfant va l’été en colonie de vacances pendant 3 semaines, cela lui rajoute 504h, soit au total dans son année 1530 heures. Ces 1530 heures n’ont-elles rien d’éducatif ? Puisqu’on persiste à vouloir traiter le temps scolaire de façon mathématique, faisons le de tous les temps des enfants. Au nom de quoi 864 h versus 1530 (et même 1026) devraient-elles être seules prioritaires dans l’organisation des temps de vie de l’enfant ?

Il semble qu’un tel cadrage de l’aménagement des temps de vie des enfants et des jeunes doit s’accompagner d’une loi cadre relativement à un service public de la Petite Enfance, de l’Enfance et de l’Adolescence.

4ème proposition : Revoir les formations initiales et continues de tous les personnels qui auront à s’engager dans un projet d’aménagement des temps de l’enfant.

Argumentaire : Beaucoup d’erreurs éducatives sont faites par manque de connaissances, que ce soit chez l’enseignant ou le professionnel acteur de l’éducation qui intervient à côté de l’école, mais aussi chez les parents. Or on ne peut bien aménager les temps que si on connaît le fonctionnement des rythmes biologiques chez l’enfant et l’adolescent, mais aussi les effets des pratiques pédagogiques sur la distractibilité de l’enfant.

Ainsi il paraît indispensable que des modules de formation soient inscrits dans la formation des enseignants comme dans celles de tout animateur social ou tout éducateur, concernant les rythmes biologiques. Sans doute d’ailleurs ces modules pourraient-ils être proposés en commun aux différents professionnels en formation, ce qui leur permettrait d’échanger et d’avoir sur ce plan une culture commune. Il en est de même pour certaines pratiques éducatives, comme par exemple l’observation des comportements des enfants, les erreurs pédagogiques à ne pas faire face à un enfant fatigué ou ayant des difficultés à se concentrer.

Pour les enseignants, la pédagogie doit reprendre sa place au sein de leur formation initiale, mais surtout les différentes pédagogies utiles à connaître, pour leur laisser ensuite le choix de celle avec laquelle ils adhèrent le plus. C’est ainsi qu’ils pourront capter le mieux possible l’écoute et l’attention de leurs élèves, en évitant à ceux-ci une fatigue inutile.

De même doit être intégrée une formation sur les pratiques à mettre en place pour développer la motivation intrinsèque des élèves, pour donner du sens aux savoirs à transmettre, pour séquencialiser efficacement les contenus du programme tant au cours d’une journée qu’au cours de la semaine. Leur apprendre aussi à œuvrer pour que les enfants soient capables de réaliser par eux-même les transferts d’apprentissage, tant au sein des contenus scolaires qu’entre contenus scolaires et contenus extra-scolaires, ce qui permettra de faire du lien entre les apprentissages formels et non-formels. Toutes ces pratiques permettent de minimiser les fluctuations de l’attention ainsi que la fatigue inhérente à l’ennui ou l’angoisse de ne pas savoir faire.

Pour les professionnels intervenant sur les autres temps que scolaires, une formation est nécessaire aussi, outre celle qu’ils auraient en commun avec les futurs enseignants, sur les pratiques pédagogiques à mettre en œuvre devant un groupe d’enfants qui ont souvent besoin de ces temps là pour déstresser, pour se décontracter tout en prenant plaisir à découvrir de nouvelles activités. Ils doivent aussi apprendre à mettre en place une organisation permettant qu’au cours de ces activités, les enfants apprennent à découvrir en eux de nouvelles compétences, de nouvelles potentialités, mais apprennent aussi à respecter l’autre et à respecter les lieux et matériels mis à disposition tout comme ils le font en classe. C’est ce qui permet, entre autres, de donner de la cohérence entre ces différents temps, mais c’est aussi ce qui permet de développer chez chaque enfant son estime de soi.

Enfin on ne doit pas ignorer que les parents doivent impérativement recevoir certaines informations, si ils veulent vraiment participer à l’élaboration et à la mise en oeuvre du projet d’aménagement des temps de vie de leurs enfants. Pour ne pas être seule à le répéter, je citerai Jacques Paty, qui dans l’ouvrage coordonné par Montagner (l’enfant, la vraie question de l’école, 2002, O. Jacob), rédige un chapitre sur Les rythmes veille-sommeil : vulnérabilité chez l’enfant et l’adolescent. Il y écrit (p.77) que les rythmes veille-sommeil constituent un enjeu du développement de l’enfant, ils en sont une composante essentielle comme organisateurs et témoins de l’adaptation au milieu de vie. Il dit également qu’on ne peut concevoir une gestion optimale des variations cognitives en fonction des heures de la journée sans prendre en compte les réalités des rythmes veille-sommeil. Il affirme encore (p.97) qu’un des facteurs principaux des perturbations du sommeil et de la vigilance chez le jeune enfant sont la désadaptation de ses rythmes de vie par rapport à ses rythmes endogènes, (c’est ce qui se passe dès que l’enfant se couche plus tard au cours de la semaine, nda), et que les perturbations du sommeil et des rythmes biologiques sont une des composantes fondamentales du stress.

Quant à Sadeh (2004) il étudie le développement du sommeil en relation avec le développement psychosocial de l’enfant. Il montre que la prévalence du sommeil de mauvaise qualité et des troubles liés au sommeil est très élevée chez les enfants, que le sommeil de mauvaise qualité est associé à des problèmes de régulation des comportements chez les enfants, que ces problèmes persistent longtemps s’ils ne sont pas traités. Il insiste sur l’importance d’une formation complète sur ce sujet pour les professionnels s’occupant des enfants comme pour les parents.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire en atelier, cela a fait sourire, mais je répète que changer toute l’organisation des temps de vie de l’enfant à l’école et autour de l’école n’aura pas les effets escomptés si un travail n’est pas mené en parallèle autour de ce problème bien réel. De plus sachons que certains enfants prennent en grippe l’école, parce que « à cause d’elle on est obligé d’aller se coucher tôt ! ».

5ème proposition : Construction de partenariats Éducation nationale-partenaires éducatifs.

Argumentaire : Au sein des collectivités et des territoires, un projet éducatif doit encadrer l’aménagement de tous les temps éducatifs des enfants (scolaires et non scolaires), ce qui impose que ce projet soit rédigé concomitamment entre les enseignants, les partenaires éducatifs, les collectivités et les parents. Mais une fois la rédaction du projet réalisé, il faut que le partenariat enseignants-animateurs se poursuive, qu’il y ait des échanges bien réels entre les activités scolaires et celles réalisés dans les temps éducatifs libérés. Il n’est nullement question de confondre les activités professionnelles des uns et des autres, mais l’école a tout à gagner si elle peut compter, en complément de sa transmission de savoirs et de connaissances, sur des acquisitions faites par les enfants en dehors de leurs temps d’élèves. C’est dans les échanges entre ces professionnels que des transferts d’acquisitions pourront se réaliser et permettre aux enfants d’acquérir plus rapidement une autonomie dans son travail scolaire. L’activité faite en arts plastique dans les temps éducatifs peut tout à fait venir en interactions avec celle qui est faite en classe, et/ou se faire sur d’autres modalités, il en est de même pour toute activité dite d’éveil, que ce soit la musique, ou encore l’EPS. Pour l’enfant, ce sera une richesse de faire des activités qui se ressemblent sous des formes et avec des encadrements différents. Il perçoit mieux dans ces conditions, ses réelles capacités.

La loi doit à présent reconnaitre aux communes et aux départements leur qualité d’acteurs éducatifs aux côtés de l’Education Nationale tout comme l’importance et le développement des projets éducatifs locaux pour assurer l’égalité éducative territoriale attendue par tous.

Échelon de proximité, la commune a une fonction d’ « ensemblier » des acteurs éducatifs, équipes enseignantes, équipes d’animation, associations sportives, culturelles et d’éducation populaire, parents d’élèves ; le projet éducatif global définit les valeurs, les objectifs généraux et organise l’intervention et la coordination des différents acteurs.

Mais certaines communes cumulent souvent difficultés financières et besoins sociaux et éducatifs importants. Un projet attractif de qualité constitue une véritable possibilité de donner à chaque enfant une chance. La politique de la ville donne des moyens aux territoires prioritaires. Ces politiques ont montré leurs limites sur le champ éducatif. Le droit commun doit donc s’adapter aux réalités de territoires et traiter les situations difficiles de manière dérogatoire dans un souci d’équité.

De plus pour qu’un tel partenariat existe et perdure, outre la bonne volonté des différents professionnels, il faut que puisse être institutionnalisé un temps de rencontre.

Il semble tout aussi important pour que cette construction réussisse à ce que ce dossier soit porté en interministériel, pas uniquement par l’Éducation nationale car la Culture, la Jeunesse et Sports et Éducation populaire, mais aussi la Famille, entre autres, ont évidemment non seulement des suggestions à apporter mais également des moyens possibles à mettre à disposition.

L’école est en grande souffrance, les enseignants également, il est impératif de leur redonner des raisons de se remotiver pour leur métier, c’est le pari qui doit être fait avec des décisions politiques à prendre qui permettront que se construisent des partenariats entre les acteurs de la communauté éducative, pour un mieux-être des enfants mais pas uniquement.

6ème proposition : L’organisation de l’année doit tenir compte des saisons et éviter les pertes de jours de classe rendant inefficaces les apprentissages.

Argumentaire : Chacun (syndicats, associations de parents, mouvements d’éducation populaire) s’arcboute sur un concept sans fondement scientifique : découper l’année en 7/2. J’ai longuement expliqué dans le document joint pourquoi ce découpage est non fondé (aucune évaluation scientifique possible à mener avec un avant et après puisqu’il n’a été appliqué qu’en 1986-1987)[1], il est important, si on refonde l’école, de proposer un calendrier annuel qui permettra réellement aux enfants, - et aux enseignants – d’être le plus disponible possible aux apprentissages quel que soit le moment de l’année.

La saison d’hiver est connue pour être plus difficile à vivre que les saisons de printemps et d’été, en partie parce que l’ensoleillement (et donc la luminosité naturelle) est beaucoup moins importante, ce qui induit des états dépressifs (telle que la dépression saisonnière) beaucoup plus fréquents, y compris chez certains jeunes. De plus l’organisme de tout un chacun est également en plus grande difficulté à cette période de l’année : les absences, tant d’adultes que d’enfants, sont plus importantes. Est-il raisonnable d’imposer un découpage identique à ce moment là et en plein printemps, quand les jours ont rallongé et que le risque de dépression saisonnière s’est éloigné ? Mais de même, est-il raisonnable d’imposer un calendrier gruyère en avril et mai parce que le respect du 7/2 fera qu’on pourra revenir de vacances pour immédiatement se retrouver sur un pont du mois de mai ou sur un découpage de la semaine imposant plusieurs coupures de deux jours consécutifs ? 2 semaines consécutives de vacances n’ont de sens, sur le plan biologique, que si les parents respectent le sommeil de leur enfant (oui, encore !). Les enfants européens sont-ils plus en difficulté scolaire que les enfants français ? Pourtant Eurydice (2010) nous montre que dans la plupart des pays européens les « petites vacances » intermédiaires dépassent rarement une semaine.

Enfin l’organisation scolaire dans son ensemble, y compris avec les examens divers et variés, doit préserver totalement le mois de juin comme étant un mois de cours, un mois d’apprentissage. Certes cela concerne plus massivement les collégiens et les lycéens, mais c’est quand même un fait établi qu’on perd à cette époque entre 15 et 20 jours pleins de classe, sans compter les départs plus précoces en vacances pour certaines familles, y compris en primaire. Pourquoi vouloir rallonger l’année si déjà on ne profite pas pleinement des 36 semaines actuelles ? J’ai d’ailleurs fait le compte sur l’année 2011-2012, en primaire, avec les jours fériés en plus des congés, l’année n’a pas comptabilisé 144 jours de classe mais seulement 138 ou 139 jours (selon les zones) ! Soit un programme de 2008 prévu pour 936 heures de classe à réaliser en 828 h., dont il faut de plus retirer 69 heures de récréation.

