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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 18:29

Sauvegarder tous les emplois, interdire les licenciements, sont des revendications incontournables au moment où des dizaines d’entreprises ferment et que des milliers de licenciements font chaque jour l'actualité. Avec raison, le mouvement ouvrier s'est mobilisé pour combattre l'exploitation via notamment les salaires, la qualification et le temps de travail, mais il a pour le moins sous-estimé l’aliénation, l'oppression que le capitalisme impose aux travailleurs pour permettre leur exploitation. Oppression et exploitation se renforcent mutuellement. Avoir un emploi n'est pas la garantie du bien-être.
Depuis quelques années, la souffrance des travailleurs ne peut plus rester dans le silence. La succession des suicides à France Télécom (Orange), Renault, La Poste ou Pôle emploi, y a malheureusement contribué. Il ne faudrait pas les réduire à quelques exceptions ou encore à une « mode » passagère selon les propos de l'ex PDG d’Orange. La liste des suicides s'allonge, mais ce sont aussi les dépressions, pétages de plomb, crises de larmes, crises cardiaques, prise de médicaments, violences.
À travers ce dossier, nous abordons seulement quelques-unes des aspects de ces questions. Il faudra évidemment y revenir car les attaques engagées sur les retraites mettront aussi au cœur la question de la santé au travail. Ne pas perdre sa vie au travail, c’est aussi le meilleur moyen de profiter de ces années de retraite en bonne santé que l’on cherche à nous voler.

Dossier coordonné par Robert Pelletier

« Combien ça coûte le suicide d'un ouvrier ? Combien ça coûte la souffrance ? » (1)

Le premier enjeu des batailles sur la santé au travail consiste à sortir de l’ombre une grande part de l’activité réelle des femmes et des hommes pour produire leur existence, et à s’interroger sur ce qui se passe dans leurs têtes et leurs corps, sur les liens qu’ils tissent avec leurs camarades de travail dans des histoires toujours partiellement nouvelles qui les différencient les uns des autres.
Le capitalisme se mondialise, les organisations du travail se transforment. Si le taylorisme et le fordisme sont toujours présents, le toyotisme se répand dans le privé et la fonction publique. Juste à temps, réduction des temps « morts », du gras, des coûts, deviennent l'essentiel des « valeurs » qu'il faudrait « partager ». Il ne suffit plus de « savoir faire » mais après le « savoir faire faire », il s'agit de « savoir être ».

L'évaluation participe d'une individualisation sans individu...
Être mais quoi ? Être, alors que leur idéal est d'Avoir. Selon quels critères, les leurs ou les nôtres ? C'est le temps de l'évaluation permanente selon les critères des gestionnaires, jusque dans les hôpitaux et les écoles.
Nous sommes devenus clients les uns des autres, en concurrence, chacun pour soi contre tous les autres, au sein de la même entreprise, et pour cela conduits à faire des choses que l'on réprouve.
Dans cet appareillage normatif, il n'est question ni de ce que chacunE fait, réalise, élabore, ni des empêchements, des collaborations nécessaires, des moyens disponibles ou non, de l'écart qu'il a fallu combler entre le prescrit des normes qui nous envahissent et le travail réel, tout ce qu'il a fallu mettre en œuvre pour faire malgré tout.
Tout une part du travail reste invisible à l'évaluation :
- Les prescriptions ne permettent pas de faire le boulot, les travailleurs doivent pour y parvenir quand même le réaliser par des trucs, des gestes de métier dans le secret, en se mettant hors la loi sans pouvoir en faire état.
- Le vocabulaire du métier n'étant pas celui des gestionnaires ou des cadres scientifiques, le dialogue est coincé, l'expression interdite.
- Les connaissances ne sont pas considérées, seule la compétence requise par le poste est reconnue.
- Pour les femmes, cela est particulièrement criant, nombre de leurs connaissances étant considérées comme appartenant au domaine de l'affectif, de l'inné, non-mesurables et donc réduites à des marchandises négligeables car non professionnelles...
Le travail réel est inconnu du management qui gère. Il s'agit de faire en sorte que chacunE s'auto-évalue, se calibre soi-même, mais après avoir fait sienne les valeurs de l'entreprise.
L'aliénation devient participative et se transforme en compétence. Au lieu d'adapter le travail aux femmes, aux hommes qui le font, ce sont elles et eux qui doivent s'y mouler, s'y confondre pour disparaître.
D'outil de construction éventuel de la personne, le travail devient pathogène. Alors que l'organisation du travail est la raison essentielle du mal-être, chacunE est renvoyéE à ses présumées faiblesses, inaptitudes. Les formations pour « savoir gérer son stress », sont ouvertes à volonté à ceux et celles qui veulent rester compétitifs, employables. Les « n+1 » sont formés à détecter les déviantEs pour les écarter ou les remodeler, en lieu et place des directions qui se déchargent ainsi de leur responsabilité, mettant en danger tout le monde, sauf elles.

Des conséquences de plus en plus visibles
Les cabinets « d'experts » s'engouffrent sur le marché du stress, de la souffrance, certains préconisant la collaboration avec les directions, jusqu'à faire des autopsies psychologiques (cabinet Technologia chez Renault ), renommée « postvention ». Le patronat qui veut rester maître dans ce qu'il considère comme sa propriété veut avoir à sa botte les médecins du travail et s'attaque à ceux qui résistent.
Les syndicats sont appelés à négocier des accords « qualité de vie au travail », mettant à disposition des « n° verts », des cellules d'écoute et en même temps des commissions court-circuitant les CHSCT, sans jamais remettre en cause les organisations. Certains syndicats reprennent le point de vue de l’Observatoire social international (2) : « le bien-être au travail et le droit à la santé, responsabilité sociale des entreprises d’initier un nouveau modèle de croissance et de compétitivité fondé sur l’innovation sociale, l’implication individuelle et collective des salariés et par de nouvelles formes de coopération entre les acteurs économiques, sociaux, associatifs et politiques ». Vive le dialogue social !
Amputés du pouvoir d'agir, le mal-être nous envahit. Une chape de plomb est mise sur le travail, les conditions de travail et les raisons des souffrances. À nous de la faire éclater !
Les travailleurs sont les sujets de leur activité, et non des victimes passives et dépourvues d'intelligence. Avec eux, il s'agit de faire ou refaire de l'oppression, de l'aliénation un objet central de notre activité militante dans et hors l'entreprise, au même niveau que l'exploitation, de remettre en question par la controverse le sens de l'organisation du travail et le travail.