L’idée serait donc de permettre des pauses plus longues et peut-être plus fréquentes pendant la saison d’hiver, (3 semaines pour le changement d’année civile par exemple, au moment où les jours sont les plus courts, on rentre à l’école alors qu’il fait noir, on en ressort alors qu’il fait déjà noir), et de s’en tenir à plusieurs plages de 1 semaine de vacances, à partir du printemps, pour que les semaines ainsi programmées puissent englober les jours fériés, ce qui faciliterait la garde des enfants pour les parents qui travaillent tous les deux. C’est un calendrier tout à fait programmable sur trois ans car on connaît le calendrier à l’avance !

Petite remarque, toutes les enquêtes montrent que de moins en moins de familles prennent de longues vacances, même les plus privilégiés utilisent davantage plusieurs fois dans l’année une période courte de vacances. Une telle organisation ne devrait donc même pas ne pas satisfaire l’industrie du tourisme.

Pour les collégiens, il serait bon de repenser l’organisation de l’année de cours comme l’a fait Aniko Husti (1996, changer de rythme dans le secondaire) en expérimentant le Temps mobile. Comme l’affirment Giordan et Saltet, « changer le collège, c’est possible » (2010). Ainsi dans leur collège, des séquences à durée variable, de quelques minutes pour une consultation ou un exercice à des demi-journées entières pour mener à bien un séminaire ou un atelier en commun, sont prévues. Des « stages », c’est-à-dire des durées longues de plusieurs jours, favoriseront une immersion indispensable en matière de langue ou pour mener à bien un projet culturel.

L’emploi du temps n’est plus découpé en tranches horaires d’une heure et constitué par une succession de cours disciplinaires où l’élève reste passif. Divers dispositifs pédagogiques sont introduits, tout à la fois pour favoriser le désir d’apprendre, l’acquisition de nombreux savoirs et l’expression de la personnalité de chaque élève. Le dispositif éducatif mis en place favorise les conditions d’une autodidaxie et permet à chaque apprenant de se « frotter » à différents contextes porteurs de sens. Cela suppose évidemment des équipes pédagogiques qui se concertent régulièrement et des horaires d’ouverture du collège plus amples que ceux des emplois du temps préconçus.

En ce qui concerne les horaires d’ouverture et de démarrage des séquences pédagogiques il est important d’avoir à l’esprit qu’à l’adolescence (entre 12 et 20 ans) s’installe un « retard de phase » des horloges biologiques qui entraine un recul d’une heure à une heure trente de l’heure d’apparition du sommeil. Ceci cumulé aux temps de déplacement souvent plus importants qu’au primaire, il serait bon de ne pas imposer un démarrage trop précoce. Mais il est tout aussi important de mener à bien une éducation à la santé auprès des adolescents pour leur apprendre à bien dormir : non on ne s’endort pas devant des écrans lumineux, non on ne fait pas régulièrement des grasses matinées (la sieste est préférable après un coucher tardif), non on ne mange pas n’importe quoi n’importe quand.

Pour les périodes phagocytées par les examens principalement au lycée mais au collège également, cela pose, notamment, le question de la lourdeur des modalités d’examens terminaux. Il conviendrait de les limiter en termes d’épreuves terminales grâce, entre autres, au recours à des modalités de validation des acquis et compétences étalées dans le temps, débouchant sur l’obtention d’unités capitalisables.

Enfin si l’année doit être rallongée, pourquoi toujours voir ce rallongement par une sortie repoussée en fin d’année scolaire plutôt que par une rentrée plus précoce ? Pour des questions de température extérieure (le plus souvent !), il serait préférable de réserver le mois de juillet aux vacances, tant pour les départs des gens du Nord sur les côtes de leur belle région que pour les gens du Sud qui ont à ce moment là des températures au sein des classes assez insupportables.

7ème proposition : L’organisation de la semaine - Ne pas fermer la porte à divers possibles, y compris semaine avec samedi matin ou même semaine sur 6 jours.

Argumentaire : Certes les sondages trompeurs laissent à penser que tout le monde préfère l’école le mercredi matin. Pourtant plusieurs points doivent être pris en considération si l’on considère vraiment qu’on cherche la meilleure organisation pour tout le monde. Nombreux sont les travailleurs qui travaillent, au moins le samedi matin si ce n’est le samedi toute la journée. Les enseignants reconnaissent volontiers, quand ils s’expriment en tant qu’enseignant et non en fonction d’un souhait d’ordre personnel, que le samedi matin est un moment particulièrement agréable du point de vue du climat scolaire, mais aussi de la disponibilité des enfants pour les apprentissages, y compris ceux qui viennent boucler le programme de la semaine – j’en ai eu confirmation récemment de la part d’un représentant de la FSU-. Les parents qui travaillent toute la semaine reconnaissent volontiers que le contact avec l’école est largement facilité quand il y a classe le samedi matin, ainsi que le contact entre parents. Les parents séparés, même s’ils réclament d’avoir un week-end complet dès le vendredi soir, admettent volontiers que cela les coupe de l’école.

Une enquête du Credoc de 2001 (serait-elle à refaire ?) indiquait qu’à la question « au cours des 12 derniers mois, combien de fois êtes-vous personnellement partis en WE ? », les ¾ des répondants ont indiqué être partis entre 0 (49%) et 2 fois.

Pour les collectivités il est plus facile d’organiser des centres de loisirs sur la journée du mercredi que de ne les organiser que sur l’après-midi de ce même jour, elles ont à penser à la restauration des enfants ce midi là, ce qui n’est pas le cas du samedi midi.

Sur le plan biologique, cette coupure de deux jours dérégule vraiment l’horloge du rythme veille-sommeil des enfants, aujourd’hui dès le plus jeune âge, et ne leur permet donc pas d’être au mieux de leur efficacité dès leur retour le lundi en classe. Cette dérégulation tient au fait que les couchers plus tardifs entrainent, chez les enfants à partir de 7-8 ans, un retard de leur lever, or des travaux récents ont encore confirmé que le plus important pour le bien-être est une heure de lever spontané régulière : en effet, la libération du cortisol (hormone du stress pour dire vite, régulateur avec la mélatonine des cycles circadiens) qui se fait à ce moment là doit se faire le plus possible à heures fixes. En effet la sécrétion de cortisol est indépendante des horaires de sommeil, son taux diminue en début d’après midi et il connaît un pic en été et un creux en hiver.

Delvolvé et Jeunet ont étudié en 1999, les effets de la durée du week-end sur l’état cognitif de l’élève en classe au cours du lundi. Leurs résultats mettent en évidence que le taux global de rappel ainsi que la profondeur du stockage des informations sont meilleurs lorsque les élèves ne se sont interrompus qu’un jour et demi.

Sur une année de 36 semaines nous avons 36 lundi (sans compter que le problème est le même quand les enfants reviennent en classe après deux jours d’interruption en cours de semaine, dûs à des fêtes nationales multiples et variées), c’est dire encore que depuis 2008, pour une grande majorité d’élèves, près de 20% de leur temps d’apprentissage est inefficace.

J’ai participé à une recherche pour le Ministère de la Recherche et de la Technologie en 2004, en partenariat avec un laboratoire de Louis Pasteur à Strasbourg, le CNRS et des enseignants du SNuipp-FSU, sur « l’optimisation du temps scolaire ». Nous avons comparé les résultats d’enfants de CE2 et CM2 inscrits dans des milieux socio-géographiques favorisés et défavorisés et fonctionnant sur des organisations temporelles différentes : école sur 4 jours, école sur 4 jours et demi avec samedi matin de classe, écoles en CEL avec mercredi ou samedi matins, école en 6 jours[2]. Les résultats les plus intéressants sont que nous avons montré qu’en semaine de 6 jours et au niveau des différents CEL implantés en milieux défavorisés les enfants regardent significativement moins la télévision, se couchent plus tôt, dorment mieux, sont plus en forme au lever, prennent plus volontiers un petit déjeuner, comparativement à leurs pairs scolarisés dans une école traditionnelle. Subjectivement ces enfants se déclarent en forme et ont, de plus, la sensation de bien réussir les épreuves d’efficience, signe de bonne estime de soi. En revanche nos résultats sont très en défaveur de la semaine de 4 jours, milieu favorisé comme défavorisé. Et nous montrons que si les parents disent apprécier que leur enfant n’ait pas école tout le week-end, dans le même temps ils défendent une organisation étalée de la semaine scolaire car ils la perçoivent comme favorable au bien-être et aux apprentissages de leur enfant ! Doit-on s’appuyer sur les sondages interrogeant de façon « sèche » les parents ?

Il faut encore ici noter que pour les collectivités, le coût risque d’être plus élevé en ouvrant l’école le mercredi plutôt que le samedi, car alors elles devront prendre en charge les transferts des enfants entre le scolaire et le périscolaire quand les parents ne peuvent les prendre en charge. Beaucoup de parents travaillant tous les deux estiment plus facile d’organiser la garde de leur enfant sur toute la journée du mercredi que d’avoir à ne la gérer que sur une partie du mercredi.

Quoi qu’il en soit il apparaît très important que des aménagements globaux des temps de l’enfant soient mis en œuvre, par le biais de projets éducatifs, permettant à la fois de distribuer au mieux sur la semaine les temps d’apprentissage scolaires et d’organiser les temps éducatifs de manière à améliorer sensiblement le vécu scolaire de tous les enfants. Mais on voit également qu’il ne faut pas fermer la porte à la possibilité d’ouvrir les écoles le samedi matin pour les établissements et collectivités qui le souhaiteraient. En clin d’œil, n’oublions quand même pas que la semaine de classe avec le samedi matin a été le modèle majoritairement appliqué dans les écoles françaises de 1969 à 2008 !

8ème proposition : Organiser la journée en Jour éducatif comportant des temps éducatifs scolaires et des temps éducatifs non scolaires et permettant d’organiser différemment les matinées d’apprentissage et les après-midis de ce qui se fait actuellement

Argumentaire : En 1906 déjà, Binet, (co-créateur d’un test permettant de dépister des difficultés d’apprentissage) déclarait : « Le travail du matin est celui qui produit le maximum de rendement, il faut donc réserver la classe du matin pour le travail le plus difficile. Il faut interrompre les exercices toutes les heures par des récréations afin de ne pas trop épuiser l'attention. Il faut éviter de trop longtemps prolonger le même type de travail ». Rappelons qu’en 1830, en fonction de décisions locales, la classe primaire peut durer de 6h du matin à 7h du soir avec deux heures de pause de 11h à 13h. Le règlement de 1887 fixe la durée des classes à trois heures le matin et à trois heures l’après-midi, avec un horaire hebdomadaire de trente heures et une interruption totale du jeudi pour l’instruction religieuse. Ce règlement prévoit l’insertion d’une récréation toutes les heures pour les élèves du cours élémentaire et du cours moyen et pour les élèves du cours supérieur une récréation d’un quart d’heure le matin et l’après-midi. Une répartition des disciplines est même prévue pour l’ensemble de la journée de classe.

Depuis on a souvent entendu que la journée devait tenir compte de la courbe dite classique par François Testu, concernant les fluctuations de l’attention. Mais on a souvent oublié d’ajouter que cette courbe porte sur des mesures très particulières, à savoir un éveil de l’attention, pas même une attention soutenue, ce qui est quand même le plus souvent requis à l’école pour mener à bien des apprentissages complexes. Testu lui-même a montré que la courbe de ces fluctuations attentionnelles varie en fonction de l’âge de l’enfant, qu’elle n’est pas le fait des activités intellectuelles dépendant par ailleurs des compétences de l’enfant, du niveau de difficultés de la tâche, qu’elle dépend également d’un nombre important de facteurs comme la motivation, le milieu de vie de l’enfant (ce qui a encore été démontré récemment par Ponce et Alcorta, 2012). Nous-même avons publié à plusieurs reprises des travaux montrant que l’analyse des rythmes attentionnels doit tenir compte, entre autres, de l’âge, du type de tâche (tant contenu que niveau de complexité), des modalités sensorielles activées (auditive ou visuelle), du climat de la classe, des capacités de remobilisation par la motivation entre autres. Dans un article de 1998 que j’avais intitulé « appel pour une chronopsychologie anti-gourou », je rappelais déjà les illusions créées par le fait de ne tenir compte que de la place dans la journée des heures de cours, sans tenir compte des espaces, des contenus d’activités, des pratiques pédagogiques, des temps de transport, des modes éducatifs familiaux, des rythmes alimentaires et du temps de restauration, des loisirs…

C’est dire qu’il est plus important de considérer que les pratiques d’enseignement et l’organisation des séquences pédagogiques vont jouer un rôle important dans le maintien attentionnel de l’enfant au cours de la journée, sachant par ailleurs que l’alternance efficace de séquences pédagogiques (entre les séquences coûteuses cognitivement et les autres) va avoir un effet très positif sur la mobilisation des enfants pour les apprentissages.