Alain Jacques
1- Ministère des Affaires Populaires, Les bronzés font du ch'ti, PIAS, 2009.
2- L’OSI est une structure associative constituée à l'initiative de la DRH de GDF Suez et du dirigeant de la CFDT Jean Kaspar


Emprise managériale et déstabilisation des salariés

Les politiques contemporaines de mise au travail dans les grandes entreprises du secteur privé comme du secteur public déstabilisent les salariéEs et rendent leur travail de plus en plus éprouvant.
La raison essentielle est qu’elles cumulent une intensification et une individualisation systématiques du travail des salariéEs avec des changements permanents : restructurations de services et départements, recompositions de métiers, changements incessants de logiciels, externalisation, déménagements géographiques récurrents, mobilité systématique. Pris dans le tourbillon de ce changement perpétuel, face à des objectifs toujours plus exigeants, les salariéEs ne s’y retrouvent plus, ils perdent leurs repères ainsi que leur santé.
Ce changement permanent a explicitement pour objectif d’adapter les structures, les organisations, ainsi que les compétences, à un environnement de plus en plus fluctuant et imprévisible, mais on doit l’interpréter aussi comme un mode de coercition et de contrôle destiné à remplacer ou accompagner la logique taylorienne devenue trop rigide. Pour que les salariéEs soient efficaces dans leur travail, il faut désormais qu’ils disposent d’une marge d’autonomie pour trouver eux-mêmes les solutions les mieux adaptées à des situations de travail complexes. Mais ces solutions doivent correspondre aux seuls valeurs et critères voulus par les directions, dans le cadre d’un capitalisme de plus en plus financier. Pas question que les salariéEs mobilisent leurs propres valeurs professionnelles et citoyennes pour marquer la réalité du travail de leur empreinte.

La précarité permanente
Un véritable combat est donc engagé pour mettre au pas les salariéEs dans ces organisations devenues plus complexes. On voit ainsi à l’œuvre un processus de précarisation subjective des salariéEs par ce changement perpétuel qui est une attaque en règle contre leur métier et leur expérience, ressources indispensables pour maîtriser les difficultés de leur travail et faire valoir un point de vue argumenté sur la manière de le mener.
Dans ce contexte, les salariéEs sont sur le fil du rasoir et contraints d’agir comme à découvert, sans filet, sans boussole, sans arrière ni appui. DéstabiliséEs, et sans cesse contrôléEs par la traçabilité informatique comme les reportings incessants, tout est conçu pour les pousser alors à se raccrocher in extremis aux logiques, procédures, méthodes de travail et bonnes pratiques décidées par leur management.
De fait, les salariéEs ne se sentent plus chez eux, ni entre eux, dans leur entreprise, dans leur travail mais dans un environnement hostile où ils ont en permanence à réapprendre, à réinventer les modalités nécessaires pour maîtriser leur activité. Avec cette politique de réformes systématiques, les individus au travail sont en situation permanente de désapprentissage et réapprentissage. La précarisation subjective, ce n’est pas seulement la peur d’être conduit un jour à la faute professionnelle qui peut causer un accident, faire perdre son emploi, mais c’est aussi une mise en danger de soi, physique et morale par une atteinte au sentiment de sa valeur, de sa dignité, de sa légitimité.

Danièle Linhart
Sociologue du travail (CRESPPA-CNRS)


Des suicides qui accusent

Dans notre société en crise, les suicides sont en nette augmentation : plus de 10 000 morts par an. Parmi ceux-ci, de plus en plus de salariéEs, au travail ou en situation de chômage, qui choisissent des lieux symboliques (immolation devant Pôle emploi, sur le lieu de travail) et / ou qui laissent des traces écrites accusatrices contre leurs employeurs.
Dans un article sur les suicides dans Libération fin mai, Marcela Iacub (« biographe » de DSK) dit tout haut ce que les directeurs des ressources humaines n’osent pas dire : « Depuis quelques années, les conditions de travail provoqueraient des suicides (...) Les travailleurs qui souffrent ont pourtant d’autres issues que de se suicider. Ceux qui ne cessent de claironner que les gens se suicident à cause de leurs conditions de travail sont en train de valider cet acte terrible comme forme de protestation politique  (...) On devrait donc déconsidérer le suicide comme moyen d’expression politique démocratique de la même manière que l’on traite les actes de terrorisme. Quand une bombe explose et fait des victimes, on ne dit pas que les terroristes ont voulu s’exprimer, même si tel est leur but. On les traite d’assassins. On pourrait dire la même chose des suicidés au travail. Ils sont des manières de terroristes du point de vue politique, car ils se servent du meurtre d’eux-mêmes comme arme au lieu de faire appel à la parole. »

définition souffrance au travail

Silence dans les rangs
La Sécurité sociale, les tribunaux, commencent à reconnaître ces suicides comme des accidents du travail et des dirigeants se retrouvent accusés devant la justice pénale (Orange, Renault…). Face à cela on assiste à une contre-offensive visant à nier ces actes, à faire le silence, à considérer ces suicides comme « un mystère » qu’il serait interdit de commenter.
Plusieurs cas récents illustrent cette stratégie : un salarié se jette de l’escalier du 4e étage à l’heure du repas, quand son chef est arrivé en bas. Il n’a pas fait exprès, il est tombé par mégarde, dira l’enquête... Un salarié est retrouvé pendu, après s’être plusieurs fois plaint des conditions de travail. La DRH parle d’un « décès à son domicile suite à une pathologie ». Des syndicalistes, alignés sur la direction, avaient refusé que le CHSCT enquête et préféré le confier au cadre responsable « qualité de vie au travail » tout en faisant courir la rumeur que l’on n’est pas sûr du suicide… et accusant les délégués de Sud de l’avoir « poussé à continuer, sans vous rendre compte que la personne était fragile psychologiquement. »...
Ces types de suicide ne sont pas anodins. Ils sont le fait de salariéEs en grande souffrance qui jugent que le rapport de forces est trop dégradé pour permettre une autre action. Ils ont souvent essayé, par d’autres moyens, de protester auparavant, en vain. Cacher ce type de suicides, ne pas en parler, c’est les tuer une deuxième fois. Et ajouter à la souffrance des familles, car rien n’est plus dur pour les proches qu’un suicide qui n’a pas de sens. Nous devons respecter et défendre la mémoire et la signification de ces actes de protestation ultimes.
Le nombre de suicides par immolation est en forte augmentation, particulièrement chez les chômeurs et ce mode d’action est fait pour porter la protestation sur la place publique. Le suicide de Djamel Chaar devant le Pôle emploi de Nantes (dont le Premier ministre était maire) fait donc écho à celui de Mohamed Bouazizi qui par son geste a déclenché le « printemps arabe ».
Porter la parole de ces suicidés, c’est œuvrer pour que la protestation massive prenne enfin corps et que notre société devienne vivable. Pour toutes et tous.