Ainsi serait-il intéressant de proposer un allongement des matinées, qui permet beaucoup mieux ce type d’alternances, y compris en y intégrant des activités d’EPS ou d’art plastique ou de pratiques scientifiques, plutôt que de ne consacrer les matinées qu’aux maths et au français. Cela impose également une réflexion sur l’organisation des pauses (récréations) qui ne doivent surtout pas être considérées comme la cocotte minute dont on va retirer la soupape : on doit préparer les enfants à aller en récréation, en leur proposant quelques minutes de relaxation, afin que ces moments de détente ne deviennent pas des champs de bataille. Cela suppose un aménagement spatial de la cour de récréation (voir les travaux de Fortin), si on allonge la matinée, deux récréations seront alors bienvenues, ce qui permettra trois périodes d’activités alternées.

L’autre intérêt d’un allongement de la matinée permet d’accorder du temps au moment de la pause méridienne mais aussi de donner du temps aux ateliers éducatifs qui prendront le relais après le temps scolaire : c’est particulièrement important si on veut que ces ateliers permettent aux enfants de découvrir réellement des activités nouvelles, de montrer aux autres – enfants comme adultes - qu’ils ont des compétences même quand ils ne sont pas les meilleurs, loin s’en faut, à l’école, de permettre que des parcours éducatifs soient mis en place et pas uniquement une succession d’activités ponctuelles. C’est une bonne occasion de faire participer les associations et clubs de la collectivité locale, ce qui leur permettra de faire découvrir ce qu’ils font et de donner envie à des enfants de s’y inscrire en dehors de l’école. Du temps ainsi accordé permet de mettre en place des activités telles que la découverte et la protection de l’environnement, la construction d’un journal, d’une pièce de théâtre, d’un castelet de marionnettes (avec la pièce accompagnante), etc. Les associations relevant des mouvements d’éducation populaire ont une très bonne expertise en la matière dont il conviendrait de bénéficier au mieux.[3]

Il serait important de profiter de tels projets éducatifs pour permettre également que les activités extra-scolaires habituelles des enfants (choisies et financées par les familles) puissent être organisées dans ce cadre, ce qui éviterait les activités sportives tardives de fin de journée en particulier chez les enfants de l’école primaire. De même cela permettrait de donner une cohérence temporelle à toutes les activités actuellement parcellisées pour un enfant donné.

Penser à intégrer dans un tel projet des temps permettant que les devoirs les plus complexes soient réalisés avant la sortie de l’établissement scolaire des enfants ce qui réduirait les conflits familiaux en ne laissant aux parents que les leçons à réviser et une supervision du travail fait et réduirait d’autant également les inégalités d’apprentissage.

Enfin il est évident qu’une telle organisation des journées permettrait aux enfants porteurs de handicaps de bénéficier des compléments nécessaires à leur bon développement (orthophonie, psychomotricité par exemple) sur des temps mieux adaptés tout en ne leur faisant pas perdre de temps scolaires.

9ème proposition : organiser la pause méridienne au mieux des besoins des enfants et des jeunes.

Argumentaire : D’aucuns réclament une pause méridienne d’au moins 90 mns. Certes cela est important pour les collégiens et lycéens qui, bien souvent, n’ont qu’une heure entre

deux cours, parfois moins. Important également pour les enfants de primaire qui parfois, se sont vu imposer un temps de soutien pédagogique au cours de cette pause, ce qui n’est pas la meilleure façon de leur faire rattraper le retard acquis dans les apprentissages.

Mais il faut rappeler que cette pause méridienne correspond à une baisse de la vigilance physiologique, indépendante de la digestion, vraie à tout âge, c’est en fait le milieu du cycle circadien qui apparaît donc 12 heures après le creux de la nuit. On a vu que le taux de cortisol connaît également une baisse à ce moment là de la journée.

C’est dire qu’il ne suffit pas de donner une obligation de durée pour ce temps, il faut aussi impérativement prévoir un aménagement des espaces, des contextes de vie, des possibilités de relaxation (voir Mainguy, 2011, la relaxation pour goûter la saveur du temps), prévoir un encadrement formé pour ne pas pousser à l’activisme et au contraire pour assurer la sécurité aux enfants qui ne veulent « rien faire ». Y compris chez les collégiens et lycéens, permettre des lieux de rencontres et échanges entre copains, des lieux de lecture, de jeux choisis, d’activités calmes. Sans compter qu’il est indispensable que le lieu de restauration soit aménagé de sorte à ne pas devoir prendre le repas sous la pression du temps ou dans un bruit de fond difficilement compatible avec le besoin de décontraction, de déconnexion. L’idéal serait que l’aménagement de ce lieu bien repensé donne envie à certains enseignants d’y rester et de pouvoir ainsi partager un temps d’échanges agréable avec ses collègues.

10ème proposition : et la maternelle ?

Argumentaire : dans le cadre national tel que proposé, l’école maternelle peut parfaitement se retrouver. Par exemple allonger les matinées permet de libérer bien du temps sur les après-midi et d’ainsi laisser libres tous les enfants qui le souhaitent, de faire la sieste, sans perturber les temps d’apprentissage. C’est d’autant plus important que toutes les études ont montré que l’après-midi, les enfants de petite et moyenne sections, pour le moins, ne sont jamais au même niveau d’efficacité attentionnelle qu’ils ne le sont le matin.

L’organisation de la restauration est pour ces enfants, cruciale, car il n’est malheureusement pas rare d’entendre certains petits dire qu’ils n’aiment pas l’école uniquement à cause de la cantine. De même l’organisation des pauses dans la journée est fort importante. Et assurer un personnel formé à la petite enfance pour encadrer tous les temps hors de la classe est fondamental.

Et il est indispensable de réfléchir à l’extension des classes passerelle, comme celles qui se sont construites sur la base d’un partenariat entre l’Éducation nationale et les crèches, ce qui revient à la réflexion à mener sur un service public de la petite enfance. Ces classes doivent être conçues pour respecter le mieux possible le rythme de développement des enfants, tous les enfants de deux ans ne sont pas identiques entre eux, ne serait-ce que du point de vue de leur maturation affective. Il faut en tenir compte si on veut que la scolarisation de ces enfants soit d’emblée réussie. Ce qui impose plus encore une réflexion sur la formation des professionnels qui vont encadrer ces classes, qu’ils soient éducateurs de jeunes enfants, assistantes maternelles ou enseignants. Des modules communs de formation là plus encore, doivent être pensés en formation initiale comme en formation continue.

Il est important de pouvoir redévelopper une scolarisation dès deux ans pour toute une catégorie d’enfants, mais il faut entendre que l’un des enjeux éducatifs pour ce groupe d’âges est que tous les acteurs constituant leurs multiples environnements de vie parviennent à communiquer, à partager des informations utiles, à s’unir pour créer les conditions de co-éducation les plus efficaces pour un bon développement, physique et psychologique, de chaque enfant.

11ème proposition : Et les zones rurales ?

Argumentaire : Il est probable qu’une réflexion devra être menée quant à une rénovation de la politique éducative en milieu rural.

Comme s’interrogent les membres de l’association Prisme (Libération, 31 juillet 2012), « quelles formes d’accompagnement des jeunes et de leur famille dans les « territoires rurbains » ayant, de plus en plus, des caractéristiques sociales semblables à des quartiers dits « politiques de la ville » ? Pour eux une véritable refondation implique des réponses fortes et nouvelles à ces questions, dans une forme nouvelle de coopérations transversales. Tous ces actes de refondation qui engageront l’action de l’État et son ministère de l’Éducation nationale engageront aussi l’action des collectivités territoriales dans leurs choix de politique éducative.

C’est pourquoi il paraît indispensable – condition de la réussite de « la refondation de l’école » - que « les projets de loi marquant une nouvelle phase de la décentralisation soient examinés et discutés en concomitance avec le projet de loi d’orientation et de programmation de l’école ».

J’ajoute qu’il me semble important qu’on reréfléchisse à la scolarisation des enfants dans certains milieux dont l’accès est rendu très difficile pendant toute une longue période de l’année, à savoir l’hiver. Cette difficulté d’accès impose aux enfants un déplacement très long en transport scolaire, à un moment de l’année où la fatigue est déjà plus importante. C’est mettre ces enfants en plus grandes difficultés par rapport à leur scolarisation.

Aussi serait-il pertinent de revoir l’ouverture de classes uniques, ou pour le moins de classes multi-âges. Écoutons Bernard Collot, (2012) pour qui, dans l’école traditionnelle, la question des rythmes scolaires, ne peut pas être résolue. « C’est le scolaire qu’il faut changer » dit-il. il ajoute : « J’ai pu écrire que dans ma classe unique ou dans une école du 3ème type, le problème des rythmes de l’enfant n’existait pas. Ni dans la quotidienneté, ni dans la durée. [….]. Plus qu’une révolution scolaire, c’est un changement de paradigme éducatif que nous devons urgemment réaliser ». À suivre …

Quoi qu’il en soit il est indispensable de diminuer les durées des temps de tansport scolaire en zones rurales par exemple en instaurant des circuits plus courts par la multiplication des points de départs ce qui permet des trajets habitat-école et/ou établissement scolaire d’une durée raisonnable. Pour ce faire, articuler les possibilités offertes par les cars, les taxis collectifs, les TER. Ce qui implique la prise en compte de cette dimension dans le cadre des financements publics de la mise en place des projets éducatifs territoriaux.

Il faut quand même ajouter que des expériences d’aménagement des temps de l’enfant ont été réalisées dans des zones rurales et ont permis d’améliorer la qualité de vie de ces enfants. Un vrai travail de diagnostic des ressources disponibles doit être mené dans ces zones. Et surtout penser que plus l’organisation des temps sera bien réalisée, mieux ils pourront recruter des professionnels formés. C’est évidemment plus difficile à faire quand on doit recruter des personnes (y compris bénévoles) sur des temps totalement émiettés, une heure le matin, une heure le midi, et éventuellement une heure, au mieux, en fin de journée. Car pour ces personnes il faut en général rajouter un temps de déplacement important. Mais il faut aussi être inventifs, de nombreuses activités peuvent être proposées en milieu rural en particulier relativement à l’écologie, à l’environnement, à la découverte de la faune et de la flore. Dans les lieux où des expériences d’aménagement ont été réalisés, on a aussi fait venir dans l’école les activités auxquelles les enfants ne pouvaient aller : bibliobus, ludothèque ambulante, cinéma ambulant.

12ème proposition : le financement

Argumentaire : nous sommes bien consciente que la généralisation de projets éducatifs territoriaux ne pourra se faire sans un minimum de moyens, mais ce sont bien des choix politiques qui sont à faire.

Nous avons déjà dit qu’il faudra réfléchir pour le moins aux moyens en personnels que l’état pourra mettre à disposition, par exemple pour les associations relevant de l’éducation populaire qui s’engageraient dans la construction de ces projets. Dans ces associations il est particulièrement important de penser aux formations à donner à tous les bénévoles impliqués dont on ne peut que reconnaître le rôle fondamental, formations qu’il faudra prendre en charge.