Jet Aelys


Le scandale des licenciements pour inaptitude

De plus en plus de salariéEs sont aujourd’hui casséEs par le travail. L’intensification du travail ces dernières années, résultat de la course à la productivité et au profit des entreprises, a un coût pour les travailleurEs bien supérieur au coût du travail.
Avec le « lean management », le travail en flux tendu, les réductions d’effectifs, les « ressources humaines » sont sollicitées au-delà du supportable. Résultat : le nombre de licenciements pour inaptitude est en augmentation. L’absence de statistiques précises, certainement voulue, entretient le flou mais le constat est là : usés psychiquement ou physiquement, de plus en plus de salariéEs se retrouvent au chômage, durablement invalidéEs, au risque de tomber dans la pauvreté et la misère.
Les dispositifs mis en place pour soi-disant compenser la pénibilité des parcours professionnels sont aussi dérisoires que restrictifs. Seuls 4 000 salariés ont pu bénéficier de celui mis en place dans le cadre de la dernière contre-réforme des retraites. Et le gouvernement actuel s’apprête à rallonger la durée de vie active, avec de ridicules contreparties sur la pénibilité : un an de retraite anticipée pour trente ans de travaux forcés. On risque donc d’assister à une explosion du nombre de salariéEs déclaréEs inaptes, sans autre perspective que les minimas sociaux.

Changer la donne
Car du côté des entreprises, rien n’est fait pour anticiper la casse. Les médecins du travail comme les représentants du personnel ont bien du mal à trouver des postes adaptés pour les salariéEs uséEs. Les nouvelles organisations du travail ne leur laissent plus de place. Qui plus est, pour les entreprises, ce problème n’en est pas un. Elles font supporter à la société l’essentiel du coût des dégâts occasionnés par le travail. Peu de licenciements pour inaptitude sont en effet rattachés à des atteintes professionnelles déclarées comme telles, ce qui pourrait augmenter leur taux de cotisation.
Il devient donc urgent de changer la donne. La question de l’inaptitude va devenir un enjeu. Les salariéEs uséEs risquent de ne plus accepter de se faire licencier si cette décision signifie leur exclusion définitive du marché du travail et supprime leurs droits à une retraite décente. De fait, les recours augmentent déjà. Certains salariéEs ont aussi obtenu devant les prud’hommes le paiement des années de salaire et de cotisations perdues, en prouvant que leur inaptitude était liée à leur travail. Mais seule la mobilisation collective des travailleurEs leur permettra de vraiment reprendre la main sur leurs conditions de travail, en réduisant le temps de travail, en revenant à une retraite à taux plein à 37, 5 annuités, en interdisant les licenciements… y compris pour inaptitude.

Étienne Demile

 

SOURCE / NPA Tout est à nous

 

 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 18:39

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Créé en 2010, le Festival de la Résistance réunit artistes amateurs, bénévoles et humanistes le temps d'une fête populaire à Carvin. Entrée Gratuite.

 

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 22:02

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Vidéo de  l' Union Syndicale Solidaires


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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 15:09

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Bousso Dramé, lauréate du concours d’orthographe organisé par l’Institut français de Dakar, a refusé de participer à un voyage en France pour suivre une formation à laquelle son prix lui donnait droit. Indignée, elle explique son geste et les raisons de sa colère.

C’est le geste symbolique d’une Africaine indignée. En avril, Bousso Dramé remportait le concours d’orthographe organisé par l’Institut français de Dakar dans le cadre de la semaine de la Francophonie. Le 27 juin, en guise de récompense, la lauréate devait se rendre en France pour y suivre une formation en réalisation de films documentaires. Mais au lendemain de l’obtention de son visa, la jeune consultante a décidé de renoncer à séjour en signe de protestation.

Elle s’en explique dans une lettre ouverte adressée au consul général de France et au directeur de l’Institut français, qu’elle vient de publier sur Internet : « Durant mes nombreuses interactions avec, d’une part, certains membres du personnel de l’Institut Français, et, d’autre part, des agents du Consulat de France, j’ai eu à faire face à des attitudes et propos condescendants, insidieux, sournois et vexatoires. »

Le consul général de France à Dakar, Alain Jouret, se dit quant à lui « désolé » d’apprendre la mésaventure de Bousso Dramé, non sans préciser qu’il lui eût semblé préférable de prendre contact avec ses services afin de tirer la situation au clair avant de prendre sa décision.

Jeune Afrique : comment s’est passée la rencontre visant à préparer le voyage ?

On nous a expliqué comment allaient se dérouler le séjour et la formation. Ce qui m’a frappée, c’est que notre interlocutrice formulait avec insistance des recommandations infantilisantes : nous devions bien nous comporter et veiller à véhiculer une bonne image, car nous étions en quelque sorte les représentants de l’Institut français du Sénégal… En substance, elle nous demandait de bien nous tenir pendant ce séjour. Je n’ai pas apprécié cette attitude paternaliste.
L’objet de ce voyage c’est de suivre une formation, pas de faire du tourisme et de profiter de la France.

Y a-t-il eu d’autres réflexions qui vous aient choquée ?

Oui. On nous a précisé que nous allions recevoir un per diem extrêmement généreux, tout en nous mettant en garde : « Faites attention, vous allez être tentés par le shopping, il y a beaucoup de choses à acheter à Paris. Et surtout, gardez-vous de tout dépenser et de laisser une note impayée à l’auberge de jeunesse sinon vous empêcheriez les futurs candidats de bénéficier de cette opportunité ! »

Ensuite, on nous a expliqué que la formation prendrait fin le 11 juillet et que nous rentrerions à Dakar dès le lendemain, sans même une journée de battement. Étant donné que j’ai de la famille et des amis en France, j’ai souhaité étendre mon séjour de trois jours, en prenant tous les frais à ma charge. Je les ai senties très frileuses, prétextant que ce serait impossible, que l’ambassade soupçonnerait que je compte rester en France illégalement. Là aussi, on m’a rétorqué : « Vous savez, personne n’a le profil-type d’un immigré clandestin », ce que j’ai trouvé insultant. « Mademoiselle, l’objet de ce voyage c’est de suivre une formation, pas de faire du tourisme et de profiter de la France », m’a-t-on rétorqué. Il m’a fallu énoncer par écrit que j’étais prête à renoncer au voyage pour obtenir gain de cause.

Pourquoi, dans ce cas, avez-vous annulé votre séjour ?

Lorsque je me suis rendue au consulat de France pour déposer mon dossier de demande de visa, et une autre fois pour récupérer mon passeport, j’ai été reçue par une guichetière extrêmement désagréable. Quand j’ai fini par lui faire remarquer qu’elle ne respectait pas la plus élémentaire courtoisie, elle m’a répondu qu’elle n’était pas payée pour être courtoise ni pour distribuer des sourires. Je lui alors expliqué qu’aujourd’hui, à cause de ce genre d’attitudes, l’image de la France se trouvait écornée en Afrique, particulièrement chez nous. « Que vous me trouviez désagréable ou pas, cela importe très peu », m’a-t-elle répondu. J’étais très en colère et le ton est monté au point qu’un garde sénégalais est même venu m’extirper de la cabine. En quittant l’ambassade, j’ai décidé, le cœur lourd, de renoncer à ce voyage.

Quel message entendez-vous faire passer en prenant cette décision ?

Si le prix à payer pour bénéficier de cette formation est d’être traitée comme une moins que rien, je préfère renoncer à ce privilège dans sa totalité. Subir une telle attitude dans mon propre pays est quelque chose que je ne peux accepter sans réagir. J’ai aussi voulu poser un acte symbolique pour mes frères et soeurs sénégalais qui, tous les jours, se font écraser dans les ambassades de la zone Schengen.

Je veux espérer que ma décision fera réfléchir les autorités consulaires des différents pays qui adoptent ce type d’attitude à l’égard des Sénégalais, nous traitant comme des voleurs ou des clandestins en puissance.

 

Ci-dessous, la courrier adressé  au Consul Général et au  directeur de l’Institut Français du Sénégal.

 

Par Bousso Dramé

Consultante Internationale
Récipiendaire de la Bourse d’Excellence du Gouvernement Sénégalais
Récipiendaire de la Bourse d’Excellence Eiffel du Gouvernement Français pour les étudiants étrangers
Diplômée de Sciences Po Paris, Master en Affaires Internationales
Diplômée de la London School of Economics, MSc in International Political Economy
Nominée “Global Shaper” par le Forum Economique Mondial

A Son Excellence, Monsieur le Consul Général,

A Monsieur le Directeur de l’Institut Français du Sénégal,

 

Mon nom est Bousso Dramé et je suis une citoyenne sénégalaise qui, en ce jour, a décidé de prendre sa plume pour porter haut et fort un message me tenant particulièrement à cœur.

Par intérêt pour la langue de Molière, j’ai décidé de participer en Avril dernier, au Concours National d’Orthographe 2013, organisé par l’Institut Français, dans le cadre des Prix de la Francophonie. Le concours a réuni quelques centaines de candidats, âgés de 18 à 35 ans dans les Instituts Français de Dakar et de Saint-Louis ainsi que les Alliances Françaises de Kaolack et de Ziguinchor. A la suite de joutes portant sur un extrait de L’Art Français de la Guerre d’Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011, j’ai eu l’honneur d’être primée Lauréate dudit Concours. A ce titre, un billet d’avion Dakar-Paris-Dakar et une formation CultureLab en réalisation de film documentaire au Centre Albert Schweitzer m’ont été octroyés.

Durant ma petite vie, je n’ai eu de cesse, tout en étant ouverte sur le monde dont je suis une citoyenne, de défendre ma fierté d’être noire et africaine. Il va sans dire que je crois résolument à l’avenir radieux de ma chère Afrique. Je suis également d’avis qu’il est impératif que les préjugés qui ont prévalu au sujet des Africains et de l’Afrique, du fait du passé colonial et de la situation contemporaine difficile de ce continent, soient révolus. Il est temps que les Africains se respectent eux-mêmes et exigent d’être respectés par les autres. Cette vision d’une Afrique généreuse et ouverte, certes, mais fière et ferme dans l’exigence du respect qu’on lui doit et qu’on ne lui a que trop longtemps refusé est une conviction forte qui me porte et me transporte, littéralement.

Cependant, durant mes nombreuses interactions avec, d’une part, certains membres du personnel de l’Institut Français, et, d’autre part, des agents du Consulat de France, j’ai eu à faire face à des attitudes et propos condescendants, insidieux, sournois et vexatoires. Pas une fois, ni deux fois, mais bien plusieurs fois! Ces attitudes, j’ai vraiment essayé de les ignorer mais l’accueil exécrable dont le Consulat de France a fait montre à mon égard (et à celui de la majorité de Sénégalais demandeurs de visas) a été la goutte d’eau de trop, dans un vase, hélas, déjà plein à ras bord.

En personne authentique qui ne sait pas tricher, une décision difficile mais nécessaire s’est naturellement imposée à moi. Un voyage tous frais payés, fut-il le plus beau et le plus enchanteur au monde, ne mérite pas que mes compatriotes et moi souffrions de tels agissements de la part du Consulat de France. Une formation aussi passionnante soit-elle, et Dieu sait que celle-ci m’intéresse vraiment, ne vaut pas la peine de subir ces attitudes qu’on retrouve malheureusement à grande échelle sous les cieux africains.

Par souci de cohérence avec mon système de valeurs, j’ai, donc, pris la décision de renoncer, malgré l’obtention du visa.

Renoncer pour le symbole.

Renoncer au nom de tous ces milliers de Sénégalais qui méritent le respect, un respect qu’on leur refuse au sein de ces représentations de la France, en terre sénégalaise, qui plus est.

Cette décision n’est pas une sanction contre des individualités, mais contre un système généralisé qui, malgré les dénégations de mes concitoyens, semble ne pas avoir l’intention de se remettre en cause.

Par ailleurs, je trouve particulièrement ironique que l’intitulé partiel de la formation à laquelle je ne prendrai pas part soit : «La France est-elle toujours la Patrie de Droits de l’homme. Jusqu’à quel point les Français sont-ils des citoyens d’Europe, du monde? » Cela aurait, sans aucun doute, fait un intéressant sujet de documentaire vu d’une perspective africaine et j’espère, avoir l’occasion, par d’autres voies et moyens, de participer à une future formation CultureLab.

Je tiens à remercier, l’Institut Français tout de même, pour l’initiative de ce concours, qui, à mon avis mériterait de continuer à exister, voire se tenir à fréquence plus régulière et ce, pour stimuler l’émulation intellectuelle entre jeunes Sénégalais et pour le plaisir des amoureux de la langue française, dont je fais partie.

Madame la Préposée au Guichet du Consulat de France – je ne connais pas votre nom, mais je vous dis au sujet de ce visa dont je ne me servirai pas : Non, merci.

Fièrement, sincèrement et Africainement vôtre.

Bousso Dramé

 

 

(Source : connectionivoirienne.net)

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 18:23

visage2-bis.jpg

Sait-on pourquoi, un matin,
Cette bête s´est réveillée
Au milieu de pantins
Qu´elle a tous émerveillés
En proclamant partout, haut et fort :
"Nous mettrons l´étranger dehors"
Puis cette ogresse aguicheuse
Fit des clones imitatifs.
Leurs tirades insidieuses
Convainquirent les naïfs
Qu´en suivant leurs dictats xénophobes,
On chasserait tous les microbes.

Attention mon ami, je l´ai vue.
Méfie-toi : la bête est revenue!
C´est une hydre au discours enjôleur
Qui forge une nouvelle race d´oppresseurs.
Y a nos libertés sous sa botte.
Ami, ne lui ouvre pas ta porte.