Mais il faudra aussi qu’un travail soit accompli au sein des collectivités afin de mettre à disposition de tous les enfants tous les moyens déjà engagés par cette collectivité et donc d’optimiser ces moyens. Ce sont évidemment des choix politiques qu’il faudra faire accepter à l’ensemble du monde associatif, mais il semble important de démontrer que ces choix pourront finalement rendre service à tout le monde. Si les enfants découvrent, au cours des temps éducatifs, une activité sportive, artistique ou culturelle, y prennent plaisir et s’y sentent compétents, ils pourront souhaiter la poursuivre sur d’autres temps, dans l’association ou le club lui-même.

C’est donc un travail en terme de communication qui doit être accompli entre tous les mouvements associatifs et les collectivités.

Sans doute faudra-t-il aussi mener une réflexion sur le fait que certaines familles n’auront plus à payer une garde ou un centre de loisirs pendant que leur enfant sera scolarisé.

La question du financement de cette politique éducative locale est donc bien posée alors que les conséquences budgétaires pour toutes les communes seront, en fonction de l’ampleur de la réforme, à évaluer. Les communes ne pourront évidemment pas assumer seules l’augmentation prévisible des charges liées à l’augmentation des temps éducatifs non scolaires et devront être fortement soutenues par l’état, garant d’un minimum d’équité.

Les financements d’aujourd’hui, en fonds propres, complétés par la politique de soutien des CAF (prestation de service ordinaire et prestation de service au titre des contrats enfance jeunesse) ne paraissent pas suffisants même pour les communes déjà durablement engagées de manière volontaire dans les projets éducatifs de territoires.

Le périmètre de la réforme, minimaliste ou ambitieuse, conditionnera donc aussi celui des nouvelles obligations des communes pour tous les accueils en temps éducatifs non scolaires (pause méridienne, parcours éducatifs après l’école, étude..) et de fait leur impact financier.

La simplification des procédures et la mise en œuvre d’une politique interministérielle, par un cadrage national, en lien avec les collectivités, dépassent, et de loin, le « simple » débat autour de la semaine de quatre ou cinq jours.

D’autant plus qu’il faudra aussi accepter que des projets bien construits et bien menés permettront à moyen terme de réelles économies tant au niveau de l’état que des collectivités : améliorer le bien être de tous les enfants dès le plus jeune âge et le plaisir d’aller à l’école fera faire des économies sur les frais de santé des personnels, sur les besoins de prise en charge dans l’après coup des enfants développant certaines difficultés, sur le taux de redoublement (étude de la DEP, 2004, l’abandon du redoublement permettrait 1,1 milliard d’euros d’économies), sur le décrochage. La fatigue et le stress ont aussi un coût : celui des maladies plus nombreuses des enfants, de l’absentéisme des enseignants mis à rude épreuve, celui des parents qui doivent garder leurs enfants malades. De plus les expériences passées ont montré que le fait de développer d’autres rapports entre les enfants, mais aussi entre l’école et les familles, a réellement un impact sur le climat d’école, sur la vie dans le quartier, sur la violence au sein de l’établissement.

Sans compter qu’à long terme, des enfants qui apprennent mieux, qui sont heureux d’aller à l’école, font un pays plus performant, plus compétitif, plus créatif. On pourra alors espérer un retour sur investissement.

Dernière proposition : laisser le temps aux temps.

Argumentaire : On ne peut croire que construire de tels projets pour une réelle refondation de l’école pourra se faire sur quelques mois. La mise en place des partenariats indispensables nécessite du temps, pour la réflexion, pour les diagnostics à réaliser, pour convaincre chaque acteur qu’il a tout à gagner dans un changement de fond, pour associer les jeunes à la réflexion qui les concerne en premier lieu. La construction de parcours éducatifs ne peut se faire non plus en quelques semaines. Il ne serait donc pas raisonnable de déclarer que tous les aménagements nouveaux doivent être mis en place à la rentrée 2013, car alors on n’aura à nouveau que des aménagements faits à la marge, juste modifié des emplois du temps mais certainement pas la mise en œuvre de projets éducatifs territoriaux. Depuis plus de 20 ans de nombreuses formes d’aménagement des temps de l’enfant ont été créées à travers des dispositifs qui ont eu tendance à se recouper. Il est temps que ce dossier obtienne enfin le changement qui lui revient mais surtout avec une chance de voir un nouvel aménagement des temps de vie de l’enfant perdurer.

Pour autant il est indispensable que très rapidement un cadre national, comme j’ai pu le proposer, soit posé sur lequel tout aussi rapidement les collectivités, les associations, l’Éducation nationale pourront s’appuyer pour construire au plus vite le projet éducatif circonstancié : cela permettra à toutes les collectivités de s’engager (prise de compétences et obligations à définir) pour amplifier le lien entre l’école et la commune. Il ne serait pas aberrant d’imposer que partout où il est possible à mettre en œuvre ce soit le cas pour la rentrée 2013 mais d’accepter de manière exceptionnelle un délai d’un an pour les collectivités et/ou les territoires dans lesquels toutes les conditions n’auront pas pu être réunies, soit un temps indispensable à la concertation, au diagnostic et à la réflexion. Il y va de l’intérêt de l’enfant. Quoi qu’il en soit il faut donner à savoir immédiatement que la semaine de 4 jours ne pourra pas durer au delà de la rentrée 2014.

Mais on ne

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:11

   

 

L’initiative des étudiants et travailleurs grecs à Paris a été créée en mars 2007.
Elle n’a pas dérivé de nos origines grecques ni d’une identité politique commune, mais elle a plutôt répondu au besoin d’agir collectivement afin de nous montrer solidaires et militants par rapport aux luttes des mouvements sociaux en Grèce et en France, ainsi que pour établir, faciliter et/ou renforcer les liens entre ces mouvements.

Parmi les interventions politiques de l’Initiative, on peut citer des actions symboliques dénonçant la répression subie par le mouvement universitaire grec en mars 2007; des actions de solidarité avec la révolte de décembre 2008 suite à l’assassinat du jeune Grigoropoulos par un policier; ainsi que des interventions de solidarité avec les immigrés sans-papiers grévistes de la faim en février 2011.

Dans une conjoncture de crise structurelle du système capitaliste,
- notre tâche est de transmettre une expérience, celle d’un peuple cobaye qui subit de plein fouet les vrais faux remèdes de la Troïka (FMI, BCE, Commission Européenne), avant que ceux-ci s’appliquent aux autres pays européens
- notre volonté est de faciliter la compréhension de l’actualité politique et sociale grecque, en relayant des infos et des analyses peu ou pas présentes dans le discours médiatique dominant ainsi qu’en menant des actions collectives de solidarité
- notre ambition est de contribuer à la formation d’un front commun des travailleurs et des chômeurs contre la dictature de la finance.

Dans ce blog vous trouverez des informations sur les mobilisations, les grèves et les autres formes de résistance et d’action menées en Grèce et en Europe contre les actuels plans d’austérité.
Vous y trouverez également des informations concernant les actions menées par notre Initiative en collaboration avec des associations, collectifs, organisations syndicales et politiques à Paris et en Europe.

Leur blog ICI

 

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:20

 

À l’heure où les couloirs bruissent des échos de la future loi d’orientation scolaire, Laurence Parisot et Michel Pébereau en ont profité pour plaider vendredi 26 octobre dans les colonnes du Figaro « pour une école exigeante, personnalisée et créative ». L’ode à l’entreprise aux accents lyriques ne nous surprendra guère : telle est la litanie du Medef. Sur la forme, il est davantage contestable de les entendre parler au nom de l’ensemble des entreprises quand on sait que des pans entiers de l’économie ne sont pas représentés par le Medef, de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie à la confédération générale des petites et moyennes entreprises en passant par le secteur de l’économie sociale et solidaire ou les professions libérales. Sur le fond, nous pourrions nous réjouir de constater l’émancipation promue au premier rang des missions dévolues à l’institution scolaire si les orientations fixées tout le long du texte ne démentaient cette assertion.

L’émancipation est en effet incompatible avec la vision « adéquationniste » promue par Mme Parisot et M. Pébereau. La vieille antienne du rapprochement de l’école et de l’entreprise au motif d’adapter les formations aux métiers ne saurait faire illusion. Nous savons à quoi elle mène. Il s’agit au final de répondre à des besoins de court terme des entreprises en définissant les salariés en fonction du poste de travail. L’émancipation rend au contraire possible tous les choix, dans l’espace comme dans le temps, car elle se fonde sur l’humain d’abord.

La valorisation du socle commun de compétences s’inscrit dans cette logique de développer la seule « employabilité » : c’est une conception minimaliste et utilitariste des savoirs bien peu émancipatrice. Le terme « compétences » appartient d’ailleurs à la novlangue des libéraux, pas à la tradition humaniste de l’Ecole de la République, ni même à celle de l’entreprise qui ne saurait méconnaître la nécessité des qualifications. Les compétences s’opposent aux savoirs à l’école et aux qualifications dans le monde du travail. Nous atteignons le cœur du projet de régression sociale porté par le Medef via l’école. Les « qualifications » définissent un mode d’apprentissage et de savoirs beaucoup plus larges et durables que les « compétences » étroites et périssables dont le MEDEF considère que les jeunes peuvent se contenter. La différence entre les deux termes entraîne en cascade la question de la hiérarchie des salaires dans les conventions collectives et du rapport de force dans l’entreprise. Gageons que le parti pris en faveur du socle de compétences vise en réalité à porter atteinte au code du travail…

Celui en faveur de l’apprentissage hors statut scolaire procède d’une même inversion. Comment croire que le jeune lié à son patron par un contrat d’apprentissage précaire (environ un tiers de ces contrats sont rompus dans les six premiers mois) puisse construire durablement les conditions de son émancipation ? Ce qui est recherché en définitive, outre la mise disposition à grande échelle d’une main d’œuvre gratuite, c’est la marchandisation de la formation professionnelle initiale dont témoigne la fermeture d’un nombre croissant de lycées professionnels.

Notons que le Medef a beau jeu de réclamer l’ouverture de l’école à l’entreprise en s’appuyant sur les propos de Vincent Peillon qui souhaite faire « découvrir l’entreprise et les métiers dès la 6e » ou sur ceux du Premier Ministre qui déclarait le 30 octobre dans Le Parisien-Aujourd’hui en France « qu’il faut que dès l’école primaire, en CP, on puisse aller voir les entreprises ».

Au final, ce n’est pas à une école de l’émancipation que de telles orientations conduiraient, mais bien à des formes renouvelées de formatage, d’assujettissement et d’aliénation.

En effet, via l’école, c’est une partie du patronat qui promeut ses intérêts de classe, bien distincts de ceux du collectif de production qu’est l’entreprise et qui englobe les machines, les processus de production, la qualification des travailleurs, la nature et la qualité du produit. Engoncés dans leur lubie du profit et de la rentabilité financière, le Medef en oublie les enjeux de la période. C’est le haut niveau de connaissances et de qualification qui fait de notre pays la 5ème puissance économique mondiale, qui lui permettra de répondre à la nécessaire bifurcation économique, qui permettra de relancer l'économie non par l'adéquationnisme mais avec de l'audace.

Avec de telles erreurs de perspectives, preuve est faite que ce n’est pas avec le patronat du Medef que l’on peut gouverner mais bien avec ceux qui ont une visée d'intérêt général.

Certains feraient bien de ne pas l’oublier.

Source : François COCQ, Secrétaire National à l’éducation du Parti de Gauche et Francis DASPE, Secrétaire Général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale-Prométhée). Ils sont auteurs de L’école du peuple. Pour l’égalité et l’émancipation aux éditions Bruno Leprince, août 2012.

 

Texte relayé par prs57.over-blog.com





 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 17:02
 
La Commission européenne pousse à privatiser l’eau.
 
La privatisation des services de l’eau, notamment en Grèce et au Portugal, est l’une des conditions imposées dans le cadre des plans de sauvetage. Cette privatisation est vivement encouragée par la Commission européenne. Ce qu’elle reconnait explicitement dans un courrier fin septembre adressé à une large coalition de mouvements citoyens qui l’a interpellée sur le sujet.
 