D´où cette bête a surgi,
Le ventre est encore fécond.
Bertold Brecht nous l´a dit.
Il connaissait la chanson.
Celle-là même qu´Hitler a tant aimée,
C´est la valse des croix gammées
Car, pour gagner quelques voix
Des nostalgiques de Pétain,
C´est les juifs, encore une fois,
Que ces dangereux aryens
Brandiront comme un épouvantail
Dans tous leurs sinistres éventails.

Attention mon ami, je l´ai vue.
Méfie-toi : la bête est revenue!
C´est une hydre au discours enjôleur
Qui forge une nouvelle race d´oppresseurs.
Y a nos libertés sous sa botte.
Ami, ne lui ouvre pas ta porte.


N´écoutez plus, braves gens,
Ce fléau du genre humain,
L´aboiement écœurant
De cette bête à chagrin
Instillant par ces chants de sirène
La xénophobie et la haine.
Laissons le soin aux lessives
De laver plus blanc que blanc.
Les couleurs enjolivent
L´univers si différent.
Refusons d´entrer dans cette ronde
Qui promet le meilleur des mondes.

Attention mon ami, je l´ai vue.
Méfie-toi : la bête est revenue!
C´est une hydre au discours enjôleur
Dont les cent mille bouches crachent le malheur.
Y a nos libertés sous sa botte.
Ami, ne lui ouvre pas ta porte.
Car, vois-tu, petit, je l´ai vue,
La bête. La bête est revenue.

(Pierre PERRET)


Satiete-generale.jpg

 


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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 16:47

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Voilà, voilà, que ça recommence
Partout, partout et sur la douce France
Voilà, voilà, que ça recommence
Partout, partout, ils avancent

La leçon n'a pas suffi
Faut dire qu'à la mémoire on a choisi l'oubli
Partout, partout, les discours sont les mêmes
Etranger, tu es la cause de nos problèmes
Moi je croyais qu'c'était fini
Mais non, mais non, ce n'était qu'un répit

Voilà, voilà...

La leçon n'a pas suffi
Faut dire qu'à la mémoire on a choisi l'oubli
Dehors, dehors, les étrangers
C'est le remède des hommes civilisés
Prenons garde, ils prospèrent
Pendant que l'on regarde ailleurs
Prenons garde, ils prospèrent
Pendant que l'on regarde ailleurs

Voilà, voilà...

The lesson was not learned
Remembers they choosed forget
Everywhere I hear what they say
Foreigners you are the cause of our problems
Me I thought it was all over
But in fact, it was only a pause
Voilà, voilà, it starts again
Everywhere and in la douce France
Voilà, voilà, it starts again
They are coming

Voilà, voilà...

 

(Rachid Taha)

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 18:12

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Face au chômage massif des économistes allemands proposent de passer à la semaine de 30 heures

 

« Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes est particulièrement effrayant », alertent des économistes allemands. Sans oublier les travailleurs pauvres, qui triment parfois 50h par semaine sans pouvoir en vivre. Dans une lettre ouverte, ces économistes proposent de réduire équitablement le temps de travail en passant à la semaine de 30h, sans baisse de salaires. Une proposition qui suscite le débat en Allemagne.

 

Surprise au pays du « modèle allemand » : dans une lettre ouverte aux syndicats et aux partis politiques, des économistes allemands demandent une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine. Il n’y aura «jamais plus de plein emploi sans réduction du temps de travail », défendent les auteurs de l’appel déjà signé par plus de cent économistes, chercheurs, responsables syndicaux et quelques personnalités politiques de gauche ou indépendantes (Die Linke, SPD et Pirates). L’initiative a été discutée dans des grands journaux nationaux, de gauche comme de droite.

« L’Allemagne et toute l’Union européenne se trouvent dans une crise sociale et économique grave », écrivent les auteurs de la lettre ouverte. « Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes, qui dépasse les 50 % dans certains pays, est particulièrement effrayant. En Allemagne le nombre d’emplois a certes augmenté ces dernières années, mais il s’agit en grande partie d’emplois précaires et à durée déterminée, qui ne suffisent pas pour vivre », assènent-ils, loin des poncifs répétés à l’envi par certains commentateurs français.

 

Allemagne : 6 millions de quasi chômeurs

« Aujourd’hui en Allemagne, si nous incluons les employés travaillant à temps partiel de manière contrainte, environ six millions de personnes sont au chômage ou sont sous-employées, poursuivent les économistes. Alors que beaucoup de personnes au chômage souffrent de dépression et de dévalorisation, les salariés doivent, eux, assumer un surcroît de travail. Comme nombre d’études scientifiques le montrent, le stress, le phénomène de Burnout et les maladies chroniques et psychosomatiques augmentent. Cette situation est indigne dans une société moderne du XXIe siècle. » De quoi faire écho aux débats sur l’accord interprofessionnel signé le 11 janvier à Paris.

« Près d’un million de travailleurs pauvres font aujourd’hui des semaines de 50 heures et plus pour gagner un revenu suffisant pour vivre. De plus en plus d’actifs doivent recevoir, malgré un emploi, des allocations sociales en complément. Et ceux qui n’ont rien aujourd’hui sont aussi promis à la pauvreté quand ils arriveront à l’âge de la retraite. Les conditions dans les autres États européens sont comparables, voire pires. »

 

Une solution : la semaine de 30h également répartie

Face à ce terrible constat, économistes et syndicalistes estiment qu’« une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine est nécessaire et urgente. Le temps de travail moyen en Allemagne est de toute façon aujourd’hui déjà en moyenne de 30 heures par semaine, mais le travail est réparti de manière inégale [1]. L’exigence d’une semaine à 30 heures prend en compte toutes les formes de réduction envisageables (allongement des congés payés, sortie plus précoce de la vie active, années sabbatiques). Cette revendication est à poser pour tous les États européens. Car le chômage de masse est partout présent et augmente de manière dramatique dans beaucoup de pays de l’Union. »

Pour les initiateurs de l’appel, la réduction du temps de travail ne concerne plus seulement les partenaires sociaux : « Il s’agit d’un projet de la société toute entière. » Ils insistent par ailleurs sur la nécessité d’une réduction « sans perte de salaire ». « Nous connaissons les nombreux cas où les travailleurs ont fait des expériences négatives, parce que les réductions du temps de travail réalisées jusqu’ici se sont faites sans embauche de chômeurs et souvent avec une hausse de la pression au travail ». Pour eux, seule une réduction collective du temps de travail à 30 heures, à un niveau macroéconomique, est « une clé décisive, si ce n’est la plus importante, pour la perspective d’un plein emploi. »

Des réductions du temps de travail ont déjà été entreprises en Allemagne, mais au niveau d’une entreprise, avec la semaine des 28,8 heures dans certains ateliers de Volkswagen, ou d’une branche, avec la semaine de 35 heures instaurée dans les années 1990 dans le secteur de la métallurgie dans l’ouest du pays.

 [1] 26 % des actifs allemands, et 45 % des femmes, travaillent à temps partiel, contre 17 % en France, 30 % pour les femmes (source : Eurostat)

  (Source : Bastamag via danactu-resistance)

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 18:00

Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) a été défini et décrit en 1986 par Richard Gardner. Selon lui, il s’agit d’un désordre psychologique qui atteindrait l' enfant lorsque l’un des parents effectue sur lui, de manière implicite, un « lavage de cerveau » » visant à détruire l’image de l’autre parent. Lorsque l’opération réussit, l’enfant rejette ou diabolise ce parent qu’il aimait auparavant, et fait indissolublement corps avec le parent aliénant, conformément au désir de celui-ci. Dans une étude longitudinale de sept cents divorces « hautement conflictuels » suivis pendant douze ans, il fut conclu que des éléments du SAP sont présents dans la grande majorité des cas.

Le diagnostic différentiel du SAP est la maltraitance sur mineur, qui cause des symptômes semblables : rejet du parent négligeant ou maltraitant par l'enfant et le parent protecteur, confusion chez l'enfant, accusations de maltraitance. Gardner a initialement qualifié ces comportements d'éléments de preuve d'un SAP pour concéder à ses critiques, cinq ans après la conception de ce diagnostic, qu'il fallait prendre en compte la possibilité d'une maltraitance sur mineur, sans toutefois changer son outil diagnostic initial qui invalidait cette hypothèse. Pour Gardner, l’abus sexuel est vécu de façon traumatique par l'enfant si la société juge cet acte négativement, ce qui pour lui est trop souvent le cas : « un parent parfait, ça n'existe pas. L'exploitation sexuelle d'un enfant doit être mise dans la liste des aspects négatifs, mais l'enfant doit aussi apprécier les aspects positifs ».

Parents aliénants

Le divorce ou la séparation sont très souvent des moments douloureux. L'amour devient parfois haine, et il arrive qu'un des parents cherche à se venger de l'autre en captant l'enfant. De même, il arrive qu'un parent ne veuille pas « perdre » l'enfant après avoir perdu son partenaire. Il crée donc avec celui-ci un bloc indissociable, dressé contre l'autre parent qui devient le « méchant », responsable de tous leurs malheurs. Certaines fausses accusations d’abus sexuel peuvent être comprises comme une tentative de se convaincre qu'il doit protéger l'enfant.

Selon la description donnée par R. Gardner, quatre critères permettent de diagnostiquer l’action du parent aliénant :

l’entrave à la relation et au contact ;

les fausses allégations d’abus divers ;

la réaction de peur des enfants ;

la détérioration de la relation depuis la séparation.

Les manifestations cliniques

Richard Gardner a décrit huit manifestations chez l'enfant :

Campagne de rejet et de diffamation : le parent rejeté est complètement dévalorisé, quoique l'enfant soit incapable de motiver cette dévalorisation par des exemples concrets.

Rationalisation absurde : à l'appui du rejet, l'enfant invoque des motifs dérisoires ou sans rapport avec la réalité.

absence d'ambivalence normale : le parent rejeté est décrit comme exclusivement mauvais, le parent aliénant est décrit comme bon exclusivement.

Réflexe de prise de position pour le parent aliénant, lorsque les deux parents sont présents, et même avant que le parent rejeté se soit exprimé.

Extension des hostilités à toute la famille et à l'entourage du parent rejeté (grands-parents, amis, proches) qui sont à leur tour rejetés avec autant de force.

Affirmation d'une « opinion propre » artificielle : il s'agit en fait de l'opinion du parent aliénant, que l'enfant est conditionné à présenter comme venant de lui.

Absence de culpabilité du fait de la cruauté supposée du parent adversaire.

Adoption de « scénarios empruntés », qui ont été fabriqués par le parent manipulateur : l'enfant les reprend à son compte.

De même, sont décrits plusieurs degrés d'expression et d'intensité des symptômes :

Intensité faible : tous les symptômes ne sont pas manifestes, leur degré est moindre et la relation parent-enfant est encore fonctionnelle.

Intensité moyenne : tous les symptômes sont présents, mais l'enfant se calme lorsqu'il est en visite chez le parent rejeté.

Intensité sévère : dans 5 à 10 % des cas la relation avec le parent rejeté est définitivement rompue ou en voie de l'être.

Le SAP et le divorce

Dans le cadre des procédures de séparation ou de divorce, l'appropriation voire la capture de l'enfant peut devenir un enjeu important, soit parce qu'elle permet de détruire moralement le conjoint, soit parce qu'elle permet d'obtenir le contact exclusif avec l'enfant. Pour ce faire, certains parents n'hésitent pas à instrumentaliser leurs enfants, afin de faire basculer le jugement en leur faveur. Les théoriciens du SAP soutiennent donc l'idée que les instances judiciaires doivent avoir connaissance de son processus. Selon les pays, le SAP ne tient pas la même place dans les tribunaux. Ainsi, dans des procédures québécoises, il n’est pas rare que les experts le diagnostiquent chez un enfant, et que des juges en tiennent compte explicitement dans leurs décisions, tandis qu'il est rare qu'il en soit fait mention en France.

Certains psychiatres, tel Wilfrid von Boch en Allemagne, Benoit van Dieren en Belgique, P Bensussan en France et William Bernet aux États-Unis viennent cependant, dans un ouvrage collectif récent destiné à l’inscription de cette pathologie dans les futures classifications américaine (DSM-5) et européenne (ICD-11) de proposer une nouvelle définition de l’aliénation parentale, résolument moins polémique. Ils la décrivent désormais comme « la condition psychologique particulière d'un enfant (habituellement dont les parents sont engagés dans une séparation très conflictuelle) qui s'allie fortement à un de ses parents (le parent préféré) et rejette la relation avec l'autre parent (le parent aliéné) sans raison légitime ».

Cette définition permet d'aborder la problématique de l'aliénation parentale d'une manière concrète et active, sans nécessairement entrer dans une logique accusatoire, culpabilisante (un parent compétent et l'autre incompétent), ou psychiatrisante (un parent « malade » et un parent sain). Elle pourrait donc être plus audible en matière de décisions psycho-juridiques : l'expression clé de cette définition étant « un enfant qui s'allie », ce qui suppose la possibilité d’une démarche spontanée de l’enfant. Celui-ci n'est donc pas toujours, consciemment ou délibérément utilisé comme instrument de vengeance, même si l’éradication de l’ex-conjoint est finalement obtenue.