(Voir en fin d’article ce courrier, chacun-e- appréciera également son cynisme)
 
 
 
La privatisation des services hydriques peut « contribuer à la réduction de la dette (…), accroît les performances des entreprises, et, par extension, la compétitivité de l’économie, en rendant attractifs les investissements directs étrangers », répond une haut fonctionnaire de la Direction générale des Affaires économiques et financières de la Commission.
 
En adoptant cette position, la Commission européenne enfreint des articles clés du Traité de l’Union européenne prévoyant sa neutralité concernant le régime de la propriété des services de l’eau. Dans une seconde lettre, la société civile exige de la Commission qu’elle mette un terme à toutes les pressions visant à imposer la privatisation des services de l’eau. « La Commission pousse à la privatisation sans prendre en compte le fait que celle-ci n’a pas donné les résultats escomptés que ce soit en Europe ou dans le monde ».
 
Les organisations relèvent les différentes expériences de re-municipalisation des services de l’eau, souvent plus « compétitives » pour le consommateur qu’une gestion privée, l’adoption d’une loi en 2004 aux Pays-Bas interdisant la privatisation de l’eau, et la précision de la Cour constitutionnelle italienne selon laquelle toute législation tendant à privatiser des services publics serait déclarée anticonstitutionnelle. Cette attitude, accusent les organisations, « montre bien que la Commission a perdu le contact avec la réalité et que ses arguments, purement idéologiques, ne reposent sur aucun fait avéré ».
 
Une pétition (en anglais) contre la privatisation de l’eau en Grèce est en ligne ici
 
 eau-1.jpg
 eau-2.jpg

 

(Source texte : bastamag.net)

 

 

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 16:24

 

Lundi 12 novembre, le conseil de la Communauté urbaine du Grand Lyon devrait se prononcer sur la délégation de service public pour l'eau potable. Confier la gestion de cette ressource au privé est un choix à courte vue qui ne préserve que les intérêts financiers des multinationales. Je[1] connais un peu la situation pour m'être rendu à Lyon cinq fois en deux ans, à la demande d’élus ou d’usagers pour promouvoir la gestion publique de l’eau. Le Maire de Lyon et président du Grand Lyon, qui pourtant voit toujours grand pour son agglomération, passe à côté d’une chance historique de mettre en place une politique de l’eau basée sur le seul intérêt général.

Le conseil communautaire du 12 novembre sera sous haute pression, si j’en crois mes collègues Maires et Vice-Présidents Front de Gauche. Ils me font état des appels qu'ils reçoivent de l'entourage de Gérard Collomb, pour manifester la « solidarité de gestion » dont ils devraient faire preuve. Comme si les votes socialistes et UMP ne suffisaient pas pour que cette décision passe ! « Bien sûr qu’elle va passer ! Pas besoin de menacer, Monsieur Collomb ! ». Faut-il rappeler que le vote dans une assemblée est libre et que nul ne peut le contraindre ? C’est même illégal.

Alors pourquoi Monsieur Collomb s’entête ? Faut-il chercher la réponse en dehors du sujet ? Dans la stratégie de développement de son agglomération ? Dans ses convictions politiques toujours plus social-libérales ? La priorité accordée au capitalisme financier par Gérard Collomb n’a-t-elle donc aucune limite ? Pas même quand il s’agit d’un bien commun indispensable à la vie ?

« 3 jours sans eau et nous sommes morts ! L’eau est l’égal de l’air et du rayon de soleil », nous a enseigné Danielle Mitterrand. Mais rien ne les arrête et ils vont courber l’échine devant les rapaces de la finance, qui, calculette à la main, établissent le rendement financier de leur contrat.

 

De l’aveu même d’un élu lyonnais qualifié sur le sujet, pendant une réunion publique à Villeurbanne le 24 octobre dernier, « Il faut reconnaître qu’on a obtenu des avancées, puisque Gérard Collomb ne voulait pas de la gestion publique. Un cahier des charges bien bordé et une marge bénéficiaire de seulement 5 % par an », ajoute-il ! Mais si pour les marchands d’eau il y a 100 millions d’euros de chiffres d’affaires, ça veut dire 5 millions d’euros ! Et sur dix ans, 50 millions d’euros de bénéfices pour les actionnaires sur le futur contrat si bien négocié ! Ainsi, quand de plus en plus de citoyens peinent à payer leurs factures, le maire (PS) de Lyon se féliciterait sans vergogne de 50 millions d’euros de surfacturation sur le dos de ses concitoyens ? De qui se moque-t-il ? Et puis la facture ne s’arrête pas là puisque nous savons calculer qu’avec les frais de siège et les mécanismes de remontées financières à la holding, ce sera au moins le double. Cent millions d’euros ! que les actionnaires dégageront en profits sur la facture des Lyonnais. Pourtant d’autres, comme Paris ou Viry-Chatillon, ont fait le choix inverse. Une autre voie est possible pour les Lyonnais.

Une Délégation de service publique (DSP) ne vaut jamais une régie publique. Parce qu’elle ne refacture ni frais de sièges, ni dividendes, ni impôts sur les sociétés. Les résultats de fin d'année sont reversés dans le compte de l'année suivante et ne s’évaporent pas dans les bénéfices du délégataire. Cela permet plus d’investissements sur le réseau, pour protéger la ressource en eau et ne pas facturer des milliers de m3 d’eau qui fuient dans la nature. Face à l’opacité de la gestion des multinationales, la transparence de fonctionnement d’un conseil d’exploitation de régie peut être renforcée en l’ouvrant aux représentants d'usagers, associations de familles et de consommateurs. L’usager est enfin traité comme un usager de service public et non comme un consommateur ou un client. Sans objectifs de rentabilité financière, la régie permet de bâtir une tarification juste et écologique : la suppression des parts fixes, la gratuité des mètres cubes indispensables à la survie ; la progressivité du tarif pour distinguer les consommations indispensables, de confort et de luxe ; la distinction entre l'usage domestique et l'usage professionnel…

Voilà la démarche démocratique dans laquelle aurait pu s’engager Monsieur Collomb ! Au contraire, tout était déjà ficelé avant le débat avec les usagers, la commission des services publics locaux ou les élus des conseils municipaux. C’était pourtant le moment de se poser les bonnes questions. Ce contrat vieux déjà de 30 ans a déjà largement rempli les poches de Véolia, avec l'un des accès au service de l'eau les plus chers de France et un taux de renouvellement moyen sur la période de 0,5 % (d'où le rendement très faible à 78 % seulement), et des marges annoncées à 12 % mais auxquelles il faut ajouter les marges réalisées par les sous-traitant affiliés à Veolia de près de 18%.

Alors que vaut l’argument fallacieux de Monsieur Collomb qui met en avant la baisse immédiate de la part fixe (15 € par an !) pour les usagers ? On croit rêver quand on sait que les délégations prolongées ont fait chuter leurs prix d'en moyenne 20 %. L'intégration des personnels ne tient pas non plus la route. Gérard Collomb invoque le fait qu'en intégrant une régie, les salariés de Véolia jusque là dévolus au contrat seraient embauchés « pour la vie ». Le simple fait qu'il le regrette marque la considération qu'il a du service public. Mais plus encore, c'est faux : les agents d'une régie publique de l'eau (EPIC loi 1926) sont régis par des contrats de droit privé.

Pour améliorer la DSP, Gérard Collomb propose de mieux contrôler le délégataire... C'est à dire d'embaucher 15 à 20 fonctionnaires pour surveiller une mission de service public effectuée par une société privée, dans une structure supplémentaire dédiée. Cela invalide d'un coup l'argument précédent et c'est double peine pour les usagers du Grand Lyon : ils payeront le service plus cher en DSP et une part de leurs impôts ou de leur facture d'eau servira à financer le contrôle de cette DSP.

Enfin, la question du calendrier est troublante. Il était possible d'organiser un large débat avant d'opérer un choix, l'agenda le permettait. Mieux encore, avec tous les travaux d'hypothèses effectués en amont pour permettre aux citoyens de se faire une opinion, les élections municipales de 2014 auraient pu servir à trancher ce débat, pour ensuite soit créer une régie, soit repartir en DSP.

Il est du coup limite juridiquement et incorrect politiquement d'annoncer qu'on prend une décision maintenant à propos de ce contrat. En effet, il ne sera appliqué qu’après les prochaines échéances électorales et engagera la prochaine équipe communautaire. Ce contrat d'une durée minimale de 8 ans sera signé en 2015. Il s'imposera même aux deux prochaines équipes communautaires ! C'est faire fi du débat citoyen validé par le suffrage universel.

La durée de 8 ou 10 ans pose un dernier problème. La part des investissements réalisés par le délégataire (même si elle est allégée) sera amortie sur la durée du contrat. Plus la durée est courte, plus le montant du remboursement des emprunts est élevé. Compte tenu du montant de la part fixe, les compteurs sont en plus payés plusieurs fois par les usagers durant la durée du contrat. En cas de gestion en régie publique, c’est sur la durée d'usage des matériaux que les investissements peuvent être amortis, c'est à dire 12 ans, 30 ans ou plus.

Cette précipitation calendaire est troublante et demande à être éclaircie. Reste à espérer que ce choix n'est pas conditionné par des éléments extérieurs au dit contrat, et que seule la gestion de l'approvisionnement en eau justifie ce choix.


[1] Gabriel AMARD est directeur et coordonnateur du Guide de la gestion publique de l’eau, auteur de L’eau n’a pas de prix, Vive la Régie publique (Editions Bruno Le Prince) et président de l’Association nationale des élus du Parti de gauche et apparentés - La Gauche par l’exemple.

(source texte : marianne.net) 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 18:24

http://juralib.noblogs.org/files/2012/11/181.jpg

On ne peut réellement comprendre ce qui se passe actuellement à Notre-Dame-des-Landes (tant au niveau du projet que des résistances qu’il suscite) sans plonger dans l’histoire mouvementée de ce mégaprojet, lancé dans les années 1970.

«  Le dossier de l’Aéroport international Ouest-Atlantique “Rotterdam aérien”, projeté sur le territoire de la commune de Notre-Dame-des-Landes, mérite d’être ouvert, parce qu’à travers lui, se trouvent mis en évidence le circuit habituel des décisions qui nous aménagent, la légèreté avec laquelle on programme notre avenir, la brutalité, consciente ou inconsciente, d’une Administration qui descend “sur le tas” pour dire en substance  : “Dégage, on aménage.” Raconter comment naît un projet d’équipement et comment on l’impose aux populations locales, c’est voir à l’œuvre le fonctionnement de notre démocratie.  » (J. De Legge et R. Le Guen, Dégage  !... On aménage, Le Cercle d’Or, 1976)

 

À une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes, sur la départementale qui mène au bourg de Notre-Dame-des-Landes, en bordure de route, dans les arbres et devant les maisons, des panneaux de bois affichent tous un simple et ferme «  Non à l’aéroport  !   ». Ce message en rappelle d’autres, aperçus ici et là, aux quatre coins de la France  : «  Non à la THT   » dans les Pyrénées Orientales, «  Stop L’EPR   !  » aux abords de Cherbourg, «  Stop ITER    » en Provence ou encore «  Non à l’enfouissement des déchets radioactifs  » à Fougères, à Bar-le-Duc, ou à Saint-Dizier. C’est à chaque fois le même mélange de stupeur et de colère  : un projet conçu dans de lointains bureaux vient bouleverser un monde, ses habitants, leur mode de vie, leurs liens et défigurer un territoire pour un développement dont on ne sait plus très bien à qui il profite.

Ici, dans ce pays de bocages encore préservé de l’urbanisation galopante de la région, c’est un projet d’aéroport international, vieux de quarante ans, qui vient chasser des dizaines d’habitants, une centaine de paysans, et offrir près de 2000 hectares de terres agricoles au tarmac. Il faut un certain effort d’imagination pour se représenter un aéroport, ses dessertes routières, ses ronds-points, ses hôtels et toutes les infrastructures qui l’accompagnent, à la place des petites parcelles de terre séparées de talus arborés, des langues de landes restées en friche et des troupeaux de vaches laitières. Le bon sens est encore davantage heurté lorsqu’on apprend que la ville de Nantes, administrée par Jean-Marc Ayrault, maire et député PS, dispose déjà d’un aéroport. Comment alors justifier un tel projet  ?