Cette nuance est extrêmement importante : jusqu'à présent le diagnostic ou même la simple évocation du mot « aliénation parentale » a toujours suscité l'indignation des personnes visées par ce concept. Comme le rappelle notamment Paul Bensussan, aliénation doit pourtant être entendu ici dans son sens étymologique : a-liéner revenant en fait à rompre le lien, à rendre étranger ou hostile (un parent à un enfant). Ainsi Delphine Goetgheluck, du Journal des psychologues établit une analogie entre le SAP et le Syndrome de Stockholm, pour dédramatiser cette perception en en indiquant la nature comme provenant d'une instrumentalisation dans le désir du parent7.

En pratique

Il est difficile de contrecarrer un SAP en place. D'où l'intérêt de pouvoir le diagnostiquer au plus tôt, et de prendre les mesures judiciaires appropriées, allant jusqu'à une inversion de la résidence principale de l'enfant du parent aliénant vers le parent aliéné.

Le 20 juillet 2006, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu un arrêt en faveur d'un citoyen tchèque, Jiří Koudelka, qui l'avait saisie pour un problème de non-représentation d'enfant, en l'occurrence sa fille, après divorce. Cet arrêt condamne l'État tchèque, mettant en évidence son laxisme et son incapacité à faire respecter les droits de visite du père, pourtant établis par les différentes instances judiciaires. Concernant l'enfant et les pressions exercées sur elle par sa mère pour l'amener à rejeter son père, l'arrêt utilise à cinq reprises l'expression « syndrome d'aliénation parentale ».

Polémique scientifique

Suite au succès anglo-saxon du concept décrit par Richard Gardner puis développé par M. Walsh et J.M. Bone et à sa médiatisation dans plusieurs affaires de divorce, des débats scientifiques ont débouché sur une vive polémique scientifique.

Outre la polémique scientifique, ce "syndrome" est fait l'objet d'une lutte politique, les antiféministes masculinistes essayant d'obtenir sa reconnaissance légale, l'utilisant comme un outil supplémentaire de contrôle patriarcal des hommes sur les femmes et les enfants.*

Source : Wikipedia

* Cf. S Charnay, monté sur une grue à Nantes en février 2013.

 voir aussi : Autopsie du SAP (sur Mediapart)

Le Monde en face (sur France 5) s’intéresse à un syndrome mal connu qui frappe certains enfants traumatisés par le divorce conflictuel de leurs parents : l’aliénation parentale. Le film suit des pères et des mères désemparés par l’hostilité inexplicable qu’ils manifestent à leur encontre.

Quand le couple se déchire, les enfants trinquent ! Jusqu’à devenir, parfois, l’instrument de vengeance contre l’ex-conjoint. Meurtris par une séparation difficile, ballottés malgré eux entre père et mère, ils sont aussi dans certains cas manipulés par l’un ou l’autre et développent alors un syndrome décrit par les spécialistes sous le nom d’aliénation parentale. Une forme de soumission inconsciente et forcée qui s’apparente à ce que l’on observe dans les sectes. Sous l’influence de l’un des parents, l’enfant se transforme ainsi en outil de guerre pour éliminer l’autre. Il y a plusieurs stades à l’aliénation parentale.

Le rôle de la justice est primordial

Anne, une petite fille de 6 ans, fond en larmes chaque fois que Karim, son papa, vient la chercher. Travaillée par ce qu’on appelle le conflit de loyauté, elle a peur que sa mère cesse de l’aimer si elle se montre heureuse de revoir son père. Pour Karim, qui parcourt 800 kilomètres pour la retrouver, c’est un déchirement renouvelé : « A chaque fois, il faut renouer le contact avec son enfant, qui, par la force des choses, est obligé de vous effacer de son esprit. » Les parents d’Anne se disputent âprement sa garde par tribunaux interposés. Accusé de violence, de mise en danger d’enfant et autres turpitudes, Karim n’est pas au bout de ses peines. Son ex-compagne, qui multiplie mains courantes et plaintes, est prête à tout pour le rayer de leur vie, y compris à accuser le fils de son actuelle femme, un garçon de 9 ans, d’attouchements sexuels. Richard, un directeur d’école à la retraite, se trouve dans une situation encore plus tragique. Il y a cinq ans, son épouse l’a quitté avec leur fille, Laurence, alors âgée de 7 ans. Aujourd’hui, sa présence provoque de telles crises d’angoisse chez l’adolescente qu’il faut parfois l’hospitaliser. Malgré son désarroi, Richard tente par tous les moyens de maintenir le contact : « Je préfère qu’elle me dise plus tard "Tu nous as harcelées, embêtées”, plutôt que "Tu m’as abandonnée”. » Cette hostilité, qui se traduit avec plus ou moins de force, d’autres parents la subissent de plein fouet, comme Marie-Noëlle, Samantha ou Olivier. Incompréhensible pour eux, elle est néanmoins bien connue des psychiatres. Selon le docteur Paul Bensussan, « un enfant victime d’aliénation parentale considère celui qu’il rejette comme un étranger, voire comme un ennemi, et il peut développer une cruauté tout à fait étonnante. On a l’impression qu’il entre en guerre. Entre nous, on les appelle les enfants soldats ». Dans ce combat contre la folie des adultes, la justice a un rôle essentiel à jouer. Malheureusement, ni les magistrats ni la police ne sont préparés pour faire face à un tel problème.

 

(source : france5.fr)

 


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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 17:32

Témoignage d’un sans-papiers arrêté lors de la rafle d’hier à Barbès (Paris)

Pendant les rassemblements contre les groupes d’extrême droite qui ont tué Clément. 
Les sans-papiers arrêtés hier devraient passer mercredi prochain au JLD de Paris.

Il y a eu une rafle gigantesque à Barbes hier après-midi (jeudi 6 juin 2013), le quartier a été entièrement bouclé pendant plus de deux heures, et les dizaines et
dizaines de sans-papiers arrêtés étaient amenées dans des bus stationnés au
métro. 
On sait d’ores et déjà qu’une partie des gens est désormais au CRA
de Vincennes.

Jeudi 6 juin dans l’après-midi, une rafle comme on n’en voyait plus depuis la guerre d’Algérie ou depuis les grandes vagues d’expulsions de squats au début des années 1980, a eu lieu à Barbès. Pendant presque deux heures tout un quartier a été bouclé, les gens ne pouvant plus ni entrer ni sortir, bloqués par des centaines de flics de toute sorte arrivés à bord de dizaines de véhicules, quadrillant la zone jusqu’à la Gare du Nord, La Chapelle, Château Rouge et Anvers. A l’intérieur du périmètre qui comprenait la rue de la Goutte d’Or, la rue des Islettes et une autre rue parallèle à la rue des Islettes, les flics se déploient. A l’extérieur du périmètre ils sont apparemment aussi extrêmement nombreux. Divers contrôles sont effectués : papiers et ventes à la sauvette, hygiène dans les établissements (d’après ce que disent certains commerçants mais ça je n’ai pas vu).