En fait, les arguments ont changé avec le temps  : sécurité, environnement, coût, besoin face à l’affluence, standing, tourisme… Certains disparaissent, d’autres apparaissent selon la période politique ou la mode du moment. «  Au début, il fallait absolument construire cet aéroport pour pouvoir accueillir le Concorde. Puis pour délester les aéroports parisiens. Puis parce que l’aéroport de Nantes était saturé. Et aujourd’hui pour d’impératives raisons de sécurité  !   », explique Claude Colas de l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport).

Face au travail de contre-expertise des opposants au projet, les promoteurs ont dû adapter leur discours. Aujourd’hui, deux arguments principaux sont mis en avant.

Nantes-Atlantique, situé au sud de la ville, serait proche de la saturation. Une justification étonnante lorsqu’on apprend que l’aéroport de Genève, par exemple, qui dispose d’une seule piste de 340 hectares, accueille chaque année 10 millions de passagers. Alors que seulement 2,8 millions de personnes utilisent l’aéroport de Nantes-Atlantique...

Autre argument  : le survol de l’agglomération, en plus de générer des nuisances sonores, serait un véritable danger. À ce problème, les associations opposées au projet proposent un remède  : une piste perpendiculaire à la précédente. Mais cela n’est pas assez beau, pas assez grand, pas assez puissant pour une élite locale gagnée par le même enthousiasme bétonneur. Son rêve  ? Un nouvel aéroport, garantit HQE (Haute Qualité environnementale), qui permettrait de redessiner une grande mégalopole Rennes-Nantes-Saint-Nazaire, attirer de nouveaux emplois, de nouveaux investisseurs et permettre ainsi le développement de la région.

 

Loin de se laisser séduire par les sirènes du développement, à Notre-Dame-des-Landes et ses alentours on se sent plutôt agressé par ce grand projet que tentent d’imposer, depuis les années 1970, quelques experts de l’aménagement. C’est en achetant le journal au café-tabac que les habitants des communes concernées, voient, un beau matin de mai 1970, un gros titre annoncer  : «  La métropole Nantes – Saint-Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire.   » Loin des petits clochers du pays nantais, au cœur d’un nouvel organisme au nom prometteur, la Datar (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), fleurissent des spécialistes qui pensent l’avenir du territoire.

1972  : les maires votent en faveur du projet

À Notre-Dame-des-Landes, comme sur l’ensemble du territoire, chacun se voit transformer en pion à déplacer, et chaque prairie en objet à aménager ou à organiser. L’enjeu affiché, sur fond de la «  politique de décentralisation  », est de développer les villes de province pour endiguer les migrations vers la capitale. Des tensions sociales commencent à poindre depuis les années 1960 avec «  l’accumulation des hommes et des choses  » à Paris. Pour les entreprises, l’augmentation du nombre d’habitants et les tensions qui s’ensuivent se traduisent «  par l’élévation des coûts de fonctionnement et des coûts de production et de commercialisation...    » La nécessité de créer «  des grandes métropoles d’équilibre  » offrant des coûts de production plus bas et des infrastructures efficaces prend un caractère impérieux face aux attentes des entreprises. À ce titre, le transfert de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes apparaît comme un projet d’avenir. Développement industriel et commercial, création d’emploi, prestige  : avec ce nouvel aéroport, Nantes a tout pour devenir une de ces grandes métropoles.

Sur place, ne pressentant rien de bon dans ces plans mirifiques, les paysans s’organisent. En 1972, ils fondent l’Adeca (Association des exploitants concernés par l’aéroport). «  On ne voyait pas pourquoi faire un aéroport, rappelle Michel Tarin, paysan retraité installé à Vigneux, une des cinq communes visées par le projet. On le refusait en tant que tel, comme projet d’aménagement et de développement, mais aussi parce qu’il s’imposait à nous sans que notre avis n’ait jamais été sollicité, et qu’il menaçait notre outil de travail  : la terre. On nous a traités d’arriérés, mais c’est une insulte dont on a l’habitude lorsqu’on est paysan...  » Les arriérés en question ont alors une certaine idée de leur métier et, au-delà, de la société à laquelle ils aspirent.

Forts d’une tradition de lutte syndicale ouvrière et paysanne en Loire-Atlantique, les paysans de Notre-Dame-des-Landes et des autres communes ne comptent pas se laisser «  aménager  » si facilement. «  Dès mes 14 ans, comme tous les jeunes d’ici, j’étais à la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) du canton, puis j’ai participé à la création de “Paysans en lutte”, après avoir rencontré Bernard Lambert . Un peu plus tard, en 1967, en parallèle des réflexions qu’on menait sur le monde paysan, on est allé soutenir les ouvriers grévistes de la navale en leur apportant du lait et des patates. On était très actif en 1968, et autant dire que quand il a fallu s’organiser contre l’aéroport, on était prêt  !   » N’en déplaise aux habitants bien remontés, les élus des cinq communes concernées (Notre-Dame-des-Landes, Héric, Vigneux, Grandchamps et Trellières), convaincus du bien-fondé de l’aéroport et de ses retombées pour leurs localités, votent, en septembre 1972, la poursuite du projet. «  Les maires s’imaginaient ce qu’on leur disait  : tout le monde allait avoir du travail, on pourrait aller à New York sans problème, de nouveaux habitants s’installeraient, et puis, à l’époque, on sortait de cette période d’après-guerre où les gens avaient besoin de rêver, se souvient avec indulgence Michel Tarin. On venait d’avoir l’eau courante dans les maisons, les gens n’avaient pas encore de frigo... L’aéroport, c’était le summum. Mais le problème, c’était les paysans. On avait bien compris que l’aéroport signifiait notre mort, et les créateurs de ce projet n’avaient pas pensé qu’on s’opposerait.  »

Des paysans en lutte contre l’aéroport

En janvier 1974, le préfet de Loire-Atlantique publie un arrêté transformant champs et maisons en zone d’aménagement différé (ZAD). Commence alors le lent grignotage du Conseil général, qui préempte dès que l’occasion se présente. Dégagés par le mouvement Paysans-Travailleurs, une émanation de Paysans en lutte, trois objectifs mobilisent alors les syndicalistes  : placer le droit d’exploiter avant le droit de propriété, installer des jeunes paysans, promouvoir le contrôle et la gestion collective des terres. À Notre-Dame-des-Landes comme ailleurs, les paysans doivent résister aux pressions croissantes de l’urbanisation, de la course à la productivité et à l’endettement. Sur la ZAD, la détermination à occuper le terrain porte ses fruits  : la moyenne d’âge des exploitants est la plus jeune de tout le département et l’organisation collective se concrétise, notamment à travers la mise en place de plusieurs GAEC (Groupements agricoles d’exploitation en commun). Une première victoire.

 

 

Plus conjoncturelle, une seconde victoire se dessine  : dès 1974, les répercussions du premier choc pétrolier éprouvent l’économie nationale et font battre de l’aile aux grands projets d’aménagements. Le décret de ZAD est renouvelé une fois pour sept ans, en 1981, mais, avec le second choc pétrolier de 1979, la menace se fait de plus en plus lointaine. «  À l’échéance du deuxième décret de ZAD, en 1988, plus personne ne croit à cet aéroport, se souvient Julien Durand, retraité agricole, ancien Paysan-Travailleur et militant de la Confédération paysanne. On aurait dû, à ce moment-là, demander aux maires des cinq communes de retirer leur accord, mais on pensait être définitivement débarrassé de ce projet.  »

Une décennie s’écoule tranquillement, sans la menace du nouvel aéroport. Mais en 2000, le Premier ministre, Lionel Jospin, invoque de nouveau la nécessité d’un troisième aéroport d’envergure internationale en France, et, tout particulièrement, d’une infrastructure permettant de relier Paris à New York. Pas question ceci dit de l’implanter à proximité de la capitale... Jean-Marc Ayrault voit alors l’opportunité qui s’offre à lui  : c’est le moment de déterrer le projet de Notre-Dame-des-Landes et de relier la Loire-Atlantique au Nouveau Monde.

2000  : relance du projet

Il ne faudra pas longtemps aux habitants des communes concernées pour réagir. Mais le monde paysan des années 1970 a changé. On ne parle plus de Paysans-Travailleurs, mais d’exploitants agricoles  ; on ne pense plus en termes de convergence des luttes, mais de débat citoyen. Pourtant, le refus de se laisser chasser pour un projet d’aéroport reste bien ancré. L’Adeca, seule association jusque-là, ne suffit plus  : «  Beaucoup de paysans sont partis en retraite sans être remplacés et des nouveaux habitants se sont installés, explique Julien Durand. La première association créée en 1972 ne regroupait que des exploitants, mais la lutte ne pouvait plus se faire seulement autour du monde agricole, elle devait aussi accueillir le débat citoyen. On a donc fondé l’Acipa.  » Soucieuse de rallier les nouveaux arrivants et misant sur le dialogue, l’Acipa, appuyée par d’autres associations d’opposition, sollicite un débat public. Son vœu est exaucé en 2003.

À grand renfort d’experts, de chiffres, de graphiques et de fascicules bien ficelés, la Commission nationale du débat public (CNDP ) descend sur le terrain. Les invités  : des représentants de la Chambre de commerce et de l’industrie, de l’Aviation civile, de la Chambre d’agriculture, et du Conseil général. Malgré ces hôtes de marque clairement favorables, pour ne pas dire moteurs du projet, une bonne partie des habitants et des associations pense pouvoir faire remonter ses contre-arguments en haut lieu et ainsi infléchir la décision de créer un nouvel aéroport. «  Comme tout un chacun ici, on a participé au débat public pour faire entendre notre opposition, raconte Sylvie Thébault, éleveuse installée à Notre-Dame-des-Landes depuis 1999. J’ai fait une contribution au nom de mon syndicat agricole — je suis à la Confédération paysanne, seul syndicat agricole à s’être prononcé contre l’aéroport. Après coup, on a vécu ce débat comme une grosse entourloupe. C’était un des premiers débats publics nationaux... Maintenant, on voit que c’était une vraie mascarade. C’est honteux de laisser croire au citoyen qu’il a un droit de parole alors que tout est déjà décidé.   » Effectivement, en matière d’entourloupe, la CNDP sait y faire. À l’issue de six mois de consultation dans tout le Grand-Ouest, où de nombreuses interventions hostiles au projet n’ont pas manqué de se manifester, la conclusion publiée est sans appel  : il faut un aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Après le débat public de 2003 s’ouvre une phase d’études qui conduit à une enquête publique à l’automne 2006. Les maires ne fermeront pas leurs bureaux aux commissaires comme l’avait fait quelques années auparavant celui de Plogoff, Jean-Marie Kerloc’h. 35 permanences tenues par la commission  ; 16 550 observations, lettres et pétitions recueillies, dont deux tiers sont clairement défavorables. Indifférente à ces signaux et fidèle à sa fonction, la Commission d’enquête émet un avis favorable le 13 avril 2007 et le Conseil d’État reconnait le caractère d’utilité publique du projet le 9 février 2008.

Le Grenelle de l’environnement, qui avait pourtant annoncé le gel de toute nouvelle construction aéroportuaire, n’hésite pas à confirmer de son côté la compatibilité du transfert de l’aéroport de Nantes vers Notre-Dames-des-Landes avec les objectifs de développement durable puisque celui-ci sera garanti HQE  !

 

La disparition de 2000 hectares de bocage, l’épuisement des énergies fossiles, la baisse de 4% du trafic de l’aéroport de Nantes-Atlantique l’an dernier, rien ne fait rougir les nouveaux chantres du développement durable. Interrogé par un journaliste de Ouest-France sur le pic de production pétrolière et la pertinence de construire de nouveaux aéroports dans ces conditions, Philippe Ayoun, sous-directeur des études, des statistiques et de la prospective à la Direction générale de l’aviation civile répondait  : «  Je ne suis pas un spécialiste du pétrole, mais l’Agence internationale de l’énergie ne voit pas de pic pétrolier avant 2040 grâce au développement de nouveaux gisements. Les prix vont se renchérir, ce qui va forcer les compagnies à faire des économies et à recourir davantage aux carburants de substitution, ceux de la deuxième génération fabriqués à partir de biomasse. Ils pourraient représenter au moins 10 % du carburant utilisé.   » Le pétrole s’épuise  ? Les agrocarburants sont là pour assurer l’avenir des low-costs et autres déplacements de haute nécessité. Les défenseurs du projet n’éprouvent aucun scrupule à condamner des régions entières à la monoculture d’agrocarburants.