Des gens commencent à s’entasser aux différents check points. Protestations molles, entre résignation et agacement. Très vite, à l’intérieur du quartier bouclé, beaucoup moins de "vrais gens" que d’habitude et une multitude de patrouilles de robocops qui interpellent au faciès. Comme souvent, délit d’extranéité et de classe sociale sont de mise, à savoir que les cibles principales du contrôle sont les Africains qui ressemblent à des mecs qui viennent d’arriver du bled.

A chaque fois qu’ils en capturent, les bleus appellent victorieusement leur central avec leur talkie pour annoncer combien ils en ont attrapé. Puis ils les ramènent vers des bus d’embarquement sur le boulevard Barbès. Apparemment tout un staff technique et bureaucratique était installé dans les cars.

A un moment, une vieille dame juive a attrapé un jeune sans papier qui était capturé et elle a dit que c’était son fils. Les flics voulaient quand même l’emmener car évidemment ils ne la croyaient pas mais elle criait et s’accrochait au jeune homme et ils ont finalement dû le lâcher.

Quand les flics bouclent un quartier ils sont plus ou moins obligés de relâcher les barrages qui empêchent de sortir et entrer dans le quartier pour la sortie de l’école. Du coup ils ont ouvert les barrages à 16h25

Mais attention, ouvrir les barrages et laisser les gens circuler dans le quartier ne signifie pas que les contrôles vont s’arrêter... Au contraire, et de fait plein de gens se sont fait attraper comme ça. Voyant que certains flics en uniforme partaient et que les camionnettes de CRS qui barraient les rues se poussaient, pas mal de personnes, sans doute réfugiées dans des halls, sont sorties de leur cachette... Mais c’était sans compter avec des groupes de civils qui par quatre ou cinq ou six sillonnaient le quartier, pour certains avec des camouflages assez réussis (le rasta, le gars qui ressemble à un sans papier, la fille déguisée en jeune de quartier), et contrôlaient et arrêtaient les gens. Les personnes arrêtées étaient alors conduites menottées dans des bus stationnés à ce moment-là sous le métro au carrefour Barbès. Le dernier bus rempli est parti vers 16h30.

Dans cette apathie déprimante où on a l’impression que les gens sont menés à l’abattoir dans la passivité la plus totale, si ce n’est quelques ronchonnements individuels (Mais on est prisonniers dans notre quartier) ou désabusés (Ah ici c’est comme ça ils cherchent les cigarettes, les sans-papiers, pff). Ça finit toujours par entrainer des personnes qui n’osaient pas se lancer pour protester et par se transformer en petit rassemblement, ce qui permet de discuter de ce qui se passe. Ça met un rapport de solidarité minimal mais essentiel entre les gens arrêtés et les autres qui y ont échappé.

Plus tard, au rassemblement pour l’assassinat de Clément Méric nous avons appris qu’une partie des gens emmenés dans les bus avaient été conduits au commissariat de la rue de Clignancourt, ce qui a provoqué des cris de « Les fascistes assassinent à Saint Lazare ; le PS rafle à Barbès ».

Un appel à se rendre au commissariat de la rue de Clignancourt pour 20h30 a donc circulé. La rue était bloquée à la circulation par plusieurs camionnettes et un bus de la police qui sert à transporter les gens arrêtés dans les manifs. Les premières personnes arrivées ont constaté que dans ce bus posté juste devant le commissariat étaient parqués plusieurs sans-papiers. Quelques autres sortaient libres. Ils nous ont dit que dans le commissariat ils avaient été triés : certains comme eux pouvaient sortir et d’autres qui allaient être conduits au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes étaient montés dans le bus.

Cela faisait plusieurs heures que ces derniers étaient enfermés là sous une chaleur écrasante, sans pouvoir boire ; manger, aller aux toilettes. Sans attendre l’heure du rassemblement, des slogans ont commencé à fuser « Liberté », « Solidarité avec les sans-papiers » auxquels les dizaines de personnes emprisonnées dans le bus ont répondu chaleureusement en criant eux aussi et en tapant sur les vitres.

Très vite les flics ont violemment repoussé les quelques personnes présentes en bas de la rue à grand renfort de coups de tonfas, coups de pieds, insultes, … Très vite, alors qu’en bas de la rue quelques autres personnes commençaient à arriver, le bus a démarré, protégé par un grand renfort de flics dont certains étaient flash Ball à la main. Nous n’avons pu qu’unir nos slogans à ceux des gens qui étaient enfermés à l’intérieur.

Le lendemain nous avons su qu’une quarantaine de personnes étaient enfermées au centre de rétention de Vincennes. D’autres sont peut-être dans d’autres centres de rétention. Les gens arrêtés devraient passer devant un JLD mardi ou mercredi s’ils ne sont pas expulsés d’ici là.


Témoignage d’un sans-papiers arrêté lors de la rafle d’hier à Barbès.

" Les flics nous ont traités comme des terroristes. Ils nous ont mis des menottes en plastique. Elles étaient très serrées, on a encore les marques. On va aller voir le médecin pour faire un certificat.
Ils ont encerclé Barbès et ils contrôlaient « au visage », tous les Arabes, les
Noirs... Ils étaient très méchants et ne respectaient personne. Ils sont arrivés vers 14 heures et gueulaient après tout le monde dans la rue. Il y a des gens ça fait 10 ans qu’ils sont ici et ils n’avaient jamais vu ça.

Moi je sortais de chez le coiffeur et c’est un policier en civil qui m’a arrêté. C’était comme Guatanamo. Ça veut dire quoi ? Parce que on est arabe, on
est des terroristes, ou quoi ? On a risqué notre vie sur un bateau, on est passé par Lampedusa et ici il n’y a pas de liberté.
On a cru qu’on était en Tunisie. On n’a pas de problème avec les
gens ici, on a un problème avec les flics.

Ensuite ils nous ont
amenés au commissariat de Clignancourt, on était 40 dans une
cellule et on ne pouvait pas respirer. Et si on protestait, les flics
disaient : «  Ferme ta gueule. Pourquoi vous êtes venu
ici, Restez chez vous ! 
 ». Il y avait aussi un vieux
touriste marocain au commissariat, sa famille a apporté ses papiers
et il a été libéré. Quel accueil touristique !

Devant le commissariat il y avait des dames qui n’étaient pas d’accord et qui criaient Liberté ! Et les flics les ont frappées.

On a doit être 40-50 de Barbès au
CRA‌. Même en Tunisie la prison c’est pas comme ça. Personne ne
mange. On a décidé de faire la grève de la faim la semaine prochaine. La
prison c’est mieux parce que là je ne sais ce qui va se passer demain. Il n’y a
pas de solution. (...)

Centre de rétention de Vincennes, vendredi 7 juin 2013

Les sans-papiers arrêtés hier devraient passer mercredi prochain au JLD de
Paris. Soyons nombreux pour les soutenir !

 

 (source : millebabords.org)

Alerta Antifascista by oapunk


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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 20:57

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