Pour Françoise Verchère, ancienne maire de Bouguenais et militante du Front de Gauche, à qui l’opposition au transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes a coûté sa place au Conseil général  : «  L’insistance des politiques à vouloir donner jour à ce projet relève de l’incantation au développement. C’est cette idée que l’organe crée la fonction  : en créant une infrastructure, le développement va suivre. Les politiques sont aujourd’hui encore sur le modèle de croissance des Trente Glorieuses sans prendre en compte la finitude de la planète, la finitude des matières fossiles, à une époque où on ne paie pas les ressources premières à leur coût réel de matière non-renouvelable, sans compter qu’on les pique aux autres  ! Ils sont non seulement dans le culte du progrès, mais aussi dans l’idée qu’il y aura toujours une solution technique à tout. Il n’y a plus de kérosène  ? Il y aura des agro-carburants  ! C’est pour ça que le capitalisme vert a de très beaux jours devant lui. Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’en achetant des yaourts bio et en faisant du bio-carburants, on va continuer à vivre selon modèle dominant d’aujourd’hui, et qu’on s’en sortira.   » À Notre-Dame-des-Landes, l’écologie de façade ne trompe personne. Ce n’est pas qu’on soit particulièrement partisan d’une écologie radicale (sur la ZAD, tous les paysans fonctionnent en agriculture conventionnelle, seul un est en bio), mais on perçoit l’escroquerie d’un discours qui ne fait que s’adapter à l’air du temps.

Élargir la résistance

Avec le coup de théâtre du Grenelle de l’environnement, un des derniers remparts institutionnels contre le projet s’effondre. Devant l’urgence de la situation, les associations montent au créneau. Si la majorité des opposants à l’aéroport, rejointe depuis peu par un «  collectif d’élus qui doutent de la pertinence du projet  », reste avant tout soucieuse de respecter la loi et de ne pas prendre trop de risques, elle a le mérite de rester tenace  : présence pacifique aux moments des forages, réunions régulières et fabrication de matériel d’information au lieu-dit «  La Vache rit  », un bâtiment mis à disposition par un paysan de Notre-Dame-des-Landes  ; tenue d’une «  vigie  » qui consiste à interpeller silencieusement les conseillers généraux et les habitants de Nantes, pique-nique estival pour rassembler les différents soutiens, etc. De son côté, s’écartant des méthodes classiques de protestation, l’Acipa, qui compte parmi ses rangs quelques anciens Paysans-Travailleurs, lance un appel à occuper les maisons. Mais c’est justement dans les milieux où l’on serait susceptible de répondre à un tel appel que l’Acipa est la moins influente. «  Les informations ne circulaient pas très bien à Nantes. Pour nous, c’était surtout une lutte de riverains qui voulaient préserver leur environnement et rien de plus, se souvient Yann habitant sur la ZAD depuis plus de deux ans. Jusqu’à ce qu’on en entende un peu plus parler au jardin collectif de Couëron. On a su qu’il y avait un appel à venir occuper des maisons vides, mais qu’il n’y avait pas de candidat. On est venu au pique-nique du mois de juillet et on a rencontré des gens proches de l’Acipa qui nous ont indiqué les maisons vides et on a décidé de rester.  » L’information a beau circuler, les nouveaux arrivants se font attendre.

C’est avec les premiers travaux de forage que la résistance à l’aéroport prend une nouvelle dimension. Jusque-là, les opposants étaient surtout des habitants concernés par l’aéroport. Avec les premiers forages, début 2009, la lutte s’élargit et reçoit de nouveaux soutiens. Rodolphe fait partie de ceux-là  : «  La manière dont ce projet est mené, en l’absence totale d’une prise en considération des premiers concernés, m’a donné envie de mener cette lutte avec les habitants directement touchés par l’aéroport, explique-t-il. Si j’ai eu envie de lutter contre ce projet, c’est aussi pour tout ce qu’il représente. Ce n’est pas juste un aéroport qui est en jeu, mais la politique du capitalisme qui est à l’œuvre, ici, avec sa façon de diviser les gens dans leurs vies, de cloisonner tout le social que peut générer une vie dans le monde rural au profit de quelques-uns... La parole des gens est oblitérée, malgré les débats publics et les protestations. Pourtant, les gens sont capables de raisonner, de décider pour leur vie, d’avoir des projets d’avenir pour leurs territoires, et on ne peut pas décider pour eux.   »

En janvier 2009, ils sont une bonne centaine à vouloir empêcher la foreuse d’effectuer les premiers sondages. Face à eux, au moins autant de gardes mobiles et de camions de l’armée protégeant la foreuse, des barrages routiers pour contrôler les automobilistes et un hélicoptère pour quadriller la zone. Marie Jarnoux, habitante de Notre-Dame-des-Landes et membre du collectif des «  Habitants qui résistent  », n’avait jamais vu un tel déploiement de forces  : «  Ma maison fait partie de celles qui sont visées par le projet. On compte rester, résister le plus possible, mais on a beau s’opposer à ce projet, c’est dur de se confronter à l’armée...  » D’autres, plus enclins à l’action directe, tentent de s’interposer physiquement  : «  On ne peut pas se contenter d’une présence symbolique, proteste une nouvelle habitante de la ZAD. Laisser les forages se faire, c’est laisser le projet d’aéroport se concrétiser  ! Il ne faut pas attendre les premières coulées de béton pour s’opposer.   » En avril 2009, convaincus de la nécessité d’agir, un paysan et un manifestant sont arrêtés pour «  vol de terre   », «  bris de matériel  » et «  refus de prélèvement ADN  ». Ils ont dispersé et mélangé les échantillons de terre prélevés par la foreuse. Deux mois de prison avec sursis pour les faits et deux mois avec sursis pour refus d’ADN… Face à la répression, le fossé aurait pu se creuser entre les partisans des différentes stratégies, mais les associations ont alors soutenu les deux inculpés, notamment en prenant en charge les frais de justice.

Pour tenter d’élargir encore la mobilisation, une «  Semaine des résistances  » est organisée, en août 2009, sur la commune de Notre-Dame-des-Landes. Parallèlement se tient aussi le premier Camp Action Climat français. Une semaine de discussion, de fonctionnement en autogestion et d’actions à l’issue de laquelle un appel à venir occuper les terres et les maisons est lancé. Suivi par plusieurs personnes, il donnera lieu à la réouverture de maisons inhabitées depuis la préemption du Conseil général. Des bouts de terrain commencent à être défrichés et des potagers prospèrent çà et là.

Appel à occuper les maisons

Au cœur de la ZAD, dans une des maisons récemment ouvertes, deux jeunes habitants grattent la terre avec Marie-Thérèse, leur voisine septuagénaire. Elle qui regardait d’un œil inquiet l’installation de squatters dans la maison mitoyenne à la sienne, la voici finalement charmée par de nouveaux voisins qui ne manquent pas une occasion de lui rendre service. Un échange de bons procédés parmi d’autres  : ils binent son potager tandis qu’elle sème des graines, en leur expliquant comment tel ou tel légume se cultive. Un peu plus loin, d’autres occupants ont lancé un potager avec des habitants qui résistent. «  On fait aussi un élevage de poulets en commun et, une fois par an, on tue trois cochons pour en faire du pâté. On est quasiment autonomes en terme de consommation de viande et avec le potager, on n’achète jamais de légumes  », explique Agathe. À quelques prairies de là, un paysan a concédé un bout de ses terres pour que soient plantées des pommes de terre qui serviront pour l’hiver prochain. Au-delà de permettre de subvenir à des besoins élémentaires, toutes ces activités créent un commun qui n’est pas toujours imaginé au départ. «  Il y a du plaisir à savoir qu’on va se nourrir en partie de ce qu’on cultive, mais le potager ou les autres activités “alimentaires” créent d’autres choses que l’autonomie  : des rencontres qui ne seraient pas forcément faites sans ça, des relations d’affection et aussi un attachement à la terre   », poursuit Yann.

 

Petit à petit, c’est tout un réseau de solidarité qui se tisse. Mais la rencontre de ces deux mondes ne se fait pas sans heurts. Dans le bourg de Notre-Dame-des-Landes, les jugements à l’emporte-pièce vont bon train. Il faut une certaine persévérance pour se faire sa place. «  Ce qui se joue ici, c’est le coup de main pratique sur les chantiers, reconnaît Yann. À ce moment-là, tu discutes de choses techniques, comme des travaux de la maison, des trucs autour du jardin. On n’est pas dans des grandes idées, mais on fait des choses ensemble. On s’est fait respecter parce qu’on a beaucoup participé aux chantiers comme couper du bois ou déblayer un accès à un champ, et parce qu’on a fait nos preuves avec le jardin. C’est pas étonnant qu’il y ait de la méfiance vis-à-vis des nouveaux arrivants, ils en ont tellement vu, des gens, depuis les années 1970 qui disaient vouloir s’installer et qui sont repartis  ! Mais c’est quand même triste tous ces préjugés, et c’est vraiment pénible de sentir qu’il faut “mériter” d’habiter sur la ZAD pour être bien vu des gens du coin.   » Comme au Larzac, à Plogoff où dans d’autres luttes mettant en présence des habitants ancrés de longue date et des nouveaux considérés comme «  hors-sol  », la rencontre prend du temps. D’autant plus lorsque les nouveaux arrivants critiquent ouvertement l’agriculture conventionnelle, pour ne pas dire intensive, aspirent à une vie en dehors du salariat et rejettent les formes d’organisation hiérarchisées. Mais comme le dit Julien Durand, un paysan retraité de la ZAD qui tente de créer des ponts entre ces deux mondes  : «  Avec un peu de patience, les choses vont se faire. Il faut du temps pour qu’on s’apprivoise, et c’est à chacun de faire un pas vers l’autre. Sans ça, on ne gagnera pas  !   » Au-delà des différences culturelles, les uns et les autres sentent bien que l’issue de cette lutte dépend aussi de la capacité de chacun à nouer des relations, sachant que la confiance mutuelle est la condition sine qua non de pratiques solidaires pour faire front à ce projet qui, ici comme ailleurs, s’inscrit dans un modèle de développement qui n’en finit plus de démontrer sa capacité de nuisance.

 

 

 Une tradition de luttes paysannes

Dans ce coin de Loire-Atlantique comme dans l’ensemble du pays, le monde paysan est mis à mal par de profonds changements. Le mouvement contre l’extension du camp militaire du Larzac qui débute alors témoigne des mutations en cours. En août 1973, devant près de 80 000 personnes réunies sur le plateau, Bernard Lambert, leader des Paysans-Travailleurs venu de Loire-Atlantique, s’écrie  : «  Jamais plus les paysans ne seront des Versaillais. C’est pourquoi nous sommes ici pour fêter le mariage des Lip et du Larzac.  » Ce premier grand rassemblement de soutien aux paysans du Larzac avait été appelé par le tout petit et nouveau mouvement des Paysans-Travailleurs. Constitué en opposition à la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), syndicat «  unique  » dont les principaux dirigeants ont été actifs au sein de la Corporation paysanne sous le régime de Vichy, ainsi qu’à sa section «  jeunes  », le CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs), Paysans-Travailleurs affirma d’emblée son ambition de replacer les questions agricoles et rurales dans le contexte plus large des luttes sociales de l’ensemble de la société. Face au projet d’aéroport, les mêmes convictions se font jour. Plusieurs paysans installés à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi dans d’autres communes plus lointaines comme celle de Couëron, ont participé à Mai-68, à la création de «  Paysans en lutte  », puis à celle de Paysans-Travailleurs, et continuent à soutenir les ouvriers grévistes des usines nantaises dans les années qui suivent. Au-delà du refus d’abandonner les terres aux promoteurs de l’aéroport qui misent sur la désertification progressive de la zone, ces jeunes paysans croient alors à la possibilité d’une profonde transformation sociale, qui passerait par une collectivisation des terres et une unité entre monde ouvrier et monde agricole.

 

 Plogoff  : une victoire populaire

Plogoff, février 1980  : toute une population refuse l’installation d’une centrale nucléaire à quelques encablures de la Pointe du Raz, face à l’île de Sein. La Bretagne, mazoutée deux années plus tôt par l’Amoco Cadiz, refuse ce projet de centrale nucléaire. Les Bretons avaient déjà démontré leur détermination contre l’implantation d’une centrale à Erdeven, à Saint Jean-du-Doigt et à Ploumoguer à la fin des années 1970. «  À Plogoff, EDF et l’État s’attendaient à ce que les gens acceptent la centrale, car il y avait beaucoup de retraités, d’anciens militaires, des marins de commerce et des femmes  », explique Nicole Le Garrec, réalisatrice du film documentaire Des pierres contre des fusils. C’était sans compter l’attachement à un mode de vie, à une terre et sans la volonté des habitants de décider eux-mêmes de leur avenir. En 1976 déjà, les ingénieurs d’EDF sont empêchés de sonder des terrains qui pourraient accueillir une centrale sur la commune de Plogoff. Dans les années qui suivent, les CLIN, les comités locaux d’information nucléaire qui se sont montés un peu partout dans le pays, sont de plus en plus fréquentés et, pour sauver le Cap, on invite les militants à acquérir des parcelles afin d’y implanter une bergerie. Le 30 janvier 1980, à la veille du démarrage de l’enquête publique, Jean-Marie Kerloc’h et Pierre Guével, maires de la petite commune de Plogoff et de celle de Primelin, prennent les devants. Estimant que les autorités ne tiendront de toute manière pas compte des avis de la population, ils décident de brûler le dossier de synthèse que le préfet leur avait adressé courant décembre, et de fermer la mairie à l’enquête publique. Commence alors une «  occupation militaire  » de Plogoff et du Cap Sizun qui se confronte à une résistance spontanée mais tenace de la population soutenue par la multitude des comités antinucléaires bretons.

«  À Plogoff, on n’avait pas une culture militante, mais on n’avait pas l’habitude de courber l’échine, se souvient Nicole Le Garrec. On aimait la vie qu’on avait, parce qu’on avait une certaine autonomie, ce qui n’était pas le cas des régions plus industrialisées, on avait des potagers et des formes d’échanges très liés à un mode de vie rural. On n’était pas riches, mais on n’était pas pauvres non plus. On avait suffisamment la tête hors de l’eau pour faire des choix.   »

Sans hésitation, le choix est fait de tout faire pour repousser ce projet. Dès lors, les habitants s’organisent  : des barricades de carcasses de voitures, de pierres et d’ordures ménagères se dressent un peu partout sur les routes contre les gardes mobiles arrivés en nombre. Mais la résistance prend aussi la forme du harcèlement moral. Les femmes se relaient pour tenir tête aux gendarmes, aux CRS et aux Paras tout juste revenus du Liban... Pendant quarante-cinq jours, les commissaires-enquêteurs doivent assumer leur fonction dans des camionnettes rebaptisées «  mairies annexes  ». Les arrestations se succèdent. Plusieurs manifestants sont traduits devant le tribunal de Quimper. L’un des avocats, Maître Choucq, est même condamné à dix jours de suspension.

Mais ni le déploiement militaire ni la répression ne font taire les femmes et les hommes de Plogoff, qui restent déterminés à ne pas abandonner leurs terres au projet de centrale nucléaire. Devenue très populaire, leur lutte reçoit des soutiens de toute la France. Le 16 mars 1980, 50 000 personnes manifestent à l’occasion de la clôture de l’enquête d’utilité publique. Quelques semaines plus tard, la mobilisation n’a pas faibli. Plus de 100 000 manifestants fêtent la fin de la procédure, le 24 mai 1980. Un an plus tard, le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République et le nouveau gouvernement socialiste décide l’abandon du projet. Plogoff a gagné.

Atenco, piste de résistance

Pendant son itinérance à Nantes, Z a participé à l’organisation d’une soirée discussion-projection sur la place de l’église de Notre-Dame-des-Landes. À la nuit tombée, un film a retracé l’histoire de la lutte à Atenco.

Le 22 octobre 2001, le gouvernement fédéral mexicain décrète l’expropriation de 11 500 hectares à San Salvador d’Atenco pour la construction du nouvel aéroport international, violant ainsi les droits naturels et sociaux des communautés vivant sur les berges de l’ancienne lagune de Texcoco, à 40 kilomètres à l’est de la capitale. Les peuples indigènes concernés, semi-ruraux, s’organisent rapidement en Front des peuples en défense de la terre (FPDT). Ils revendiquent des racines plus anciennes que la constitution de l’État mexicain  : «  Nos ancêtres furent vaincus, soumis à l’esclavage et dépossédés de nos territoires lors de la conquête coloniale espagnole. Jusqu’en 1910, où la révolution mexicaine, impulsée par Emiliano Zapata, vit le soulèvement des communes sous les bannières de “Terre et liberté” et “La terre à ceux qui la travaillent ”. Le triomphe de la Révolution permit de récupérer ces territoires. C’est alors que fut réalisée la distribution de terre aux peuples indigènes sous la forme agraire d’“ejido” – qui établit que les terres sont communautaires, servent exclusivement à l’agriculture, qu’elles sont invendables et qu’on peut les enlever à ceux qui ne les travaillent pas.   »

Le FPDT rejette «  un progrès qui n’apporte que pauvreté au plus grand nombre, qui nie notre identité, qui se nourrit de l’expulsion et de la subordination du peuple  ». Pour les habitants, construire un aéroport sur l’ancien réservoir d’eau de Texcoco ne ferait qu’augmenter dramatiquement les déséquilibres écologiques de cette zone. L’aéroport détruirait les quelques lacs servant de refuge à une population d’oiseaux estimée entre 100 000 à 300 000 spécimens selon la saison. Ce projet ne bénéficierait qu’à des entreprises nationales ou multinationales qui suivent un plan d’intégration économique dans toute l’Amérique Centrale (Plan Puebla Panama), ainsi qu’aux intérêts du capital financier (FMI, Banque mondiale, etc.).

Le Front refuse l’aéroport, qui «  n’est rien d’autre qu’une nouvelle forme de conquête, une nouvelle invasion qui se cache derrière les noms de progrès et de modernité   ». Pendant plus de dix mois, la lutte est acharnée, machette «  pacifique  » en main. La répression est sévère. Le 24 juillet, un manifestant, José Enrique Espinoza Juarez, meurt de ses blessures causées par les violences policières.

Le 2 août 2002, le gouvernement abroge finalement le décret d’expropriation et annule le projet d’aéroport. Durant les quatre années qui suivent cette victoire, le FPDT reste mobilisé et solidaire d’autres luttes. En mai 2006, le Front soutient des fleuristes en lutte à Texcoco. Le 4 mai, 3500 éléments des forces de police et militaires encerclent le village d’Atenco et bloquent les accès au village. Commence une répression sanglante. Environ deux cents personnes sont arrêtées ce jour-là, de nombreuses personnes blessées dont certaines gravement, et une trentaine de femmes violées. La police fait un nouveau mort  : Alexis Benhumea, un jeune de 21 ans tué par une grenade lacrymogène. Quatre ans plus tard, douze personnes sont toujours incarcérées, avec des peines de 31 à 112 ans de prison, et une personne reste sous la menace d’un mandat d’arrêt. Été 2010, à l’issue d’une campagne de solidarité internationale, la Cour suprême de justice statue. À l’encontre des douze personnes encore emprisonnées, des preuves illégales ont été employées pour essayer de les accuser d’un délit qu’elles n’ont pas commis. Elles sont aujourd’hui libres.

 

(source texte : Revue Z, via Article 11)

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 17:46

 

En mai 2011, la maison de l’Artois a été inaugurée à Auchel, en plein bassin minier. Le vice-président de l’association qui la gère n'était autre que Claude Hermant, président de la Maison flamande de Lambersart. Leur but était de « conquérir » le bassin minier.

Très rapidement, des militants antifascistes, regroupés autour de la CGT, ont réagi en informant la population des dangers de l’extrême droite. Mais, lors d’une distribution de tracts le 26 juillet sur le marché, ils ont été violemment agressés par une escouade de nazillons sortis tout droit de cette maison de l’Artois, sous les yeux de la Police Nationale. Alors qu’elle était présentée comme un lieu où « les jeunes pouvaient venir apprendre à jardiner et à élever des poules au lieu de traîner dans la rue », la maison de l’Artois s’est donc vite avérée être un repère de militants d’extrême droite ne rechignant pas à utiliser les manches de pioche pour imposer leurs idées.

VISA a immédiatement réagi dès que sa correspondante dans le Pas de Calais lui a transmis ces informations. Ce ne sont pas moins de 4 articles qui ont été mis en ligne depuis 2011.
En janvier 2012, le journal « La voix du nord » ouvrait ses colonnes à Serge Ayoub, autoproclamé « socialiste de préférence nationale », ancien leader des sinistres skinheads du Parc des Princes (le Klan), surnommé Batskin et animateur du Front populaire solidariste et leader du mouvement troisième voie. Il annonçait l’inauguration à venir d’une « maison des ouvriers » à Bruay-La Buissière, commune voisine d’Auchel, mais celle-ci n’a jamais vu le jour.

Les 28 et 29 juillet 2012, une trentaine de militants néonazis de la région Nord - Pas de Calais, de Picardie, de Belgique et de la région parisienne ont participé au week-end du « Trident » à Auchel, à l’initiative de la Maison de l’Artois et du mouvement d’extrême droite radical Troisième Voie. Masques d’Hitler, battes de base ball, concert du groupe d’extrême droite de Limoges « Lemovice », tatouages à la gloire du IIIème Reich, dégradation d’une voiture de journaliste de France 3, intimidations et provocations en tous genres, bal masqué, voilà le triste spectacle qu’ont « offert » les gros bras et les skinheads aux habitants de la ville d’Auchel, ce week-end là.

A la suite de ces événements, Le maire d’Auchel (DVD), qui s’était jusqu’à présent illustré par une passivité coupable contre la présence de l’extrême droite dans sa ville, a finalement cédé aux pressions de son conseil municipal et de la population fortement choquée : Il s’est adressé au ministre de l’Intérieur pour demander la dissolution de la Maison de l’Artois et s’est longuement entretenu avec le préfet à ce sujet.

Il faut dire que la visite surprise et chargée d’intimidation de Serge Ayoub, le leader du mouvement Troisième Voie, accompagné de Nicolas Colin, président de l’association la Maison de l’Artois, quelques jours après ce sombre week-end à la permanence du cabinet médical du maire, a dû aussi faire réfléchir ce dernier dans le bon sens. VISA a, dans la foulée, adressé une lettre au ministre de l’Intérieur lui demandant la dissolution de cette association, sans avoir reçu de réponse à ce jour …

La bonne nouvelle est arrivée en octobre : le président de la Maison de l’Artois a annoncé lui-même la dissolution de son association.
Mais que cache ce revirement ? Nous ne croyons pas un seul instant que ces activistes d’extrême droite aient renoncé à leur entreprise d’implantation dans cette région économiquement et politiquement sinistrée. Actuellement éclatés en plusieurs groupuscules identitaires, ils vont probablement tenter de se regrouper pour essayer de se réimplanter « en force » dans une autre commune du bassin minier.

Coïncidence ou pas, le journal La voix du Nord, toujours prompt à publier des articles sur l’extrême droite, vient de consacrer une pleine page à la constitution de sections FN dans les communes d’Auchel et de Bruay-La-Buissière dans la perspective des élections municipales …

Les militants de VISA restent en alerte et maintiennent leur vigilance quant à la moindre réapparition publique de ces militants néonazis.

 

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